Je discutais tout à l’heure avec un ancien journaliste (oui, il parait qu’on arrive à s’en sortir, parfois). On parlait de la couverture politique, et il me disait combien il trouvait difficile la segmentation qui existe dans une rédaction, où le service politique s’occupe de la politique politicienne (les jeux de pouvoirs, les stratégies…) tandis que les autres parlent du fond (les politiques menées), ce qui mène à une stérilité de la couverture du sujet politique.
J’ai nommé ça le syndrome Raphaëlle Bacqué. Et ça va bien. Qu’on ne se méprenne pas : elle n’a rien fait de mal. Mais elle est, comme toute cette presse, dans un schéma ahurissant de rapport au politique. Il n’y a qu’à voir ses livres : on ne parle que des hommes, de leur psychologie, de leur stratégies, des coulisses fantasmées du pouvoir. Avec un recul tout léger. Et un talent pour narrer, indéniable (sensible dans le roman sur Grossouvre). Mais enfin : on doit pouvoir mixer cette couverture, ultra-dominante, avec un peu de fond, parfois.
Mais on oublie le reste.
Bref, syndrome très français, très connu, classique.
Comment pourrait-on y remédier ?
Par l’ouverture, et l’invention. En cassant les codes.
La première étape, c’est celle de briser le travail en solo, la signature seule. Bacqué nous ouvre sur des stratégies ? Qu’elle s’assure qu’un spécialiste du sujet du moment est également là quand il faut couvrir une conférence de presse ou une annonce. Et qu’ils travaillent ensemble. Oui, c’est difficile, sur une unité comme un article, quand on dépend, dans un organigramme, de deux chefs de services concurrents. Du boulot sur l’organisation, la transversalités, dans les salles de rédac ?
La deuxième, c’est l’ouverture au public : Bacqué apporte son contact des politiques, sa connaissance très - trop ? - intime des politiques ? Qu’elle s’ouvre aux internautes pour corriger ses biais de perception. La collaboration avec le public, tant vantée il y a des années, ne passe toujours pas auprès de journalistes professionnels (comme auprès de nombreux politiques) qui y vient une concurrence, une perte de légitimité. Ont-ils raison ?
La troisième, c’est le changement de format : dans un monde de données, et d’hyperabondance de l’information comme du commentaire, il ne s’agit plus tant de nous raconter le déjeuner chez Lipp ou au Fouquet’s entre deux hommes, mais de nous montrer ce qui se passe, en utilisant les formats disponibles, qui apportent une valeur ajoutée à l’information. Une annonce de réforme ? Peut-on la couvrir par autre chose qu’un article ?
La quatrième, c’est une force collective : celle de refuser ce journalisme qui ne nous intéresse qu’une fois par semaine, quand on lit la page deux du canard, avant de se remettre à penser : mais on fait quoi, aujourd’hui ? Ce qui manque, parfois, dans ces rédactions, c’est un souci d’équilibre, et d’hybridation : de beaux reportages d’un côté, qui nous montrent des pauvres, une situation, un vécu, et une narration au plus près d’un autre monde, celui du pouvoir. Sans jamais mixer. Sans jamais se remémorer. Un jour sur “reprise de l’immobilier, le crédit repart”, le lendemain sur “la crise des subprimes”.
La cinquième, c’est l’oubli de la presse : et si les camps cessaient d’attendre des journalistes des papiers de décryptage et se pensaient media, donnant faits, mémoires, décryptages, vérifications ? Et si le PS nous donnait un meilleur journalisme sur la réforme des retraites que les papiers sur les agitations des coulisses et les envies de Raymond Soubie ?
Maigre espoir. des embryons de ça ici ou là. Mais un système dominant qui est ailleurs. Ca doit pouvoir changer, non ?
23 Commentaires
[...] reste “noble”. Raphaelle Bacqué, avec tout le talent d’écriture qui est le sien en est l’une des plus éminentes représentantes. Qui décide de l’information noble et sur quels critères ? On le sent en filigrane chez Edwy, [...]
Non aux ghettos culturels de riches ! » Médiaculture added these pithy words on sept 26 10 at 08:37[...] de la couverture politique. Comme le constate fort justement Nicolas Vanbremeersch (Versac), le “syndrôme Raphaelle Bacqué” se développe en matière politique. Les coulisses, les relations intimes entre personnalités [...]
Information internationale en recul dans la presse, signe d’un repli identitaire ? » Médiaculture added these pithy words on nov 05 10 at 11:27[...] la parole sont de plus en plus des généralistes avec une bonne plume. Ce que Versac appelle le syndrôme Raphaëlle Bacqué. Quand ce ne sont pas purement des amuseurs, comme Michel Denisot choisi par le Président de la [...]
Pourquoi l’info politique grand public est-elle si pauvre ? » Médiaculture added these pithy words on fév 02 11 at 17:45[...] sont de plus en plus des généralistes avec une bonne plume. Ce que Versac appelle le syndrôme Raphaëlle Bacqué. Quand ce ne sont pas purement des amuseurs, comme Michel Denisot choisi par le Président de la [...]
La pauvreté de l’information politique » Article » OWNI, Digital Journalism added these pithy words on fév 07 11 at 13:02Non mais enfin, pour qui te prends-tu comme ça pour proposer des modifications des méthodes de travail des journalistes ? Tu as ta carte de presse ? Elle est à combien de chiffres ?
S’attaquer ainsi à la presse rappelle les heures les plus sombres de notre histoire…
Les grands hommes évoquent le monde en idée, les intellectuels débattent d’éthique, les mesquins des personnes.
Mais enfin, cela ne concerne que la presse franco-française : celle du périphérique intra-muros, qui se lit et s’élève elle-même, et qui, heureusement, n’a aucune audience hors d’elle même.
Le fond ? Il est européen, établi à Bruxelles par la commission et les comitologues : la politique nationale se résume à savoir quand et comment transcrire les décisions européennes en droit national.
Alors, de quel fond parler ?
Les journalistes en France vivent en grande partie grace aux subventions de l’Etat… (ces subventions sont tellement bonnes, que meme la presse en ligne en a demandé…)
Donc - premiere mesure radicale: couper les subventions a la presse. Net. En coupant les subventions a la presse, on oblige la presse a se reformer pour survivre ou a mourrir.
Dans des pays comme l’Allemagne ou la GB, il existe une presse quotidienne en bonne santé, qui propose du fond, du leger, de l’enquete, etc. La raison de cette bonne santé ? Des lecteurs…
La loi du marché est ce qui manque a la presse francaise aujourd’hui. Pour l’instant, celle-ci est sous perfusion. Et on ne peut pas attendre d’un malade sous perfusion qu’il se mette a changer radicalement sa vie !
Bardamu : N’idéalisez-vous pas un peu la presse étrangère?
Pour vous la crise de la presse est structurelle plutôt que conjoncturelle. J’ai l’impression pourtant que c’est la conjoncture qui a fait mettre en avant des personnalités poids-lourds qui imposent des choix et des discours, dans lesquelles on a du mal à se retrouver, qui font qu’on tourne le dos aux journaux, trop chers par ailleurs. Des nouveaux journaux naissent prêts à surfer sur notre inappétence : ils sont pires car ils pensent qu’il faut cibler à côté de ceux qui existent, mais ils font de la même manière. Et c’est la manière qu’on rejette, moi au moins.
J’ai pas les moyens de le lancer :-), mais un truc format 20 minutes, qui traite un peu l’info et l’actu avec de la méthode, avec des plumes dignes de ce nom, qu’on trouve même si notre horaire “sortie de métro” ou entrée de métro” ne correspond pas et qui coute 20 centimes… Perfusion de l’état ou pas, il y aurait moyen de faire mieux si le terrain n’était pas occupé par des gens qui voient les choses différemment.. Des déroulent le tapis à Raphaëlle Bacqué plutôt qu’à Daniel Schneidermann, et font du micro-trottoir démago pour nous faire digérer de la pédagogie pas très éclairante la plupart du temps. Des qui pensent que l’immobilier joue un rôle dans la pérennisation d’un journal. Je sens que mon regard un peu lointain n’est pas forcément juste et qu’on s’éloigne de la question du traitement de la politique, côté idées plus que côté carriérisme, pour ce faire le meilleur outil reste la télé avec la parole en direct.
Cher Poisson,
Je connais la presse etrangere, et surtout anglais, parce que je la lis. Je ne l’idealise pas. Jugez vous-meme du nombre de journaux le dimanche en Angleterre, de leur taille, et de leurs ventes - et comparez avec notre belle France.
Oui la crise de la presse est structurelle en France. Les subventions a la presse empechent les mauvais journaux de mourir, tout simplement, et de laisser la place a de nouveaux projets qui peuvent naitre. Le processus de destruction creatrice n’a pas lieu, parce que les subventions d’Etat a la presse alterent le bon fonctionnement du marche.
Si vous parlex un autre langue que le Francais, je vous encourage a lire regulierement la presse etrangere. Et vous comprendrez tres vite la difference avec notre presse nationale francaise qui est en fait une mauvaise presse de province.
Pardonnez mes fautes et absences d’accents, je suis sur un bloody qwerty. Je ferai plus attention a l’avenir.
Merci Mr Bardamu de me répondre. C’est embêtant je vais être obligée de vous croire sur parole, car vous avez percé à jour ma connaissance superficielle de la presse étrangère, zut. Si vous avez raison la solution est limpide, et en même temps il est limpide que les journaux ne vont pas s’y jeter tête la première, et que l’état choisira de continuer les subventions sauf cas de force majeur. Pas vraiment d’espoir?
Intéressant. Il me semble que les écueils de la presse peuvent s’expliquer aussi bien par la crise des journaux, manque d’argent, donc moins de temps d’enquête, d’écriture, moins de journalistes de qualités, faire du contenu plutôt que du propos…etc. C’est vrai qu’au lieu de tenter de faire de la niche ou de la spécialisation dans les sujets traités ex : du grand reportage ou du reportage informatif les quotidiens ont tendance à déraper dans la même pente, le sensationnel. Même l’équipe qui n’en aurait pas besoin l’a prouvé avec la une sur Anelka lors de la Coupe du Monde. Que dire de Marianne sur Sarkozy. Mais demain que vont faire les autres ? Je ne les blâme pas ils ne font au fond que s’aligner sur la télévision. Motoculture magazine tombera t-il dans le travers du bourrage de motte.
Mais aussi, il faut ajouter une autre raison de cette médiocrité journalistique, elle provient surtout du public qui est lecteur et donc demandeur de contenus pauvres. Les journaux devraient peut être travailler en partenariat avec l’éducation nationale, en par exemple ouvrant leur contenu numériques ou en offrant des quotidiens aux lycées ou aux collèges, pour éduquer et donner le goût de la lecture de journaux et de l’information.
Adrien : oui je sais, c’est mal. Je vais arrêter.
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Gus : un peu facile, non, le “tout se décide à Bruxelles”. Réducteur, et évite tout débat sur rien.
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Bardamu : Facile, la suppression des subventions. A ce compte, il faudrait supprimer toute subvention de tout secteur, toute incitation.
Oui, la presse survit grâce à une aide d’Etat puissante, qui limite certainement sa liberté, et cadre partiellement son rapport au pouvoir. Mais si le marché est génialissime, pourquoi ne peut-on pas lancer un super quotidien génialement journalistique sans aller les chercher ? Pourquoi personne ne l’a fait (à part en ligne, type rue89) ? La subvention n’est pas le seul facteur du problème économique (cherche du côté de la distribution, notamment).
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Politoblog :oui, le manque d’argent est en cause. C’est plus facile de faire des enquêtes de terrain sur du gossip parisien que loin dans des territoires inconnus. Mais on devient malthusien, et au final, quand tous les journaux font cela, aucun ne se différencie, et tous courent après le meêm sujet avec de la merde. Une offre différente, de l’enquête véritable doivent être possibles…
Bonjour Nicolas,
Je suis surpris par votre reaction qui consiste a ignorer la distortion de l’offre que cree la subvention… Ce n’est pas une question d’independance. Rue 89, Mediapart, Liberation ou Le Monde ne sont pas “pas independants” parce qu’ils sont douches de subventions…
Vous ne pouvez ignorer que des medias sous perfusion de subventions ont tendance a oublier leur lectorat, puisque ce dernier n’est pas fondamental pour leur survie. Car meme sans lecteurs, avec les subventions, un journal survit…
La subvention dans le cas de la presse, n’est en aucun cas une incitation. C’est une perfusion. Sinon, ou est l’incitation ? Peut-etre l’incitation a a faire le meme mauvais journalisme qui ne se soucie guere des lecteurs, cela oui…
Aussi, il convient de ne pas faire comme Mme Royal a la Tv qui rejete les comparaisons internationales au sujet des retraites francaises, en considerant que comparaison n’est pas raison. Dans notre cas, nous ne pouvons pas ignorer la presse qui se porte bien ailleurs, dans les autres pays, et cela souvent sans subventions… La raison est, pour moi, assez simple: des lecteurs et de la concurrence entre journaux.
Encore une fois, achetez le Sunday Times, le Sunday Telegraph, ou autre, et comparez avec Le Monde ou Liberation. Ha non, il n’y a rien a comparer, nos journaux se reposent le dimanche… Alors, comparez avec le journal du Dimanche… et vous verrez, c’est simple: specialisation et diversite des sujets abordes.
Dans le Sunday Times (on le trouve facilement a Paris), il y a de l’international, du politique, de l’enquete, des gossips de stars, un supplement Culture, un supplement Money sur gerer votre argent, un supplement House sur maison et imobilier, un supplement Business, un suupplement Travel, un supplement Sports, un magazine en papier glace avec de superbes photos et reportages (celui-la n’est pas dans la version vendue en France du Sunday Times), et puis toutes sortes de depliants pour acheter des meubles et des extensions de maison. Ces supplements comportent de nombreuses pages, qui sont aussi des aimants pour la publicite specialisee (business, travel, home, money, etc). Pour moi, cela est du journalisme moderne, qui va chercher le lecteur la ou ca l’interesse, et la publicite la ou elle est ! Ce type de journal est un animal de la concurrence et du marche. Ce n’est pas un ectoplasme gave a la subvention d’Etat qui se fiche completement de son lecteur…
En resume, allez voir ailleurs comment la presse fonctionne, et vous serez etonnes.
Bon dimanche.
Réducteur ? N’hésitez pas à nous énumérer la liste des compétences exclusives restant à l’état français
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Cher Nicolas, permettez au « syndrome » de répondre. Votre préoccupation est à la fois légitime et vieille comme le monde : qui fait l’Histoire, entre le caractère des hommes, la force des peuples, le mouvement des idées, le climat, que sais-je ? Un peu tout cela, bien sûr. Les mauvaises récoltes de 1788 et la détermination de Napoléon sont autant de facteurs permettant de comprendre, combinés à d’autres, la révolution et l’empire, n’est-ce pas ?
De la même façon, un reportage sur les usines chinoises, le décryptage d’une directive européenne, l’examen des changements institutionnels en France, une analyse sur l’étiolement de la tradition gaulliste, un entretien sur l’impopularité de Nicolas Sarkozy, un récit détaillé du fonctionnement de la cour élyséenne offrent un faisceau d’angles et de détails qui permettent de mieux embrasser, par exemple, les soubresauts de la société française. Un quotidien s’efforce chaque jour de les offrir, avec mille imperfections, je le concède aisément.
Si vous lisez vraiment le Monde, vous ne pouvez pas ne pas avoir constaté que, justement, il comporte tout cela et que ces comptes-rendus, analyses, infographies comparatives, éditoriaux, reportages etc… sont le gros du journal. Pour ma part, je suis chargée des portraits politiques, ce qui par définition m’oblige à parler des hommes qui occupent le pouvoir où qui en sont justement les empêcheurs de tourner en rond. Je n’en publie qu’un tous les quinze jours environ, ce qui, pour un syndrome, n’est pas une manifestation extraordinairement fréquente, mais je conçois qu’à vos yeux, cela puisse être encore trop. Nous écrivons par ailleurs très fréquemment « à quatre mains », au Monde. C’est même l’une des caractéristiques du journal.
Peut-être, cependant, avez-vous développé cette allergie parce qu’au fond, vous lisez plus volontiers un récit sur les coulisses du pouvoir qu’une analyse comparative sur les systèmes de retraites dans les pays développés… Mon cher Nicolas, je n’ai donc qu’un remède à vous proposer. La prochaine fois, tournez la page et passez aux articles suivants. Avec un peu de chance, je finirai peut-être par vous manquer…
Amicalement
Raphaëlle Bacqué
Raphaëlle,
tout d’abord, il faut distinguer le syndrome de son appellation. Vous ne l’êtes pas, il vous dépasse allègrement. J’aurais pu l’appeler FOG ou Duhamel, mais c’eût été moins parier sur l’avenir et sa perpétuation.
Le procédé de nommage n’était pas très élégant, j’en concède, mais il avait le mérite d’une évidence, comme je le rappelle, dans la conversation. Un “c’est tout à fait ça”, qui m’a permis de me sentir autorisé à le prolonger, dans cette conversation ici.
Nous sommes bien d’accord, et, étant abonné au Monde, je le concède aisément : c’est la somme de petites touches qui construit un traitement. Et qu’on ne se méprenne pas : je ne pensais point ici stigmatiser le Monde, dont je suis abonné, et que je crois lire assez régulièrement, mais bien un système. Et, en creux, ce qui n’était pas précisé, une adresse à ceux qui ne font pas les efforts que Le Monde veut bien encore faire, notamment la presse gratuite, la presse internet. Et Le Monde, aussi, où, trop souvent, je bute sur des embobinages et des schizophrénies du journal, qui se fait mener en bateau par des politiques, s’intéresse toujours aux signes, décrypte trop des stratégies alors que, pendant ce temps, on tape au fond. La couverture parallèle de l’affaire Woerth et de la réforme des retraites, par exemple, en est très symptomatique, dans mes yeux de lecteur.
Votre hypothèse finale est intéressante, et touche juste. Si j’ai nommé ce syndrome de votre nom, c’est que, poussé par tant d’écho médiatique, j’ai finalement acheté votre livre sur Grossouvre. Comme obligé par un écho médiatique, une foule de recommandations de ce que je lis et écoute. Et je ne l’ai pas aimé, pas par ses qualités littéraires ou d’enquête, mais bien par son procédé et sa distance, voire son statut. Et c’est sans doute une vengeance implicite, non point tant à votre égard qu’à celui du système médiatique qui m’a forcé à me confronter à ceci. Vos portraits, ou vos livres, il est difficile de les éviter. Et ce n’est pas de votre faute ni de celle de votre journal, mais bien d’un système qui fait que mon autonomie de lecteur - idéal inatteignable mais mythique - s’en trouve amoindrie.
Laissez-moi donc l’expression de l’autonomie par l’agacement. Et la conversation, surtout quand elle dépasse bien votre compte pour aller dans des pratiques…
-
Et sinon, je vous concède volontiers que ce débat est vieux comme le monde (pas le journal), et que ce billet ne voulait qu’évoquer les quatre pistes de travail, par un titre accrocheur, procédé journalistique s’il en est…
De la réinvention permanente de la distinction entre ce que nos amis anglophones disent avec deux mots: politics et policy. C’est assez ancien et largement inévitable même si l’analyse politique - et non le simple commentaire à la chaîne que l’on voit fleurir chez les “politologues” (mètre-étalon : Alain Duhamel) - se doit de combiner les deux. Un bon politiste (le spécialiste universitaire de la chose) ou un bon politique (le praticien de la même) se doit d’avoir deux cerveaux, un pour la politics et un pour la policy.
Ne trouvez-vous pas que la récente intervention de Viviane Reding a le mérite de remémorer à quel point les attentes de l’électorat français vis à vis de la capacité de son gouvernement, ne serait-ce qu’à simplement protéger l’ordre public et la propriété sont illusoires ?
http://www.youtube.com/watch?v=4eecgXi_D3M&feature=player_embedded
Alors, dites-moi, que reste-t-il au gouvernement à gérer, hormis ses fonctionnaires ?
“… nous montrer ce qui se passe, en utilisant les formats disponibles, qui apportent une valeur ajoutée à l’information”
C’est quoi ce billet prétentieux écrit en langage consultant qui prétend en 20 lignes apprendre son métier à Raphaëlle Bacqué, laquelle répond avec beaucoup de modestie, intelligence et une grande qualité d’écriture.
Je partage évidemment la déception et l’écoeurement exprimés par le billet, quand, après avoir participé à des activités “sur le fond” des politiques, je n’en retrouve, dans les médias, que deux pauvres petites phrases surinterprétées en termes de ralliement potentiel à tel ou tel de nos concurrents.
Je partage aussi la frustration de voir le débat sur les retraites monter en soufflé sur l’enjeu purement symbolique des 60 ans, sans que personne ne s’intéresse à “comment pérenniser la retraite par répartition ?” (personne : si, le MoDem, quelques socialistes muets, l’Alliance centriste et la CFDT. Autant dire personne, en termes d’impact médiatique).
Mais, petit 1, sans connaître Raphaëlle Bacqué, j’ai acheté “L’enfer de Matignon” et lu le 1er chapitre, qui est excellent.
Et petit 2, c’est ainsi que fonctionne la décision politique en France. Top-down, et la concertation n’est qu’un rite accordé à la susceptibilité d’une “société civile” impuissante. Les engagements de campagne sont ignorés au lendemain de l’élection - et le pire, c’est quand quelques-uns, pour faire joli, sont tenus (le paquet fiscal de M. Sarkozy, la réduction d’impôt sur le revenu de M. Chirac, la retraite à 60 ans de M. Mitterrand…). La décision politique, sur les sujets de fond, dépend essentiellement de l’humeur, des haines recuites, des intérêts personnels et des foucades de ceux qui sont tout-en-haut.
Alors, la presse n’a-t-elle pas raison de faire tant de cas de leur humeur, de leurs haines recuites et toute cette sorte de choses aussi ridicules qu’importantes ?
Bien sûr, on peut lutter pour une autre façon de faire de la politique. On peut vouloir instaurer un fonctionnement politique démocrate. On peut promouvoir une alternative aux deux blocs qui fonctionnent de cette façon et se renvoient la balle depuis des décennies pour le plus grand malheur du pays. Mais dans ce cas on est étiqueté marginal, opportuniste et bisounours, et il est logique que les gazettes vous ignorent.
On peut aussi espérer que les médias parlent de politique autrement. Ignorent sciemment le petit côté en espérant que le grand l’emporte un jour. Prennent un temps d’avance sur le progrès de la politique. Dans mon souvenir (idéalisé ?), beaucoup de blogs politiques de 2005-2006 se tenaient ainsi. Le journal “La Vie”, ou BFM TV. Les reportages de XXX XXX sur France 2 (c’est un ami, je m’en voudrais de le dénoncer). “L’huma”, même si c’est pour retomber dans des a priori si aveuglants qu’ils me font zapper aussitôt.
Je n’ai pas la solution, mais un rêve : qu’en conférence de presse, les journalistes posent enfin des questions précises, à l’indicatif, fondées sur un fait ou un chiffre précis, sans allusions ni connivence. Et les répètent quand ils/elles n’obtiennent pas de réponse - jusqu’à en avoir une. Et s’il n’en vient pas, que le site du média monte et publie la vidéo de cet évitement répété. Juste un rêve de bisounours.
Suisse…venant de lire exceptionnellement d’une traite ce livre passionnant et me réjouissant déjà de certains autres, je suis persuadé que, même s’il contient peut-être / fort probablement des imprécisions, il est le reflet d’un certain état d’esprit.
Merci Raphaëlle Bacqué

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