Aujourd’hui, j’ai retwitté ce tweet de François Bourboulon, des Echos, une citation de Pascal Nègre, le chéri du public, qui lui prêtait les mots suivants : « Internet seul n’a jamais créé de star de la musique ».
Citation absurde, qui m’a fait réagir à triple titre :
- Internet n’a évidemment pas le pouvoir de faire des stars. Fabriquer une star, c’es du registre d’un écosystème complexe. Et penser internet, comme un espace ou un concept, ou une puissance, seul, est une absurdité.
- Internet est même dans son principe même un système d’antistarification. La logique de la star, c’est celle de l’hyperconcentration médiatique, pas celle de la diffusion et des micro-réseaux. C’est bien un homme de la génération et de l’économie de la rareté qui devait tenir un pareil propos.
- Enfin, je n’ai pu m’empêcher de penser que le choix de ce titre était un appeau à trolls, et suis passé à la suite.
Ce soir, je me dis que je vais approfondir. Je clique donc sur le lien, pour voir l’interview vue plus tôt, et comprendre où en est ce patron de major, dans son rapport à la musique et au web.
Et là, surprise, j’ai beau chercher : la citation du titre, « Internet seul n’a jamais créé de star de la musique » est introuvable dans l’ensemble du texte. Un titre qui attribue une citation, qu’on ne retrouve pas dans l’interview, c’est bizarre. Plus étonnant : Pascal Nègre ne fait même pas la moindre allusion ou condamnation d’internet dans le processus de starification. Il va plutôt dans le sens d’une collaboration avec le web : “Plus de la moitié de mes équipes travaillent sur Internet. Elles savent aussi repérer un talent.”. Il met en valeur et positive sur la nécessité d’animer une communauté, etc. Ah si, il dit quand même : “Je ne connais pas d’artiste qui ne soit devenu une star en étant tout seul sur Internet.”. C’est une valorisation classique de son métier de producteur. Comme tous les intermédiaires, on essaie de vendre sa soupe, de promouvoir son rôle, même par des procédés un peu bêtes de présentation de contre-exemples.
Amusant, non ?
Ce qui est plus drôle, c’est que cet article est toujours en ligne, mais a été corrigé … dans une autre version, celle-ci, qui corrige le titre, qui devient : « Je ne connais pas d’artiste qui soit devenu une star en étant tout seul sur internet », soit la citation initiale. Citation qui vient bien contredire un ton général qui n’est pas à la stigmatisation d’internet comme système, ni aux vieux combats, mais plus, simplement, à la promotion d’un business et d’un secteur.
Ce qui est le plus étonnant, ce n’est pas de faire du putassier en titre, ni de pointer sur un bon gros appeau à trolls (il faut bien faire de l’audience, ma bonne dame, mêem quand on est Les Echos), c’est en fait d’avoir gardé les deux articles juxtaposés.
Et puis, ce qui est étonnant, c’est de lire que Hadopi est un système qui fonctionne bien, que l’on fasse de la flagornerie à propose d’un centre national de la musique qui va sans doute doter un secteur de plus de 10% de son CA, de laisser dire que “le gratuit en tant que tel, ce n’est pas un modèle” – alors que tout le modèle médiatique de flux l’est, puis un homme qui est triste de ce que la radio ne fait plus rien découvrir comme musique, alors qu’il vient de dire que c’était sur le web qu’on le faisait à présent. Un homme qui se félicite à un moment que “Si nous pouvions avoir 7 millions d’abonnés, nous arriverions à un chiffre d’affaires qui ne serait plus très loin de celui que nous réalisions avant la crise”, et qui plus loin dira “il y aura un moment où le marché va s’arrêter de baisser et nous allons arriver à retrouver 50% de ce qu’il était à l’époque”, soit une contradiction totale, sans être interrompu ou corrigé.
En fait, cette interview est totalement dispensable :
- l’interviewé y dit tout et son contraire, uniquement pour défendre son métier
- il n’est jamais contredit ou corrigé
- on titre sur une fausse phrase pour accrocher et faire du clic.
Et moi, je vous ai fait perdre quelques précieuses minutes supplémentaires pour en parler.
Heureusement, je vous laisse la minute de prospective, made in Pascal Nègre himself : “Qu’est-ce-que sera un créateur de musique dans cinq ans ? Cela sera de la photo, de l’interactivité…”