Bien décidé à suivre jusqu’au bout l’expérience du “modèle Versac” d’évolution du blogueur en milieu virtuel, j’ai suspendu mon blog pour me replier sur Twitter, et me voilà maintenant à publier d’improbables billets chez les autres. Tout cela se poursuivra-t-il par un livre avant d’ouvrir un autre blog ? On verra bien.
Quoiqu’il en soit, c’est bien agréable de quitter un instant mes activités hors ligne actuelles, pour vous reparler en plus de 140 signes. Et c’est intéressant de le faire dans ce cadre, moins contraignant encore que de tenir son propre blog et qui permet de retrouver une certaine distance que le blog - j’en ai fait l’expérience - ne permet pas toujours.
Qu’est-ce que j’avais donc à vous dire, pour sortir ainsi de ma réserve auto-imposée ? Je voudrais parler du journalisme et de l’information, encore et toujours, bien entendu, mais de politique et de démocratie aussi : le blog de Nicolas me semble donc tout indiqué pour ça.
Pour paradoxal que ce soit de ma part, après avoir clamé deux ans durant sur novövision que les journaux étaient en danger de mort, que le journalisme pourrait bien être emporté dans leur naufrage s’il ne parvenait pas à se faire une nouvelle place sur internet et que ce n’était peut-être pas une bonne nouvelle pour la démocratie s’il ne réussissait pas, l’objet de ce billet est de vous convaincre, sitôt lu, de quitter votre écran pour aller dans un kiosque y acheter… un journal en papier.
Le numéro spécial de Courrier International de cette semaine consacré presque exclusivement à un dossier “Mais où va la presse ?” est en effet tout à fait remarquable et d’une rare intelligence.
Ce numéro est tout d’abord une démonstration brillante que tout n’est pas perdu pour la presse papier, à condition de proposer quelque chose qui mérite de sortir de chez soi pour dépenser 3 euros. J’ai fait aussi l’expérience, cette semaine, de racheter quelques quotidiens ou magazines papiers (ce que je ne faisais plus depuis bien longtemps que je ne m’informe plus que par le net, la radio et la télé), et je dois avouer que le résultat n’était pas du tout aussi concluant que dans le cas de Courrier International.
Tout est dans la fameuse question de la valeur ajoutée… Par rapport au net, les quotidiens et magazines que j’ai feuilletés n’en ont aucune. L’information y est moins fraiche, je n’ai pas de choix, je ne peux pas ni comparer ni approfondir et encore moins commenter. Dans le cas des magazines, je suis même frappé de mesurer la part, considérable, de la surface qu’ils consacrent à un flot de pur et simple commentaire, rhabillé de manière un peu grandiloquente, et à mon avis survendue, du titre d’éditorial, de tribune ou d’analyse. Pour être franc, rien de vraiment mieux à lire que ce qu’on trouve dans bien des blogs, plus modestement qualifié de billet et de commentaire, souvent d’ailleurs plus original, varié, sincère, moins formaté par la bien-pensance médiatique parisienne, comme un prêt-à-penser-unique.
Et il faudrait payer pour ça ?
La valeur ajoutée de Courrier international est, en comparaison, une évidence : ce contenu, tiré de la presse étrangère, ne se retrouve pas ailleurs ; la sélection qui est proposée par cet “agrégateur de news” sur papier est remarquablement pertinente ; et surtout, si ces articles sont probablement disponibles en ligne sur les sites de leurs médias respectifs, Courrier international apporte le bénéfice incontestable de les traduire en français bien mieux que ne le fait Google Traduction. Ça vaut bien, sans conteste, ses 3 euros. Tout comme la revue trimestrielle XXI (vendue en librairie) vaut elle-aussi ses 15 euros. Pour les quotidiens et les newsmagazines en revanche, désolé, je ne suis pas convaincu…
Que lit-on dans Courrier International ? Au fond, bien des choses qu’on a pu lire sur novövision deux ans durant.
Il y a le constat que la presse papier généraliste de qualité est moribonde et qu’elle ne se relèvera peut-être pas de cette crise, aussi bien en France (Bernard Poulet), que dans les autres pays développés. Mais elle a probablement encore de l’avenir pour un moment en Chine ou en Inde. Même si dans bien des pays du tiers-monde ou du monde dit “émergent”, elle souffre d’un très réel problème d’indépendance et vit sous la censure du pouvoir politique.
Il reste que “chez nous”, la survie du papier est bel et bien compromise et le seul avenir possible est sur le net. Mais quel avenir ? Pour John Carlin, sur El Pais, c’est “un chemin semé d’embûches mais praticable”. Pour The Economist, il faut “repenser le mode de distribution”. L’hebdomadaire propose une très intéressante analogie entre le monde de la presse et celui de la grande distribution : les hypermarchés et autre hard discount ont tué les Grands Magasins et on continue pourtant à faire ses courses. Bien entendu, les Grands Magasins, c’était les journaux, les hypermarchés, ce sont Google News et Yahoo! Actualité.
On me concèdera de douter de solutions proposées ça et là, et relevées par Courrier Internationnal : faire payer Google, comme le voudraient bien certains éditeurs de presse en Europe et aux Etats-Unis, ou encore faire payer l’internaute en taxant les fournisseurs d’accès comme le demande le patron de Libération (qui doit juger encore insuffisant le gros chèque de subventions accordé par le gouvernement à l’issue des récents Etats-généraux de la presse).
J’admets en revanche la remarquable réussite du quotidien anglais The Daily Telegraph, qui est parvenu à accroître ses ventes de 100.000 exemplaires par jour (excusez du peu), par la révélation en feuilleton du scandale des notes de frais des parlementaires britanniques (reportage de The Observer). Mais une telle politique du scoop est-elle tenable sur le long terme ?
Plus intéressant, à mon sens, un autre excellent reportage de The New Republic sur “une expérience pionnière à Washington : “Politico” du troisième type”. Le site d’information américain Politico (et sa version papier hebdo associée) est en effet un ovni dans le monde de la presse. Comme le clame son co-fondateur John Harris, il s’agit de l’un des “rares organes de presse au MONDE actuellement en EXPANSION”.
Mais pour quelle information ? Politico ne mène pas du tout un journalisme d’investigation, mais surfe de manière hyper-active, voire frénétique, sur une actualité qui confine souvent aux potins politiques.
On en vient enfin aux contributions les plus intéressantes à mon avis, celles du sociologue Paul Starr et du grand penseur de la société en réseaux Yochai Benkler (pour The New Republic) : “La démocratie peut-elle survivre sans journaux ?”
Le sociologue Paul Starr se penche sur la fin des journaux et ses conséquences sur la démocratie. Il rappelle comment, certes avec leurs défauts et leurs insuffisances, les grands quotidiens américains (nationaux et locaux) ont joué un rôle décisif dans la formation et l’animation de l’opinion publique. Il souligne que ce rôle de “vigilance citoyenne”, notamment sur la façon dont est dépensé l’argent public, est un garde-fou contre le développement de la corruption. Si les journaux disparaissent, qui va jouer ce rôle ?
Yochai Benkler lui répond que “les internautes sont les nouveaux chiens de garde”. Loin de se borner à une approche naïve ou exaltée d’internet, l’universitaire décrit, bien au contraire, la constitution sur internet d’un nouveau “modèle en réseau qui intègre dans le système de production [de l'information] un plus large éventail de structures : marchandes et non marchandes, grandes et petites, à but lucratif et non lucratif, organisées ou individuelles”.
Ce modèle complexe associe, pour assurer “la diffusion des faits et des opinions dans l’espace public en réseau” :
- Des vestiges de l’ancien système transformés
- Des petites entreprises de presse à but lucratif
- De nouveaux médias militants réalisés par des bénévoles
- De puissants organismes d’un genre nouveau (des fondations d’intérêt général)
- Des individus en réseau (des blogueurs experts et des internautes).
Yochai Benkler ne jure de rien et admet que nous manquons de recul pour en juger, mais il estime qu’un tel système pourrait être en mesure de fournir “un mélange efficace de faits et d’opinions”, comparable - pour le bien de la démocratie - à ce que proposait le système précédent.
Et les journalistes dans tout ça ? Rien ne dit pour le moment qu’il en faille autant qu’aujourd’hui pour faire fonctionner ce système en cours de formation. Et dans ce nouveau système, de quelle sorte de journalistes auront nous besoin ?
Pour Bernard Poulet (L’Expansion), l’avenir est sombre :
“Aujourd’hui, le journaliste est un producteur d’information, de qualité ou non, d’ailleurs. Mais je crains qu’il ne devienne très vite un simple technicien de l’information, un peu comme dans les chaînes d’info où personne n’est plus spécialisé en rien et où les journalistes produisent à la chaîne des sujets formatés. En fait, je ne pense pas que l’info de qualité disparaitra corps et biens. Je pense en revanche qu’elle sera réservée à une élite capable de la payer très cher.”
A peine plus optimiste, la journaliste américaine Barbara Ehrenreich entrevoit pourtant une autre porte de sortie. C’est le conseil qu’elle donne dans une conférence aux jeunes diplômés en journalisme de Berkeley (alternet.org) :
“Nous n’appartenons pas à une élite. Nous appartenons à la classe ouvrière, exactement comme tous les journalistes qui, pendant la plus grande partie de l’histoire des Etats-Unis, se sont toujours considérés comme des ouvriers. Nous pouvons être sous-payés, malmenés, renvoyés de façon arbitraire, comme n’importe quel ouvrier du secteur automobile, mécanicien, gouvernante d’hôtel ou hôtesse de l’air. Il y a cependant une différence. Un ouvrier du secteur automobile ne peut pas aller dans son garage et assembler des voitures à la main. Mais nous, les journalistes, nous ne pouvons pas nous arrêter de faire ce que nous faisons. Dans les années 1970, l’heure était au “journalisme gonzo”. Ce que nous devons faire aujourd’hui, c’est du journalisme de guérilla. Et rien ne nous arrêtera.”
Une position qui, je vous l’avoue, me séduit, et qui renvoie à celle de l’invité de Courrier International cette semaine, le jeune journaliste russe Andreï Arkhangeski, dont le “Playdoyer pour la subjectivité” ouvre ce numéro spécial. Il faut, selon lui, en finir avec l’objectivité dans le journalisme ! C’est “un mythe” et même “un piège” :
“La première chose, et la plus importante, que vous doivent (à vous, la société) les journalistes, c’est la vérité. Or la vérité, pas plus que la conscience, n’appartient à la catégorie des notions objectives. (…) La vérité n’est pas la même selon chacun, mais, si on n’a pas le désir de porter sa propre vérité à la société, aucune vérité n’est alors possible. Aujourd’hui, seule la réputation, le professionnalisme, le talent de celui qui écrit peuvent être des gages d’intégrité et de crédibilité. (…) C’est ainsi que le journalisme d’auteur, subjectif, est actuellement le plus objectif de tous.”
“Journalisme de guérilla” pour l’une, “journalisme d’auteur subjectif” pour l’autre… C’est en réalité le même programme. Cette alternative résume tout l’enjeu de la survie du journalisme aujourd’hui : auteur néo-gonzo, selon Barbara Ehrenreich et Andreï Arkhangeski, ou bien “simple technicien de l’information” selon Bernard Poulet (ce qui n’est qu’une autre manière de désigner “les forçat de l’info”, que Xavier Ternisien décrivait récemment dans Le Monde avec une certaine distance en parlant d’internet, feignant d’ignorer que… ça lui pend au nez tout autant !)…
Dans la réorganisation globale des médias qui se profile dès aujourd’hui, chaque journaliste devra donc choisir son avenir : ce sera le bagne… ou bien la guérilla.
Comment ça, vous êtes encore devant votre écran ?! Ouste ! Au kiosque (et c’est 3 euros).
12 Commentaires
Pour en revenir au débat entre Yochai Benkler et Paul Starr, j’ai tendance à aller dans le sens du premier. A une nuance près : pour que le média Internet permette de faire vivre la démocratie, il faut qu’il soit accessible à tous. Ce n’est pas encore le cas.
Les médias traditionnels, entre la radio, la télévision, la presse sont accessibles de tous et permettent donc d’avoir un réel impact lorsqu’ils dénoncent des pratiques anti-démocratiques. Ce n’est pas encore le cas d’Internet, même si l’on peut espérer que ça le devienne rapidement.Et d’ailleurs, n’est-ce pas l’une des raisons qui pousse le gouvernement actuel à freiner des quatre fers quand il s’agit d’investir pour le développement d’Internet ou de le libéraliser? Maintenant que les médias de masse sont plus ou moins inoffensifs, le danger vient d’Internet.
Pas vraiment d’accord sur la disparition totale du papier, même si la menace est réelle et importante. En particulier parce que la publicité sur le web est trop peu rentable pour le moment.
Peut-on préciser que la presse professionnelle écrite, la presse magazine se portent encore bien, et ont probablement (un temps du moins) un certain avenir ?
J’ai aussi lu le courrier international. Mais je n’ai pas lu le même optimisme. Ce que j’ai compris ; la presse est morte, sous sa forme actuelle. Pb la presse par Internet n’a pas de modèle économique viable. Après je suis d’accord, sur le fait qu’elle n’apporte plus de valeur ajoutée. Nous avons à faire trop souvent à des journalistes généralistes et plus à des spécialistes. Quant aux blogs, ils n’apportent rien de plus que les journalistes. Trop souvent ils appuient leurs arguments sur ceux de la presse. Paraphrasent, pire plagient. La blogosphère sans presse n’est plus rien.
@ [enikao] On ne parle pas de la disparition totale du papier, mais de “la presse généraliste de qualité”, c’est à dire pour l’essentiel de ce que les Britanniques appellent les “quotidiens grand format”, par opposition aux tabloïds.
@ politoblog
J’ai sous les yeux un news magazine papier français de cette semaine (pas utile de le citer, car ça vaut pour tous les autres) : j’ai beau relire, je trouve moins d’une demi-douzaine de réels reportages (un journaliste qui est allé sur le terrain et rapporte une information nouvelle et originale), tout le reste ce sont soit des brèves (reprises de dépêches d’agences de presse), soit des extraits de livres (”bonnes feuilles”), soit du pur et simple commentaire (éditoriaux, “analyses”, tribunes, chroniques…). Ces commentaires forment les deux tiers du contenu total de la publication, et ils ne sont pas du tout différents en qualité de ce qu’on trouve dans bien des blogs.
Au travail
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Quand au papier il est définitivement mort… tous ceux qui ont un reader l’ont compris. ça ne change rien à tout ce qu’il nous reste à écrire. Le journaliste crève justement d’avoir cesser d’écrire, cesser d’être artiste.
@ Narvic
Ok avec vous sur la presse et sa qualité, c’est nul. Pas de pb là dessus. Mais si on regarde les blogs ! Ils sont très loin d’être meilleurs, ils sont même pîres pour un très grand nombre. Quels sont les sujets qui sont traités actuellement, les mêmes que dans la presse. Trop peu de blogueurs arrivent à fonder une pensée autonome de celle de la presse. Nicolas lui arrive à le faire et à parler de sujets qui le concernent, qui l’intéressent et qui sont indépendants du bruit médiatique. Mais il y a trop peu de blogueurs qui ont une véritable démarche citoyenne d’information. Le blogueur est trop souvent l’écho d’une pensée médiatique, il relaye, ce qu’il a vu, lu ou entendu. Dans ce sens c’est pire que ce que fait la presse. Moi je lis pas mal de blogs. 95 % des articles que je lis sont très, très mauvais. Je rentre aussi dans le lot, parce que je n’ai pas le temps, que je pousse à la va vite, mon écriture. Je ne pourrais de ce fait jamais égaler la qualité d’un journaliste.
La disparition de la presse est vraiment un des sujets de l’heure.
Oui, on perdra des journaux et des magazines et les tirages diminueront. Il n’en demeure pas moins que les médias capables d’innovation survivront. S’ils sont fins, ils miseront sur des plateformes variées et auront la présence d’esprit de « repackager » l’actualité.
Quant à la profession, elle évoluera pour s’adapter à la multiplicité des sources et aux nouveaux modes de diffusion. De ce fait, le processus de validation sera d’une importance extrême. Les nouvelles règles du jeu imposeront une rigueur par laquelle le journaliste se distinguera. Sa réputation ne tiendra plus tant du média qu’il représente, que de la qualité et de l’exactitude de l’information diffusée. On le suivra sur ses plateformes sociales, sur notre téléphone intelligent, le journaliste ne sera plus anonyme.
Comme jamais auparavant, il pourra aspirer à l’indépendance. Le Web lui permettra de se diffuser sans bannière. On choisira de s’abonner au fil de Foglia, alors qu’hier on achetait La Presse pour Foglia. Dans ce modèle, le fil de presse est un fil RSS et le lecteur est engagé dans un dialogue avec le journaliste. Voilà la mutation de la lettre du lecteur. L’agence de presse sera peut-être la grande perdante de cette mouvance; le lien direct la rendant obsolète.
Bref, en ce moment, les paradigmes tombent et l’univers du média de masse est à une croisée de chemins historique.
Pardonnez-moi, mais les médias traditionnels auraient dû s’interroger beaucoup plus tôt sur leur avenir. La crise du coût du papier du milieu des années 90 annonçait l’épuisement de la ressource. Le développement du Web, principalement depuis le tournant du millénaire, était un autre signe annonciateur de changement. Qu’il ait fallu attendre à 2009 pour que l’on planche sur « l’après papier » me jette, comme on dit chez nous, en bas de ma chaise. Je suis ébaubie pour les Français et sur le cul pour les Québécois!Quant à la démocratie, je pense qu’elle sera très bien servie. Ne la dit-on vraie que lorsqu’elle est la voix du peuple? Aussi, le web me semble un porte-voix populaire exceptionnel. J’en prends pour preuve le cri de liberté diffusé, en ce moment même, par le peuple iranien et accueilli par des millions d’internautes solidaires… Wow! Quel moment nous vivons!
Louise Branchaud,
Communicatrice et stratège en markcom interactif
Narvic, tu parles de “simples commentaires” dans les journaux, mais les commentaires de journalistes ne sont-ils pas éclairés, au contraire de ceux des blogueurs?
Càd qu’un journaliste qui pratique tel ou tel sujet de façon habituelle (je sais pas, un journaliste spécialisé défense par exemple) a des choses plus intéressantes à raconter que le quidam qui ouvre son blog. Sauf bien sûr si ce quidam est militaire de carrière par exemple.
Il me semble que de manière générale, dans ta façon de présenter les choses, tu es trop manichéen : à droite les mauvais journalistes, qui n’apportent rien comme plus value à l’info brute, à gauche internet, flanqué de toutes les vertus du monde.
Je suis d’accord avec toi pour dire que la presse papier est morte, et je le déplore sincèrement. Au fond, c’est un peu l’histoire de l’oeuf et de la poule : je ne sais si c’est parce qu’ils sont mauvais que les journaux meurent, ou s’ils sont mauvais parce qu’ils meurent, et que la désaffection croissante ne fait que compliquer leur travail.
Quant à toi, tu sembles t’en réjouir (détrompe moi si nécessaire), alors même que tout le monde est perplexe sur le modèle qui pourrait remplacer le modèle actuel. Moi, j’ai tout simplement l’impression que les gens vont sur internet parce que les dépêches d’agence c’est plus simple, plus rapide, et gratuit. Tout ce qui est un peu analyse, pfuit, ça n’intéresse personne! Et ne me parle pas des blogs, dont l’audience est absolument ridicule. La plupart des blogs politique, par exemple, ne font que commenter l’info produite par les journalistes. Tu parles d’un contre-modèle!
Tu auras beau louer XXI et Courrier international, ces médias ne sont pas destinés à être grand public. Ta vision des choses est un peu élitiste : tout le monde n’a pas le niveau ou la vocation à s’intéresser ou à lire des reportages sur vingt pages, enfin!
Pour conclure, je dirais que c’est bien beau de prôner un journalisme de guérilla. Mais par exemple, pour quelqu’un comme moi, qui suis dans le “métier” depuis cinq ans, ça veut dire quoi? Que je fonde mon propre titre? Ou que j’essaie, à mon humble niveau, de faire mon travail correctement?
@ Le chafoin
La disparition d’un certain journalisme de mauvaise qualité, qui ne sort jamais de Paris, ne va jamais sur le terrain, n’enquête pas, et ne fait que bavarder entre soi, de déjeuners en conférences de presse, répétant paresseusement, ou servilement, en se citant les uns les autres, ne m’attristera surement pas. C’est même une plaie. Il y a en revanche un autre journalisme, et celui-là j’aimerais bien qu’on parvienne à le sauver.
Elitisme ? En posant le problème ainsi, tu ne fais qu’opposer élistisme à populisme, ce qui conduit au nivèlement par le bas : en gros, tout ce qui n’est pas TF1 est élitiste. Non merci, très peu pour moi. Pour ma part, je crois toujours à l’éducation populaire.
Sur le journalisme : chacun fait comme il peut et il n’y a pas de sot métier. Mais j’espère que les mots ont encore un sens. Pour moi, tout n’est pas du journalisme, même si on a une carte. Notamment, comme dit Bernard Poulet, un “simple technicien de l’information”, ça ne fait pas un journaliste. Il y a un certain nombre de journalistes professionnels, qui, à mes yeux, ne sont pas réellement des journalistes. Et il y a de vrais journalistes qui ne sont pas professionnels.
Un autre journalisme ? Le journalisme d’enquête, de témoignage ou de récit de voyages, publié dans l’édition se porte bien merci. Aux Etats-Unis, il est même en train de casser la baraque avec des journalistes-auteurs de la nouvelle génération tels que Jon Krakauer par exemples (Into the wild, Into thin Air, etc…).
Sur internet, il y a aussi des perspectives intéressantes, notamment par le blog (même si ça ne restera peut-être qu’une activité complémentaire pour la plupart).
Bref, il n’y pas, à mes yeux, de journalisme sans engagement personnel, ce qui implique une prise de risque personnelle. C’est une activité qui s’est toujours sentie très mal habillée dans le costume du salariat. Comme le dit Thierry (Crouzet) plus haut en commentaire : trop de journaliste ont oublié d’être des auteurs, seuls ceux qui le sont restés, ou le redeviendront, resteront des journalistes. Les autres ? Qu’on invente un nouveau mot, il y a quelques temps j’avais proposé “technicien en ingéniérie éditoriale”. C’est encore un métier, ce n’est plus du journalisme…
Je ne voudrais pas noircir l’avenir de la presse papier mais je n’ai même pas eu besoin d’aller au kiosque pour me procurer le numéro en question : un simple abonnement en ligne à l’hebdomadaire et le tour est joué !
Sans argent, la presse en ligne n’ira pas loin non plus. J’avais abordé le sujet au débat des forçats: par ex, la disparition de l’international. plus de correspondants = quoi? pigistes, bien sûr. Mais faut les payer et déjà, c’est un budget. s’ils font en plus du bon multimedia, personne n’en veut, trop cher. voir http://oeilduviseur.espritblog.com/
avec l’appauvrissement de la presse, on est face à un appauvrissement de l’information, tout simplement.
Et les télés sont les prochaines victimes.
Tout cela est bien embêtant….parce l’édition, c’est bien, mais il faut du temps pour faire un livre et ne lire que des tweets?

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