En voilà une bonne question ! La réponse est simple : on n’en sait rien.

C’est un graphique qui tourne sur le web, depuis que Mashable, puis le Silicon Alley Insider, qui cherche désespérément un graphique à mettre en ligne chaque jour, sans quasiment jamais le mettre en contexte, l’a posté. Joli camembert, où l’on est tenté de croire qu’il s’agit de la répartition des usages de partage de contenus en ligne.

addtoany-graph

Plein de blogs reprennent la chose, heureux de pouvoir enfin mettre une donnée derrière une question : que fait-on ? Où sont les usages ? Même l’agence Limite se fait prendre au piège (c’est dire).

Sauf que.

Sauf que ce graphique ne donne pas la réponse aux question que l’on pourrait se poser :

- quelle est la part de chaque outil/espace dans la transmission des contenus, pour chaque internaute ?

- dans les liens postés, chaque jour, combien le sont sur twitter, sur facebook, par e-mail ?

Non, ce graphique correspond uniquement aux utilisateurs d’un widget, addtoany, qui agrège ces données, . Seuls ces utilisateurs, dont on doute fortement qu’ils soient représentatifs, sont utilisés dans l’analyse.

C’est souvent le cas pour toutes les applications et “études” qui donnent des statistiques d’usage sur le web. Elles sont fausses. Pourquoi ? Parce qu’aucune méthode ne peut donner entièrement satisfaction. Le panel (façon Médiamétrie) est insatisfaisant, puisqu’un échantillon, même de quelques milliers de personnes, ne peut représenter l’immense variété d’usages de l’internet. Le biais apporté par les utilisateurs d’une technologie en particulier, également, est souvent trompeur.

Le pire, c’est quand les études sont publiées en connaissance de cause, déjà tronquées, sur une méthodologie absurde, mais circulent quand même. Ici, ce n’est pas le cas : c’est l’appétit à trouver des indices qui donne envie de croire que 24% du contenu qui circule sur le web l’est à cause de facebook (ce qui est sûrement faux). On peut croire (mais on n’a pas la source originale de l’étude) que le graphique initial ne prétendait pas être représentatif de l’ensemble des internautes.

Beaucoup ne sont pas aussi précautionneux. Les études sur le web ou ses usages, souvent fantaisistes, fondées sur des choses simples mais fausses, circulent partout en ligne, et sont exploitées avec force appui par des agences de com ou organismes de tous types. J’ai particulièrement en mémoire cet outil, mis en place par mes amis De Burson Marsteller France (je ne linke pas vers leur site, qui est indiqué comme vérolé), qui faisait croire que Corinne Lepage était la candidate aux européennes la plus twittée, ou que la France était le pays le plus actifs sur twitter… L’échantillon était uniquement constitué des tweets contenant le tag ‘#eu09, né en France, et largement utilisé par les réseaux Modem. CQFD…

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Dans un univers d’ultra-abondance, et de retransmission de ce qui est choc, visible, graphique, le faux peut circuler de plus en plus facilement. C’est très bien exploité par plein de monde : une méthodologie apparemment scientifique, de beaux graphiques, une caution respectable, et vous avez l’équivalent du sondage qui fait la une.

Difficile de demande à chacun de ne pas reprendre ce genre de bêtises inutiles : pour des tas de twitterers ou prophètes des réseaux sociaux, transmettre cette information relève du processus identitaire. Et s’il y a bien un univers où le web ne joue pa sson rôle de hoaxbusting et de contre-expertise, c’est bien souvent quand les webacteurs parlent d’eux-mêmes, et de leurs outils, dans la vision prophétique de l’internet.

Charge aux piliers, aux noeuds de réseaux de bien sélectionner. Si Mashable, Techcrunch et autres nouveaux media du web pouvaient être sérieux dans la sélection et la mise en contexte de leurs informations, cela aiderait grandement… Ce n’est malheureusement pas dans leur économie, je pense…


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6 Commentaires

Et il n’y a donc pas Google Reader (qui est mon outil principal de partage), qui ne peut pas fonctionner avec addtoany

François le 3 août 2009 à 05:08

Effectivement, la relativité des études statistiques est une donnée importante. Merci d’avoir soulevé ce point :)

Elodie - agence Limite le 3 août 2009 à 06:08

Et que dire des billets “liste” “les 10 règles pour xxx”, “les 10 commandements de blablabla”, dans lesquels on découvre souvent que les points intéressants n’est pas 10 mais il faut bien remplir, et c’est plus impactant de dire les “10 règles pour bien utiliser Twitter” que les “7 règles pour bien utiliser Twitter” - enfin ça reste discutable. C’est souvent stupide, mais c’est probablement la preuve que ça marche, en termes d’audience.
Peut-être la conséquence de la multiplication des blogs/sites qui donnent conseils et autres “best practices” du blogging. Une écriture stéréotypée, très anglo-saxonne, pleine de règles et de “trucs” censés booster l’audience, le référencement et je ne sais quoi d’autre… au détriment de l’originalité et, parfois, de la qualité.

Joïakim le 4 août 2009 à 10:08

Bravo pour cette analyse.

Tu as mis le doigts sur le plus gros problème des e-marketers : le manque de données. Obligés qu’ils sont de travailler sur des schémas qui trainent sur la toile sans forcément réfléchir à leur pertinence/provenance.

Les agences/experts les plus sérieuses seront celles qui analyseront et relativiseront toutes ces données avant des les utiliser. C-a-d celles qui prendront le temps d’y réfléchir avant de les publier.

A une époque où les blogs d’agences (les grosses) sont écrit par des stagiaires, c’est pas gagné.

Cyroul le 4 août 2009 à 12:08

24 % via facebook ??? N’importe quoi ! 90 % d’anciens amis que vous ne voulez plus revoir sont sur facebook !

politoblog le 4 août 2009 à 05:08

“La statistique est la forme ultime du mensonge”, on peut faire dire ce qu’on veut aux chiffrex, il faut toujours prendre du recul face à un camembert…

Prosini le 10 août 2009 à 01:08

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