(pour le web en tout cas)
Internet, c’est la rue. Un espace public, au sens très physique et tangible du mot. Des allées et des voies où je me déplace, de contenu en contenu, d’espace où je rencontre des amis, partage avec eux, me nourris de l’actualité, saute de lieu en lieu, commerce, m’informe…
Internet, c’est un peu plus que ça, puisque transite par ce réseau énormément de mes données personnelles, de ma correspondance privée, de mes échanges qui se situent à la frontière public-privé. J’y partage avec des amis dans un café, j’y rencontre l’âme soeur.
C’est cette nature si particulière d’internet qu’il convient de rappeler quand on en vient à parler de la loi LOPPSI qui est en discussion.
Dans la rue, pour lutter contre la pédophilie, il ne viendrait à l’esprit d’aucun parlementaire d’instaurer des contrôles de police au sortir de chaque maison, et d’installer un mouchard dans chaque véhicule, sur chaque corps, pour suivre où il se déplace. Il serait insupportable que chacun, pour aller chez sa soeur, ou acheter son journal, doive passer par le péage, discret car non visible, mais un peu sensible, car nous ralentissant, le péage policier, qui filtrerait nos intentions.
On sait que, pour lutter contre la pédocriminalité, dans la rue, il faut des policiers, des enquêtes, des mois et des mois de travail. Et que même ces mois d’enquête ne peuvent pas empêcher d’accuser et emprisonner des innocents, sous ce nom barbare et atroce de pédophiles, comme à Outreau.
On sait bien que si l’Etat instaurait un contrôle policier en bas de chaque maison, pour ce motif d’empêcher chacun d’accéder à des photos d’enfants, il y aurait des barrières, des élèvements de voix, pour rappeler que c’est absurde, inefficace, disproportionné.
Pourtant, c’est bien l’idée.
Je me connecte au web, à cette rue, et, pour accéder à mon ami qui est là-bas, sur ce blog, en train de commenter l’actualité, il va me falloir passer par le filtre du gendarme. Absurde ? Oui. Des péages dans une rue qui est un réseau entrelacé, complexe. Des points uniques de passage. Pour aller de la rue du commerce à la rue de Montreuil, je vais devoir emprunter le péage de Saint-Arnoult, et laisser scanner le contenu de mon GPS, me soumettre à l’interrogatoire de mes intentions de visites diverses.
Voilà ce qu’est LOPPSI.
Inutile de dire que c’est inefficace. Le pédophile que l’on nous agite comme la menace atroce, celui qui peuplerait le web, sait très bien comment tromper le policier au péage. Il sait s’habiller d’un imper, d’une burqa, que dis-je, pour protéger ses intentions. Il le fera encore plus quand il se saura surveillé.
Ce qu’il faut, c’est une police efficace. Pas des péages uniques.
Demain, ces péages qui filtrent nos déplacements, ils pourront filtrer d’autres choses. Mais le simple fait de les instaurer suffit à les repousser. Ils sont absurdes, ils sont une négation de notre simple liberté d’aller et venir.
Le fantasme du contrôle d’Etat sur les déplacements individuels n’est pas un thème de droite ou de gauche. La liberté est inscrite sur nos frontons républicains. Ceux qui soutiennent LOPPSI semblent n’en pas être dignes. Il serait temps qu’ils apprennent à faire la mesure des valeurs de ce pays.
Ou bien la rue pourrait leur rappeler, et elle aura raison, quand elle aura compris qu’on veut, simplement, contrôler ses déplacements quotidiens.
20 Commentaires
[...] Et si vous avez quelques difficultés à en comprendre encore les principes, je vous invite à lire l’article de Versac, enfin, Meilcour, alias Nicolas Vanbremeersch sur son blog: Dans la rue, pour lutter contre la [...]
LOPPSI: Un gendarme devant votre porte ? | Debout Les Jeunes ! added these pithy words on fév 11 10 at 14:27[...] Ce que LOPPSI veut dire – Meilcour [...]
A lire ailleurs du 08/02/2010 au 15/02/2010 | traffic-internet.net added these pithy words on fév 15 10 at 07:20[...] comment on devient des présumés coupables: l’explication de Nicolas Vanbremeersch sur LOPPSI. Et la page wikipédia de LOPPSI. Published: février 18, 2010 Filed Under: son agacement [...]
LOPPSI : Peter Meuel added these pithy words on fév 18 10 at 11:49[...] : Commission NKM : l’ISOC prépare la mise à mort de la Net Neutrality - Nicolas Vanbremeersch : Ce que LOPPSI veut dire document.getElementById(”post-63-blankimage”).onload();SHARETHIS.addEntry({ title: “Social Media [...]
Social Media Club : l’actu de la semaine (26/02/10) : Social Media Club France added these pithy words on fév 26 10 at 16:38[...] Meilcour.fr » Ce que LOPPSI veut dire Publié dans loppsi, sh-blog, versac, web [...]
>=Loppsi expliquée par @Versac= | | SH-MediasSH-Medias added these pithy words on jan 08 12 at 13:07Entièrement d’accord. Sur le péril républicain je suis d’accord et j’illustre. Ces lois de contrôle contredisent et font dériver nos principes républicains. Aujourd’hui le maître argument de ces lois de contrôle c’est la sécurité des citoyens. Ce que nos politiques nomment abusivement la sûreté, par exemple Rachida Dati avait utilisé la notion de sûreté à propos de la loi sur la lutte contre la récidive. Mais si l’on prend le sens originel de la sûreté dans la DDHC de 1789 ; La sûreté protège les individus contre les arrestations et les emprisonnements arbitraires. On est arrivé à faire prendre la notion opposée à la conception originelle d’un fondement de notre République. Aujourd’hui sur le fondement de la sécurité on justifie les arrestations et les emprisonnements arbitraires. Moi je trouve que cette perte de sens, outre l’abus de langage, est très inquiétante ! Peut être plus tard, on nous fera gober que ce qui garantie le mieux la liberté, c’est l’acceptation du contrôle et de l’emprisonnement.
C’est vrai, mais ça n’a pas vraiment d’importance : LOPPSI est juste là pour nous rappeler que ce qui n’est pas gagné d’avance est perdu, que nous n’avons aucun pouvoir et que nos dirigeants nous placeront en coupe réglée sans tenir compte de notre avis.
http://www.somebodythinkofthechildren.com/australia-bans-small-breasts/
“Le fantasme du contrôle d’Etat sur les déplacements individuels n’est pas un thème de droite ou de gauche. La liberté est inscrite sur nos frontons républicains.”
Il doit encore vous échapper ce détail : toutes les guignolades sur l’immatriculation des automobiles en France a pour but de contraindre chaque véhicule à porter une plaque lisible par les nombreux automates qui équiperont toujours davantage les abords de la moindre voie de circulation.
Internet ne subit pas ici de traitement spécifique : c’est juste le lieu le plus adapté à la construction de la société de contrôle que nous préparent l’invasion croissante des outils informatiques de contrôle automatisé
@ Akbar
Votre comparaison est complètement hors de propos. Les véhicules comportent un risque matériel réel. Ils peuvent être la cause d’accidents.
Internet comporte des risques virtuels ou éventuels.
Au de là de cela Internet est resté jusqu’alors comme le dernier véritable espace de liberté avec peut être le domicile privé. En outre un ordinateur contient souvent tous les éléments de la vie privée ; des photos de famille, des documents professionnelle, des adresses, des contacts, des relations. S’introduire dans cette sphère sous le prétexte infractionnel ou même sous la simple supposition de la commission d’une infraction est véritablement honteux. D’autre part le champ des infractions intégré par la Loi Lopsi est beaucoup trop vaste. L’aide au migrant peut par exemple être un motif justifiant l’intrusion. Par exemple un personne qui travaillerait dans une association distribuant de la nourriture aux migrants serait susceptible de tomber sous le coup de la Loi.
J’en ai assez qu’Internet soit considéré comme la caution de toutes les dérives. La pédophilie existait avant Internet, le crime en bande organisée aussi… etc.
Les principaux délits commis sur le net sont des escroqueries. Certes dans les statistiques les délits numériques sont en en très nette augmentation. Mais il faut dire que les infractions contre les personnes le sont aussi ; les homicides, les viols, les vols, les violences faites aux personnes …etc. Si l’on met ces délits en perspectives ces infractions, il me semble que toutes ces infractions contres les personnes sont beaucoup plus préoccupantes. A ce que je sache on ne peut pas commettre de violences contre des personnes par Internet.
Après quelles doivent être les priorités ? Moi je pense que la priorité c’est d’allouer plus de moyens pour la police et la justice et d’accroître le seuil des peines pour toutes les violences commises contre les personnes. Sinon vous pouvez toujours agiter le paravent d’une Loi répressive et intrusive sur Internet, pour ne pas engager des poltiques répressives coûteuses mais qui s’imposent.
D’un autre côté, l’utilité d’internet reste tout aussi virtuelle que ses supposés risques.
Dès lors, une certaine lecture du principe de précaution suggèrerait de s’en dispenser des fois que le risque de préjudices réels existe sans qu’on s’en soit rendu compte (si c’était “réellement” utile, celui à qui ça l’est le dirait haut et fort).
Maintenant, si votre idée est de protéger internet au motif que nous ne sommes plus libres nulle part ailleurs hors de nos domiciles, peut-être y aurait-il un autre moyen de lire cette même analyse.
Pas mal la métaphore vers l’IRL… on oublie trop souvent de l’utiliser alors qu’en face, ils le font à tord et à travers… Bien vu.
Bonne métaphore, à ceci prêt que la plupart des dispositifs proposés, les filtres, les barrières, seront invisibles, indolores, pour les usagers. Aussi je ne vois pas comment les gens vont se révolter contre.
Après tout la vidéo surveillance est bien rentrée dans les moeurs, et même s’il existe des citoyens qui la considèrent comme nuisible, même si des rapports ont prouvé son inefficacité, la tendance est plutôt à la généraliser…
La bonne question est : Que faire maintenant ?
Elle est connue des politiques. Si nous sommes un certain nombre à être, à peu de choses près, d’accord sur le constat de la nocivité du texte proposé, il reste à transformer ces analyses convergentes en levier pour l’action.
Faut-il rencontrer les citoyen-nes moins impliquéEs sur la toile pour les sensibiliser au fait que l’atteinte n’est pas technique mais principielle ? Faut-il organiser une ‘grève’ de la communication qui atteigne directement au porte-monnaie des entreprises importantes qui sauront pratiquer un retro-lobbying et partant deviendront les idiots utiles de la cause de la liberté. Comment s’y prendre en pratique ? Par la voie élective avec le parti pirate ?
Le cadre même de l’action est problématique au plan intellectuel sans parler de ses aspects organo-juridiques ; elle l’est au regard de son son objet et surtout de l’autisme sécuritaire du monde politique pour les raisons démagogiques archi-connues. Je te tiens par la barbichette de la trouillométrie…
La moyenne d’âge des élus n’entre pas pour rien dans cette stratégie de la frilosité et du repli, voire d’abandon car il faut se rappeler que la liberté à un avenir et même qu’elle représente l’avenir et non pas le fossile d’une période trop facile (ah combien Mai reste un repoussoir commode), alors quid de ce renoncement présenté comme la quintessence du principe de précaution ? Dans le monde réel cela fonctionne évidement moins bien. Bachelot et son H1N1 a mesuré comment le ridicule lamine l’icônicité, mais dans la virtualité haut lieu de la fantasmatique débridée, ils font florès. Pour nos papis encartés (et pas tous entartés), chaque jour est un vendredi treize avec violeur d’enfant inside. Stop !
Si la formule d’hier, sans la prendre au sérieux, proclamait la revendication absurde : “place au jeunes”, se défendre contre la Loppsi n’implique-t-elle pas de transformer la blague en “place aux moins vieux, au moins transis”.
Les cliniciens nous apprenent que le sentiment de la peur (irrationnelle ) croit fortement après l’andropause au moment où l’homme prend conscience de son incapacité irréversible à assumer lui-même son auto-défense. Ce fantasme nécessaire à la construction d’une image de soi est néanmoins pernicieux car évidemment quelque soit l’âge un citoyen ne fait pas le poids face à un authentique malfrat dont l’avantage vient de sa détermination. Cependant la manipulation de cette peur diffuse qui n’est pas étrangère à la structure âgiste des populations occidentales ne peut pas être balayée d’un revers de main au risque de sombrer dans une autre forme d’autisme qui serait un élitisme infondé de la part des geeks.
Il est temps et nécessaire que ces mêmes geeks mettent le nez à la portière de leur bulle pour aller sur le terrain sinon la douce tiédeur de l’internet, tapissé de pixels chatoyants, se refermera sur eux comme un cercueil bien réel, cette fois, car les archi-seniors des deux assemblées, hautes et basses, s’apprêtent à lâcher leurs argousins.
La participation active à la vie politique sur le terrain est à minima l’exigence qui découle de ce qui précède car sinon le risque de fracture est réel.
L’intelligence collective peut être aussi puissante que les calculs manipulateurs.
#Loppsi, son couvre feu, sa caméra et ses cyber bergers allemands : Voilà notre nouveau portrait à l’étranger. Belle vitrine.
Il faut peut-être donc laisser aller un peuple à son destin d’esclave tel qu’il semble vouloir le choisir. Mais si la bête immonde se réveille, honte à ceux qui devaient préparer l’antidote.
Honte à ceux qui, instruits et conscients, auront dit : “Non, non enfin, on est en France. C’est un régime démocratique ici. Il n’y a aucun problème. On régule l’Internet. N’écoutez pas les quelques excités de la liberté d’expression. Tout va bien ici…”.
Car certains disent déjà exactement cela.
Le gouvernement est parti pour une longue chasse au Kaercher de la liberté sur Internet.
Pendant ce temps-là les français payent et regardent TF1.
La France semble vouloir la primeur d’un nouveau genre de machin qu’on pourrait appeler démocratie… “élastique”.
La maladresse chez les nouveaux Tycoon du sécuritaire pue la défaite à plein nez et ça sent d’ailleurs très mauvais pour l’image internationale de la France qui fait aussi notre commerce. La presse étrangère commence sérieusement à se méfier.
Des réveils sont possibles.
Vos enfants ne vous pardonnerons pas d’avoir été absents.
une ouveture á méditer pour certains: et oui comme le disait l’autre fois J.L. Bourlanges, avant de vouloir être fier d’ětre français, il faudrait savoir s’en montrer digne… ça nous épargnerait quelques éclats médiatiques gratuits et contribuerait plus certainement á l’identité nationale.
Mais l’accession à et le contact avec la pédophilie n’est-elle pas bien plus facile (euphémisme) sur Internet que dans la rue?
Je reste étonné de l’apparente difficulté qui semble exister à établir d’éventuelles relations entre le programme de travail du gouvernement français et les propositions des négociateurs américains dans le cadre des négociations internationales ACTA.
Surtout si on considère que même les célèbres “cinq gus dans un garage” semblent comprendre…

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