Quelques notes. Numérotées. Dimanche soir en mode automatique.
1. Marronniers.
Le Nouvel Obs a sorti une couverture sur Les riches, le pouvoir, et la droite. C’est une excellente idée : ça permet de rassembler le marronnier du point sur “les riches”, et celui, toutes les trois semaines, sur Sarkozy. On appelle ça un mashup interne. Demain, on peut imaginer un comparatif des cliniques franc-maçonnes, ou bien un Sarkozy et le classement des lycées.
2. Woerth : l’essentiel et la résonance
Dans l’affaire Woerth, et ses multiples ramifications, dans laquelle l’opinion se perd, il y a du lourd, et du symbolique. Le lourd, ce sont les financements supposés de campagnes, et les conflits d’intérêt qui auraient pu mener à des avantages illégaux pour Liliane. Le symbolique, c’est le trafic de légion d’honneur. Le financement, et l’optimisation fiscale, ce sont des affaires complexes, sur lesquelles on n’a pas de preuves effectives, de liens directs.
En revanche, sur le symbolique, le trafic de légion d’honneur, on a overdose de “révélations”. Le feuilleton marche, parce qu’il confirme une vérité qui irrite vraiment les Français : la collusion et l’échange de bons procédés au sein de l’élite, sur le dos de ce qui a le plus de valeur dans la hiérarchie mythologique du pays (l”honneur). Ce n’est pas anecdotique, et confirme une opinion déjà bien ancrée : une partie de l’élite ne perçoit plus ce qu’il y a de mal ou choquant pour le peuple à embaucher ta femme, recevoir une légion d’honneur de toi pendant que tu files des thunes.
Problème : cela ne concerne pas “la droite” ou “Eric Woerth”. Woerth, ici, est bien perçu comme une incarnation d’un système. Système qui, il faut bien le dire, est assez bien huilé : on retrouve dans le système Woerth une logique similaire à celle des échanges de sièges dans les conseils d’administration, qui amènent à une non-gouvernance, et une irresponsabilité, qui ne mènent ni à la vertu, ni à l’efficacité.
Il y a des moyens de réduire cela. Ils tiennent à une transparence instituée, d’une part, et à l’incarnation précise et froide de la menace d’irruption de contre-pouvoirs. ON en est loin. La transparence est partielle (tant sur les financements des partis - je suis assez ahuri d’entendre ici et là qu’on aurait un des systèmes les plus vertueux qui soient - que sur celle de nos gouvernants : nominations, budgets, accès aux documents administratifs…). On attend un véritable Freedom of information act…
A force de se concentrer sur cette dimension symbolique (faute, semble-t-il, de véritable enquête judiciaire et d’éléments plus accessibles sur le financement), on nourrit un feuilleton surréaliste : même la lettre de remerciements de Patrice de Maistre est montrée comme indigne, nourrit télévisions et chaines d’information en continu, ad nauseam. Sur quoi ? Une petite collusion systémique habituelle en France, traduit l’opinion. Ca fait du mal.
Qui nourrit cette bête ?
3/ Woerth - stratégie de défense
Je reste ahuri, depuis le début de cette affaire, par la stratégie de communication d’Eric Woerth. Toute crise mérite une analyse sérieuse, et lucide, du dossier, et une démonstration qui doit mêler empathie, prise de responsabilité et valorisation de faits, d’actes concrets. Chez Eric Woerth, c’est tout l’inverse : il appelle à une compassion sur son sort (je suis martyr), nie toute responsabilité, et ses actes (démission de sa femme, qu’il annocne lui-même) sont contraires à son discours.
Ce qu’il nie, ce faisant, c’est une prise en compte de l’écosystème d’information qui l’entoure. Chacune de ses dénégations-victimisations-attaques est une incitation à poursuivre le combat, de la part de la presse. De deux choses l’une : soit il est très mal conseillé, et peu lucide, soit il est conscient. Il y a sans doute un mélange des deux : il croyait l’histoire peu solide, pariait sur la paresse habituelle des journalistes, et ne voyait aucun problème (moral) dans sa situation.
Et surtout, il y a une stratégie : il joue avec la presse comme repoussoir. Sachant la crédibilité des media, il joue contre eux, face à l’opinion. Et ça ne marche pas forcément si mal : on voit un peu partout des signes de lassitude, d’énervement, face à ce feuilleton merdique, qui ne dit à l’opinion que des choses qu’elle connait déjà. C’est du mineur, mais cela suffit à Eric Woerth, dans sa situation : son enjeu est de laisser des traces de martyre, dans un noyau dur d’opinion qui lui est favorable, pour pouvoir revenir dans quelques années, blanc et beau, réformateur vertueux un temps empêché par quelques scribouillards. Les applaudissements qu’il a reçus l’université d’été du Medef montrent qu’il a encore du soutien dans cette ligne.
De ce point de vue là, je ne suis pas d’accord avec Authueil.
Peut-il tenir ? Pas très longtemps. Peut-il revenir, dans quelques années ? Oui, autrement (remember Balkany, Juppé, Est-ce la meilleure manière de gérer une telle crise ? Non. Elle fait des dégats, de fond, à long terme, bien au-delà de la personne d’Eric Woerth.
4/ Sondages de presse
Je suis assez ahuri, également, que, dans la flopée de sondages à la con sortis par la presse cet été, aucun n’ait demandé aux Français leur avis sur cette affaire. Peut-être ai-je été pris à défaut, mais je n’ai pas vu de sondages opinionway-BVA-Sofres-IFOP pour un quelconque canard pour demander aux Français s’ils souhaitent la démission d’Eric Woerth, s’ils pensent qu’il devrait quitter le gouvernement, s’ils jugent l’affaire importante, etc…
Pourquoi cette abstinence ? Désintérêt de la presse d’opinion à investir quelques milliers d’euros ? Peur du résultat ?
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…
6 Commentaires
Sondage : c’est récent
http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jqrukvGEkUeI9oA247FW3KS_y2MgSur le long terme, le pire pourrait être de faire re-émerger la notion de classe possédante, solidaire et méprisante.
Woerth en allié objectif des gauchistes !
“Dans l’affaire Woerth, et ses multiples ramifications, dans laquelle l’opinion se perd, il y a du lourd, et du symbolique. ”
Comme dans la recette du cheeseburger, où se mélangent les best-of : viande grasse, fromage, sauce américaine : c’est pour ça que chacun s’y retrouve pour ce qui l’intéresse : pour l’un ce sera le fric, pour d’autres le pouvoir, pour les troisièmes, enfin, le sexe.
Un best of en librairie en vue
Pilou : oui, sondage paru au moment où j’écrivais le billet, mais qui ne parle que de la réforme des retraites, pas de ce que les Français pensent du fond de l’affaire.
Et oui, Woerth allié objectif du discours populiste et anti-alites en général, c’est certain !
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Ballot : on voit dans tout fait d’actualité quelque chose qui conforte un récit que l’on se fait de la réalité. En France, ce qu idomine depuis des années, c’est le récit (pas absurde) d’une classe dominante qui se partage le pouvoir et n’obéit pas à la même réalité ni aux mêmes règles que le tout venant.
Et paf : les deux pieds dans le syndrôme Raphaëlle Bacqué sur le populisme.
Parce que, selon vous, le nombre de mètres carrés qu’on peut décemment espérer louer, par exemple, à Montpellier, avec les revenus réels d’un emploi sans grande qualification à temps partiel précaire ne sont pour rien dans la montée du populisme ?
Heureusement, au moins, Bakchich en parle :
http://www.bakchich.info/USA-travailler-plus-pour-gagner,11801.html
“Et oui, Woerth allié objectif du discours populiste et anti-alites en général, c’est certain !”

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