Du papier au online, ou l’inverse, ou pas.

Surprise ce matin. Un papier du Monde : “Une star du « Washington Post » passe sur le Web“.

Et gros hic. Euh. On parle bien d’Ezra Klein, là ? Est-ce vraiment un article du Monde, ou bien un fantasme vite tapé de journaliste qui a oublié de regarder les faits derrière une lecture trop pop-media-sérietélé de la réalité ?

Ce que nous dit l’article :

Cela ressemble à une scène de la série House of Cards de HBO avec Kevin Spacey. Précisément celle où Zoe Barnes, la journaliste jeune et ambitieuse claque la porte d’un quotidien national, The Washington Herald, pour rejoindreSlugline, un pure player en plein essor entre Buzzfeed et Twitter.

La réalité, c’est l’inverse, et un retour aux sources.

Et cette introduction trahit une projection de fantasmes et une absence de perspective historique qui fait frémir, dans le quotidien de référence. Heureusement que le sujet est léger.

Qui est Ezra Klein ? C’est un des leaders d’une génération très spéciale du rapport à l’information, à la politique et à internet.

C’est avant tout un blogueur. Il a commencé en 2003 (à peu près au même moment que  moi :) , dans la foulée des leaders du même mouvement, un tout petit peu après eux. Il s’est imposé dans le paysage avec le même mouvement que ses acolytes, avec le débat sur la guerre en Irak et la campagne d’Howard Dean, dans laquelle il s’est engagé.

La valeur n’attendait pas les années, Klein avait à peine 21 ans à l’époque. C’est une époque qui a vu naître des figures qui se sont imposées comme une génération fondatrice du web politique américain : les Markos Moulitsas, Kevin Drum, Josh Marshall, Matt Yglesias, Joe Rospars, et même Dan Drezner, côté républicain… Chacun a eu un destin différent. L’un est devenu le conseiller internet d’Obama, l’autre le chroniqueur vedette de nombreux media, un autre le fondateur d’une start-up de journalisme de qualité…

 

Beaucoup sont aujourd’hui des chroniqueurs stars de media installés. De Foreign Policy au Washingt Post, en passant par Mother Jones, Slate, The Atlantic… Tous ont puisé dans cette génération. Ezra Klein, lui, était avant tout un columnist. Il est entré au WaPo.

La trajectoire est donc l’inverse de celle à laquelle Le Monde veut vous faire croire.

Il part pour Vox, donc, avec, oh, surprise, Matt Yglesias, blogueur de la même génération, de la même bande. Et Dylan Matthews,  dont le parcours aux côtés d’Ezra Klein mériterait d’être cité. Dylan est devenu une petite star du blogging politique américain autour de l’âge de 16 ans. A cet âge là, quand le pmigiste du Monde.fr ne savait même pas encore ce qu’était l’ESJ, il pigeait déjà pour Slate. A 18 ans, il écrivait pour The American Prospect. Tout en commençant ses études à Harvard et ses papiers pour le Crimson.

On est sur une génération très particulière, ici, qui a partagé un parcours. Le même que Nate Silver, qui a commencé sur DailyKos, lui aussi.

Le message des bloggers-turned-journalists ? Exprimez votre talent, cultivez votre singularité, développez votre marque. Les media auront besoin de vous, mais vous serez toujours libres de mener vos projets. Ne vous réfugiez pas derrière les institutions et les marques. Vous êtes plus forts qu’elles.

Un jour, il faudra que j’écrive le livre de cette génération, passionnante à plus d’un titre.

#Valleypolitics – quelques notes

Nicolas Colin a écrit un article très intéressant sur le nouvel axe d’alliance entre les démocrates et les entreprises de la Silicon Valley. C’est souvent juste, et les conclusions et appels pour la France sont justes. Comme on ne peut commenter l’article, je le fais ici.

Il y a toutefois un point d’ombre, ou une omission. Elle tient à quelques formes de cet engagement, à la nature de ces liens, et à ce qui se passe dans la Valley.

Au Personal Democracy Forum, où j’étais il y a dix jours, ce fut une grande thématique de discussion. C’est Catherine Bracy, ancienne animatrice du techfield office de la campagne de Barack Obama à San Francisco et maintenant animatrice des réseaux internationaux de Code for America, qui en a fait le constat dans un keynote utile à regarder.

Le constat est simple, et double :
- La silicon valley est en train de devenir un endroit d’inégalités criantes, entre des techies surchoyés, et des populations laissées à la dérive. Elle parlait de son quartier, où les consommateurs de crack côtoient les bus luxueux des entreprises de la high-tech qui viennent chercher leurs employés ;

- Le gros de l’énergie des meilleurs cerveaux du monde est employé à un but : “click ads more”. Catherine citait le manque de sens de ce projet, et le décalage d’imaginaire entre l’ambition de changer le monde, et la réalité d’un business forcené. Elle appelait ceux qui veulent vraiment changer le monde à faire appel à cette énergie transformatrice, et citait en exemple son techfield office : quand Obama a fait appel aux talents des ingénieurs, designers et développeurs de la Valley, ils ont été des milliers à répondre présent, donner des semaines, des mois de travail, parfois ou souvent sans solde, pour trouver du sens à l’expression de leur talent.

Cela interpelle : il est intéressant de faire le lien entre cette énergie de changement, cette capacité à inventer, et la politique. Oui, les geeks peuvent contribuer. Mais le lien entre la politique et l’énergie transformatrice de la technologie doit sans aucun doute se faire à un autre niveau qu’à celui des grandes multinationales, au niveau des individus. C’est dans cette mobilisation individuelle de talents qu’on peut faire changer les choses (et c’est un défi pour l’administration !). Et aussi : la technologie et la compétition internationale pour les talents crée de nouvelles fractures, qu’il serait bon de savoir compenser avec justesse.

Il y a un champ. Il serait bon de l’investir sans angélisme !

Approcher le Seagram Building

Le goût pour le style international et un lien très particulier avec New York me font iconiser – cela se dit-il ? – le Seagram Building depuis longtemps. La bête a joué un rôle fondamental dans l’évolution du style des gratte-ciels New-Yorkais. Il n’est pas en soi incroyable, puisque dans la lignée rigoureuse des oeuvres de Mies Van Der Rohe, ses gratte-ciel de Chicago notamment.

Le Seagram n’est pas dans un quartier qui m’est habituel, sur Park, une dizaine de blocs au nord de Grand Central. Il a le bénéfice, dans ce coin de Midtown, de son esplanade, qui permet de l’apprécier plus que ses voisins, ou que les icônes New-Yorkaises plus show-off, qui sont de fait surtout vues de loin, en photo, que de près. Le volume et la disposition comptent ici plus que les effets de décorum ou de forme.

Tout le vocabulaire de Mies Van Der Rohe est là. La verticalité de la façade rideau en métal, les pilotis, la place, le marbre vert… Langage familier, aucune fioriture, et sens absolu des proportions, qui impressionne toujours aujourd’hui : aucun immeuble de Midtown ne propose une telle impression d’équilibre serein, avec son esplanade privée-publique, les proportions millimétrées de l’accueil, des étages, des bassins et les alignements des gingkos bilobas à son pied. L’entretien de l’immeuble est parfait, et les éléments de mobilier de l’accueil semblent pour la plupart d’époque.

Cela fait longtemps que j’ai envie de me coller à une approche photographique un peu construite de l’immeuble. Lors d’un déplacement la semaine dernière, j’ai pris le temps de rester autour du monstre froid quelque temps. Je me fais donc le défi de continuer, en prolongeant avec l’intérieur (le restaurant Four Seasons notamment), et surtout, en variant les moments de la journée et de l’année, pour comprendre comment le bronze réagit aux différentes lumières.

Seule consigne : des photos verticales, au format de 3×5, comme le sont les baies de l’immeuble. Et une ambition : construire, au fur et à mesure des années, une collection qui manque, ou, qu’en tout cas, je n’ai trouvée nulle part encore.

Ça commence donc aujourd’hui, ici, avec une première série de 20. L’ordre n’importe pas. L’esprit est celui d’une collection, d’une obsession, d’une régularité du regard porté, à la recherche des différentes natures visuelles de l’oeuvre, et de leur effet sur mon oeil. Evidemment, en amateur de motifs, je gage que la présence de la grille dominera. Nous verrons.

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Ici se clôt la première série de vingt. Nous y reviendrons, j’espère.

 

 

 

 

Réseau social, injure et débat

L’affaire est à peu près mineure, tout le monde en convient, mais intéressante. NKM et JF Copé ont ainsi saisi la justice après une image injurieuse postée sur twitter. Je passerai sur le cas dans le détail : l’auteur lui-même convient qu’il a dépassé quelques bornes dans un billet équilibré. NKM en a rajouté dans la victimisation, pour se légitimer de façon tellement insistante qu’on y sent un malaise, malgré tout.

J’ai moi-même réagi, dans la foulée de cette annonce, en jouant sur l’argumentation de l’avocat, utilisant sur des photos de NKM ou JF Copé des termes considérés comme non injurieux. Simple jeu. Potacherie.

Que peut-on lire dans cette histoire ? Fallait-il aller en justice ? Est-ce la bonne manière de répondre ? Je suis confronté très souvent à ces questions dans mon travail. Et mes convictions sont assez fermes en la matière.

Il y a d’abord une asymétrie. D’un côté, nous avons des personnages publics. Ils ont l’habitude d’une règle du jeu médiatique, où l’on traite d’égal à égal, celle du droit de la presse. Nombre limité, quelques affaires (hors débordements procéduraux). Quand on va sur le web, on se trouve confronté à une multitude anonyme, une audience, qui fait entendre sa voix de quelques proches, mais, ce faisant, se rend – parfois – visible de ceux qu’ils critiquent, combattent, insultent parfois (ou souvent, si l’on considère les commentaires des différents sites d’actu, ou les forums de discussion).

Il faut partir de cette asymétrie : un commentaire en ligne, un tweet, un statut facebook (même public) n’a rien à voir avec un article de presse. L’émetteur se vit dans une impossibilité d’échange horizontal avec la personne dont il parle, qu’il critique, qu’il insulte. Il est avec des proches, ou des anonymes perçus comme tels, à qui il partage un sentiment. Surtout, ces propos sont la plupart du temps sans aucune audience et impact. Dans le cas qui nous occupe, 466 personnes auraient vu l’image en question. La belle affaire, quand on sait qu’elle a été postée en réaction à une intervention de NKM et JF Copé devant des millions de téléspectateurs. La verticalité du politique, par rapport à cette audience qui se révèle, est fondamentale : dans notre contrat d’expression à tous, en ligne, il y a cette notion de base que nous n’avons pas le même pouvoir, la même visibilité, la même égalité devant l’expression. Ce que nous faisons est invisible, par rapport à eux.

Cette asymétrie, il faut la comprendre. Il faut en tenir compte, dans la pondération de sa réaction.

Ensuite, il y a l’effet social. Les réseaux sociaux ne sont pas des media. Ils sont des espaces de vie et de sociabilité. Comme dans toute société, il y a des dérapages, des abus, des énervements. Tout le monde l’a vécu, sur un blog, un forum, facebook ou twitter. En près de dix ans d’expérience dans ce genre d’affaires, je n’ai jamais vu de situation qui ne se règle par le dialogue, sauf dans des cas de politiques extrémistes ou militants de nano-sphères incontrôlables. Quand on est injurié par quelqu’un dans un café, au fil d’une discussion, on commence par aller parler avec lui. On ne dégaine pas le tribunal sans même répondre ou interpeller.

Sortir la carte judiciaire sans coup férir, c’est rompre cette logique sociale.

C’est là que sort l’effet Streisand : l’asymétrie, conjuguée avec la dimension sociale de ces réseaux, entraîne inévitablement une réaction de corps. L’entourage de la personne incriminée fait corps avec elle face à une agression jugée exogène, abrupte sinon brutale. Qu’elle soit justifiée n’est presque pas le problème : on partage des tweets à longueur de journée, en discutant, s’émouvant ensemble, on s’émeut donc de ce fait exogène, ensemble, et on le fait par tweets supplémentaires.

La meilleure manière de prévenir ces cas ou de les traiter est d’entretenir une présence continue, égale, en participant à ces réseaux. Cela permet la mise en relation, et réduit l’asymétrie perçue. Dans notre cas, Jean-François Copé n’a jamais mis pied sur internet que pour en ressortir aussitôt : il n’a jamais voulu régler cette asymétrie. En revanche, NKM avait oeuvré depuis pas mal d’années à construire cette présence, ce dialogue, même parfois imaginaire. Briser cet échange possible par une proécdure totalement exogène ne peut que braquer, et la replacer dans une position de domination lointaine. Elle se comporte en personne ayant les moyens d’une procédure coûteuse pour quiconque oeuvre su ces réseaux, et que chacun n’oserait utiliser que dans des cas vraiment extrêmes.

Enfin, ce qui rend la mesure désagréable, c’est le choix de ce cas. Des injures sur NKM ou JF Copé, ily en a des dizaines ou des centaines de milliers sur le web, disséminées un peu partout, de forum en newgroup, de commentaire de blog en billet, d’article en statut. Cela n’est pas agréable, mais cela n’est pas soluble : il faut s’en accommoder, en constatant le statut de ces injures, qui ne sont que des bouts d’échanges sociaux, des signes de comportement. Quand elles sont graves, et d’un niveau gal à sa parle, il faut s’en saisir. Quand elles sont mineures et peu visibles, mieux vaut laisser couler.

Dans ce cas, on est à la frontière : NKM et JF Copé n’ont pas assigné un commentateur du figaro.fr, mais un blogueur opposant, qui critique depuis de nombreux mois l’oeuvre de l’UMP, avec des oeuvres parodiques et satyriques qui ont souvent eu beaucoup de succès en ligne. L’attaque est donc, outre son caractère exogène et asymétrique, prise comme  une attaque politique. Si toto42, sur forum-jardinage.net, avait été convoqué pour les mêmes termes (je doute que JF Copé ne s’y risque), on n’aurait eu que les premiers motifs d’émoi (et personne n’en aurait parlé).

Nul ne conteste le bon droit de quiconque à ne pas être insulté. Reste que la stratégie adoptée n’est clairement pas la bonne : quand on est insulté dans un espace social, on discute, on répond, on tente la conciliation, on fait intervenir un tiers, et après, on sort l’avocat. Quand on commence par ça, on se place de facto.

Les politiques, comme les entreprises, n’ont de cesse de se rapprocher de leurs publics. Se rapprocher, c’est jouer un certain jeu de l’horizontalité. Cela suppose la symétrie des moyens, et a participation sociale (sauf à l’inacceptable, ou au non soluble, après essai). Ceux qui ne le comprennent pas se placent de facto dans une position de distance, de supériorité et d’asymétrie, dont l’effet est la contestation, et une certaine violence des propos.

C’est un choix à opérer. A chaque personne publique de le faire, ou pas.

Publier les résultats avant 20h, marronnier lassant.

Allons-y à la serpe et taillons dans le gras du n’importe quoi médiatique habituel des derniers jours, qui auront vu Libération – qui a le sens de l’histoire – relever une croisade (oui, une croisade) lancée par Jean-Marc Morandini en 2007. Ca valait bien le coup d’une Une, après tout, à trois jours de la probable élection d’un Président de la République de gauche, non ?

1. Evacuons le problème.

Il n’y a pas de problème de sincérité du scrutin. L’information sur les estimations, non officiellement publiées par un media officiel, peut toucher environ 50.000 personnes en situation de voter, soit 0,1% du corps électoral. Et son impact sur leur vote est tout sauf sûr, et risque de ne pas le changer (cf. les 800.000 votants d’Outre-Mer de 2002, qui, disposant de l’information sur Le Pen, n’avaient pas changé leur vote). Des tas de pays pratiquent l’information en continu le jour du scrutin. Democracy is safe. Lire Bruno Jeanbart sur ce point.

2. Pourquoi cette obsession ?

Cette obsession des media. Je l’ai déjà dit. On parle ici du rituel qui veut qu’en France, c’est la télé qui dit qui sera le président. Et nos amis des media trouvent dur de se trouver dépossédés de ce pouvoir magique de dire qui sera le président, y attachant un privilège, dont ils se voie t symboliquement dépossédés par le web. L’imaginaire du front pixellisé de François Mitterrand est érigé en moment mythique de la démocratie, quand ce n’est qu’un moment du spectacle politique.

3. Peut-on faire taire ce débit inutile ?

A toutes les élections, c’est donc désormais le même tintamarre. Elisabeth Lévy copie-colle son billet de l’élection précédente, Jean-Marc Momorandini relance le débat parce que merde, c’est un sauveur de la démocratie, et le petite monde auto-référentiel du media parisien d’enflamme à propos d’une question qui n’intéresse que lui : va-t-il se faire piquer du théâtre politique par ces sous-français que sont leurs collègues belges et suisses, voire par de vulgaires blogueurs twittos français de base ?

On ne peut pas l’arrêter. Qu’ils tournent en rond avec leurs questions. Détournons-nous en.

4. Et le mépris de l‘électeur ?

Dans cette petite affaire, beaucoup moins importante que la fabrique de l’opinion à coups de sondages pendant des mois et des mois, il n’y a rien. Rien sauf un mépris, sous forme de méconnaissance, de l’électeur. A trop regarder l’influence potentielle, même non évaluée, de cette « information » très partielle sur un électeur fantasmé, pendant quelques minutes, ces professionnels des media ne prouvent qu’une chose : le mépris de la complexité de son acte, l’absence de réflexion sur ce qu’il porte, ou, surtout, l’envie qu’il soit dicté par ce pouvoir qu’ont ceux qui pensent « faire l’information », et donc le vote.

Petite, toute petite histoire, qui en dit beaucoup sur ceux qui se posent en  défenseurs de la démocratie.

5. Faut-il changer les règles ?

Non. Le statu-quo actuel est très bien comme ça. Il laisse une respiration aux citoyens, qui peuvent ainsi se passer une information molle, non officielle, non professionnelle, pendant quelques heures, sans faire de mal à la démocratie. Il correspond bien au statut et aux pratiques de l’information aujourd’hui. Et emmerde un peu quelques rédactions : on doit pouvoir vivre avec ça sans qu’ils n’en fassent les gros titres à chaque veille de scrutin (comme si le sort de leur audience était plus important que le choix d’un candidat).

Fin du délire ? Non. Rendez-vous aux prochaines élections. On pourra relancer la machine à remonter le web.

Accentuer le creux ?

Il y a quelque chose de désespérant de voir à quel point le panneau est gros, mais combien tout le système réussit à se cogner dedans.

Soit un président qui n’arrive pas à reprendre pied. Soit un candidat, en face, qui stoppe son érosion, en lançant enfin sa campagne. Que faire ? Comment réagir ?

Purger. Accentuer le sentiment de creux, et profiter de cette séquence pour fabriquer de la distance, du raisonnable, remettre du sens, plutôt que de travailler au combat. Et donc, partir loin, et glisser gentiment, au détour d’un verre qui se prolonge avec des journalistes, qu’on songe déjà à l’après.

La ficelle est grosse, mais pourtant, elle marche. Unes de tous les journaux : comment ne pourrait-on traiter, même en la commentant, cette séquence ? Comment se différncier ? Certes pas en n’en parlant pas, mais au contraire en en rajoutant, pour essayer de se différencier sur le sujet. En écrivant un article sur les futurs possibles de Nicolas Sarkozy, en rappelant les destines des présidents qui ont arrêté, en interrogeant des psychologues sur la notion de doute, etc, etc, ad nauseam. Cinq jours plus tard, les traces sont encore visibles, la ligne claire et simple, la capitalisation dans le discours médiatique est bien là.

Nicolas Sarkozy serait donc désormais crédité d’une capacité à prendre du recul, penser à autre chose, ne serait pas accroché à la fonction.

Je prédis donc un retour en force dans un peu moins de deux mois (avant le 16 mars), après une prise de recul exceptionnelle, d’un Nicolas Sarkozy changé. La une du Point : “et s’il avait vraiment changé ?”, assortie d’une photo d’un président l’air grave, seul devant un carmel, ou à Colombey.

On voit à quel point l’effet d’écosystème et de résonance mutuelle des media et de la politique peut être risible : tout ceci ne correspond plus à la moindre réalité, et, dans ce concert, la voix et la colère de ceux qui n’en peuvent mais est difficilement audible. C’est dans ces moments-là que le petit monde se referme et donne un signal fort : on s’en fout de toi, public, on est concentré sur un truc qu’on te donne en pur spectacle. Ca produit surtout, de ce que je lis de l’expression spontanée des Français, en ligne, sur le sujet, du rejet, de la lecture nette, de la lucidité. Ce système tourne à vide. Bonne nouvelle : il semble avoir de moins en moins de prise sur l’opinion effective de chacun.

Et pour cause : quand un individu moyen reçoit un article absurde d’un media qui lui parle de Sarkozy-recul-retrait-sagesse, il lit 150 messages énervés de ses pairs, qui partagent leur détresse et leur colère à son égard, au café et sur Facebook. Comment pourrait-il être sensible à cette musique là ?

Pascal Nègre, internet et Les Echos

Aujourd’hui, j’ai retwitté ce tweet de François Bourboulon, des Echos, une citation de Pascal Nègre, le chéri du public, qui lui prêtait les mots suivants : « Internet seul n’a jamais créé de star de la musique ».

Citation absurde, qui m’a fait réagir à triple titre :

Ce soir, je me dis que je vais approfondir. Je clique donc sur le lien, pour voir l’interview vue plus tôt, et comprendre où en est ce patron de major, dans son rapport à la musique et au web.

Et là, surprise, j’ai beau chercher : la citation du titre, « Internet seul n’a jamais créé de star de la musique » est introuvable dans l’ensemble du texte. Un titre qui attribue une citation, qu’on ne retrouve pas dans l’interview, c’est bizarre. Plus étonnant : Pascal Nègre ne fait même pas la moindre allusion ou condamnation d’internet dans le processus de starification. Il va plutôt dans le sens d’une collaboration avec le web : “Plus de la moitié de mes équipes travaillent sur Internet. Elles savent aussi repérer un talent.”. Il met en valeur et positive sur la nécessité d’animer une communauté, etc. Ah si, il dit quand même : “Je ne connais pas d’artiste qui ne soit devenu une star en étant tout seul sur Internet.”. C’est une valorisation classique de son métier de producteur. Comme tous les intermédiaires, on essaie de vendre sa soupe, de promouvoir son rôle, même par des procédés un peu bêtes de présentation de contre-exemples.

Amusant, non ?

Ce qui est plus drôle, c’est que cet article est toujours en ligne, mais a été corrigé … dans une autre version, celle-ci, qui corrige le titre, qui devient : « Je ne connais pas d’artiste qui soit devenu une star en étant tout seul sur internet », soit la citation initiale. Citation qui vient bien contredire un ton général qui n’est pas à la stigmatisation d’internet comme système, ni aux vieux combats, mais plus, simplement, à la promotion d’un business et d’un secteur.

Ce qui est le plus étonnant, ce n’est pas de faire du putassier en titre, ni de pointer sur un bon gros appeau à trolls (il faut bien faire de l’audience, ma bonne dame, mêem quand on est Les Echos), c’est en fait d’avoir gardé les deux articles juxtaposés.

Et puis, ce qui est étonnant, c’est de lire que Hadopi est un système qui fonctionne bien, que l’on fasse de la flagornerie à propose d’un centre national de la musique qui va sans doute doter un secteur de plus de 10% de son CA, de laisser dire que “le gratuit en tant que tel, ce n’est pas un modèle” – alors que tout le modèle médiatique de flux l’est, puis un homme qui est triste de ce que la radio ne fait plus rien découvrir comme musique, alors qu’il vient de dire que c’était sur le web qu’on le faisait à présent. Un homme qui se félicite à un moment que “Si nous pouvions avoir 7 millions d’abonnés, nous arriverions à un chiffre d’affaires qui ne serait plus très loin de celui que nous réalisions avant la crise”, et qui plus loin dira “il y aura un moment où le marché va s’arrêter de baisser et nous allons arriver à retrouver 50% de ce qu’il était à l’époque”, soit une contradiction totale, sans être interrompu ou corrigé.

En fait, cette interview est totalement dispensable :

Et moi, je vous ai fait perdre quelques précieuses minutes supplémentaires pour en parler.

Heureusement, je vous laisse la minute de prospective, made in Pascal Nègre himself : “Qu’est-ce-que sera un créateur de musique dans cinq ans ? Cela sera de la photo, de l’interactivité…”

Répression de la contestation de l’existence des génocides reconnus par la loi / une forme de dégout

On est en plein délire. Quelques notes sur un sujet absurde, et un traitement général qui me dégoute, alors qu’on est sur un sujet sérieux. Quelques notes à chaud.

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D’abord, un rappel. On a eu une loi de reconnaissance du génocide. J’en ai été heureux au sens du symbole de reconnaissance par un peupl des souffrances d’un autre. Moins au sens d’une inscription, par les députés, d’une histoire officielle, de termes sanctifiés par la loi de ce qu’il convient de comprendre de faits passés. Je suis sur le sens de “l’histoire aux historiens”, pas de “l’histoire peut être écrite par les politiques”.

De fait, je suis aussi plutôt opposé à la loi Gayssot, et un partisan de la liberté d’expression. C’est évidemment complexe, mais il faut avoir le courage de la liberté du débat, ce me semble. L’injure et la diffamation encadrent, et les négationnistes peuvent être combattus autrement que par l’interdiction de leur expression. Interdire par la loi l’expression, c’est un aveu de faiblesse, et une pente qui ne peut que s’élargir : si on interdit le négationnisme sous prétexte qu’il est inssuportable à entendre, que ne pourra-t-on interdire demain qui sera insupportable à un autre ? La liberté d’expression, c’est la confiance dans l’intérêt général, et dans la liberté avant la tyrannie de minorités insultantes, ou insultées.

Ensuite, l’histoire récente. On a eu un vote de la majorité de droite, sous Chirac, qui a refusé de voter une loi, soutenue par la gauche (et une partie de la droite), correspondant au même texte, peu oi prou, que l’actuel, voté par l’Assemblée aujourd’hui. Refus, donc, sous le prétexte, à l’époque, de la liberté d’expression, et aussi, un chouia, de diplomatie (la Turquie, djà, encore).

Enfin, aujourd’hui, ou plutôt, ces derniers jours.

D’abord, François Hollande, qui promet, étant en cela fidèle à un engagement de la gauche, qu’il ira dans le sens de l’interdiction de l’expression négationniste. Je ne suis pas d’accord, mais il tient une fidélité, d’ailleurs de ce point de vue peu clivante, puisque Nicolas Sarkozy s’était exprimé en ce sens auparavant également. Le clivage entre les deux, ici, était de l’ordre du “Sarkozy n’a pas tenu ses promesses, moi, je le ferai” (au passage, bonjour le niveau du débat et le creusement des différences). Ensuite, Sarkozy qui se dit : haha, je vais lui montrer, moi, et le caler dans un coin, en mettant le sujet à l’agenda.

Et donc, proposition de loi subite, vote, et hop.

Puis réaction hollandaise : c’est une tromperie électorale, puisque le processus électoral n’ira pas jusqu’à son terme. L’équivalent de “oh le salaud, il a hacké le système médiatique, le vilain, alors qu’il n’avait pas respecté ma promesse”.

Qu’est-ce qui m’écoeure ?

Il y  de quoi désespérer quand notre Assemblée de représentants et tut notre écosystème médiatique se mobilise autour d’une telle question, importante, sérieuse, mais clairement sans urgence absolue, et, au contraire, devant donner lieu à un peu plus qu’une rapide discussion avant vote sans effet réel, sans tenir compte du passé.

Est-ce que, dans ce barnum, la recherche initiale par deux candidats du vote de la communauté d’origine arménienne aura progressé ? Non. Est-ce que notre fonctionnement démocratique et la sérénité dans laquelle des débats qui dépassent la simple régulation auront été mis à mal ? Certainement.

La nausée. C’est tout.

2011 : le bazar démocratique.

Reprenons. Le “printemps arabe”. La Syrie qui n’arrive pas à foutre dehors son La crise de l’euro et des démocraties européennes. L’Italie qui vire un populiste télécrate et le remplace par des technos. La Russie qui se fit piper un vote par son président, et manifeste. Ca va, la démocratie ?

Il y a de quoi être dans le doute, là. Tout avait bien commencé : on mettait dehors des dictateurs, avec un beau soulèvement populaire associé à des technologies et pratiques sociales de l’occident. Nous autres de l’Ouest nous réjouissions, comme si cela nous donnait encore foi en notre modèle. Depuis, c’est la catastrophe. Les islamistes semblent gagner contre les gentils geeks, les autres dictateurs résistent avec un cynisme effarant. Ca, c’est pour l’ailleurs, ce qui pouvait progresser et qui ne le fait plus.

Chez nous, c’est à pe près aussi pire. L’Italie, qui est le laboratoie à ciel ouvert des évolutions et dérives de la démocratie depuis longtemps, a, après avoir vu son dirigeant populiste sachant manier la télé viré par la communauté internationale et les pouvoirs financiers (le peuple, lui, l’avait élu), nommé un gouvernement sans le moindre homme politique. Et l’Europe de l’Est doute, doute de plus en plus des bienfaits de la démocratie. L’Europe est complètement à la traine, malgré des accords sur des traités à la limite du compréhensible dont on se demande bien comment ils pourraient être votés sans tordre largement le bras à leurs peuples, et sans qu’ils n’apportent de réel progrès démocratique parallèle à l’intégration supérieure demandée.

Non, ca va mal, y’a pas. On est, comme on dit sérieusement, proche de moments de retournements, de points d’inflexions de crise absolument majeurs, ce me semble.

Mais j’ai comme qui dirait du mal à entendre des voix fortes qui proposent du sursaut effectif, et crédible. Y’a quelqu’un ?

Semaine numérique

Attention les amis, voici venue la semaine numérique. Vade-mecum des choses à emporter dans sa besace pour survivre à l’avalanche de débit sur le sujet.

Point de contexte, d’abord. La deuxième semaine de décembre est devenue celle où l’on s’agrège sur la question du web depuis que Loïc Le Meur a su mobiliser son talent et son réseau pour faire venir la silicon valley dans la vieille Europe. Elle débarque dans un lieu safe (si l’on entend par cela un espace où elle est majoritaire et vient tester sa capacité de fascination sur une génération de geeks et d’entrepreneurs, et non des anciens entrepôts d’Aubervilliers), se connecte à quelques sponsors locaux, et irrigue par sa puissance (plus de 3500 personnes attendues à la conférence, à Paris, mazette, cocorico, on est les leaders européens de la conférence professionnelle numérique) l’ensemble des media. Du coup, autour, se greffent des tonnes d’événements.

Effet habituel : se greffent sur cet événement ceux qui veulent exister comme porteurs d’initiatives numériques. Nicolas Sarkozy insiste en lançant ce matin data.gouv.fr, invite les speakers du web à un raout bien à lui, pour marquer au maximum le changement opéré en un an (il y a un an, il invitait quelques gens de l’internet pour lancer une séquence de rattrapage d’un an, depuis, il a multiplié les signaux de préoccupation – pas encore vraiment d’action, peut-être est-ce heureux). Cette même semaine, Google inaugure son nouveau QG français en grande pompe. Et puis, tout le reste : les journées de Cap Digital demain, auxquelles se greffent la première édition française du Personal Democracy Forum, dont Spintank est d’ailleurs partenaire. Chaque communauté professionnelle  numérique en profitera pour se réunir, profitant de l’arrivée à Paris de milliers de développeurs, consultants, financiers et gens normaux.

Comment s’en sortir, quand on en est ?

1. Trier : on ne va pas à toutes les soirées, cocktails, conférences, inaugurations, et autre réjouissances. On sélectionne selon ses préférences : plutôt amateur de bonne bouffe que de nespressi, mieux vaut rester à la maison. Concentration nécessaire sur les retrouvailles de copains que sur les grands discours de big bosses ou politiques : on sait qu’il n’en sortira que du bullshit, en général, et que la vérité est ailleurs.

2. Prévoir le ravitaillement. Qui dit conférence de geeks dit live, nécessité de multitasker jusqu’à l’enfer. L’équipement de base du geek à paris cette semaine, c’est : un smartphone, une tablette, éventuellement un PC ultra léger, mais surtout, surtout, deux ou trois chargeurs, et des batteries de rechange. La denrée la plus difficile à obtenir pendant une semaine en vadrouille, c’est l’électricité, et le livetweet, ça consomme. Haro sur les téléphones à longue durée de vie, diminution de la luminosité des écrans, et charge dès que possible. L’accessoire idéal, c’est évidemment le sac à dos solaire. Le geek non prévoyant sera bien en peine, jeudi, à 19h, pour rejoindre ses amis, sans accès à ses DM.

3. Se vêtir léger, mais tout terrain. L’année dernière, une neige digne de la Sibérie a bloqué Paris en pleine conférence. Cette année, on est prévoyant : chaussures de combat (même vous mesdames), pantalon rembourré, veste imperméable. On ne badine pas avec la protection contre les intémpéries. Grandes poches de rigueur, pour fourguer le matos, les cartes de visite, les gadgets inutiles et autres plans et documentations remis à chaque lieu. Sac à dos (solaire, donc) de rigueur.

4. Devenir ubiquitaire. Quand il y a autant d’événement dans une ville comme Paris qui compte aussi peu de taxis, il faut pouvoir se déplacer vite. L’ouverture cette semaine d’Autolib n’est pas une solution viable pour pouvoir faire Aubervilliers-Elysée-Google-Fondationtruc en à peine deux heures. Il faut compter sur le deux roues. Las, si les intempéries surviennent, le Quadro 4D n’est toujours pas sorti, et l’on ne peut réellement frimer devant ses amis geeks en leur exhibant ainsi une innovation digne de l’ajout d’une 8ème lame sur des rasoirs Wilkinson. Le MP3 reste une solution idéale (dans sa version yourban pour les demoiselles). Sinon, l’alternative est celle du chic : penser au fixie, si l’on va plutôt à une réunion de geeks créatifs ou cultureux, pour les épater de sa maitrise des codes culturels (ne pas oublier ses cartes de visite avec mention du compte vimeo dessus) ou bien au vélo pliant, si l’on rejoint des nerds de la silicon valley.

5. Dormir. Comme ce n’est pas la nuit que le geek dort (il faut rattraper les boulots à fournir, ou bien fêter l’avènement de cette nouvelle ère du numérique), compter pour les moments de repos sur les conférences fournies par Leweb. Choisir pour un assoupissement idéal les places les plus reculées de la salle, et se munir d’écouteurs intra-auriculaires à forte réduction de bruit. Rester discret, mais aussi profiter de ce bon moment de camaraderie quand le geek d’à côté d’endort aussi lors du n-ième keynote sur la transformation mobile des social media, et que how great it is.

6. Prendre du recul. A l’issue de cette semaine où tous les media auront vanté la séquence, la nécessité, l’importance du monde dans lequel on vit, ne pas hésiter à s’imposer une cure de doute, en se demandant si après tout, le cloud, c’est si important, et ça va sauver la planète. 48 heures dans le carré rouge, à manger de la quinoa bio sans électricité ni capter d’ondes nocives, face au spectacle de la nature seule, avec un livre en papier pas encore touché par le numérique et un feu de bois doivent pouvoir guérir le plus redoutable des prophètes de la révolution digitale.

Bonne semaine à tous !