Désolé, je continue.

Il faut lire le billet de Pierre Haski et rappeler à l’AFP, à France 3, et à plei nd’autres institutions certaines choses.

- l’image de Brice Hortefeux a été tournée par des journalistes professionnels ;

- la vidéo n’a pas été balancée sur internet, mais sur lemonde.fr, par des journalistes professionnels ;

- son écho et sa visibilité sont directement dues à la circulation sur des média classiques, la télévision et la presse en bon vieux papier ;

- elle ne circule en ligne que suite à l’aval de de ces autorités journalistiques.

Dans cette affaire, internet est absent, ou presque. Son seul effet : un effet revigorant de pression concurrentielle entre média. L’ère du téléphone portable qui filme tout est un paravent et un leurre.

Du coup, lire ce papier de cadrage AFP de Philippe Zygel donne la nausée. Le cadrage de l’AFP, comme une réponse par anticipation aux reproches potentiels de Frédéric Lefebvre, est scandaleux, et rempli d’approximations qui font se poser la question du professionnalisme de l’AFP.

Diffusée sur dailymotion ? Non, sur lemonde.fr. Les propos de Jean-Louis Missika, cités sans doute de manière tronquée, donnent à croire que celui-ci pense que la phrase de Brice Hortefeux est une “plaisanterie de potache”. Deux citations de responsables de l’UMP, et aucun de gauche, ou exprimant une vision différente (le journaliste ne rapporte même pas de propos variés, pas de he says, she says).

Enfin, cette citation de Frédéric Dabi :

Les dirigeants "doivent maintenant rester sur leurs gardes et offrir un visage non plus naturel mais en cohérence avec leur position, afin de ne pas tomber dans le piège"

A rapprocher de ce que je dis sur slate. Les vidéos qui marchent, quand elles passent du web à l’espace médiatique classique, sont celles qui agissent effectivement comme un révélateur de la personnalité supposée du dirigeant ciblé :

Ces vidéos servent à révéler une identité secrète, un trait de personnalité supposée de la personne, à l’incarner dans une parole. Elles marchent quand c’est vrai, quand on y croit. Royal pratique le double langage? Sarkozy est vulgaire? Duhamel centriste? Devedjian acide? Hortefeux raciste? Oui, on y croit. Et la vidéo vient vérifier ce qu’on se disait.

Les journalistes auraient plus à réfléchir à leur propre rôle dans la diffusion de ces vidéos, dans leur timidité à les diffuser en première instance, avant que certains de leurs confrères l’osent enfin. Et à cesser de dire que le web est le caniveau de l’information, le paradis de la rumeur : on est là dans un travail qui respecte dans l’ensemble de ses dimensions la rigueur journalistique, et où le web n’est que l’espace par défaut.


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10 Commentaires

la vidéo marche parce qu’elle conforte un préjugé, elle donne à voir et à entendre ce que le spectateur a envie de voir et d’entendre.

Quand c’est trop dérangeant, c’est réellement enterré.

authueil le 12 septembre 2009 à 12:09

Ce “recadrage” de l’AFP est absolument immonde…et pour plusieurs raisons.

D’une part pour ce que vous décrivez très bien dans votre billet : la critique du web comme “caniveau de l’information” (je ne me souviens plus de la citation exacte mais il me semble avoir lu il y a peu une phrase de Sarkozy relativement approchante), et donc de cette façon une critique du travail journalistique réalisé par lemonde.fr

Mais moi ce qui me choque le plus ce sont les propos de ces spécialistes des médias ou politologue !

“”Internet a complètement changé la donne pour l’image politique. Les personnalités les plus en vue ne peuvent plus comme avant séparer la sphère privée de la sphère publique”, explique à l’AFP le politologue Frédéric Dabi.”

Où est la sphère privée dans l’université d’été de l’UMP ??

Depuis déjà quelques temps le Grand journal diffuse régulièrement les images d’hommes politiques lors de ce type de manifestation, quelque soit le parti politique, les montrant en boîte ou autres.
Ils savent d’ailleurs très bien s’en servir pour donner une image décontractée, cool ! ensuite ils peuvent venir sur le plateau et pratiquer une belle “auto-dérision” les rendant plus sympathiques !

mais ça continue…

“Les dirigeants “doivent maintenant rester sur leurs gardes et offrir un visage non plus naturel mais en cohérence avec leur position, afin de ne pas tomber dans le piège”, poursuit-il, en soulignant la “curiosité croissante des Français pour l’intimité de leurs dirigeants”.” :

Pourquoi le “visage naturel” d’un homme politique ne pourrait-il pas être “en cohérence avec leur position” ? N’est-ce pas ça le problème ? Les citoyens n’attendent-ils pas tout simplement que les hommes politiques qui les gouvernent soient en cohérence avec leur position en étant naturels ? Autrement dit que ce soit les personnes les plus aptes naturellement à exercer une fonction qui l’exerce effectivemnet ?

Mais je ne voudrais pas qu’on m’accuser d’être anti-politologue, examinons aussi ce que dit le “spécialiste des médias”…

“”Les hommes politiques n’ont pas encore pris conscience que tous leurs faits et gestes pouvaient être saisis, même quand ils ne s’en aperçoivent pas”, insiste M. Missika, qui craint un “retour de la langue de bois”, face à la prolifération des portables et mini-caméras.”

Ce commentaire n’est pas différent de ce que dit le politologue, et il encourt les mêmes critiques : si Brice Hortefeux n’est pas raciste, il n’a rien à craindre de la prolifération des portables et mini-caméras, si Devedjian ne traitait pas Anne-Marie Camparini de “salope” il n’aurait pas à craindre que ce soit filmé et diffusé !

“Ca rend le métier politique de plus en plus complexe. Si à chaque fois qu’ils décompressent, il y a une caméra pour le capter, ca va devenir compliqué”, estime-t-il, en rappelant le “casse toi, pauvre con”, lancé par le président Nicolas Sarkozy lors du salon de l’Agriculture en 2008.”

Là je crois que c’est le pompon !

1) En allant au Salon de l’Agriculture en 2008, Nicolas Sarkozy décompresse…je croyais que cela faisait partie de ses fonctions mais bon.
2) Il décompresse en disant “Casse-toi pauvre con” à quelqu’un (même si encore une fois l’attitude de la personne insultée était volontairement provocatrice et pas de la plus grande intelligence)

Aussi compliqué qu’il soit pour une personne publique d’avoir une vie privée et de décompresser, il n’y a pas de caméra dans aucune propriété privée de Carla ou de propriété officielle qu’occupe Nicolas Sarkozy, pas non plus Place Beauveau ou dans le domicile de chacune de ces personnes !

Pour finir si on tire les leçons de ces brillantes analyses rapportées par l’AFP :

- il ne faut pas trop chercher à savoir qui sont nos hommes et femmes politiques et se contenter de l’image bien contrôlée qu’ils acceptent de donner
- donc il faut les laisser tranquilles pour que Nicolas Sarkozy puisse dire tout le mal qu’il pense des citoyens français, que Devedjian puisse insulter toute personne qui lui aurait déplu et qu’Hortefeux puisse disserter tout son saoûl sur tous ces arabes islamistes intégristes qui envahissent notre territoire.

Ne nous arrêtons pas en si bon chemin, allons plus loin :
- il ne faut pas chercher à connaître les dépenses de l’Elysée
- il ne faut pas chercher à connaître les dépenses de n’importe quelle collectivité (encore moins celle du Conseil général des Hauts de Seine…)
- et si on ne faisait plus de journalisme du tout ?

niodayoda le 12 septembre 2009 à 05:09

N’oublions pas la flèche du Parthe, avec ce sordide et totalement hors de propos - et de proportions - léchage des pompes de Giscard, comme si celui-ci avait ignoré qu’il était accompagné durant sa campagne électorale d’un Raymond Depardon auquel il avait précisément donné les autorisations nécessaires, tout en gardant un droit de veto non pas sur les quelques séquences qu’il trouvera après coup gênantes - celle notamment où il s’emporte contre Michel d’Ornano - mais sur le film entier.

Pour un peu, on croirait entendre vanter la clairvoyance du Grand Timonier, seul à même de guider son peuple ignare au milieu des dangers et des pirates d’Internet. Allez, on la mérite bien, notre censure à la chinoise.

Denys le 12 septembre 2009 à 07:09

erratum dans mon commentaire précédent : la citation que j’évoquais sans la reproduire de Sarkozy est de Denis Olivennes, qui a qualifié internet de “tout-à-l’égoût de la démocratie”.

niodayoda le 12 septembre 2009 à 11:09

J’ai également été assez surpris par cet article de Philippe Zygel qui ne faisait que déplacer le problème, au point que j’en ai appelé l’AFP vendredi soir pour leur faire savoir qu’il y avait une erreur manifeste d’appréciation de la part de l’auteur.

Antoine le 13 septembre 2009 à 03:09

Dommage que vous passiez à côté systématiquement de l’angle de la guerre de l’information. Comme si la présentation de l’information n’était pas de créer un mouvement en faveur d’un meurtre médiatique ou symbolique.

Thierry Lhote le 14 septembre 2009 à 01:09

Moins je trouve ces propos pertinents, intéressants et vrais. Le buzz n’a pas de véritable dimension sans traitement médiatique. Internet joue juste le rôle de starter. Ce que je pense depuis le début d’ailleurs. Dans un autre analyse on peut se navrer qu’Internet pour les médias ou les politiques, ne serve que de lieu startégique du coup fourré ou de la révélation d’informations qui peuvent donner lieu à des scandales. 1°) La presse traditionnelle n’a plus depuis longtemps le rôle de watchdog journalism. 2°) Les médias ne sont plus que des caisses de résonance, les uns des autres. Ils en parlent donc on doit en parler. 3°) Internet est instrumentalisé par les médias, qui ont dors et déjà gagné la bataille face à la blogosphère.
Comment combattre cette invasion, faire preuve d’intelligence, en publiant des contenus éclairés. Merci Nicolas (Et merde je lui ai fais un compliment !)

politoblog le 14 septembre 2009 à 10:09

Bonjour Nicolas,
Pauvre France où les Ministres se montrent ouvertement racistes et font des doigts d’honneur en public pour s’attacher la reconnaissance complice d’un groupe de jeune militants…. Il faut dire que l’exemple vient d’en haut…
Comment ensuite prôner le respect, la tolérance et la politesse ???

Fabrice le 14 septembre 2009 à 11:09

Les médias dits “traditionnels” ne sont-ils pas tout simplement partis officiellement en guerre contre internet par peur du lendemain ? Jusqu’à maintenant ils se contentaient de reportages et d’assertions faciles (pédopornographie, drogues, lynchage, poubelle de l’info,etc.) pour stigmatiser le web. Mais la crise économique conjuguée à celle de la presse et de la télévision pousse les rédactions (TV, AFP…) à opter pour une guerre de propagande destinée à renforcer sa crédibilité envers le public pas ou peu initié à l’internet.
Les internautes ont à leur disposition internet… et tous les autres médias. Les téléspectateurs qui n’ont ni connexion internet ni retour de ce qui s’y dit ou s’y passe sont démunis et livrés aux seules démonstrations des rédactions. Là est leur force.

woodi le 16 septembre 2009 à 04:09

internet est aux médias, ce que l’Europe est aux états européens.
je m’explique: la presse s’empare d’une sphère ou règne la dérégulation de l’information dans une large part, pour y dissimuler des coups bas, torpiller, régler des comptes, et lorsque la bonde est lâchée, s’abrite derrière le fait que l’internet n’est qu’un caniveau ou les charognards trouvent à boire et à manger.
Parallèlement à cela, sous le traité de Nice, en Europe,les gouvernements des états européens nomment l’exécutif pour mettre des politiques de dérégulation à outrance, puis accusent l’Europe, lorsqu’ils ont des comptes à rendre devant les peuples, ils accusent les institutions européennes d’avoir décidé de la tournure des évenements à l’insu de leur plein gré.
cherchez l’erreur?!?

emmanuel adrian le 17 septembre 2009 à 12:09

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