La tentative de prise de contrôle d’Ali Khamenei, avec une élection qui semble manifestement faussée, a produit une vague de protestations majeure. Cette vague, elle est largement le fait de la nouvelle génération, des “millenials”, qui utilisent beaucoup le web comme moyen de médiatisation et de mobilisation.

A ce stade, ayant suivi partiellement les événements post-élection en Iran ce week-end, je ne peux vraiment rendre compte de manière fine. Ceci-dit, il se passe quelque chose, et quelques indices montrent que nous sommes face à un coup d’Etat du 21ème siècle. Il oppose un pouvoir qui tente de prendre le contrôle, et de maitriser notamment l’information, tant interne au pays qu’externe, et un peuple qui s’est largement, dans les dernière semaines avant l’élection, mobilisé et auto-organisé par la biais du web.

Le régime a tenté de contrôler. Coupure des media, renvoi des journalistes étrangers, coupure des réseaux téléphoniques et web, fermeture des réseaux sociaux qu’utilisent les opposants pour s’organiser. Mais ce black-out ne fonctionne pas. La première raison, c’est que le peuple est là, et a anticipé ce mouvement, le contourne en permanence. Les grands networks américains ont eu du mal à diffuser des images, leurs journalistes souvent foutus dehors. Youtube et Facebook ont été bloqués, comme de nombreux réseaux sociaux.

C’est en grande partie par twitter que l’information a circulé, avec un formidable relais des blogueurs et webcitizens américains, de ces organismes en réseau, animés par la même génération qu’en Iran (où 60% de la population a moins de 30 ans). Une critique des media, et de la faible couverture des événements par CNN notamment, s’est développée de manière ultra massive.

CNN s’est en effet trouvée débordée par une foule de nouveaux acteurs de la couverture d’information, traitant en temps réel des événements. Des travaux exceptionnels, expérimentaux, ont été menés, sur le Huffpo, évidemment, mais aussi par des figures reconnues de ce paysage de l’information en ligne, pionniers du blogging américain, comme Kevin Drum ou Andrew Sullivan. Une information dans le dialogue et l’échange permanent avec une opinion hyper active. Une couverture en direct, évolutive, profitant du réseau de citoyens vigilants, d’iraniens agissant comme des sources en direct, le tout de manière publique.

On a beaucoup parlé de la couverture des attentats de Bombay, via twitter, avec les erreurs qui avaient pu être commises. Des erreurs, il y en aura sûrement, mais elles font partie de l’exercice qui a lieu, en direct, d’information et échange autour d’événements graves. Cette connexion internationale de citoyens vigilants, celle qui s’incarne dans le web depuis des années, autour de projets comme Global Voices, est proprement fascinante, et transforme radicalement l’information autour des grands événements qui touchent à la démocratie. Geeks de tous les pays, unissez-vous. Ce week-end, on a vu ctete maxime en action, plus que jamais.

Le principal, cela reste cette émergence d’une génération en Iran qui détourne le blocage qu’essaie de lui imposer un régime. Et c’est surtout le succès, ou pas, de ce coup d’état, qui compte in fine…


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15 Commentaires

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Ce qui m’étonne, c’est qu’en avril il s’est passé à peu près la même chose en Moldavie et que ça a fait beaucoup moins de bruit dans la twittersphère / blogosphère française (et encore moins dans les médias).

Celle-ci a-t-elle mûri ou est-ce dû au fait qu’il s’agit de l’Iran (qui sait positionner la Moldavie sur une carte) ?

Yannick le 14 juin 2009 à 11:06

Très juste, Yannick. J’avais suivi ça d’un peu loin, via le huffpo. Mais la Moldavie reste un moindre enjeu que l’Iran. Sans doute à chercher dans cela, plus une concurrence d’agenda, les élections en Iran arrivant dans un créneau de calendrier plus favorable…

NV le 15 juin 2009 à 12:06

effectivement, le problème est que visionnant des images de manifs et d’émeutes nous n’avons pas lde décryptage pour savoir si ces mouvements sont massifs ou cantonnés à ce que l’on a vu.

olympe le 15 juin 2009 à 08:06

@ Yannick

La contestation moldave a été un peu vite qualifiée de “première révolution twitter” par quelques médias américains en mal de sensationnel technologique. Vérification faite : il y a tellement peu de Modlaves inscrits sur Twitter, que celui-ci n’a pu jouer absolument aucun rôle de coordination entre les manifestants. Les quelques très rares utilisateurs moldaves de Twitter n’ont été entendus… qu’à l’étranger.

Avec l’Iran, c’est peut-être différent, car le pays est beaucoup plus peuplé. Il faudra quand même regarder dans le détail l’usage d’internet et de Twitter dans les événements en cours, car il y a bien en ce moment une réelle tendance à surévaluer l’impact des technologies hors des pays très développés.

narvic le 15 juin 2009 à 12:06

@narvic

Je ne suis pas sûr.

Je me suis intéressé à la “révolution” en Moldavie suite à l’article d’un blog apparu sur un “planet” (une sorte d’agrégateur de blogs) et j’ai un peu suivi le hashtag #pman sur Twitter/Identi.ca.

Effectivement, il semble que la plupart des messages ne provenait pas de Moldavie mais de la Roumanie voisine. Ça ne veut pas dire que la Roumanie a fomenté la révolution moldave ; c’est juste le résultat du fait que de nombreux jeunes moldaves font leurs études en Roumanie.

Par contre, il semble y avoir une différence entre les situations iraniennes et moldave. Hier, en Moldavie, Twitter était utilisé pour organiser les manifestations : pour dire « on manifeste à telle heure, à tel endroit » ou pour renseigner les moldaves sur les événements. D’ailleurs beaucoup de messages étaient rédigés en moldave.

Aujourd’hui, en Iran, Twitter me semble plus utilisé pour pour exposer la “révolution” au Monde ; c’est à dire qu’il est plus utilisé comme média (dans le sens d’un journal) que comme moyen de communication.

Il serait intéressant de comparer l’utilisation du hashtag #pman de l’époque au #iranelection d’aujourd’hui.

Bien sûr, ce n’est que la vision que j’en ai depuis mon petit bout de la lorgnette. ;-)

Yannick

PS: En cherchant sur Identi.ca, je viens de trouver ce lien qui semble intéressant “@menschcoop  important work by Ethan Zuckerman: Studying Twitter and the Moldovan protests http://ur1.ca/3eut “. Je ne l’ai pas encore lu, si ça se trouve ça contredit totalement ce que je viens d’écrire.

Yannick le 15 juin 2009 à 12:06

Je veux bien croire que twitter joue un rôle dans la coordination et la mobilisation des protestataires iraniens mais il ne faudrait pas tomber dans l’illusion technologique. De tout temps, les opposants aux tyrannies ont su utiliser les techniques existantes pour combattre leurs oppresseurs. Twitter aujourd’hui est un moyen simple et pratique, mais je pense que d’autres moyens plus traditionnels sont et seront utilisés.

Pierre Boisard le 16 juin 2009 à 11:06

J’ai beaucoup de mal à expliquer l’engouement actuel pour les “révolutions twitter” . Il faudrait peut-être remettre un peu les choses à leur place (comme yannick, pierre boisard et narvic) , notamment en ce qui concerne l’Iran.

Tout d’abord, le nombre d’utilisateurs basés à Téhéran était hier extrêmement faible (une grosse vingtaine dans l’après midi) , avec une répartition moitié-moitié entre anglophones et persophones, malgré le fait que twitter ait la chance de toujours pouvoir être accessible à ceux qui s’y connaissaient quelque peu en informatique.

Ensuite, la teneur des messages ne laisse aucun doute : ce qu’on trouve sur twitter, c’est en direction des journalistes internationaux, qui se voient interpellés régulièrement pour se faire donner des conseils ou demander de ne pas citer de noms, et les micromessages ont l’apparence de témoignages et de rumeurs, on ne voit ni coordination ni information issue directement de la direction de l’opposition.

Troisièmement, vous me semblez négliger l’aspect très basique de certaines manoeuvres sur les réseaux de la part de l’opposition. Cette dernière a en effet mis HS par déni de service un grand nombre de site gouvernementaux ou non apparentés à Ahmadinejad (y compris par créations de pages web “grand public” à cet effet, y a une capture d’écran en suivant le lien de mon pseudo) .

Enfin, si l’Iran a une population de plus en plus connectée, on a un peu l’impression que les réseaux réels sont négligés ici. Pour une info interne transmise sur internet, combien le sont par bouche-à-oreille et structures techniques de bases ?

Une chose qui me paraît ressortir indubitablement de ces usages de twitter, c’est surtout l’extension maintenant usuelle de tout conflit politique du réel au virtuel, et ce dans les mêmes aspects (information et propagande, mais aussi actions offensives symboliques ou plus destabilisantes, cf. conflits russo-géorgien ou russo-estonien).

L’autre ne concerne pas l’Iran mais les biais médiatiques internationaux. Comme il est dit plus haut, il semble évident que l’impact des hautes technologies soit très surévalué chez nous. Les structures classiques ont à mon avis de beaux jours devant elles, surtout vu la facilité avec laquelle les gouvernements peuvent décider de casser volontairement tous les flux (et ce n’est pas 50 types sur Twitter qui permettent de coordonner un mouvement de protestation aussi massif) . Ajoutez à cela le fait que twitter connaisse un engouement massif des journalistes, et vous obtenez là un magnifique biais médiatique (disponible en plusieurs centaines d’exemplaires en 48h, blogs, journaux et moi compris) . Les journalistes ont appris à se servir de twitter (ce en quoi vous avez raison, mais c’était déjà le cas avec H1N1) , mais le service n’est toujours pas l’eldorado de l’information brute en temps réel qu’on nous vendait il y a quelques mois (soit il y a très peu de twitterers sur place soit ils sont trop nombreux et le bruit rend la recherche d’infos trop pénible pour être efficace) .

PS : de votre part, versac, je suis étonné que vous n’ayez pas pensé à l’ergonomie de votre espace de commentaire. Non seulement celui-ci n’affiche que quelques lignes de texte, mais en plus on ne peut se relire. Sauf si vous ne voulez pas de long commentaires, auquel cas désolé d’avoir pondu un tel pavé ;-)

moktarama le 16 juin 2009 à 01:06

moktarama : plein de remarques pertinentes.
Ce billet a été écrit un peu vite, et twitter n’es tqu’un élément de surface, on est bien d’accord.

Je creuse quand j’en ai le temps (ou peut-être avez-vous de bons liens à conseiller ?).

NV le 16 juin 2009 à 06:06

Un lien a été proposé sur aaaliens [Mouvements post-électoraux en Iran, vus par Twitter] , à propos d’un groupe de français qui ont fait le travail pour tirer des infos pertinentes de twitter pendant les premiers jours après l’élection, on voit que non seulement ça nécessite beaucoup de monde pour faire ce travail efficacement, mais surtout que c’est quelque chose qui reste confiné au champ médiatique. Même si il est probable que l’info soit allée légèrement plus vite jusque dans les grands médias grâce à l’usage de twitter, on reste très loin d’un nouvel outil indispensable à une révolte/manifestation/insurrection, et plus près d’un outil périphérique supplémentaire pour la communication avec les journalistes, l’information des “premières minutes/heures” et en tant que “chambre d’écho” (comme le reste des médias sociaux, qui n’ont pas eu la “chance” de twitter en Iran) .

Moktarama le 16 juin 2009 à 06:06

@moktarama

Dans votre analyse des messages sur Twitter, il ne faut pas oublier une chose (surtout dans le cas de l’Iran aujourd’hui).

Un message a circulé pour demander au gens de passer leur fuseau horaire sur GMT+03:30/Tehran et leur ville sut Téhéran pour gêner les services iraniens dans leur traque.

On peut de même penser que les utilisateurs de Twitter iraniens auront fait l’opération inverse.

Yannick

Yannick le 17 juin 2009 à 10:06

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