On a beaucoup parlé du bidonnage de la visite de l’Intermarché de Luc Chatel. Mais si le bidonnage était finalement le principe même de ce genre d’événements.
Ce qui est le plus absurde, dans l’histoire (dont Ivan, qui y a participé pour sa chaine, raconte bien les tenants), ce n’est pas tant qu’on fasse venir des figurants.
Le figurant, dans un tel événement (la ministre organisée d’un ministre dans un lieu, prévu et annoncé, avec force caméras de télévision, est logique. L’événement n’existe pas. Il est entièrement fabriqué de concert entre des ministres qui souhaite donner des images, pousser un sujet à l’agenda, ou incarner à la télévision un enjeu particulier, une mesure, une décision, et des télévisions qui ont besoin, dans une actualité mouvante, de sujets bien fabriqués, prévisibles, pour traiter de l’actualité gouvernementale.
Le déplacement sur le terrain, c’est ainsi devenu la base de la présence médiatique des ministres (et du président). Difficile d’exister à une télé avec une simple conférence de presse, ou une remise de rapport. Il faut des images de la France. Et comme les télés demandent, et que les ministres en veulent, la mécanique pousse à l’inflation. Jusqu’à ce que le déplacement terrain ne devienne plus que ça : du vent, du vide.
Luc Chatel avait habitué les media à ses visites de super marchés. Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, c’est sa quatrième, toujours pour montrer des prix, des produits, et interroger des clientes qui, comme par hasard, corroborrent le diagnostic du ministre. Une visite tous les six mois.
Soit donc, un feuilleton. Tous les six mois, pas un événement réel, mais une fiction. Un événement fabriqué, imaginaire. Un ministre en représentation, qui cherche, devant des caméras avec force haussements de sourcils, des produits dans des travées, un multicaméras digne de 24, et des figurants. Forcément. La présence du figurant, elle n’est que logique.
Suggestions pour améliorer tout ça :
- - Tourner en dehors des heures d’ouverture : on peut caler une heure qui soit plus simple pour tout le monde, en accord avec les rédactions ; le dimanche est une option intéressante.
- - Pooler. Déplacer 15 JRI avec tout leur matériel, pour une image commune, c’est sans intérêt. La caméra de Vincent Ducrey, du cabinet de Luc Chatel, devrait suffire (ça a déjà été le cas pour des sites internet d’information). La pratique est commune pour les meetings déplacement s de Nicolas Sarkozy, ou le pooling est obligatoire, il est temps de l’étendre.
- - Prévoir un accord de bundle avec les hebdomadaires papier. A l’occasion d’un spécial “les 100 meilleures cliniques de France” de L’express, organiser une visite de Roseline Bachelot poolée, diffusée sur le site et les chaines d’info, avec des journalistes jouant les malades (des images de C. Barbier dans son podcast peuvent servir de raccord).
- - Lancer un grand planning éditorial partagé en ligne entre télévisions et cabinets des ministres, histoire de faciliter la prévision des déplacements à organiser (au moment de Noël)
- - Création, dans les chaines, d’un poste de scenariste-casteur, qui s’occupe d’organiser et mettre en scène de manière variée, pointue et professionnelle, ces moments de révélation de la vie quotidienne révélée par le ministre. On n’oppose pas à une NKM visitant un techno-parc le même genre de personnes qu’à un Frédéric Lefebvre voulant montrer dans un cybercafé que les internautes ne sont que des nazis et des pédophiles. Le casting est un travail, de même que la scénarisation.
- - Création d’une taxe pour production d’oeuvres de fiction-réalité-politique, qui vienne couvrir les frais de ces productions : un complément de revenus bien utile aux chaines en cette période de crise, et une solution logique aux difficultés des producteurs de fiction français.
- - …
Assumons !
6 Commentaires
c’est drôle si c’est du second degré mais avec la chute, j’ai un doute.
Franchement, j’étais convaincu que ces choses ne se passaient que dans nos pays du Sud. Mais, finalement, à qlq différences près, c’est comme ce que nous déplorons aussi chez nous. Sauf, pour rassurer mes amis du Nord, que 50 à 70 pafois des reportages de nos JT sont parfois des compte-rendus de visites de ministres, de leurs séances de travail, audiences, etc.
Pour avoir suivi quelques-unes de ces visites ministérielles en tant que journaliste, j’aimerais aller encore plus loin que cela: pourquoi ne pas DU TOUT couvrir ces non évènements. Si le journaliste arrêtait de faire le service minimum qui consiste à suivre un ministre pour travailler sur des vrais dossiers de fond - et poser ensuite des questions au ministre? Ne serait-il pas temps de redonner cette forme de noblesse à une presse qui paraît parfois uniquement préoccupée de la bonne image au détriment de la réalité de l’info?

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