Parce que ça commence à m’énerver un peu.
Je lis ça un peu partout. Comme dans le Nouvel Obs, par exemple :
En 2009, les dépenses des Français aux jeux d’argent (PMU, FDJ, casinos) ont atteint 21,6 milliards d’euros. Le marché des jeux en ligne est estimé à près de deux milliards d’euros par an dès 2011.
Et c’est totalement faux. Mais vraiment, et de pas de l’ordre d’une petite approximation.
Pour arriver à ce chiffre, on additionne non seulement des choux et des carottes, mais, en plus, pour arriver à un chiffre faux. Il faut comprendre quelques petites choses de base, dans le jeu, pour voir que c’est absurde.
Le jeu, c’est assez simple : je mise, je perds (souvent), je gagne (parfois). Et je gagne plus ou moins. Beaucoup de petits lots, peu de gros, peu de très gros. Mais au total, la redistribution est forte. Le retour aux joueurs des mises, on appelle ça le “taux de retour aux joueurs”, le TRJ. Le TRJ de la Française des Jeux, par exemple, en 2008, était de 61,2% des mises. Soit, sur 9,2 milliards d’Euros de mises (qu’on appelle Chiffre d’affaires), environ 5,6 qui retournent dans la poche des joueurs en question. La dépense des joueurs, à ce compte, n’est pas de 9,2 milliards d’euros, mais de 3,6. Ca change quand même pas mal le montant.
Après les mises, il faut compter avec les taxes inhérentes à cette activité, prélevées directement sur les mises, qui vont directement à l’Etat. Pour la Française des Jeux, en 2008, encore, elles se montent à 2,5 milliards d’euros.
Pour l’entreprise, il reste donc un milliard d’euros de “produit brut des jeux”. Les Français en auront dépensé effectivement 3,6. L’entreprise en a un milliard.
Pour les casinos, ça se complique encore plus. Ils ne communiquent pas sur les mises. Les machins à sous ont en effet une mécanique différente des jeux de la Française des Jeux ou du PMU, avec une mise beaucoup plus fréquente, et une redistribution plus forte. Le TRJ des machines à sous est d’environ 85% en France. Quand 100 euros sont misés dans une machine à sous, ce sont 85, grosso modo, qui retournent dans la poche du joueur. Après, il peut les miser à nouveau. Mais sur un an, c’est la grande masse. Et la fréquence de ces mises, ça rend l’idée de la mise absurde, comme unité comptable. On se concentre donc directement sur le “produit brut des jeux”, soit les dépenses nettes des joueurs. Les taxes portent sur cette unité.
Le produit brut (mises – retour aux joueurs) des jeux de casinos était en 2008 de 2,8 milliards d’euros. Soit un montant comparable à la FDJ et au PMU.
Au total, les dépenses des Français ne sont pas de 20 milliards, mais de l’ordre de 8,6 milliards d’euros. Ca change pas mal, non ? Et, pour les opérateurs, effectivement, cela fait 5 milliards pour faire tourner la boutique, et faire son résultat, pour payer son IS ensuite dessus.
Le chiffre de 21,6 milliards d’euros, il est donc construit en additionnant des mises (celles des joueurs du PMU et de la FDJ) et des dépenses nettes (celles des joueurs de casino). C’est comme de dire que le marché de l’automobile est égal à la somme des chiffre d’affaires des constructeurs français, et des bénéfices des constructeurs étrangers. C’est totalement absurde.
Derrière ce traitement médiatique un peu débilitant de l’activité du jeu, il y a beaucoup de non-dit, beaucoup de présupposés, liés à notre perception collective de cette activité. L’idée d’un pactole absolument énorme, de sommes totalement folles, que géreraient les opérateurs. Il y a l’envie que tout ça soit un peu sale parce que gonflé de trop d’argent, et finalement immorale. Il y a l’idée que tout ça est fondamentalement inutile (on dépense, on ne gagne jamais). Il y a l’idée que le jeu, c’est mal.
Le rôle des journalistes, dans ce domaine, devrait être de clarifier, expliquer, décrypter. faire comprendre ce qu’il y a derrière les chiffres plutôt que de nous épater sans recul avec les gros sous, tout en relayant servilement le discours de ceux qui les balancent. Mais non, c’est manifestement trop difficile. Il vaut mieux se contenter de faire écran avec la réalité, plutôt que de la rendre plus juste, plus nue, mieux la cerner.
14 Commentaires
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Meilcour.fr » Jeu : juste une petite correction : Casino En Ligne added these pithy words on mai 18 10 at 14:01[...] the original post: Meilcour.fr » Jeu : juste une petite correction Filled under: Casino en ligne [...]
Meilcour.fr » Jeu : juste une petite correction | Casino Ligne Fr added these pithy words on mai 18 10 at 23:19[...] 30 millions de joueurs ont dépensé 21,6 milliards d’euros, dont 5 sont revenus à l’Etat (N’importe quoi dira Nicolas). C’est ce gâteau qui est visé par la libéralisation des jeux d’argent sur [...]
Le Politoblog » L’ouverture du marché des jeux sur Internet : un petit arrangement entre amis added these pithy words on juin 16 10 at 15:14Merci pour ce billet ! Il faut dire que l’économie des jeux, ce n’est pas super-simple à expliquer, et encore moins si l’on veut rester politiquement correct, pour ne pas fâcher les gros annonceurs que vont probablement être les entreprises de paris en ligne. CA, produit brut, produit net, 55% de prélèvement d’Etat, Renseignements Généraux, pas facile d’en parler sans diaboliser.
Ceux qui en ont la vision la plus sincère sont les employés des casinos, qui voient bien que les joueurs achètent du temps de jeu. Celui qui se fixe un budget de 50€ sait qu’il va les perdre et que la probabilité de vraiment gagner gros est infime. Mais il va passer sa journée au casino et se distraire, comme il l’aurait fait à Disneyland ou ailleurs. Les casinos vendent du temps de jeu.
Lorsque je faisais des formations dans les casinos, on expliquait bien que le CA c’était les sommes engagées par les joueurs (par exemple les montants transformées en jetons), tandis que le produit brut correspondait aux pertes des joueurs. Mais ce n’est pas très cool comme concept, les pertes…
Dernier point : les 61,2% de retour de la FDJ sont tout près du minimum légal de 60%. Tandis que pour les casinos 85% représentent le minimum mais la réalité est assez éloignée : c’est en jouant sur ce taux de retour que les casinos établissent leur politique commerciale, et en cas de concurrence les machines “rendent” beaucoup, jusqu’à 94-95% m’avait-on expliqué. Je crois me souvenir que la moyenne serait plutôt de 90% de retour, sinon les joueurs ont l’impression de ne jamais gagner. Comme d’hab, c’est l’Etat qui se gave le plus, lorsqu’il en a l’occasion.
En même temps, il est précisé les “dépenses”. Et en cela, ils n’ont pas tort. Il s’agit bien de 20 milliards de dépenses ! Le gain par la suite ou l’argent restitué ne rentre pas dans la prise en compte des dépenses.
Ce que ces journalistes veulent démontrer, c’est clairement l’attrait pour les jeux car il y a un fort taux de dépense !Ton analyse n’est pour moi pas pertinente, car si on fonctionnait comme cela avec le reste des choses de la vie, alors ma simple dépense chez Leclerc ou Monoprix (ou tellement d’autres) ne devrait pas rentrer dans leur chiffre, étant donné qu’avec ma carte de remise et mes quelques centimes d’euros remboursés devraient changer la donne, tout comme tu l’expliques avec tes jeux d’argent.
Il ne faut pas confondre les choux et les carottes comme tu le dis si bien, ainsi il ne faut pas confondre les terme dépense et chiffre d’affaire. Dans ta citation de début d’article, il est énoncé clairement la dépense et le marché et non pas le chiffre d’affaire. (Quel journaliste serait d’ailleurs assez fou et idiot pour parler de 20 milliards de CA pour le marché des jeux ?)
Emmanuel : pour les TRJ, c’est différent selon les opérateurs. Celui de la FDJ est fixé jeu par jeu, et fixe au départ. Celui des casinos, c’est plus compliqué, et variable selon les machines. Et plus élevé, souvent, que 85%, oui. Chez les books, on trouve souvent des TRJ très élevés du même niveau.
Matthieu : eh bien non, ça n’est pas comparable avec Monoprix. Quand je dépense 100€ chez Monoprix, j’ai des marchandises en échange. Et je n’ai pas 100€. Quand je joue à un Morpion, une fois sur 5/6, j’ai un gain en échange. Et 60% de cette somme m’est rendue, en direct.
La notion de dépense, c’est du net. Du déboursé. Or, dans le jeu, le rendu au joueur est très rapide, immédiat souvent. Et donc à prendre en compte comme une donnée.
Quant au CA, oui, c’est techniquement du CA. Le CA, ce sont les mises. Mais c’est une donnée trompeuse.
Je n’avais pas perçu ta quête qui consistait à démontrer au peuple le fait que le CA est une valeur trompeuse… C’est pour moi, la base de l’économie.
Quoiqu’il en soit, les journalistes parlent de dépense et de marché. Il est bel et bien vrai que le marché du jeu représente 20 Ma d’euros. C’est indéniable. Cela veut-il pour autant dire et faut-il pour autant comprendre que les entreprises de ce milieu récoltent 20Ma d’euros de bénéfice… Ce n’est pas ce que les journalistes disent du tout. Maintenant, si des personnes le comprennent comme cela, alors je pourrais te comparer a Don Quichotte si tu veux leur faire comprendre![]()
Bien bonne continuation
Toute l’industrie fonctionne selon une logique de chiffres d’affaires d’un côté, de frais de l’autre. En France, en Europe, et partout ailleurs : pourquoi faudrait-il analyser financièrement l’industrie du jeu française d’une manière différente de la manière dont les économistes anglais analysent l’industrie du jeu anglaise ?
En considérant les gains comme des frais inhérents à l’activité (de la même manière que la perte de propriété des biens produits est la conséquence de la commercialisation des produits de la production, condition à la perception du chiffre d’affaires sur le marché), on peut voir l’industrie du jeu comme toutes les autres : avec un chiffre d’affaires, des taxes, une marge, des frais, et un résultat.
Et ainsi la comparer aux autres, en France et en Europe.
Les bingos, les loteries privées et les paris privés sont peut être pris en compte dans les chiffres ?
Gus : non, la diffférence se fait plus entre les loteries, qui parlent de “chiffre d’affaires” (soit, les mises), et les paris sportifs + casinos, qui parlent en produit brut des jeux (les mises moins les gains). Il n’y a pas uniformité dans le domaine, pas de norme internationale universelle.
politoblog : ils sont mineurs, en France. Et interdits (sauf pour gagner des paniers garnis au bingo de la fête du village).
« Je n’avais pas perçu ta quête qui consistait à démontrer au peuple le fait que le CA est une valeur trompeuse… C’est pour moi, la base de l’économie. »
Non, ce n’est pas LA base de l’économie. Pour une entreprise, le résultat est essentiel, et le CA peut être trompeur lorsqu’on ne regarde pas également les charges qui vont le ponctionner. En l’occurrence, se contenter de regarder le CA des sociétés de jeux sans prendre en compte également le retour de gains (immédiat ou quasi-immédiat comme le fait remarquer Nicolas) est effectivement une erreur.
(Et après on s’étonne que “le journalisme” traverse une crise… ;-p)
Matthieu : “Je n’avais pas perçu ta quête qui consistait à démontrer au peuple le fait que le CA est une valeur trompeuse… C’est pour moi, la base de l’économie.”
En quoi ?
Le CA, en fait, ce n’est rien. Si unité de base de l’économie il doit y avoir, ce serait plutôt la valeur ajoutée. C’es td’ailleurs elle qui est considérée dans le PIB, pas le CA. Par exemple, le “poids” de la distribution, en France, n’est pas résumable à son CA. Auquel cas, on dirait que le “marché” de la distribution, c’est deux à trois fois son poids réel. Ce que représente la distribution, c’est ce qu’elle apporte. Et ce que les gens dépensent pour l’activité de distribution, c’est ce qu’ils laissent aux distributeurs, pas ce qu’ils laissent à la caisse.
Et je ne compare pas CA et bénéfices. Je dis qu’on additionne des choux-fleurs et des carottes pour arriver à un chiffre faux. Mais ça ne semble pas rentrer
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Très bon décryptage. Il y a en effet beaucoup de présupposés catho-gauchistes dans cette façon d’amalgamer les mises et les gains finaux. Comme pour les bases d’imposition. La gôch adore penser qu’il y a un gisement caché quelque part qui permettrait d’arriver au pays de cocagne sans secouer sa flemme. Cela vient probablement de l’illusion du Paradis biblique.
Gagner, miser encore faudrait-il ne pas alligner Govou ! amitié

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