Je n’étais pas à l’inauguration de la nouvelle formule de France Soir, hier au Georges, mais l’ai feuilleté aujourd’hui. Cette nouvelle formule, elle est triste comme un vieux truc réac.

Faut imaginer ce qu’a été France Soir dans l’imaginaire des journalistes. Le plus grand journal de France, les plus gros tirages, le grand canard. Le truc qui a fait la fortune de Pierre Lazareff, qui tirait dans des volumes comparables avec de grands quotidiens internationaux. C’était une autre époque.

On est en 2010. On relance le truc, après des tas d’expériences ratées. Avec le soutien du fils d’un oligarque russe. Comme un joujou. A la soirée de lancement, on met partout de grandes une historiques du journal, on évoque la mémoire. Et on la salit, en même temps, avec un journal anecdotique, et surtout, avec un journal papier qui oublie son environnement.

La force du France Soir de Lazareff, c’est une innovation, un sens de l’information, dans son écosystème. Une force éditoriale, un sens du scoop et du coup, du choc, quand l’environnement est un peu mou. C’est un sens de l’exclusivité de ce qu’un media peut proposer. C’est le symbole développement, avant la massification de la télé, avant l’apparition du web, de la presse papier d’information rapide, forte.

Aujourd’hui, France Soir, c’est, dans un environnement dominé par la presse gratuite côté papier, pour le populaire simple, et des journaux plus ciblés, payants, dans un environnement où l’information en temps réel se fait sur le web, dans les chaines d’info en continu, d’offrir quoi ?

Un journal maquetté à la truelle, avec Laurent Cabrol qui ouvre la page météo, un “dossier” sur la sexualité des ados qui n’apporte aucune information et a déjà été fait mille fois, des articles qui auraient globalement pu être écrits ailleurs, donnés gratuitement dans métro ou vingt minutes, avec comme seule différenciation quelques “grandes signatures” : des gens de la télé.

France Soir est mort, c’est rien de le dire. A l’heure où les journalistes se creusent la cervelle pour inventer leur métier, trouver de nouveaux formats, comprendre comment agir dans le nouvel écosystème de l’information, ce journal-là glorifie un passé sans chercher à incarner sa promesse dans son présent.

Le pire, c’est qu’il y aurait peut-être eu quelque chose à faire, dans l’invention d’un nouveau media de référence, avec l’argent mis. Sauf qu’on a voulu recréer le “grand quotidien français de référence”, celui qui n’existera plus.

Parfois, il faut savoir abandonner.

[Edit : merci à vous qui m’avez signalé le “champ” du cygne, le chant du signe étant également une belle allégorie. Ce que c’est que de taper une bafouille un peu tard…]


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7 Commentaires

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Social Media Club : l’actu de la semaine (19/03/10) : Social Media Club France added these pithy words on mar 20 10 at 11:33

Le problème étant que les objectifs personnels des journalistes ne sont pas ceux de leurs actuels employeurs. On peut par exemple repenser à la couverture par la presse traditionnelle de la campagne sur le traité de Lisbonne en France, ou, plus amusant encore, son actuelle couverture du drame social se déroulant tout à fait actuellement en France.

Il s’agit d’inventer un journalisme qui ne voit rien mais qui en parle, de façon aussi compétente, informée, et incontestée que possible : c’est difficile…. : ne serait-ce que parce que ça exige de replacer la France dans un contexte, des contraintes, un environnement.

Gus le 18 mars 2010 à 06:03

Pardon pour la dérange, mais “Champ du cygne” s’écrit “Chant du cygne”. Pour rire, on pourrait même écrire “Chant du signe”, rapport au signe journalistique, unité de valeur s’il en est dans ce monde professionnel vilipendé.

Natalie, carte de presse 62 579

Nat le 18 mars 2010 à 08:03

Non !France Soir ne fit pas la Fortune de Pierre Lazareff;Il est mort pauvre!L’argent n’a jamais été sa motivation,tout ce qu’il gagnait ,(bon salaire de cadre dirigeant de l’époque) il le donnait.Et c’est peut être bien cela qui donna à ce journal un ADN que l’argent ne pourra pas aujourd’hui ressuscité .Le talent visionnaire de mon grand père aurait certainement trouvé un autre moyen d’innover l’information tel qu’il l’avait fait aussi avec 5 Colonnes à la Une.
En tous cas , je n’ai pas été invitée non plus au lancement de la nouvelle formule, peut être que cet ADN là les dérange?J’ai participé à la lutte de 80 salariés sacrifiés lors du précédent rachat de France Soir, il y a 4 ans et ceux là, croyez moi, n’étaient pas dans de luxueux bureaux .Mais,dans ces lieux là d’Aubervilliers ,il y avait l’ADN de Lazareff qui planait. Et aujourd’hui celle qui participa à ce sacrifice ,est directrice et reçoit tous les honneurs.Non ! décidément l’ADN de Lazareff n’est pas au 100 Champs Elysées. Katherine Icardi Lazareff

Icardi Lazareff le 18 mars 2010 à 09:03

Icardi Lazareff : je pensais fortune comme chance et gloire… J’oserais un parallèle entre cette “reprise” et les relancements de vieilles maisons de coutures, où l’on débarasse les anciennes gloires et leurs noms de tout leur génie pour en faire de simples marques, singeant le passé plutôt que d’inventer. C’est ce qui arrive à France Soir. Que n’ont-ils repris le nom pour inventer les media de leur temps !

nv le 18 mars 2010 à 09:03

à l’époque glorieuse de France Soir, le coût pour chaque lecteur de profiter de la lecture de ce qu’était le journal “France Soir” était certainement plus élevé qu’aujourd’hui : mais le ratio entre ce coût et le revenu réel d’un journaliste de l’époque était certainement bien plus faible.

Curieux constat, non ?

Entre temps, journaliste est devenu une position sociale enviée, de facto réservée aux meilleures classes sociales : et pas seulement pour faire de beaux mariages avec des hommes politiques en vue.

Alors, existe-t-il seulement une crise de la presse ? Peut-être simplement ceux qui sont aujourd’hui journalistes ont des attentes vis à vis de leur métier sans rapport avec celles de ceux qu’ils ont chassé de la profession ces trente dernières années, et ne reviendront plus.

Mektoub le 18 mars 2010 à 10:03

Et en plus, ils sont supprimé les mots fléchés d’Alain Bonhomme qui faisaient à peu près le seul intérêt de ce canard…

Nicolas le 18 mars 2010 à 12:03

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