Figurer, et transmettre.

Comment rendre compte du mal ? Lui laisser plein exercice, le remettre en scène, c’est, peu ou prou, lui donner une valeur, donner l’occasion d’une admiration. Reconstituer, c’est froid, documentaire, et méthodique. Simplement mettre en valeur un monument, c’est glorifier la victime au point que le bourreau s’efface, ou apparait en creux.

Le mémorial de Buchenwald a trouvé un équilibre saisissant. L’enjeu de la visite sur place est avant tout la transmission, par la stupeur. La reconstitution, le travail d’explication, l’histoire interviennent dans un endroit réservé, fermé, au fond du camp. Ici, on respecte avant tout la mémoire des morts. Ca se fait par des pierres.

Pierres en tas.

Pierres noires, qui figurent la place au sol des blocks.

Pierres en creux, à l’emplacement d’un autre block, qui évoquent de façon saisissante la fosse commune.

Pierres dressées, à la verticale, qui montrent des âmes.

Des pierres. Noires, grises, grèges. Et surtout, affutées, juste cassées. Dures comme il n’est pas possible, faites de la plus sèche des pierres. Elles sont une douleur sourde. Poser le genou sur l’une d’elles pour les photographier fait mal, comme pour rappeler ce que fut la vie d’esclavage, la réduction au rand de caillou.

De loin, au général, ces cailloux figurent un vide. De près, ils heurtent, remuent, font mal par leur seule présence. Ils font un effet proche de ces cimetières de champs de bataille, la douleur et le chaos en plus. Chaque pierre est un souvenir, un mort, une privation, une humiliation, un arbitraire. Chaque pierre nous rappelle que ceux qui ont vécu leur vie ici n’ont pas tous eu la chance de vivre en héros, souvent terrassés bien avant par l’horreur.

Des pierres, plus que des cailloux, en fait.

cqilloux!

cailloux2

 cailloux4

cailloux5

Et en regard, en contrepoint, partout, ces petits cailloux posés, ici sur une plaque de block, sur une plaque d’hommage, sur le rebord d’un mur. Des cailloux doux, des galets, des caresses de famille. Je suis de ta famille de pierre, j’ai perçu la dureté de ton épreuve, je me souviens, j’ai été là.

J’ai posé mon caillou, et je suis reparti.

cailloux3

block


Mots clés:
Abonnez vous aux commentaires Commentaires | Trackback |

2 Commentaires

Ce billet et ce choix de photos sont saisissants et me serrent le coeur.
Merci de transmettre ainsi.

samantdi le 11 novembre 2009 à 05:11

Dans les cimetières juifs il n’y a pas de fleurs mais des cailloux posés sur les tombes. Il s’agit d’une coutume juive.

rosenberg le 16 novembre 2009 à 04:11

Ajouter un commentaire




Blog réalisé par calii.fr & Spintank