Cher lecteur
Je t’abandonne un peu.
Un truc qu’on m’a appris, dans le passé, c’est que les gens qui prétextaient le manque de temps invoquaient une mauvaise excuse. On trouve toujours le temps pour les choses importantes.
Pourtant, j’évoque souvent le manque de temps quand je songe à ce billet que je devrais écrire ici, ou ailleurs. Ces articles que je promets, et que j’ai un mal fou à écrire.
La vérité, c’est que je suis sec. Manque de vista, d’énergie. Je me consume ailleurs. Principalement dans mon activité professionnelle, figure toi. Elle me demande de l’énergie, un peu.
L’autre vérité, c’est que j’ai toujours cru ma parole annexe, et vaguement sans réelle importance, ou bien nécessitant de l’attention, de la disponibilité. Et surtout, s’inscrivant dans un environnement. Or, celui-ci est saturé jusqu’à plus soif, de trucs merdiques qui donnent envie de râler, souvent, de s’enthousiasmer, parfois. Il est dur de retrouver une place dans ce bruit.
J’admire ceux qui savent tenir le fil et sont sûrs de leur valeur dans ce vacarme. Il faut juste que je songe à retrouver la mienne. Besoin d’un peu de calme.
En attendant, je te laisse avec Elliott. Lui a su le faire à son rythme, ayant trouvé son style, reconnu.
Et en guise de thérapie de reprise de parole, je vais aller parler de vélo ailleurs, bientôt, tous les jours, pendant trois semaines.
Jeu : juste une petite correction
Parce que ça commence à m’énerver un peu.
Je lis ça un peu partout. Comme dans le Nouvel Obs, par exemple :
En 2009, les dépenses des Français aux jeux d’argent (PMU, FDJ, casinos) ont atteint 21,6 milliards d’euros. Le marché des jeux en ligne est estimé à près de deux milliards d’euros par an dès 2011.
Et c’est totalement faux. Mais vraiment, et de pas de l’ordre d’une petite approximation.
Pour arriver à ce chiffre, on additionne non seulement des choux et des carottes, mais, en plus, pour arriver à un chiffre faux. Il faut comprendre quelques petites choses de base, dans le jeu, pour voir que c’est absurde.
Le jeu, c’est assez simple : je mise, je perds (souvent), je gagne (parfois). Et je gagne plus ou moins. Beaucoup de petits lots, peu de gros, peu de très gros. Mais au total, la redistribution est forte. Le retour aux joueurs des mises, on appelle ça le “taux de retour aux joueurs”, le TRJ. Le TRJ de la Française des Jeux, par exemple, en 2008, était de 61,2% des mises. Soit, sur 9,2 milliards d’Euros de mises (qu’on appelle Chiffre d’affaires), environ 5,6 qui retournent dans la poche des joueurs en question. La dépense des joueurs, à ce compte, n’est pas de 9,2 milliards d’euros, mais de 3,6. Ca change quand même pas mal le montant.
Après les mises, il faut compter avec les taxes inhérentes à cette activité, prélevées directement sur les mises, qui vont directement à l’Etat. Pour la Française des Jeux, en 2008, encore, elles se montent à 2,5 milliards d’euros.
Pour l’entreprise, il reste donc un milliard d’euros de “produit brut des jeux”. Les Français en auront dépensé effectivement 3,6. L’entreprise en a un milliard.
Pour les casinos, ça se complique encore plus. Ils ne communiquent pas sur les mises. Les machins à sous ont en effet une mécanique différente des jeux de la Française des Jeux ou du PMU, avec une mise beaucoup plus fréquente, et une redistribution plus forte. Le TRJ des machines à sous est d’environ 85% en France. Quand 100 euros sont misés dans une machine à sous, ce sont 85, grosso modo, qui retournent dans la poche du joueur. Après, il peut les miser à nouveau. Mais sur un an, c’est la grande masse. Et la fréquence de ces mises, ça rend l’idée de la mise absurde, comme unité comptable. On se concentre donc directement sur le “produit brut des jeux”, soit les dépenses nettes des joueurs. Les taxes portent sur cette unité.
Le produit brut (mises – retour aux joueurs) des jeux de casinos était en 2008 de 2,8 milliards d’euros. Soit un montant comparable à la FDJ et au PMU.
Au total, les dépenses des Français ne sont pas de 20 milliards, mais de l’ordre de 8,6 milliards d’euros. Ca change pas mal, non ? Et, pour les opérateurs, effectivement, cela fait 5 milliards pour faire tourner la boutique, et faire son résultat, pour payer son IS ensuite dessus.
Le chiffre de 21,6 milliards d’euros, il est donc construit en additionnant des mises (celles des joueurs du PMU et de la FDJ) et des dépenses nettes (celles des joueurs de casino). C’est comme de dire que le marché de l’automobile est égal à la somme des chiffre d’affaires des constructeurs français, et des bénéfices des constructeurs étrangers. C’est totalement absurde.
Derrière ce traitement médiatique un peu débilitant de l’activité du jeu, il y a beaucoup de non-dit, beaucoup de présupposés, liés à notre perception collective de cette activité. L’idée d’un pactole absolument énorme, de sommes totalement folles, que géreraient les opérateurs. Il y a l’envie que tout ça soit un peu sale parce que gonflé de trop d’argent, et finalement immorale. Il y a l’idée que tout ça est fondamentalement inutile (on dépense, on ne gagne jamais). Il y a l’idée que le jeu, c’est mal.
Le rôle des journalistes, dans ce domaine, devrait être de clarifier, expliquer, décrypter. faire comprendre ce qu’il y a derrière les chiffres plutôt que de nous épater sans recul avec les gros sous, tout en relayant servilement le discours de ceux qui les balancent. Mais non, c’est manifestement trop difficile. Il vaut mieux se contenter de faire écran avec la réalité, plutôt que de la rendre plus juste, plus nue, mieux la cerner.
Tabloid is bad for press image
Zahia/L’express inside.
On a merdé, nous n’avons aucune excuse, c’est mauvais pour l’image de L’Express, mauvais pour l’image de LEXPRESS.fr, mauvais pour l’image d’Internet, mauvais pour l’image des journalistes et, surtout, très, très indélicat.
Eric Mettout, à propos de la publication de l’adresse de Zahia D. sur le site de L’express
C’est marrant comme ce long billet d’excuses qui n’en sont pas est révélateur.
L’ordre compte, dans les phrases. Pourquoi cette révélation n’est-elle pas bien ? Pour l’image, de son canard, d’internet, des journalistes, du métier, toussa. C’est pas bien de faire ce genre de choses (quand on est pris), parce que, tu vois, ça va nuire au business, à la fin. Et puis on va encore dire que l’internet, c’est ragots et compagnie. Et puis, je pense à mes collègues (pour qu’ils pensent à moi) : ca va leur faire du tort (et un peu moins à moi).
C’est beau, cette scène racontée, avec la complicité d’un journaliste du papier qui ne rechigne pas à “faire du web”. Ah ouais, faire du web, quoi, comme entrer en religion, hein. C’est cool, avec Renaud, on se marrait, quand il revenait de ”reportage” (c’est ça, le vrai scoop du billet de Mettout : Renaud Revel fait du reportage, oui, monsieur), et on a balancé le truc qu’il avait attrapé on ne sait pas trop comment (acheté ? Pas trop cher, j’espère).
Quant à Zahia, c’est “indélicat” pour elle, la pauvre. “Surtout”. Surtout indélicat. On aurait pu ne pas le faire, quoi. On aurait pu éviter, parce que bon, c’est mauvais pour l’image, tout ça. Et surtout indélicat. Enfin, je me comprends, quoi.
Triste figure du patron de presse d’aujourd’hui. J’ai une bouse sur un sujet qui buzze ? Je la balance. Je merde ? C’est mauvais pour l’image. Mais c’est pas grave. Comme je suis top 2.0, je vais m’en expliquer sur mon blog, en expliquant que j’ai le même plaisir à faire ça avec les scoops sur Karachi, et que parfois, je fais des erreurs, je me trompe. C’est la transparence, l’humilité, la sincérité.
Avec comme explication finale, en commentaire :
PS: nous n’avons pas commis une erreur parce que nous avons couru derrière le sensationnel mais parce que nous avons commis une erreur.
Et voilà.
Et peut-être aussi parce qu’en fait, cette pute, on s’en fout, non ? Je veux dire, c’est de la merde en boite, tout ça, non ? Ribéry, Benzema, c’est pas le Karachigate. La petite Zahia et son gros pavillon en bordure de voie ferrée, elle est pas vraiment de la haute, quoi.
En fait, il est sans doute sincère, et ne se rend pas compte que ses “excuses”, qui n’en sont pas (“j’ai fait une erreur”) ne font que raviver la crise, l’entretenir. Qu’il apparait avec tout le mépris qu’il a pour ses sujets, qu’il traite comme de la marchandise. Faut l’imaginer en vendeur de bagnoles. ‘”Je fais du Karachi le matin, je fais du Zahia l’après-midi. Je le pignole et je le vends, ça fait de la page vue. Voilà, mon bon monsieur, mon travail. Parfois, on fait des erreurs, et y’a des accidents, c’est mauvais pour la profession, hein, quand on fait des erreurs, mais bon, tout le monde en fait, hein, y’a pas que moi, et voilà”.
E-JJSS, version 2010.
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EDIT : Eric Mettout vient déposer son caca en commentaires. Oui, un caca. Avec les mots, bien relevés par “pikachu” : purin, fesses, etc. Je ne relève pas l’ensemble des saloperies qu’il envoie, puisque le seul mode de réponse qu’il a à toute critique de son activité, légitime ou pas, c’est l’attaque. Je note juste qu’il m’impute des règlements de comptes perso, ce qui ne serait “pas nouveau”. Je tiens à souligner que je n’ai, à l’égard de ce monsieur, aucun compte à régler, personnel ou professionnel. Aucun compte, aucun passif, aucun enjeu caché ou non connu de tous. Je ne l’ai jamais rencontré, ce que je ne souhaite pas par ailleurs, eu égard à ses méthodes, déjà éprouvées par le passé. Je me bornerai donc à constater qu’elles ne changent pas. Et je sais faire la différence, dans ma hiérarchie de valeurs, entre le commentaire sur la micro-gestion de micro-crise par un tiers, sur une nano-publication, et la divulgation d’informations personnelles d’une semi-célébrité sur un grand carrefour d’audience, dans une course au scoop.
Là où l’eau est
Comment raconter Venise à qui n’y est pas allé ?
A chaque fois que je dis que je vais, ou suis allé, à Venise, à quelqu’un, j’ai invariablement deux réponses. Celui qui me dit “tu as de la chance”. Celui qui me dit “ah bon ?”. Le premier y est allé, en général. Le second n’envisage pas vraiment d’y faire une halte. Il ne connait pas, et a vaguement l’impression d’une sorte de gros Disneyland rempli de touristes, où l’on voit des affreux personnages avec des masques de carnaval ridicules.
Raconter Venise, c’est tellement difficile. Tant d’auteurs l’ont fait. Montrer avec des photos semble ne pas suffire. Et pourtant.
Venise et son eau. Ses lumières. Ses rues. Ses ponts. Ses voix, au détour d’une ruelle. Ses dénominations de tout, son vénitien, petit flute. Ses enotecas, ses vins d’alentour. Ses rues si vivantes le soir, à l’heure de l’apéro. Sa vie de vraie ville, malgré les touristes. Ses peintures incroyables, nichées dans chaque église. Son architecture, son histoire de quatre siècles d’architecture, si spécifiquement exprimée dans un lieu unique. Son luxe, ses palaces, sa vie culturelle du passé. Ses campi, où l’on se retrouve, où les enfants jouent au foot devant des étudiants qui boivent un verre. Ses marchés, connus ou cachés. Son linge qui sèche de fenêtre à fenêtre. Son attrait, aujourd’hui, encore, pour tout artiste. Son université, où l’on se forgerait des carrières d’historien ou sociologue rien que pour donner cours ici…
Rien ne peut dire la dégustation d’une glace sur les Zaterre. Le fait de boire un verre de vin à côté d’une galeriste, d’une vendeuse de brimborions et d’un moustachu qui se retrouvent le soir. Rien ne dit la fatigue des jambes et la joie des yeux. Est-ce que quelque chose égale l’arrivée le soir à l’embouchure du grand canal ?
Même après quelques semaines cumulées passées là-bas, tout est toujours découverte. Oh !
Y revenir.
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Je te laisse imaginer. Je ne suis pas sûr de te laisser de photos.
Go
Je vous abandonne.
Avec une vue sur la Casa Gardella alle Zattere. Interprétation, des années 1950, de l’architecture des palais vénitiens, en reprenant les signes distinctifs, et les matériaux, tout en les nourrissant d’une vision rationaliste, abstraite.
Quelques jours loin de vous. Et là où il faut.
Investigative journalism ?
Dans la foulée de la vidéo de wikileaks.
And yet, perhaps the most telling aspect of the release is that, in the absence of budgets and bureaus for American newspapers, investigative journalism in Iraq has fallen to someone like Assange, an Australian national at the head of an Icelandic non-profit founded by Chinese dissidents.
Kevin Charles Redmon, dans The Atlantic.
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La saga du site de l’Elysée continue
On se demande si on aura un jour un site de présidence qui sortira sans faire rire tout le petit monde de l’internet.
La sortie de la nouvelle version du site de l’Elysée était attendue. L’équipe aux commandes y investissait du temps et de l’intelligence, se donnait des moyens, cherchait à innover. Elle avait largement préparé le terrain, présentant la chose en avant-première à des journalistes et blogueurs, pour en obtenir un traitement favorable. On connait la suite : les tentatives d’innovation (recherche vidéo, essentiellement) sont masquées par le ridicule du copier-coller du site internet de la maison blanche. Copie intégrale, des gabarits, des choix de thèmes éditoriaux. On a voulu faire comme là-bas. Ca ruine toute impression d’originalité, et le message implicite est atroce : je veux vraiment ressembler à un président américain.
Il suffit de cliquer sur un lien pour s’en rendre compte. Tout cela a été analysé largement toute la journée. Gabarits, zoning, iconographie, choix des typos, emplacement du moteur de recherche, boite de liens vers les media sociaux (dont certains inactifs), footer. Une copie intégrale, pur jus, sans même s’en cacher.
Si Tony Blair avait copié, à l’époque, le site de George Bush, que n’aurait-on dit ! Si On se demande comment on peut faire ça, manquer à ce point de lucidité, ou afficher un tel mépris pour le visiteur, et la créativité des studios et agences françaises.
Pour autant, ce ridicule n’est pas le premier. La sortie d’elysee.fr en 2007, simple copier-coller du site de campagne de Nicolas Sarkozy, truffé de bugs et de fonctionnements allant à l’encontre de ce qu’est une écriture web, avait irrité tout le milieu des professionnels du web. On se foutait de leur gueule. On recommence un peu, mais c’est plus des Français qu’on se fiche à présent, en leur sortant une copie du grand frère américain, comme si notre identité ne passait que par le remplacement d’une maison blanche par faisceau de licteur redessiné en bleu marine.
L’épisode précédent date d’avant, encore. En 1997, l’Elysée lançait en fanfare, le 14 juillet, son premier site internet. On y voyait une image désuète d’un tapis rouge menant aux portes du pouvoir, avec une maxime écrite de la main du président. Dans la nuit, d’aimables plaisantins mettaient en ligne elysee.org, recopiant intégralement le site en en modifiant textes et images. La maxime d’accueil devenait “ça m’en touche une sans faire bouger l’autre”, et le web indépendant référençait le pastiche plus sérieusement que l”original. Les services de l’Elysée n’avaient même pas pensé à réserver ces noms de domaine.
Deux choses ressortent de ces blagues de sortie.
La première, c’est que les internautes actifs, connectés, seront toujours plus malins et forts que les grosses machines, sur ce terrain qu’ils maitrisent, qu’ils dessinent, pour repérer ceux qui y arrivent avec leurs gros sabots. Et c’est tant mieux : cette rue est la nôtre, avant d’être celle des institutions.
On voit d’ailleurs la puissance des internautes connectés, par rapport aux journalistes vus en solo, dans des présentations en tête à tête. Ils ont tout de suite repéré la similitude avec whitehouse.gov, quand tous les articles parus, sur slate, rue89 et autres sites d’infos ou blogueurs à la solde relayaient en amont de la sortie des coulisses sans réel intérêt. L’arbre cachait la forêt. Le spin individuel ne marche plus, en ligne.
L’autre, c’est le mépris affiché, en creux, par cette première institution, à l’égard de ce truc obligé, chiant, nécessaire qu’est le web. Ce caillou dans la chaussure qu’on ne sait pas comment prendre, et donc qu’on attrape de manière brutale, sans finesse. Aurait-on imaginé un jour que l’Elysée ose commander des voitures officielles qui seraient des copies d’américaines, qu’on oublie de mettre des timbres sur des enveloppes d’invitations ? Ce sont des choses sérieuses. Le web ? Manifestement pas.
Barack Obama a su réunir une réelle intelligence du web, de l’écosystème qui s’y développe, il sait mobiliser des soutiens, agir sur l’information, forcer les administrations à s’ouvrir à son contact. L’Elysée copie un site web. On attend.
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PS : et à côté, dans toute l’administration, des tas de professionnels font leur boulot, patiemment, savamment, en faisant avancer les choses à leur rythme, avec leurs difficultés, leurs élans. Je gage qu’ils aimeraient avoir du Château un élan et une reconnaissance.
PPS : petite note sur l’identité :
On a peu commenté l’introduction de ce logo, accolé aux pupitres du président, et désormais utilisé dans tout le déploiement de l’identité de la Présidence. On avait déjà une identité de la République, par ailleurs. On a voulu un blason pour le président, qui fasse plus chic. Il y aurait tout un cours d’héraldique à développer pour analyser l’histoire de cette identité de l’institution présidentielle. On pourra relire, aussi, derrière cette nouvelle identité, un fabuleux retour en arrière, où le président, qui avait jusqu’ici fortement personnalisé l’institution, se retranche à présent derrière elle, comme rattrapé.
Je me contenterai de relever une petite chose, très identitaire : les accents. En français, on met des accents sur les lettres, qu’elles soient en minuscules ou majuscules. Les hauts de casse, de Présidence, de République, d’Élysée, de notre fière devise, devraient porter fièrement leurs é, leurs É. Tant pis pour la langue. Et vive l’Amerique !
Réveil post-remaniement
L’opération non-remaniement semble avoir porté ses fruits (pas de bruits, pas de cris, …), comme si on avait oublié qu’il y avait eu une campagne, des débordements, et des résultats.
Pas la peine de gloser plus. L’écosystème ne semble pas porté à contester. Le PS est tourné vers 2012, les verts lancent des grands débats participatifs. Et pendant ce temps, on maintient une ministre qui est l’élue d’une des collectivités dont elle a la charge, a tenu des propos jugés scandaleux jusque dans son propre camp…
“Mes chers compatriotes”
Allocution du Président aujourd’hui.
(au passage, on attend avec impatience le nouveau elysee.fr, promis depuis longtemps, ne serait-ce que pour bénéficier un jour du texte de ce genre de discours)
Le discours est simple :
- je vous comprends
- je reprends le fil
Le “je vous comprends”, ça se traduit par des “vous avez exprimé”, “vous avez voulu dire”, “vous êtes souvent”, vous, vous vous.
Le “je reprends le fil”, c’est la ligne instituée dans l’interview du Figaro : je réforme, je n’ai pas quitté mon ambition de 2007, celle où j’étais si populaire. Façon TINA, there is no alternative. “C’est la seule façon”, répété trois fois, dans une anaphore qui nous rappelle des temps anciens. On tente donc de rappeler qu’il y a un cap, pour ceux qui auraient perdu le fil (il y avait de quoi).
Gros focus sur l’agriculture, aussi. Dès l’introduction, avec une triple crise, économique, financière, et agricole (pas climatique ?). Et la mention de la crise agricole comme
Retour aux valeurs et principes ensuite. Valeurs et principes. Absentéisme scolaire. Voilé intégral. Dumping environnemental (façon préférence nationale et taxe aux frontières). Valeurs et principes clairs : de droite, façon ordre et protection de l’estranger.
Bilan de cette intervention : les qualis post-élection et les sondages sortie des urnes ont indiqué que le président paraissait lointain, sans écoute, et avait perdu le fil de son ambition de 2007, que les agriculteurs avaient déserté le vote ou voté FN.
C’est pas avec ça qu’il va se remettre en piste. C’est fou comme il a perdu de vista et mobilité. C’est vraiment un candidat, pas un président. Reste à savoir s’il saura être un bon candidat à ce statut.
Régionales, votes en volume, à nouveau
Quelques représentations de l’évolution des votes, à nouveau en effectifs, pas en pourcentages, pour pouvoir comparer des vues à long terme.
Je réitère l’exercice de lundi dernier, avec d’autres représentations. Histoire de montrer l’évolution des volumes de votes. Evidemment, je n’ai pas le temps de pousser plus loin une représentation complète, étant passablement surchargé de boulot par ailleurs. Si quelqu’un veut prolonger, approfondir, je suis preneur. Ceci n’est qu’une suggestion, pour pouvoir lire derrière les “scores historiques” et les pourcentages qui masquent souvent les réalités de déplacements de population aux urnes.
Première série : les régionales de 2004, celles de 2010, et l’anomalie des européennes de 2009.
Comparons donc les scrutins 1er et 2ème tour de 2004 et 2010, en effectifs. Et insérons-y une autre série, celle des européennes de l’année dernière. Pourquoi ? Parce que c’est un scrutin à faible participation, aussi, et celui qui a entériné deux éléments forts d’analyse : la chute du FN, et l’irruption d’Europe Ecologie comme acteur fort de la gauche.
Pour le rapport de forces des grandes familles politiques, ça donne ceci :
(cliquez pour agrandir)
Ce qu’on y lit : des confirmations, et des légères contre-intuitions par rapport au discours généralement porté dans l’analyse immédiate.
Le FN, d’abord. La baisse tendancielle est lisible. Il faut comparer surtout les premiers tours : les deuxième sont surtout fonction des capacités de maintien des listes régionales. La ligne est toutefois assez claire : le FN baisse tendanciellement, et son point bas de 2009, lors des européennes, semble surtout lié au niveau très faible de l’abstention. Clairement, des électeurs nombreux arbitrent entre l’abstention et le vote FN.
La droite, ensuite. Le premier tour de 2010 a vraiment été une catastrophe totale. Perte de plus de 2 millions de voix par rapport au premier tour de 2004, et niveau encore plus faible qu’aux européennes. Remobilisation au deuxième tour en 2010 assez nette, sans vraie réserve de voix (on va chercher bien au-delà du vote FN du 1er tour) mais vraiment faible : on n’atteint même pas le niveau du 1er tour de 2004. Le socle était trop bas.
Le Modem, ensuite. La courbe parle d’elle-même. Disparition. Il faut se rappeler que 6,8 millions de personnes ont voté pour François Bayrou en 2007, soit nettement plus que le total de l’UMP et ses alliés au premier tour de 2010.
L’extrême-gauche, ensuite. La tendance est assez lisible de scrutin en scrutin : ça disparait peu à peu, également, selon une pente nette. Echec de la réorganisation de cette gauche. Au bénéfice de qui ?
La gauche, enfin. Complexe, non ? La véritable anomalie dans le graphique, c’est 2009, et ces européennes. Sans cela, on est dans un schéma plutôt classique, et assez équivalent en 2004 et 2010. Avec une plus forte mobilisation de deuxième tour en 2004, où la gauche avait gagné 3 millions de voix. Le léger déficit relatif de 2010 est assez difficile à analyser : on votait pour des sortants, ce qui n’est pas favorable, mais la contestation de l’exécutif national aurait du jouer par ailleurs. Au total, mobilisation relativement décevante, en plein mid-term de Sarkozy. Et surtout, pas du tout un vote historique : on n’atteint pas la cheville de celui de 2004, en volume.
Les composantes de la gauche
La comparaison 2004-2010 a ses limites, et ne vaut qu’au premier tour. Je vous renvoie à mon précédent billet. Ce qui est intéressant, c’est la comparaison européennes-régionales, à dix mois d’écart. On avait commenté l’irruption d’une nouvelle deuxième force de gauche. Elle a eu lieu. Mais le PS s’est bien repris, retrouvant les 2 millions d’électeurs qui lui ont fait défaut en 2009. C’était donc bien essentiellement d’abstention qu’il s’agissait, plus que de véritable transfert (à la marge, sans doute).
Le front national ?
On a souvent dit que Nicolas Sarkozy avait tué le FN. Son score relatif de 2007 en était la preuve : 10,44%. Pourtant, il subsistait en 2007 3,8 millions d’électeurs pour Jean-Marie Le Pen, certes en baisse par rapport au 4,8 millions de 2002. Rognage, donc, mais pas disparition.
De fait, le vote FN a fortement reculé. 1,5 millions d’électeurs de 2004 à 2010, c’est net. Le transfert se fait manifestement fortement sur l’abstention. Autant le Sarkozy de 2007 n’avait pas totalement tué le FN, autant le FN est-il en train de mourir, sans doute plus du vieillissement de son patron. La glose sur le grand retour du FN à ces régionales tient lieu de talisman : le retour des électeurs ne s’est pas fait, et c’est tant mieux, vu qu’un niveau de celui de 2004 aurait souvent placé le FN dans une position de triangulaire systématique, et sans doute souvent très proche de la droite (voire devant ?).
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Voilà pour quelques analyses de coin de table, post-élections. Une nouvelle phase est ouverte. On retiendra de ces élections qu’e la gauche peut être majoritaire, quand la droite peine à mobiliser la moitié de son électorat. On se dit que, pour 2012, ce n’est pas avec le grand maboul qui sort son parti jeudi qu’on va récupérer les électeurs du centre-droit, ou de la droite traditionnelle (il faudrait vraiment comprendre qui ont été ces électeurs de droite abstentionnistes, leurs raisons, leurs reproches – gageons que les équipes de Pierre Giacometti sont dessus). Nicolas Sarkozy a deux ans pour tenter de refaire le grand écart, proposant une solution crédible aux déçus de la politique et refusards, et remobilisant les mous, les raisonnables. Pas évident.
A gauche, rien n’est gagné, mais l’horizon est propre. On se dit que le remède de premier tour, pour la présidentielle, que représenterait une vraie primaire de gauche, est vraiment une option à ne pas oublier…
A vous.

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