Le 1er octobre, le magasin Uniqlo ouvre ses portes à Paris. Au-delà de la force du concept, des lignes de vêtements, et du design incroyable des magasins, le web est un terrain de jeu inventif. Auquel il manque juste une petite chose.
Ca vient du Japon, et le parisien moyen a du mal à rater la campagne de communication. Uniqlo est une marque très forte, qui vient du Japon (oui, elle vient du Japon). Confirmant au passage que la culture japonaise a une capacité à s’exporter énorme, par le biais d’un bouche à oreille, et de liens sociaux qui unissent parfois plus les jeunes du modne entier que les gros blockbusters américains. Passons (sur la culture japonaise, une des émissions de F. Martel sur Culture faisait un tour d’horizon intéressant).
Uniqlo, ce sont des vêtements basiques, colorés, de bonne qualité, visant une cible jeune. Concurrents : GAP, American Apparel. Modes d’expression très codés autour de l’identité japonaise/urbaine (ce qui la distingue de GAP/UScleanguys, d’AA/Vicemag/crade, de Benetton/vieux-multculturels…).
Bref, je passe aussi.
L’utilisation du web par Uniqlo est passionnante. Au lieu d’entrer dans l’ère de l’expression personnelle, façon American Apparel (qui fait poster sur son blog ses salariés, qui sont de vrais ambassadeurs de la marque – ils sont recrutés sur des critères de look avant tout), Uniqlo propose un point de vue créatif, en dépassant les modes d’expression habituels.
Meilleur exemple : l’Uniqlock, et le Uniqlo calendar. Incompréhensible, et donc extrèmement viral. L’uniqlock ne dispense pas de manière pédagogique de boutons “envoyer à un ami”, ou de wallpapers vite chiés par un graphiste d’agence de pub. Il propose, intrigue, et incite à l’adoption.
Installez le screensaver Uniqlo show window sur vote ordinateur. Fonction ? Donner l’heure. Avec un récent ajout : la météo. Et surtout, exprimer, directement au creux de votre petite machine, outil de représentation, l’identité Uniqlo. Montrer son appartenance, et maintenir le sentiment d’adhésion. Ca marche. Je l’ai installé il y a six ou huit mois, et je ne m’en défais pas.
Il faut dire que le calendrier est génial. Les images, qui usent avec abondance du tilt shift et du stop motion, proposent la vision d’un monde-jouet, sympathiques, poétiques, simples et joyeuses. C’est beau et simple, dans un registre pop japonais avec sa créativité, sans ses excès.
Bref, tout ça a été amplement discuté, commenté dans les milieux de la communication, et reconnu par les professsionnels de la pub (un Lion d’or à Cannes l’année dernière).
L’univers inspire. Il suffit de voir le nombre de vidéos postées en ligne pour s’apercevoir que l’univers que développe la marque suscite un volume incroyable de créations, dont beaucoup sont d’excellente qualité. Pour la France, la déclinaison de la communication est un peu plus vulgaire, trop explicite, pédagogique, classique, en somme, loin de l’esprit un peu absurde/déjanté de la marque…
Ce qui manque, donc ?
Un développement du sentiment d’appartenance, et une meilleure insertion dans le web.
Sur le site de l’Uniqlock, on peut voir, sur une très jolie carte, le nombre de personne sutilisant l’Uniqlock dans le monde. La carte est remplie. Il y a 8 utilisateurs à Riyad, 1101 à Fukuoka, 160 à Sao Paulo, 3 à Tbilissi…
Sauf que. Ces utilisateurs d’Uniqlo, là-bas ou ici, j’aimerais bien, en fait, les connaitre. Les identifier. Parce que je sais qu’on partage quelque chose. En France, il y en avait déjà, des personnes fans, des amis, des utilisateurs, des adhérents à la chose. Ils sont par nature connectés, et ouverts à un ami de Rio ou Bangkok. Auraient des choses à partager, si l’on en juge par leur activité sur Youtube.
La marque peut-elle jouer ce jeu ? Cesser d’être simplement émettrice d’un contenu, très viral, pour entrer dans la reconnaissance de l’activité de ses pairs, comme reconnaissance de ce lien qu’elle contribue à créer entre ses clients ? Une marque, sur ce créneau, est un marqueur social, et une inspiration à créer (quand ça marche). Peut-être qu’Uniqlo pourrait se lancer dans la révélation de sa communauté à elle-même… Il faudrait leur trouver, à partager, plus que des liens et des pokes, bien sûr (un réseau social ne se fait jamais autour de simples fonctionnalités de réseau, mais autour d’une proposition d’usage). Mais enfin, on peut leur faire confiance pour proposer ceci, non ?
Et l’exemple pourrait nous renseigner aussi sur la communication politique. A l’heure où tous les partis politiques lancent des “réseaux sociaux de militants”, sans les remplir d’autre chose que des fonctionnalités qu’on trouve sur facebook (mais en moins bien), il serait temps de leur rappeler, par cet exemple éclairant, que les idées fortes et inspirantes, quand elles sont exprimées avec créativité, priment sur les outils technologiques…
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(oui, je suis aussi un mec qui bosse dans la com, quoi, merde).
14 Commentaires
[...] Blogger, etc. UNIQLO propose ainsi à chaque personne tombée amoureuse de son identité de devenir ambassadeur de sa marque. C’est d’ailleurs ainsi que je l’ai moi-même découverte en repérant cet écran de veille [...]
UNIQLO et GAP : le prêt à porter à la conquête du web | Maxime Leroy added these pithy words on jan 19 10 at 00:32“*Ca vient du Japon*, et le parisien moyen a du mal à rater la campagne de communication. Uniqlo est une marque très forte, *qui vient du Japon*”…
Et les mecs qui bossent dans la com, ils ne relisent pas leurs billets avant de publier ?
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J’ai jamais entendu parler de cette marque ? Allé voir ce qu’ils font comme fringue ? Ouais bof ai passé l’âge. M’étonne pas que Laurent connaisse ; un mec qui achète ses meubles chez Ikéa.
La liste des blogs n’apparaît-elle pas quand on clique sur une ville ? D’accord c’est mal présenté mais la communauté semble bien là en germe.
max : corrigé.
Laurent : tu sais bien que je relis jamais mes billets de blog. Rien de neuf.
Yogi : justement. En germe. Non navigable, hyper mal présenté, proche du rien. Mais une demande est là. Ce ne serait pas grand chose d’établir une vraie relation entre tous ces gens, qui sont juste les uns à côté des autres.
http://kanyelicious.appspot.com/http://www.meilcour.fr/general/ce-quil-manque-uniqlo.html
Cette esthétique monde-jouet… ça rappelle la photo de l’Ocean Dome par Martin Parr, un centre balnéaire situé à… Tokyo.
Uniqlo est présent en France depuis quelques années, en catimini, au centre commercial des Quatre-Temps à la Défense. Où l’on voit bien, au passage, le fossé qui sépare Paris de sa périphérie dans nos imaginaires.
morning meeting : pas plusieurs années, juste quelques mois. Et le magasin de la Défense est très incomplet (et a été lancé sans campagne de com, à but de test).
Là, c’est juste le lancement d’un de leurs cinq plus grands magasins au monde, avec l’ambition qui va avec…
Bonjour nv, je re-poste ce commentaire car le précédent, contenant un lien vers l’article de Libé, semble s’être perdu dans les méandres du filtre anti-spam… ?
La boutique des Quatre-Temps n’est pas ridicule en taille et elle existe depuis bientôt 2 ans. Je connais et j’aime beaucoup le Japon, j’étais allé faire un tour à la boutique dès son ouverture.
Un article de Libé de l’époque soulignait que ce premier magasin avait ouvert en catimini, en préparation d’une grande ouverture en fanfare à Opéra. C’est désormais chose faite.
Ce que je soulignais ci-dessus, et au fond nous disons la même chose, c’est que la marque s’appuie sur nos imaginaires de consommateurs dans sa stratégie de développement : pilote=périphérie, fanfare=Paris. Il y a une logique et un parallélisme assumé derrière, tout simplement.
Bien à vous,
morningmeeting
morningmeeting : bof pour le parallélisme. En fait, uniqlo suit une stratégie assez classique, en testant un marché, dans l’attente d’un emplacement vraiment intéressant. Hors du Japon, sa présence est souvent réduite à d’immenses surfaces, gros flagship stores.
En France, ouvrir un tel magasin se fait en centre-ville. Ils ont choisi pour cela l’endroit où le CA/m2 est le plus élevé d’Europe (Haussmann). Je les vois mal ouvrir un 2000m2 aux Quatre-temps, ni faire une campagne de com maousse pour un magasin de 300 m2. C’est bêtement logique.
Aux US, leur présence est assez réduite : un immense magasin à Soho. Au Royaume-Uni, ils ont plutôt une dizaine de magasins de taille moyenne. En France, le déploiement suivra le flagship…
Exact ! Un marché test, puis un déploiement selon une stratégie de supériorité cohérente à tous les niveaux : choix de l’emplacement, surface de vente, budget com, etc. tout à fait raccord avec la notoriété de l’enseigne et sa puissance de feu au niveau mondial.
Ma remarque complémentaire sur les imaginaires consommateurs ne vient pas démentir ce constat que je partage par ailleurs. Je soulignais juste une des dimensions, parmi d’autres, de cette stratégie de supériorité. En plus de générer les plus fortes ventes en volume et valeur, la zone Opéra/Haussmann jouit d’un prestige certain auprès des consommateurs, et notamment auprès des touristes et d’une riche clientèle internationale. Les Galeries Lafayette par exemple font une distinction entre leurs différents types de business units : le flagship Haussmann, seul de son espèce et dont le standing le classe définitivement à part, puis le segment de second rang (Montparnasse, les gros flagships des grandes villes de province), et enfin le troisième rang des Grands Magasins et Grands Magasins Spécialisés. Dans la notion de flagship, il y a certes des critères quantitatifs essentiels (surface, volume des ventes, importance de la zone de chalandise, CA/m2), mais aussi des critères de prestige, d’image, qui justifieraient à eux seuls de payer un loyer dans un des emplacements les plus chers d’Europe. Même logique à Tokyo sur Omote-Sando (les « Champs Elysées japonais »), où Vuitton avait ouvert un de ses fleurons mondiaux il y a quelques années. Et, a contrario, quand on s’installe en France, on ne fait effectivement pas d’image aux Quatre-Temps, c’est logique.
Pour terminer, quitte à digresser un peu, je dirai aussi que je crois que c’est également une des raisons de la présence de Celio sur les Champs, ce qui peut paraître étonnant. Pourquoi une marque qui fabrique du prêt-à-porter à des prix très accessibles, et était présente dans tous les centres commerciaux de France et de Navarre depuis 15 ans (même les plus petits et « popus »), a-t-elle eu besoin de s’installer sur les Champs en 2002 ? Au prix du m2, je doute que ce soit un des magasins les plus rentables de la chaine, mais il y a aussi un enjeu de présence et de prestige qui vaut à lui seul l’investissement, et permet à la marque d’étoffer son imaginaire et d’aller autrement à la rencontre de ses clients (Galerie Celio, hébergement d’opérations prestiges, etc.).
@ morningmeeting et nicolas
On a franchement rien à carrer de la communication d’une marque de fringues japonaise. C’est vraiment une discussion de bobos à la con.
politoblog : tu n’en as rien à carrer, c’est to nchoix, mais là,; mon coco, tu es chez moi, et c’est moi qui décide tout seul de quoi on parle. Et si j’ai envie de parler de ça, tu n’as rien à en dire, sinon de fermer ta grande gueule.
Donc, prochain commentaire de cet acabit : out.
Merci.

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