Je n’ai pas encore lu le discours de manière approfondie, ni visionné la gestuelle lors de l’adresse du président devant le Congrès. J’étais pris, comme la majorité des Français à cette heure. Juste quelques bases, pour recueillir votre assentiment.
Sur l’agenda et l’événement.
Les media se font toujours prendre au piège de la génération d’événement par le Président. Ca marche depuis des années, et ça marchera encore. Il ne s’était encore rien passé qu’il faisait déjà la une partout, et la fera encore pendant plusieurs jours. Evidemment, cette fois, c’était une innovation, mais enfin, la corde est usée, et on aurait peut-être pu éviter le trop-plein de ces derniers jours, et de ceux à venir.
Oui, j’ai conscience d’y participer aussi.
Mais surtout, cet événement est constitué pour le monde que Sarkozy a devant lui, et qu’il sait mobiliser comme personne autour de sa personne : media et politiques. Nicolas Sarkozy n’a pas choisi l’allocution télévisée ou l’interview postconseil, il n’a pas daigné offrir une conférence de presse, parce qu’il sait que sa maitrise d’un discours lui assure une reprise de tous les corps intermédiaires pendant plusieurs jours. Il n’aime pas les interviews : ce qu’il lui faut, c’est non une confrontation directe, mais bien une création d’agenda autour de ses termes. Pas de questions, pas de débat, pas de regard droit dans les yeux dans une adresse aux français. Un discours donné à des personnalités qualifiées, qui sera transmis par des media professionnels, qui vont nécessairement, c’est dans leur économie, transmettre tout cela.
Bref, il faut surtout prendre ce discours pour ce qu’il est : une occasion donnée de fixer l’attention. Faut-il donc que ces jours de summum médiatique en valent la peine ?
Sur le texte
Je ne l’ai pas encore lu, mais j’ai fait la statistique des mot utilisés. Et je note un immense retour, celui qu’on attendait, celui qu’on voulait, même, … le grand retour de l’anaphore. Et de sa petite soeur, l’anaphore qui dénonce, celle qui dit que les autres, là, pointés du doigt, qui pourraient faire, ça, lui ne le fera pas.
Ma préférée :
L’idée selon laquelle nous pourrions nous en sortir en laissant une partie des Français sur le bord du chemin, c’est une idée injuste et c’est une idée fausse.
L’idée selon laquelle nous pourrions nous en sortir en abandonnant une partie de nos territoires, de nos quartiers est une idée fausse.
L’idée selon laquelle, parce que la crise serait soi-disant terminée, nous ne devrions plus nous préoccuper de ses conséquences sociales, de ses conséquences humaines est une idée dangereuse.
Waouh ! Quel courage dans la dénonciation !
L’autre géniale (on sent une inspiration très forte) :
Le but est-il que toutes nos usines s’en aillent ?
Le but est-il qu’il n’y ait plus d’ouvriers dans notre pays ?
Je raille, mais je n’ai pas encore tout relu. Il doit bien y avoir quelques perles.
Mais, comme Jean Véronis est occupé, je vous ai fait un petit nuage (version plus grande en cliquant, ou en allant chez wordle).

Derrière ce nuage, on sent vite des absences. Oubliez le “c’est” et le “plus”. Ce sont des tics de langage sarkoziens, qui visent à faire croire qu’on est dans le réel et l’action. Regardez plutôt le classement des mots les plus utilisées, et leur hiérarchie (le tableau est là). La scène, par exemple : on parle de la France, et du Monde. L’Europe ? France : 19. Monde : 18. Europe ? 3. Nicolas Sarkozy cite l’Europe en toute fin de discours, en parlant d’eux : “Je le dis à nos amis, à nos partenaires européens, la France change. Mais je leur dis : l’Europe doit changer aussi.”. L’Europe, c’est l’ajout de dernière minute, façon “ah merde, on avait oublié l’Europe, juste après les européennes, et la PFUE. Naze, ça, non ?”. La scène de Nicolas Sarkozy, c’est la France dans le Monde. Et dans ce projet, l’Europe n’intervient que comme un truc qui doit changer. Vision habituellement guaino-iste, habituellement sarkozienne du lundi (le mardi, c’est Guéant).
On pourrait continuer l’exercice. Je vous invite à le faire.C’est toujours amusant (et je n’ai pas le temps, là).
Ce qui m’étonne surtout, au-delà des annonces diverses qui ont pu être faites, des commentaires visant à faire des unes (la Burqa, par exemple) c’est l’absolu creux de ce discours, après une première lecture. Du grand principe, des “valeurs”, des “il faut”, “nous devons”, “nous le laisserons pas”, répétés en anaphore, ne font pas un discours de président devant le congrès. Au final, on est dans un habillage assez peu inspiré, ou par de grands creux, d’un message simple et basique : on continue, parce que notre voie est la bonne, et que ne rien faire serait criminel.
Ce qui, somme toute, est assez faible.
Bref, ce discours confirme une chose : je n’ai pas une passion pour le bonhomme, ni pour le style de Guaino. Je trouve toujours sa réthorique très faible, et beaucoup plus faible en discours que dans le débat. On se croirait revenus en 2006-2007.
Espérons juste qu’il ne mobilise pas le congrès tous les 15 jours. Et que des opposants éviteront de faire chaise vide ou de critiquer le mécanisme médiatico-institutionnel, pour se metrte à user des mêmes armes que lui…
8 Commentaires
[...] le même sujet: Discours de Sarkozy du 22 juin et le concentré de Mr [...]
Analyse du discours de Nicolas Sarkozy, devant le congrès réuni à Versailles le 22 juin 2009 « Un îlot de résistance… added these pithy words on juil 12 09 at 17 h 45 mince qui m’étonne en écoutant et regardant un peu les médias ce soir, c’est l’absence de l’opposition.
C’est un peu de l’antisarkozysme facile. IL aurait été intéressant que tu donnes un avis sur le fond ? Je dois avouer, honteux, que Nicolas Sarkozy me plait de plus en plus. Même si je ne suis pas d’accord avec lui sur pleins de points ; la politique répressive, la politique fiscale …etc. Je dois lui reconnaître qu’il est l’un des seuls politiques à avoir compris que les efforts réformateurs et l’expansion économique devaient se produire maintenant. Tous les cons eux sont arqueboutés sur la dette, la répression d’hadopi … etc, de la petite polémique pas intéressante. Une autre chose que je dois louer chez Nicolas Sarkozy, c’est qu’il fait globalement ce qu’il dit et respecte en majorité ses promesses et ses engagements. Et ça après Mitterrand et Chirac, ca change. Enfin je dois reconnaître que c’est un excellent tacticien politique, ce qui n’est pas pour me déplaire.
Eh bien oui,
nous sommes en parfait accord,
c’est creux, c’est un discours digne d’un avocat candidat, pas d’un président !
je me suis donc permis de faire un lien vers ton billet à la fin du mien…
@+
@politoblog
HADOPI c’est l’obsession de sarko.
1 pour faire plaisir aux copains et à sa dernière moeuf.
2 parce que l’internet est une intolérable capacité de communication donnée au peuple. Sans les censures multiples et variées des media qui appartiennent tous à une bande de pote à lui.

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