Nous sommes partis à 22, jeunes et vieux, unis par la famille et celui qui avait été là, il y a quelque dizaines d’années.
Claude nous avait réunis. Il y avait se femme, Thérèse, ses 85 ans, son Alzheimer qui déchire, ses enfants, ses petits-enfants, de ceux qui l’ont connu un peu, de ceux qui ne l’ont jamais connu que par ce qu’on leur disait de cet homme. Nous étions unis par les liens de la famille, et le lien si particulier à ce lieu. Aucun de nous n’était encore venu à Buchenwald, où Claude avait passé un an et demi entre 1943 et 1945. Tous, nous venions ensemble, mais avec chacun notre rapport à Claude, et notre histoire avec Buchenwald.
Nous sommes partis samedi matin, joyeux de nous revoir. Embrassades, voyage, blagues, échange de nouvelles. Dans le mini-bus qui nous menait de Leipzig à Weimar, l’ambiance était celle joyeuse des retrouvailles. La plaine que nous longeons est emplie d’éoliennes, il fait beau, le foot a eu ses résultats, et chacun prend des nouvelles de l’autre.
Quand nous avons emprunté la route de l’Ettersberg, et que nous sommes entrés dans ce bois de hêtres, aux couleurs d’automne, un peu mouillé par la pluie, sous un doux rayon de soleil, nous nous sommes peu à peu tus, chacun entrant dans la petite méditation personnelle qui l’avait mené là. Sur cette route, de quelques kilomètres, qui monte depuis Weimar, à un moment, se trouve la “route du sang”, vestige de celle construite par les prisonniers du camp. Elle est faite de plaques de béton mal alignées, et le passage en voiture dessus forme un rythme, comme un battement, régulier d’un tambour sourd, comme une petite épreuve qui rappelle la solennité du lieu. La forêt enveloppe.
Le camp contraste avec cette belle forêt. Il est vide. Presque plus de trace des blocks. Juste une immense clairière, ouvrant sur le ciel. Dans ce vide, nous nous sommes dirigés chacun selon son pas, vers le block 34. Après nous y être retrouvés, chacun a suivi son chemin, a arpenté les pierres, les bâtiments qui restent, selon son pas, là où il le menait. A deux, à quelques-uns, seul. Se croisant parfois.
Visiter Buchenwald est un moment solitaire qu’il est bon de pratiquer en groupe. Le vide qui tient lieu de camp, les vestiges présentés et les histoires qui font le mémorial imposent une expérience silencieuse, qui prend tous les sens dans sa transmission. Pas de pathos exagéré. Juste une expérience : c’est sur le chemin du retour, peu à peu, que les langues se délient peu à peu, en changeant volontiers de sujet. Ca serre trop pour que l’on partage à chaud.
La visite fut rapide, en un sens. Quelques heures. Comme si cela suffisait. Chacun avait déjà en tête ses histoires, ses lectures, ses transmissions personnelles de ce qu’a été ce camp. Chacun est revenu avec cette expérience du lieu, qui ancre la mémoire, lui donne une forme, des sens.
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Je vais continuer cette série difficile à tenir par manque de temps. Comme la continuation du voyage, qui ne s’arrête pas à la visite.
5 Commentaires
“Je vais continuer cette série difficile à tenir par manque de temps.”
En même temps, ce n’est pas une course. Au contraire, si c’est pour partager des billets comme celui-ci, prenez le votre temps.
Un article qui fait réfléchir est un article réussi. Merci pour celui-ci.
Le musée d’Auschwitz-Birkenau a des problèmes de financement, pour la conservation des bâtiments, pour la restauration des documents de la SS, pour accueillir le public dans le respect de ce lieu… etc.
Des donateurs privés, des Etats, comme la Grande Bretagne, ont participé au financement. Mais cela reste insuffisant.
Il est absolument honteux que l’on n’arrive pas à réunir quelques fonds pour sauver ce lieux de mémoire ! Le directeur Piotr Cywiński, quelqu’un de vraiment formidable, fait tout pour mobiliser les opinions sur les difficultés qu’il rencontre, mais personne ne l’écoute.
Si vous voulez l’aider ;
http://en.auschwitz.org.pl/m/index.php?option=com_content&task=view&id=411&Itemid=16
Je veux juste rajouter une chose un peu plus politique, si Nicolas est en désaccord avec moi, il l’effacera ou le contredira.
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************ EFfectivement, je supprime. Je ne vois pas ce que ça vient foutre ici, et je ne veux pas que cette discussion dérive. Merci. **************
merci beaucoup. mais quelle méditation! bravo à vous
pour votre aîeul.
mon papa en était revenu mais quel grand malheur qu’il a trainé jusqu’au dernier soupir de sa vie.

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