L’autre jour, à la faveur de la sérendipité, je suis tombé sur mon vieux blog. Ça a été comme un choc. Le choc de la relecture de ses mots, qui est affreuse, mais aussi le souvenir d’une dynamique, d’une connexion, et d’une livraison régulière, qui aérait profondément l’esprit. Aération : je pouvais exprimer, quotidiennement, dans des formats très variables, quelques pensées éparses, ce qui libérait du cerveau. Et surtout, cela faisait progresser ce sujet. J’y avais des commentaires qui étaient assez vertueux, fût un temps, et amélioraient notablement le chemin que faisaient ces petites pensées dans mon esprit. Ma lecture de l’actualité, je pourrais dire de la vie, en était sacrément augmentée.

J’ai perdu le fil du blogging quand j’ai décidé d’arrêter, parce que ce fil s’était perdu dans la visibilité, et dans la concurrence d’autres activités qui le rendaient, pensais-je, incompatible, par manque de temps, et difficulté de formulation.

De fait, il ne se passe pas un jour sans que je n’aie envie de bloguer quelque chose. Je twitte, évidemment, mais pour y dire quoi ? Rien, ou à peu près. Je signale, mais la réponse n’est qu’un écho et un partage, pas un progrès. J’attrape des bribes, mais ça n’avance à rien.

La question principale est celle du temps. Et donc de l’énergie.

Depuis environ trois ans, soit peu ou prou le moment où j’ai décidé de switcher, mon entreprise s’est développée, plus que bien. La croissance et le changement, n’importe quel patron de start-up vous le dira, ça prend du temps. J’ai essayé de le gérer, avec mal. C’est très difficile, de piloter une boite qui monte à une vingtaine de personnes, a pas loin d’une quarantaine de clients exigeants, d’y garder un esprit, d’essayer de mettre de l’attention dans les choses. Mais je ne suis pas là pour vous parler de ça (ce serait un très bon sujet, mais il existe plein de blogs très bien foutus sur l’entrepreneuriat, et je n’ai aucune leçon à partager).

Le temps est une excuse. Je finis la plupart de mes journées professionnelles fatigué. Je tweettouille entre deux rendez-vous. Mon agenda contient une moyenne de six gros trucs par jour. Pendant un certain temps, je me suis dit que je n’avais de toute façon pas la force de bloguer. Et surtout, une inhibition : pourquoi et comment écrire publiquement quand la todolist ne désemplit pas, que les mails à traiter s’entassent (ce qui est le quotidien d’à peu près tous ceux qui ont une activité peu ou prou normale) ?

Le temps est une excuse. Je me suis souvenu de ceci : le manque de temps, c’est l’excuse d’une absence de priorités, et celle de ceux qui ne veulent pas choisir. Oui, j’ai du mal à choisir. Je n’ai de fait aucune envie de choisir une étiquette et une place. J’aspire au mouvement. Le temps, dès lors, doit être un équilibre, me suis-je dit, récemment, relisant ces vieux billets de blogs, à 2 heures du mat, après quelques heures passées sur une reco.

Le temps était une inhibition. L’autre, c’est l’activité. J’en pratique une qui crée des obligations et des liens d’intérêt. Le plus simple, pour éviter le conflit de ceux-ci, quand à chaque fois qu’on parle on se demande comment sera reçu ceci ou cela, si c’est appréhensible, est d’arrêter. C’est encore ce qui est le mieux, quand on a une éthique. Sauf que ça assèche.

Alors le temps, je vais le prendre. Les contraintes, je n’en ai guère cure.

Le temps, je vais le prendre d’écrire ici, avec régularité. Ici et pas ailleurs. J’ai a chance et le plaisir d’accompagner et de pouvoir écrire, en ligne, à plein d’endroits, sur le web et ailleurs. A chaque fois, je dis non, ou oui, mais ne peux pas. Parce que tout simplement, écrire sur un autre media est trop complexe à gérer compte-tenu de mes multiples engagements, dans lesquels l’écriture patagée publiquement, ne répond pas à un objectif de rémunération u de visibilité, mais bien de nourriture. Seules de très rares exceptions (je mets la patte finale à un article en retard pour une belle revue) me semble justifier la sortie de mon jeu de contraintes, et l’écriture pour tiers.

Je l’ai testé. J’ai chroniqué sur France Culture, un peu chez slate, pour Les Echos, j’ai tâté de la chaine d’info en continu le samedi soir, tenté des séries sur rue89. Rien n’y fait. Je suis fait pour écrire, de manière non formatée, dans un espace qui me soit propre, dont les règles mouvantes s’adaptent à mon jeu de contraintes. C’est le pendant de mon jeu de contraintes. Et de manière strictement non professionnelle.

C’est avec pas mal d’humilité, donc, que je reprends le chemin de ce blog. Pour un carnet de tout, et une respiration.

Les billets seront postés de manière inégale, souvent tard le soir. Ils ne seront pas relus et auront des coquilles, comme ils en ont toujours comporté. Mais il faudra le prendre juste pour ce que c’est : le partage à but de respiration de quelques bribes.


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10 Commentaires

+2 ^^

pikipoki le 2 décembre 2011 à 12:12

Welcome back

Vincent le 2 décembre 2011 à 03:12

Chouette. Mais pourquoi ici et pas la bas? Ca ne change rien, mais j’aimais bien Versac (et puis ca reste votre pseudo sur Twitter).

Nicolas le 2 décembre 2011 à 04:12

C’est cool ça… Encouragements.

vicnent le 2 décembre 2011 à 05:12

Avec plaisir.

Monsieur Prudhomme le 2 décembre 2011 à 10:12

Heureux de trouver ce billet dans mon flux RSS… j’attends les autres ;-)

A très vite ;-)

Mateusz le 3 décembre 2011 à 01:12

des « brides, augmentées » #welcomeback! ;)

Nicolas le 3 décembre 2011 à 01:12

Pour lire régulièrement tes billets, je te suis gré d’avoir repris. Cependant, après avoir moi même blogué comme un acharné pendant des années, je m’interroge : se faire plaisir, à soi et peut être à quelques centaines d’autres, mais pour quels résultats ? Le bloging généraliste, par opposition à l’exploitation d’une niche technique, sert-il encore ?

Tweeter étant déprimant de vacuité, du moins en ce qui concerne le commentaire général de la vie, et Facebook le valant bien, il faudra bien se résoudre à une baisse générale du niveau sur Internet.

Tout est choix.

Edouard Fillias le 4 janvier 2012 à 10:01

@ Nicolas-l’auteur : « Je suis fait pour écrire, de manière non formatée, dans un espace qui me soit propre, dont les règles mouvantes s’adaptent à mon jeu de contraintes. C’est le pendant de mon jeu de contraintes. Et de manière strictement non professionnelle. » +1 ;-) et welcome back, donc. Et bonne année. 2012 devrait être la fin d’un monde, ce qui est embêtant, mais aussi la naissance d’un autre, en gestation depuis 40 ans, et c’est passionnant.

Tweet : ce ce moment, devant ma porte, un camion décharge de sa benne un camion. Grincements, puissance des vérins. Le camion porteur avance doucement pour laisser la place au camion porté.

sur le tweet, d’accord avec Nicolas et Edouard Fillias : en tout cas, je n’ai pas pu m’y mettre sérieusement. Répéter me tente peu, écouter les échos me semble une perte de temps.

sur le « à quoi ça sert, le blog » d’Edouard Fillias, d’accord avec Nicolas : ça ne sert guère à être entendu (très peu d’impact), ça aide à progresser dans ce qu’on a à dire ou à montrer ; progresser grâce aux discussions en commentaires. Ce qui demande, bien sûr, de tenir son salon de façon aussi respectueuse qu’exigeante vis-à-vis des commentateurs.

Par rapport à Facebook, il me semble que les commentaires en blogs sont souvent plus exigeants vis-à-vis de l’auteur, et c’est plutôt un bien.

FrédéricLN le 16 janvier 2012 à 11:01

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