Morandini chez Martel : à côté du sujet ?
Morandini n’est pas un système qu’il faudrait dénoncer. Il est un syptôme marrant.
Je rentrais du boulot dimanche, en voiture, en écoutant le sympathique et irritant Frédéric Martel (sympathique par l’ambition, de la culture de masse, numérique, par ses choix de sujets, par ses chroniqueurs, irritant par cette impression parfois de tomber totalement à côté de l’essentiel, d’être par trop amoureux de l’écume, du pop qu’il vient de découvrir, bref, ce n’est pas mon sujet, ça vaudrait le coup, si j’en avais le temps, de partager avec quelques auditeurs ce qui va, ne va pas, chez Masse Critique…).
Martel recevait Jean Marc Morandini. Vous savez, celui qui tient trois heures chez Europe 1, une sur Direct 8, deux chroniques quotidiennes dans les journaux de Bolloré (Direct matin et Direct soir) et un site internet, jeammarcmorandini.com (je ne mets pas de liens, comme il le fait lui-même, tentez d’aller voir par vous-même).
Bref, sur France Culture, c’était un peu la réception de l’hydre, du monstre. Et on avait comme chroniqueur Pascal Riché, l’anti-Morandini. Là où Morandini recycle tout, ne vérifie jamais rien, balance et rebalance, Riché, c’est déontologie et amour du journalisme avec un grand j. Et Pascal est un des meilleurs journalistes de France. Sauf qu’il s’est fait volontiers prendre au piège par le vilain Jean-Marc, en direct. Et que la critique Martelienne de Morandini est globalement passée à côté, offrant à l’intéressé une très belle occasion de nettoyer un peu sa réputation de vilain élève de la classe médiatique.
Reprenons.
Pascal Riché a bien caractérisé ce qu’est Morandini, aujourd’hui, en reprenant quelques bons concepts de l’analyse des media – l’infotainment, le personal branding, le versioning – et en disant avec justesse qu’il arrive à concilier public de professionnels et grand public.
Côté Martel, c’était une reprise de l’enquête de télérama, qui visait à dénoncer un système. En gros :
« Le mécanisme est simple : Morandini relaie une rumeur sur son blog, la dément sur Europe 1 puis résume toute la polémique sur Direct 8. A lui seul, il fait l’actu. »
Bref, on tente de dénoncer dans cette enquête, et d’en parler dans l’émission, sur l’angle d’un système bien rôdé, rentable, assez impressionnant. Avec une pointe de dénonciation générale, sur quelques aspects peu reluisants du fonctionnement dudit système.
Sauf que.
Sauf que Morandini, ce n’est pas vraiment un système. C’est le morpion d’un système. Ce n’est pas juste de l’infotainment, c’est une dérivée de l’infotainment, qui pompe avec plaisir le système médiatique de ses recettes, sans jamais rien produire, tout en créant, de ce fait, une attraction et une concurrence. Cette caractérisation fut assez absente de l’émission, comme de l’enquête.
Morandini ne produit rien. La plupart de ses scoops, il les reprend de sources diverses. Il fait plus que reprendre ou citer, comme il l’a dit plusieurs fois à l’antenne. Il reprend à son compte, s’embarrasse à peine de citer sa source, colle tout un tas de gros “EXCLUSIF”, met bien en valeur la contribution de JMM dessus, met son gros logo en haut de la vidéo, et hop, chope tout le joyeux trafic des autres, sans jamais redonner.
JMM, c’est le morpion médiatique de l’ère numérique. Celui qui a compris que l’information est une commodité, que personne n’en est vraiment détenteur. Il vous mettra ainsi du Yann Barthès tous les jours, sans logo Canal sous la vidéo, sans un lien, sans rien qui permettre à Canal Plus de bénéficier en retour de son agitation. De fait, son site n’est pas juste un site sur l’actu des media. C’est un réceptacle à ce qui pourrait faire agenda, et donc trafic : Morandini pompe les contenus, pour pomper l’audience ensuite.
Il pompe tellement fort et tellement vite qu’il est devenu incontournable pour le petit monde de l’info en temps réel. Aussi incontournable que désagréable : on ne peut plus s’en passer. Dans les chaines d’info en continu, son site est ouvert en fond d’écran en permanence, alors que le site de la chaine n’est souvent même pas vraiment consulté. Comme il pompe tout, il est utile : on ne passe plus à côté de ce qui fera buzz, dans la rubrique people-télé, à tout le moins.
Morandini est très malin. Il ne pompe pas trop non plus. Il met les noms, et ne creuse pas. Il remplace : au lieu d’un long article ou d’un documentaire, il prend quelques secondes, résume en un paragraphe, et hop, emballé, voilà une news. il fait de la radio sur le web.
Il n’est pas un système. Il est un joyeux symbole de l’agonie d’un système d’information professionnelle en temps réel, avec sa dérive d’information people et de surcouverture d’un nombre réduit d’événements autocentrés. Il est un passager clandestin dans un bateau ivre. Il ne paie pas son billet, mais comme tout le monde dégueule, il a bien le droit.
Et Morandini a beau jeu. Il ne voit pas la différence entre ce qu’il fait et du “journalisme de liens”, du recyclage de l’info, tel qu’il se pratique désormais partout. Sa réponse à Pascal Riché, qui lui reprochait de ne pas “faire de liens” sur les articles, est très bien vue : “et pourquoi je devrais ?”. Hein, alors, information wants to be free, non ? Alors merde, je copie-colle, moi, ça te gène, coco ? Chez Pascal Riché, il y a le présupposé qu’il faut informer, potentiellement donner à quelqu’un la capacité d’aller plus loin, par un lien, un désir de guider. Morandini, lui, s’en contrebalance. Il bouffe, il pompe.
Morandini, c’est un hacker capitaliste, en quelque sorte. Le parfait passager clandestin. L’homme qui, par son activité de pillage (gentillet), montre l’inanité d’un monde. De ce point de vue, il est à la fois inquiétant (il pourrait forcer à une régulation encore plus drastique de la propriété intellectuelle), et amusant (il nous montre qu’un certain monde tourne à vide, en faisant son audience de la télé).
En fait, tout ça était en creux dans l’émission de Morandini. Son absence de critique, son comportement de bouffeur de buzz, tout ça était pressenti. Ne pouvait-on le rendre un peu plus explicite, plutôt que de simplement le mettre en scène, dans une émission qui se veut analytique ?
On attend l’article sur jeammarcmorandini.com pour y remédier…
Souvenirs d’aéroports
Parce que janvier sans voyages impose le besoin de penser aux évasions passées.
L’aéroport de Tokyo, à l’arrivée, en 1998. Salles fumeurs comme des bocaux qui font face aux files de l’immigration. Alors que le vol de l’ANA était encore fumeur (ça a existé, si on parvient à s’en souvenir), le bocal est empli de japonais, se tenant droits, fumant en silence, lentement.
L’aéroport de Nairobi, auquel on arrive après une escale à Dubaï. Là où Dubaï n’est que marbre et dorures, et s’étire en longueurs, dans un volume impressionnant, parfaitement réfrigéré, Nairobi est petit, bétonné, sale, et désuet. Il faut payer en liquide pour le visa, mais aucun distributeur ne fonctionne. A Dubaï, on peut retirer de l’argent tous les cinq mètres.
L’aéroport de Stockholm est extrêmement lumineux, avec ses grandes baies vitrées, et il y a du parquet au sol.
Dans celui d’Helsinki, ce ne sont pas de grandes lattes de bois, mais ces parquets faits de carrés de petites lattes, qu’on trouve dans les appartements des années cinquante. Parquet par ailleurs trop abondamment vernis, il brille.
Ce que je préférais de l’ancien aéroport de Bangkok, c’était le trajet pour arriver en ville, avec cette autoroute urbaine interminable et grouillante, survolant un paysage infini de temples, panneaux publicitaires, taudis, et amas de buildings successifs. Un prélude. Cela se police, à présent.
A Rio, le plus incroyable est Santos Dumont, qui offre une vue magnifique sur l’ensemble de la baie. En décoller est un délice. L’aéroport Antonio Carlos Jobim (le Brésil est le seul pays à donner à ses aéroports le nom de compositeurs de balades douces) a le plan d’un soutien-gorge.
Charles de Gaulle 1, et ses terminaux enfouis sous terre. Je ne suis évidemment pas le seul à avoir fredonné l’air de Goldorak en glissant sur les tapis roulant.
JFK et son enfilade de terminaux absurdement mal reliés, chacun pour une grande compagnie. La course, à 23h30, de l’un à l’autre, alors que tous sont vides, pour attraper la correspondance Delta, que nous n’atteindrons pas. Depuis, je préfère Newark, pour lequel l’arrivée permet de longer la skyline de Manhattan.
L’aéroport de Koh Samui. Petites paillotes, ambiance bon enfant, qui hésitait entre Walt Disney et une dictature africaine. Pas de sas, de douanes, de contrôles, de tourniquets, de passerelles. Tout se fait à la main, et est visible du passager.
Le salon business de Newark, qui ressemble au café d’un mall, où tout serait gratuit, quand celui d’Helsinki est un ravissement de design un peu dépassé.
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La liste pourrait se prolonger. Quand je pense que peut-être mes petits-enfants ne connaitront pas les aéroports.
SFR – mon problème
Un petit cas personnel qui m’inquiète. Monsieur SFR, si tu passes par ici, je serais preneur de ta réaction, car ton absence de prise en compte de mon problème me fait très peur sur ton attitudeà l’égard des données personnelles.
EDIT.
Depuis la publication de ce billet, mon problème a été réglé par SFR. JE regrette d’avoir du utiliser ce moyen pour alerter la direction de mon opérateur mobile, mais constate que le web peut, parfois, être un bon levier d’alerte. J’invite d’ailleurs SFR à assister autrement les centaines de consommateurs (c’est le cas de tous les opérateurs) qui ont des problèmes et n’obtiennent pas de réponse (et donc, logiquement, se tournent vers le web).
Mon cas personnel est réglé pour ce coup. Des bugs existent toujours, des problèmes, quand on gère une base de clientèle de millions d’utilisateurs, aussi. Mais l’écoute et l’efficacité des services clients, comme l’information intelligible (bonjour le niveau du site de SFR !), en ligne, restent la meilleur protection contre tout risque de réputation…
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Je m’explique.
Je suis client SFR depuis 1998, avec le même numéro. Jamais changé, toujours prolongé. Un client de rêve, qui a vu son budget mobile progresser d’année en année. Toujours le même numéro, depuis des années.
Bref.
Il y a quelques années, j’ai eu une surprise. Me connectant sur l’interface de gestion de mon compte, j’ai découvert que celui-ci n’était pas à mon nom, mais au nom d’un autre, celui de M. Pierre-Nicolas P. habitant à 15 numéros de mon domicile, dans la même rue.
Surpris par ce changement de nom, j’ai demandé au service client, par téléphone, de bien vouloir rectifier la chose. Rien ne fut fait. Depuis, environ tous les 3 à 6 mois, je renouvelle ma tentative. A chaque fois, on me dit qu’on va s’en occuper, que cela sera changé rapidement, etc… Mais rien ne se fait.
Je n’ai aucune envie d’envoyer un recommandé à SFR. Je considère que la rectification des données de mon compte, sur des éléments aussi sensibles que mes données personnelles, devrait aller de soi, et pouvoir être rectifié rapidement, sans que je n’aie à dépenser du temps et de l’argent
Je crains pour la gestion de mes données. Cette autre personne a-t-elle accès aux données de mon compte ? Peut-elle consulter mes factures ? Mon historique de surf, mes abonnements divers ?
SFR est très léger; sur ce sujet. J’imagine bien que mon cas est le résultat d’un bug, ou d’une erreur de saisie, mais il reste intolérable que l’on ne puisse me donner de nouvelles, et traiter un cas aussi sensible.
J’espère que ce billet arrivera aux oreilles de SFR. Et je suis disponible pour échanger par e-mail (versac@gmail.com). N’hésitez pas à le twitter, comme je l’ai fait auprès de 26000 personnes…
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PS : si vous êtes dans un cas proche, faites m’en part en commentaire.
L’année promet !
On n’est que le 19 janvier ?
C’était tout à l’heure, aux vœux de Nathalie Kosciusko-Morizet. Discussion avec quelques lascars du web, autour de l’actualité qui nous unit. Il y avait là un lobbyiste des internautes à grandes pattes et lunettes carrées, un responsable de relations institutionnelles d’un grand acteur du web américain, un consultant, moi, qui sais-je encore.
L’énumération est partie vite. La “taxe google”, aimable paravent, troll à media sorti par la mission Zelnik et accentuée par notre président. Ce que contenait, derrière, comme propositions soit absurdes, soit liberticides, ladite mission. Et puis, l’initiative italienne, de censurer le partage de vidéos en ligne. Et puis l’attaque contre Google en Chine, menant au bras de fer que l’on sait. L’arrivée prévue du grand débat sur LOPPSI, qui donne lieu à quelques passes d’armes.
Nous ne sommes que le 19 janvier. Aujourd’hui, la ministre en charge de l’économie numérique a réuni tout le petit gratin de la profession pour annoncer 2010, année numérique. Elle est bien là ! Elle va être chaude comme une patate qui sort du four. Elle promet !
Il va y avoir du boulot, des recompositions, des tentatives de régulation, des esprits échauffés, des passes d’armes. Un vrai théâtre, pour des enjeux forts. Voilà qui promet et excite. Mon seul espoir, ce serait que ce débat, cette année, s’améliore, progresse. On ne peut pas dire que les premiers signes (Zelnik, Berlusconi, taxe google…) nous le promettent. On peut espérer quelques contrefeux, et initiatives qui aillent plus loin…
Bonne année numérique ! Il nous reste 346 jours à tenir !
Alain Dolium ?
Il est tard, j’ai encore du travail, alors j’avais besoin d’une petite récréation…
Depuis plusieurs semaines, je reçois des tonnes de suggestions, sur facebook, pour devenir fan d’Alain Dolium, nouvelle égénrie du Modem, qui veut mettre en avant un Obama Français, pour les régionales. Je ne connais pas ce monsieur, sorti de nulle part, dans une tentative de mise à l’agenda du Modem, et de modernisation par la mise en avant de la “diversité” bien visible.
Je n’ai a priori rien à lui reprocher, sauf ce storytelling appuyé et cette manœuvre visible, trop visible. Alain Dolium est un jouet, à mes yeux. Grand bien lui fasse s’il réussit, et mène une carrière .
Ceci-dit, j’en doute. J’ai suivi un peu son irruption, fin novembre, sur la scène politique, et n’ai toujours pas réussi à tirer de son discours autre chose que “la proximité” et “la diversité”. Sa présence en ligne en témoigne, d’ailleurs : on retrouve essentiellement une page facebook et un twitter (totalement inintéressant au demeurant). Aucun espace pour développer une narration approfondie. Le coup est médiatique, la narration réduite à des signes, la stratégie télévisuelle : suivez-moi, je vais ici, je fais ça, je ne vous raconterai rien de détaillé.
Et puis.
Et puis il y a cette photo, celle de sa page facebook. Elle n’est pas laide, mais enfin, que veut-elle nous dire ?
“Salut coco, t’as vu comme je suis chic avec mes boutons de manchette ?”
Style travaillé, belle chemise blanche, costume sombre, belles mains, et léger mouvement pour bien faire apparaitre les boutons : coco, moi, je suis chef d’entreprise…
C’est bien, l’aspirationnel de droite. Mais quand on dit vouloir développer la proximité, représenter les jeunes des quartiers, travailler à plus de terrain et de contact, ne peut-on, à défaut de le montrer, au moins penser à transcrire ce positionnement dans ces signes-là ?
Non, parce que, si je vous mets ça, vous comprenez ?
(je n’ai pas blanchi les mains, pas assez de talents photoshop).
La stratégie des européennes, taper fort sur Sarkozy, a échoué. Le Modem tenterait-il de prendre ce qu’il y a de bon, chez Sarkozy (l’aspirationnel du self-made-man) ?
Allez, il reste encore quelques mois à Alain Dolium pour penser et mettre en œuvre une stratégie de communication, qui dépasse le simple flux, la présence à l’esprit… S’il est l’Obama français que Sarkozy nous vante, sans-doute saura-t-il comprendre qu’il faut narrer, développer, raconter, et mettre en scène des signes qui ont un sens…
Réseaux sociaux politiques : quelques remarques
Coopol et créateurs de possibles, Epicentre pour le nouveau centre, Lesdémocrates pour le Modem, Europe Ecologie qui va lancer sa nouvelle version… Nouveau sujet à la mode : tout le monde veut son mybarackobama.com
Et tout et n’importe quoi est dit, et fait, par les partis politiques. Quelques idées sur cette tendance fourre-tout.
Remplacer le web ?
Le dialogue, le débat citoyen, la proposition, la contestation, tout cela existe déjà.
Clamer, comme le fait l’UMP dans le mail envoyé que “avec les Créateurs de Possibles, l’internaute ne sera plus spectateur mais véritablement acteur de ce débat citoyen”, c’est céder à un tropisme habituel dans les entreprises et les partis politiques : croire qu’avant eux, rien n’existait.
La réalité, c’est que les partis politiques ont l’ambition de ramener à eux le formidable mouvement d’expression, de mobilisation, de sociabilité qui s’exerce en ligne. Par opportunité, d’une part, puisqu’il y a là un moteur d’élargissement de leurs soutiens, mais aussi par peur : ces mouvements autonomes de militants auto-organisés sont une menace pour la survie des partis.
Barack Obama l’a fait. Depuis la sortie de notre rapport Terra Nova, qui a circulé dans tous les Etats-Majors, tous ont compris un seul message : il nous faut notre réseau social, pour élargir la base des militants, et renforcer leur efficacité. Sans forcément penser, ou oser mettre en œuvre, les facteurs-clefs de succès de ces réseaux.
Des réseaux très différents.
Tous ces réseaux militants n’ont rien à voir. La Coopol est avant tout un outil de changement de l’appareil du PS. C’est un intranet du parti, réservé pour l’instant aux seuls camarades, et bientôt, parait-il, aux sympathisants (on en reparlera). Le pari est audacieux : espérer par un outil web changer la sociologie centenaire et immuable d’un parti politique, en faire pêter le cloisonnement, y amener de l’initiative, de l’individu, de l’autonomie… Je n’ai jamais vu ça, un parti qui mute par les outils, et pas par le chef, ou la menace externe (la concurrence ou la survie). Mais enfin, si on a foi en la technologie, pourquoi pas ?
Les Créateurs de possibles ne sont pas destiné aux adhérents de l’UMP ; le site remplit deux objectifs. Le premier est un objectif de recrutement, de mobilisation : il s’agit d’identifier et faire venir des militants attirés avant tout par une cause, un sujet, qui se qualifieront d’eux-même. Ensuite, charge à l’appareil et au CRM actif de l’UMP de les transformer en supporters. L’autre objectif, c’est de construire un vaisseau amiral, un ambassadeur du parti dans des sphères sociales et d’information, rôle que ne peut pas jouer le site officiel.
Côté Nouveau Centre, on ne sait pas à quoi ils jouent : ils ont simplement le même dispositif web que Valérie Pécresse et Philippe de Villiers pour les européennes, alors que la nature de leurs cultures politiques n’ont rien à voir. Epicentres est mou comme tout, aujourd’hui, et on doute que la base militante relativement faible du Nouveau Centre se régénère vraiment grâce à un facebook-like, créé à l’origine pour les jeunespopulaires de Valérie Pécresse.
Les Démocrates, c’est autre chose. La blogosphère Modem était très active, complexe, avec un vrai terrai nde jeu naturel. Il s’agissait de la fédérer pour lui donner de l’ampleur. PLusieurs tentatives de media sociaux avaient d’ailleurs déjà été testées, jusqu’à friser l’incohérence. A date, il ne semble pas que le succès soit franc. En tout état de cause, on est beaucoup plus proche du réseau de producteurs de contenus que du réseau militant : l’enjeu, ici, est d’occuper le web, de faire circuler les idées, de leur donner de la force, et de réunir autour du débat. C’est déjà bien. Le QG de campagne, ça vient à côté du café politique. Et le web reste, avant tout, un grand café.
Enfin, n’oublions pas Europe Ecologie. Ils ne dorment pas, ils travaillent. Leur réseau des élections européennes était assez bancal, n’a pas trop mal fonctionné, avec 13000 personnes inscrites (ce qui n’est pas non plus le pérou). Les régionales devraient voir émerger un nouveau réseau militant, qui sortira un peu du béatisme du modèle Obama. Le réseau sera à la croisée des chemins, entre lesdémocrates et la Coopol, un hybride avec du contenu et du vrai réseau militant. Sans doute le mouvement qui peut le plus développer une telle initiative à ce stade.
Les créateurs de possible, ça va changer le monde ?
Si le site reste tel qu’il est : non. Clairement, les créateurs de possibles ont raté leur coche. Ce site n’est pas un “réseau”, puisque les individus en sont absents. Regardez avec moi : pas de vraies fiches profils, pas de médiatisation des actions personnelles, pas de possibilité de discuter vraiment, pas d’expression réelle, si ce n’est une cause que je veux porter.
Les créateurs, c’est à 1000 kilomètres de myBO, ou d’organizing for America, l’actuel réseau de soutien à Obama. Ces sites avaient compris que le moteur de la mobilisation réside dans ces mécanismes de médiatisation auprès de ses pairs, de rencontre, de chaleur humaine, de liens faibles créés par les messages, d’émulation des scores et quizz… Sur les créateurs de possibles, on ne voit pas les individus, on ne voit pas les autres. Ils ont disparu : pas un visage, pas une photo de profil, pas un nombre d’amis, pas un pouce levé, pas un score associé à mon nom, une liste d’amis quasiment cachée…
(Créateurs de possibles : où sont les créateurs ?)
Les créateurs de possibles, ce n’est pas un ‘”réseau citoyen”, c’est un simple gros site de pétition en ligne. Point. Je lui prédis, s’il n’évolue pas rapidement, un avenir assez sombre : les fonctionnalités d’évaluation, modération, recherche, sélection des causes que l’on souhaite mettre en avant sont tellement simples et basiques qu’elles seront rapidement totalement polluées par ceux qui veulent faire leur pub, ou tout simplement en rire. 100 socialistes ou anars de droite mal intentionnés pourraient y mettre un sacré bordel.
Bref, c’est tout sauf le “facebook politique”, comme le titre la presse, un peu paresseuse, partout. Ca n’a absolument rien à voir avec facebook.
N’enterrons pas ce projet pour autant. L’élection présidentielle est dans deux ans et demi. Cela laisse du temps pour évoluer, prendre conscience, s’améliorer. Contrairement aux années précédentes, il y a à l’UMP une volonté réelle de mettre des moyens sur le sujet du web, une prise de l’internet au sérieux, et un énorme budget pour y travailler. On peut néanmoins reste dubitatif quand un tel vaisseau amiral autoproclamé, avec un budget conséquent, est ainsi conçu.
Qu’est-ce qu’il faudrait faire alors ?
Ouais c’est vrai quoi, c’est facile de critiquer, à la fin. Jaloux, va !
Chaque parti a un agenda différent, et des éléments commun. Le PS ne travaille pas assez le marketing, à proprement parler, néglige les bases de données, l’e-mailing, les SMS… L’UMP a de l’avance sur ce point, mais un immense retard sur le web comme espace public, avec une domination, dans le territoire, de media sociaux hostiles, qui ne lui laissent rien passer (ce qui n’est pas le cas, par exemple, des Républicains aux Etats-Unis, ou des Tories anglais). Le PS n’a toujours pas réussi à fédérer l’immense twitto-blogosphère de sympathisants PS, ne lui accordant aucun crédit, même depuis que le PS dispose d’une tête forte, d’un management, et s’attaque à un de ses points faibles. Le Modem, c’est le bordel sans nom, et la structure militante se délite, avec un manque flagrant sur l’organisation militante et le marketing politique en ligne. Cela se traduit en ligne.
Chaque parti a donc un agenda énorme, pour préparer 2012 en ligne. Et chaque parti travaille de manière étonnante, souvent déstructurée, ou passant à côté des vrais sujets, pour se focaliser sur la sortie de gros projets, comme les Créateurs de possibles ou la Coopol, oubliant à chaque fois de vastes pans de son travail. C’est en tout cas l’impression qu’ils donnent, très nettement. L’éventail des sujets à lancer donne le vertige, il est vrai : bases de données et CRM, vrai outil d’organisation militante, politique active de présence dans l’espace public numérique, fédération des acteurs et sympathisants du web, mise en place d’une veille qualifiée et intelligente, … Trop souvent, le web est encore considéré comme un espace de projets isolés, sans résonance.
La critique est donc facile, mais elle est à l’aune de l’ampleur de la tâche, et de la démesure des propos (chacun disant vouloir faire comme Barack). Et enfin, l’argent ne suffit pas : le PS comme l’UMp mettent des sommes conséquentes sur la table. Les autres partis, eux, vivent de miettes.
C’est vraiment important, ces réseaux militants ?
Pas tant que ça. En fait, le vrai changement est déjà là. Et le web ne peut pas se réduire à ce rôle d’pine dorsale de l’action militante, comme le professe toujours Benoït Thieulin. Barack Obama a certes réuni beaucoup de monde dans un formidable renouvellement de son marketing politique. Mais à trop regarder le gros vaisseau amiral bleau marine, le gros site, le super réseau, on oublie l’eau sur laquelle il flotte. C’est l’eau de la blogosphère, des multiples réseaux sociaux qui l’entoure. Le bateau, sans la mer, ne sert à rien. Et de fait, aujourd’hui, quand la blogosphère progressiste américaine devient de plus en plus critique sur Obama, le joli paquebot d’OFA ne flotte plus si haut.
Les créateurs de possibles, par son ignorance de la sociabilité, et la Coopol, par sa fermeture, ignorent que l’important est ailleurs. Il est là : sur le web non comme outil d’organisation, mais comme territoire réel, comme lieur de rencontre, de circulation des idées, de partage, de mobilisations de pair à pair, sans gros site qui nous mâche le travail.
Non, ce n’est pas essentiel, ces gros trucs. Ou en tout cas, ils ratent leur cible, pour l’instant, ne proposant pas une promesse à la hauteur de l’expérience ultra-riche que nous vivons tous, à notre niveau, sur des forums de discussion, des sites de pétition, sur twitter, sur facebook, sur ebay, sur des blogs, … Et surtout, ils ne nous proposent pas encore la cause (elect Obama !) qui pourra nous motiver à quitter ce web si confortable pour aller sur leurs piteux espaces marketing.
Allez, encore un effort !
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PS : disclaimer. Spintank, mon entreprise, ne travaille avec aucun parti politique. Nous conseillons occasionnellement des personnalités, et, pour le reste, travaillons exclusivement pour des entreprises, collectivités, ministères, mais pas pour les partis. Ce sujet, c’est le mien, à titre personnel.
Bonne année !
Vous avez de beaux projets ?
Je vous la souhaite aussi belle que ces images…
Alma’s winter dream from slothorp on Vimeo.
L’inexorable dérive du discours sur le web à la télévision, préalable à la politique
Une étape de plus dans le netbashing. Ou l’avènement du discours médiatique préalable à la nécessaire “régulation”.
On a assisté, das l’émission de Franz-Olivier Giesbert, à ce qui a pu se faire de pire comme débat. Le sujet ? Internet. sur à peu près aucun autre sujet on n’aurait osé, encore une fois, inviter des personnes aussi peu qualifiées, n’ayant aussi peu de choses à dire. Nul besoin de regarder ce moment, il suffit de lire son compte-rendu.
D’ailleurs, en fait, on ne parlait même plus d’internet. On posait la question : Internet contamine-t-il les medias traditionnels ? En un sens, c’était pire que le Ce soir ou jamais de Taddei, quelques jours auparavant, qui parlait de contrôle du web, avec Séguéla et Lefebvre.
Le web, ça y est, c’est une maladie. Qui contaminerait donc lémédia. Enfin ! Il n’est même plus besoin de penser le web, de se poser la question de savoir ce qui s’y passe : le web c’est mal. Est-ce qu’on peut contenir le mal, faire au moins en sorte que le mal reste sur cet espace de lépreux ? Il semble que non. Face à une pandémie, il faut vacciner, tuer à la source le virus, l’éradiquer. Le sens est bien là.
On pourrait n’y attacher aucune importance, finalement. Se dire que FOG est vieux, mort, foutu, qu’il est juste un de ces gras menacés par de nouvelles concurrences, de nouvelles répartitions des rôles, des bouleversements de chaines de valeurs dans lesquels sa place disparait… Mais non. Derrière le discours, et l’habitude croissante, répétitive de la population comme quoi le web est un repère de pirates, de malfrats, de pédophiles, de sagouins, un espace où tout se vaut, un espace qui distille à présent sa logique maligne aux valeureux media, derrière ce discours, donc, il y a volonté de régulation.
Jacques Myard a déposé son projet de loi pour nationaliser le web. On rigole. Mais on y va doucement. En Australie, ça y est, le filtrage est voté. Au Royaume-Uni, un amendement au projet de loi sur l’économie numérique le prévoit. Les discours expliquant qu’un web inégal, non neutre, serait une solution, s’installent. Le web est une plaie. Pourquoi alors le défendre ?
Haro, haro !
2010 va être une année dure pour le web. Ré-gu-la-tion ! Allez, dangereux terroristes que nous sommes ! Et pas de demi-mesure, s’il vous plait. Chaque micro-tentative de filtrage ou de surveillance individuelle accrue, car c’est de cela qu’ils s’agit, est utilisée par les autres gouvernements comme une justification. Si l’Australie le fait, pourquoi pas nous ? Et le Royaume-Uni ? Ne faut-il donc pas réguler enfin cet espace où aucune règle n’est possible ? Ne faut-il pas répondre à la demande de sécurité ?
Le discours dramatique qui s’amplifie, s’est installé de manière définitive dans l’espace public est bien le pendant de la réponse à la demande de sécurité qu’il inspire. ils vont ensemble. Pandémie, pandémie. Dormez-bien, petits français, nous allons nous occuper de tout ça. Le web, bientôt, ne sera qu’un vieux souvenir. Nous pourrons revenir au joyeux monde d’avant, celui où nous n’avions pas ces scories mondernistes qui nous empêchent de vivre, nous, ceux du vieux monde, ceux de l’espace public du XXème siècle.
Le combat pour le maintien d’un web libre et neutre, d’un espace public où l’on peut se mouvoir sans fichage et surveillance constante, va être difficile. Notre rue sera pleine de caméras très bientôt. Et ce ne seront plus les caméras de quelques opérateurs privés que nous pouvons quitter à chaque instant, mais celles de l’Etat. Lesquelles vous effraient le plus ?
2009, ce fut hadopi. Une absurdité. Qui n’était que le début. Welcome ! Et bonne année !
Utilisateurs suggérés par twitter : so wassup ?
Depuis quelques semaines, twitter, avec sa version française “suggère” des utilisateurs à ses nouveaux inscrits. Ca veut dire quoi ?
J’en fais partie. J’en parle donc d’autant plus librement
Depuis que la version française de twitter est sortie, une petite fraction des twitterers français fait partie des “utilisateurs suggérés” par Twitter. Concrètement, quand un nouvel utilisateur s’inscrit, en France, on lui propose, en pré-inscription, une vingtaine d’utilisateurs. La grande majorité des nouveaux inscrits les garde dans son panier. Petit bonus, dans la rubrique “trouver des gens”, on retrouve cette liste.
Bref, voilà une aristocratie de twitter. Des privilégiés. De ceux qui n’émergent pas par la foule, mais par le choix de l’opérateur. Fin de l’unique sélection darwinienne des petits et des grands.
L’effet est notable : les comptes en question voient leur nombre de followers exploser. Grosso modo, chaque jour, entre 500 et 1000 nouveaux abonnés à leur compte. Ce qui indique d’ailleurs le rythme de croissance de twitter en France (important, mais pas exponentiel).
Pour la petite histoire, les comptes en question n’ont rien demandé. J’ai découvert ça quand j’étais à Barcelone pour le PDF. Je croyais à du spam : tout d’un coup, des tas de comptes, du genre @toto42, anonymes, non renseignés, qui s’ajoutent en masse. Mais non : ce sont juste de nouveaux utilisateurs, qui n’ont pas renseigné leur profil, et découvrent l’outil.
Voilà ce que ça donne, pour deux comptes pris au hasard.
Quand le système est sorti aux Etats-Unis, ça a déjà fait débat. Jason Calacanis avait proposé de payer, cher (250.000$), le fait d’être parmi ces heureux élus. Le débat a été nourri, mais la position de twitter n’a pas changé : sélection arbitraire et assumée d’utilisateurs, sans explications nourries.
Alors, c’est grave ?
1. Première chose à noter : le nombre de followers n’est pas tout. 10.000 nouveaux utilisateurs, sur twitter, dont une grande partie est inactive, ça ne fait pas la puissance de 100 utilisateurs hyper concentrés, en termes de diffusion du message. de fait, si je regarde les statistiques de clics sur les liens que j’indique, ceux-ci restent globalement stables. Mon “pouvoir” de mobilisation d’un public sur une information reste relativement sable.
A terme, évidemment, l’impact devrait être plus important. Dans six mois, à ce rythme, un utilisateur suggéré, s’il ne change pas, aura environ 150.000 abonnés à son flux, dont une partie plus grande sera évidemment active.
2. Le modèle économique de twitter vient de cela : distribuer l’attention. La vendre, demain. Montrer aujourd’hui l’impact possible d’une recommandation de l’outil pour pouvoir fournir cette prestation demain à des entreprises (et autres acteurs). Aujourd’hui, les comptes sélectionnés sont gratuits. Demain, ils seront payants, et les places seront chères : il va devenir clef de pouvoir apparaitre comme un utilisateur suggéré.
Aujourd’hui, d’ailleurs, le système est rudimentaire, comme l’est la gestion des listes et de ses abonnés. Pas d’utilisateurs suggérés par thématiques, par intérêt, par groupe… La qualification est faible. On a le choix, dans ces utilisateurs, entre des amateurs de technologies, des media officiels, des blogueurs divers, etc…
3. Il y a des sujets d’inquiétude. Le principal tient à la politique. On avait, jusqu’à ce week-end, apparemment, deux ministres dans les utilisateurs suggérés (Nathalie Kosciuzko-Morizet et Laurent Wauquiez). Pour le pluralisme, étaient également suggérés les comptes de Benoit Hamon, d’Europe Ecologie, et des Démocrates. Des voix se sont élevées pour réclamer une neutralité sur ce sujet. Voix légitimes, et justes : pourquoi privilégier plutôt deux membres du gouvernement qu’un autre ? Quid du grand ami de l’internet Frédéric Lefebvre, demain ? Favoriser un candidat en campagne est un problème (qui pourrait être perçu comme un avantage trompant la sincérité du scrutin, s’il est significatif), favoriser un élu l’est également.
Ce week-end, donc, il semble que tous les comptes personnels de politiques aient disparu de la liste des suggérés. Sans explication, sans règle affichée. Avec un retour possible, donc. Et les Démocrates comme Europe Ecologie restent là. Allez comprendre. Imaginez que la situation en reste là : au moment des régionales, ces deux partis, ce porte-parole et ces deux ministres auraient été exposés potentiellement à 60.000 personnes de plus que les autres… EDIT : la liste est plus longue que prévu, et NKM comme Wauquiez en font toujours partie.
A l’inscription, une sélection de vingt comptes parmi les suggérés est proposée. De quelle manière ? Nul ne le sait vraiment. Aléatoire, sans doute.
Aux Etats-Unis, le même débat a eu lieu, avec les mêmes bugs. Twitter ne s’est pas vraiment expliqué. Il y a toujours quelques politiques dans la liste, qui compte plus de deux cents comptes.
4. Que faire, alors ?
La base serait d’expliquer, et de dialoguer. Mais Twitter ne fait pas ça. Un compte twitter_fr émet quelques messages, mais Twitter ne dispose pas – encore ? – de voix officielle en France.
L’autre base serait d’expliquer, en transparence, les règles. Derrière le choix des quelques personnes mises en avant, il y aurait, simplement, une sélection humaine, sur la base d’une proposition automatique. C’est ce qu’expliquait Biz Stone sur son blog il y a quelques temps. Le motif invoqué : montrer, par l’exemple, de “bons” utilisateurs de twitter, pour favoriser sa prise en main. Bonne idée ! Mais pourquoi proposer ces gens-là ?
Derrière le problème politique, l’argent en est un autre. Pourquoi, aux Etats-Unis, le compte de Dell est-il la première proposition ? Est-ce que ça a un rapport avec le fait que Dell fait également la promo de twitter comme un outil intéressant de service client et de business ? Quel est leur deal ? On n’en sait rien. Des règles devraient arriver. Et surtout, en France, la publicité est plus régulée qu’aux Etats-Unis…
La vraie piste serait de proposer des utilisateurs segmentés, également. C’est monnayable, pour twitter, plus que du simple mainstream, et utile. Choisissons des utilisateurs suggérés par catégorie, par thème, par intérêt. La liste actuelle, tant en France qu’aux Etats-Unis, est vraiment trop hétérogène, et sans logique. Si on pouvait trouver facilement les quotidiens, les ministres, les blogueurs hi-tech, les commetateurs de cinéma, etc… ce serait bien !
Enfin, le vrai sujet, c’est la neutralité de l’opérateur. Dave Winer l’expliquait bien, il y a quelques mois :
[I]said that it was good that the phone company wasn’t part of the conversation
Twitter fournit l’interface. Sa neutralité à l’égard de nos pratiques serait le bon choix. Ce n’est pas leur voie, par besoin de promotion, d’entretien de la pratique. Ca marche : aux Etats-Unis, où twitter a effectivement atteint la masse, cela ne s’est pas fait, comme d’autres usages sociaux, par adoption progressive, mais bien à grand coups de stars. Cela sera-t-il durable, extensible ? Je reste à en douter. La neutralité de l’opérateur, et son écoute de ses utilisateurs, de leurs usages, est un véritable facteur clé de succès, Facebook l’a compris. Twitter peine, encore, en ce sens.
Quant à moi, je tente de ne pas trop changer ma pratique de twitter, oubliant que le nombre de personnes potentielles qui reçoit mes tweets a été multiplié par 7 ou 8 en quelques semaines. Après tout, j’ai déjà vu certains de mes tweets répliqués 50 fois, ce qui leur donnait la même audience. Et si ceux qui débarquent n’aime pas les raleries antisarkoziennes, ou les commentaires de dégustation de vin, qu’ils m’abandonnent, j’en serai ravi…
En annexe : la liste des suggérés ce dimanche :
Baptiste Roynette
Strategic planning. Passionate about marketing, brands, social media and sailing
Benoit Descary
Blogueur et conférencier
WAT.TV
Vidéos, Buzzs & Vous
MusiK Please
TO PROTECT AND ENTERTAIN / MusiK Please prend soin de vos oreilles : Recommandation musicale
Slate.fr
Nos anecdotes, nos liens préférés et les articles de Slate.fr
Xavier Ternisien
Journaliste, rubrique presse, Le Monde
Altaide
Altaide (le Recrutement 2.0) : actus du blog et toutes les offres d’emploi proposées par nos clients.
Vodkaster
Des milliers de scènes de films en streaming gratuit. Take a movie shot !
Melissa Bounoua
Bafouille journalistique @artefr // Ex-Sciences Pipo
Alice Antheaume
Web journaliste pour 20minutes.fr, ex-Télérama
Voilà voilà
Tout ce que je dis est à compléter mentalement par cette belle expression de dépit : Voilà, voilà.
Monsieur Dream
man, Bioman, défenseur de la Terre !
guim_fr
Le Twitter de GuiM.fr, le blog de @GuiM
NKM
Secrétaire d’Etat chargée de la Prospective et du Développement de l’économie numérique
France Diplomatie
Ministère des Affaires étrangères et européennes / Quai d’Orsay
Europe Écologie 2009
Twitter officiel de la campagne pour les élections européennes de juin 2009
Les Democrates
Emissaire twitterien du réseau social des Démocrates
NicolasVanbremeersch
Commentateur de choses diverses, alive spintanker, amateur de vins de vignerons.
Rubin Sfadj
IT Attorney / Avocat en droit des nouvelles technologies
LaRedouteFr
Vous n’avez pas fini de jouer avec la mode. Nouveautés, mode pap et déco
DJo
Le portail de vos ressources web, tutoriaux pour webmasters, développeurs et graphiste by DJo Freelance Web (Dev, Conseil, Formation)
VinZ
Blogueur-Trotter depuis 7 générations
Mauricio DIAZ ORLICH
you can also find me at http://soup.madd0.com or http://www.madd0.com
Eric
Blogueur influençable
Stephen Harper
Prime Minister of Canada
Michael Ignatieff
I’ve been a reporter, a human rights teacher and a politician and now serve as Leader of the Liberal Party of Canada and the Official Opposition
Gilles Duceppe
L’équipe du Bloc Québécois rend compte en temps réel des activités de Gilles Duceppe
MuchMusic Official
I see you’ve played knifey-spoony before.
Radio-Canada
Les dernières nouvelles de Radio-Canada
Montreal Canadiens
Official site of the Montreal Canadiens
The Montreal Gazette
New home for Montreal breaking news, sports, arts, lifestyle + multimedia
Cyberpresse
Le site d’information francophone le plus complet en Amérique.
Pierre Bouvier
Hey, it’s Pierre. Thanks for following me on twitter. I’ll be keeping you up to date with what i’m doing here. Any other twitter account is not really me.: )
Sébastien Lefebvre
Music, Guitars and cool vibes.
Dominic Arpin
Journaliste, blogueur, animateur. Cyberdépendant.
Justin Trudeau, MP
Changing the world, little bit every day…
annsom
Auteur, Compositeur, Interprete: pop rock
Marion_MDM
Community Manager, serial-geekette, noctambule pathologique, et aussi blogueuse amusante (parfois)
Fubiz
Daily dose of inspiration
Twitter Français
Bienvenue au compte officiel de Twitter en français !
La longue traine existe (ou le syndrome de l’écume)
J’appelle ça le syndrome xternisien, celui de l’écume.
On a quelqu’un de l’extérieur du web. Il s’y intéresse, un peu obligé. Mais il ne descend pas dans les bas-fonds, et se contente d’aller regarder un peu ce qui semble être l’activité qui se déroule à cet endroit.
Ca donne des choses comme ça :
@pierrehaski C’est la limite du Web: le buzz s’auto-entretient et a un effet loupe.
Enfin quelqu’un de censé. RT @Nijikid Twitter privilégie l’anecdotique. Le tps qu’on passe à faire mousser ces conneries est un vil piège.
Etc. Xavier Ternisien, l’ineffable journaliste du Monde qui parle de nouvelles technologies, parle ici de ces “buzz” qui pollueraient nos journées, notre attention.
Il se trompe.
Imaginons un reporter qui fait mal son travail en Irak. Il s’arrête à l’hôtel Palestine, où sont (étaient ?) les journalistes. Il y attrape bruits et ragots, petites nouvelles es journalistes, gossips habituels de ceux qui se plaignent de leur métier, de ceux qui reviennent d’un reportage, des racontars de professionnels.
S’il s’arrête là, et revient en France en disant ‘”vraiment, il ne se passe rien en Irak, juste des buzz de journalistes”, il n’aura rien compris, et pas fait son métier.
C’est un peu ce que fait Xavier Ternisien. Il va sur twitter. Se connecte à quelques journalistes en ligne, des blogueurs, des communicants, et une poignée d’utilisateurs avancés. Il entre dans leur cour de récréation, et se dit : “c’est ça, internet ?”. On lui aurait donc menti : la diversité, le partage, la connaissance, toussa ? En fait, ce sont des journalistes qui parlent de #buzzàlacon ?
Xavier Ternisien fait confiance à un filtre humain, qu’il a lui-même créé, qui est évidemment ultra déformant, et en tire de belles conclusions générales. Ce faisant, il conforte sa vision. Il prend un petit espace, réservé aujourd’hui à quelques professionnels, pour le web.
Je prends ici l’exemple de Xavier Ternisien comme j’’aurais pu en prendre d’autres. Le journaliste, sur le web, oublie vite son travail de terrain, d’enquête. De recherche de vraies personnes. Depuis le confort de sa salle de presse, de son écran, il retrouve vite ses semblables, et ne se rend pas compte que le web, ce n’est pas ça.
Pendant que quelques rigolos (dont je suis), relayés par des media qui leur donnent de l’ampleur, se moquent des lipdubs de l’UMP ou de Jean Sarkozy, il se passe sur le web, cette grande rue connectée, des millions de choses observables. Des tonnes de discussions sur tout et rien. Pour aller les voir, il faut prendre son sac, son carnet de notes, et ses petites jambes numériques, pour creuser, et sortir du confort de l’entre-soi. Sur le forum “actualité nationale d’auféminin”, rien que ce matin, il y a eu une vingtaine de discussions actives, impliquant des centaines de personnes. Autour de celles-ci, plus de 3000 sujets lancés. Pas de délire sur le lipdub UMP, mais des discussions de la rue, du tout venant, sur une grossesse difficile, la grippe A, des soucis de garde, des réactions à l’actualité. Autant de sujets que l’on puisse imaginer. L’immensité du web, c’est ça. Des vidéos qui s’adressent à dix personnes, des centaines de milliers de billets de blogs qui ne parlent qu’à mon voisin virtuel. Des micro-groupes, tous vaguement reliés.
Ailleurs chez quelques milliers de twitterers, on partage des photos, on note, on discute, on se filme, on s’entraide sans se connaitre, on partage nos peines… Xavier Ternisien ne voit pas ça. Il voit ses collègues. Il oublie que le web est immense, et que c’est son regard qui concentre l’attention, qui réduit cet immense volume de pratiques diverses à un buzz par jour.
C’est l’économie des media, leur faible capacité d’attention suivie, leur difficulté à durer, leur nécessité, contrainte, à réduire les sujets et zapper, qui fait croire que le web est zapping. Ce qu iest zapping, c’est l’écume de la vague, une partie des amusements quotidiens de quelques journalistes et blogueurs. Pas la masse d’eau immense qui se situe en-dessous.
Abandonnons donc ces faux procès. La longue traine est difficile à figurer, à comprendre. Par nature, aucun d’entre nous ne peut avoir accès à la totalité de ce qui se passe en ligne, à cet instant. L’immensité donne le vertige. Cela ne doit pas être un prétexte à tirer de grandes conclusions définitives de l’écume, et pas du fond.

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