Parce qu’il est des sujets vraiment essentiels dans la vie d’un citoyen de la république numérique de twitville.
Comme sur de nombreux espaces, twitter est devenu ce que ses utilisateurs en ont fait. A l’origine, on demandait “what are you doing ?” et on répondait, avec le lot de contraintes connues (140 caractères). Se sont ajoutés trois codes qui règlent l’usage : le @, le #, et le RT.
Le @, c’est donc la réponse. Logique. Messagerie instantanée publique, manière de se parler en étant toujours accessible, forme dérivée du message privé. Je ne vois pas de confusions d’usages sur le @, sinon, parfois, des méconséquences, un peu à la manière de l’abus qui existe sur l’email pour le “reply all”. Passons.
RT
Le RT est apparu assez brusquement. Pour le non utilisateur de twitter, RT, c’est simple : un tweet vous plait, vous le retwittez. Forme simple de circulation numérique par amplification. Faites passer, bouche à oreille numérique. Je ne pratique pas le RT. J’y vois deux problèmes.
Le premier problème, c’est le bruit. Une partie non négligeable du flux de twitter, correspond aujourd’hui à de la simple transmission. Je n’ai pas envie d’ajouter du bruit au bruit, et de transmettre ainsi. Quand un message me plait, qu’une source m’est transmise, je me la réapproprie, la cite avce mon ton, plutôt que d’user de la facilité de la simple transmission. C’est une question d’habitude : je ne fais pas suivre de chaines de blogueurs, ne renvoie pas de blagues que j’ai reçues par mail à mes amis… Le phénomène du RT est similaire.
Le second problème du RT, c’est la confusion. De nombreux utilisateurs de twitter transmettent ainsi le tweet d’un utilisateur, mais le tronquent, déforment, sans indiquer ces modifications. De fait, on ne sait pas vraiment quel est l’usage du RT. Simple forward ou citation ? A priori, cela devrait être chimiquement pur, mais dans la réalité, souvent, on tronque, par contrainte de taille du message. Cela induit une confusion sur le message d’origine, d’autant plus que le RT ne permet pas de lier directement le message originallement posté. Un exemple ici (oui, c’est un exemple choisi).
On pourrait, dans une future version de twitter, séparer la notion de citation, et celle de simple transfert. Cela permettrait de clarifier et fiabiliser la circulation de l’information. Pour l’instant, c’est une forme d’anarchie d’usage, non stabilisé, qui se développe.
#
Le hashtag est plus ancien que le RT. Il sert à permettre la circulation entre les termes, en formant une indexation des propos. Dans l’esprit, on n’est pas loin des tags utilisés sur les blogs, qui avaient l’ambition de favoriser une meilleure classification des contenus, et une circulation facilitée de blog à blog. Ce fut une des grandes ambitions de technorati.
Las, l’usage est merdique. Les tags, sur les blogs, n’ont jamais vraiment pris, du côté des utilisateurs. Connaissez-vous une seule personne qui ait déjà circulé sur des blogs en utilisant des tags ? En utilisant une recherche de tags sur technorati ? l’usage est ultra minoritaire, et surtout utilisé par des as du référencement, pour tromper les moteurs. Le tag, tout simplement, ne correspond pas au gros de l’usage des blogs, qui est principalement social, en petits cercles. Les blogueurs cherchent parfois une audience, mais ce n’est pas ainsi qu’ils la trouvent.
Le hashtag de twitter est un peu différent. Il a le petit inconvénient de briser la lecture. Pas évident de lire un message du type “#haodpi, le projet de loi de #Albanel est rejeté par le #conseilconstitutionnel #fail”.
Le hashtag est néanmoins utile, pour organiser des discussions à un nombre important. Quand on est plusieurs dizaines, il permet de fixer un usage, ou de rapidement généraliser un phénomène. On l’a vu lors de la discussion de journalistes sur les “forçats de l’info”, lancés par Xavier Ternisien. Une petite centaine de personnes qui parlent d’un sujet : il vaut mieux un mot-clef partagé pour s’y retrouver. C’est un petit code de discussion, une manière, parfois, de rapidement conceptualiser ou organiser l’information sur des faits complexes, ou qui apparaissent brutalement, aussi.
Dans quelques cas, hashtagger change néanmoins le registre de votre discussion. Ainsi, récemment, le hashtag #iranelection s’est imposé. Quiconque hashtagge son billet avec ce terme participe du grand mouvement international de soutien aux manifestants iraniens. Cela fait de vous non plus quelqu’un qui discute librement, avec quelques dizaines de personnes, mais un manifestant virtuel.
D’où le droit à ne pas hashtagger. Je n’aime pas me faire intimer l’ordre de tagger un tweet. C’est à moi de décider si ce que je dis relève de la prise de parole semi-publique (un petit truc envoyé à quelques centaines ou milliers de personnes) ou d’une manifestation. Dans une manif, on perd la parole individuelle. C’est ce qui fait la force du bruit sur twitter. C’est ce qui fait la confusion de l’outil, aujourd’hui, également, où les conversations privées sont mélangées avec des paroles publiques.
Et alors ?
Alors rien. On assiste à une cristallisation d’usage, sur quelques contraintes formulées. Il en va ainsi de tous les services de communication en ligne. Ce qui frappe, c’ets la répidité d’installation, et d’appropriation de ces codes. Cela tient notamment au fait que les utilisateurs de twitter sont très cohérents, avancés, connectés, ont une habitude des usages sociaux et de publication en ligne, sont geeks pour beaucoup d’entre eux.
Ces usages pourront-ils s’élargir réellement ? Oui si l’on reste simple, et si l’on arrive à recréer, sinon des frontières, du moins des filtres d’identification, même temporaires, entre ce qui relève du public pur, de l’action politique, et de la discussion entre pairs.
De quoi occuper quelques sociologues du numérique dans les mois à venir…
-
Update. C’est tout moi, ça : Danah Boyd a publié un papier récemment sur l’usage du RT (PDF). Bon, on est raccord.
Our data and analysis reveal the messiness of retweeting by highlighting how issues of authorship, attribution, and communicative fidelity are negotiated in diverse ways.
8 Commentaires
Voilà exactement pourquoi twitter m’exacerbe tandis que d’autres outils comme friendfeed font un boulot incomparable pour simplifier tout ça.
Les machines existent pour remplacer l’homme et le progrès consiste à faire en sorte que les machines remplacent l’homme dans une part allant croissante de ses activités.
Même si l’on peut faire de la réflexion sociale un loisir, force est de constater que l’ingénierie sociale est une activité très professionnalisée prenant une importance croissante dans l’activité économique la plus explicite.
Qu’en conclure ? C’est que l’important n’est pas de rendre le web, les réseaux, ou quelque outil que ce soit employable par des humains cherchant à tromper l’ennui des nuits et des jours, mais d’augmenter les capacités des machines à communiquer et analyser. Autrement dit, on emploie pas les tags dans l’espoir d’être lu par la jeunesse dorée (qui préfèrera toujours la tutelle de l’imprimé) mais dans l’espoir de peser dans le travail d’ingénierie et d’analyse fort heureusement fait par des machines.
D’où ceci : l’une des rares valeurs ajoutée qu’un citoyen un tant soit peu motivé peut espérer apporter au travail mécanisé d’analyse et d’ingénierie sociale est de taguer : mais pas à l’attention, mais des machines : sans trop s’inquiéter de devoir être constant ou réputé : les machines, insensibles aux chantages sentimentaux, déterminent le jugement qu’elles portent sur le travail de sélection fait par un humain en menant une analyse de sa performance sur l’intégralité de son activité passée.
Ce qui me mène à une réflexion plus politique : l’idée selon laquelle l’avenir s’écrit politiquement, c’est à dire, par débats entre les hommes est socialement utile à plusieurs titres. Le premier est qu’elle rassure l’héritier laïque des religions judéo-chrétiennes dans la conviction qu’il maîtrise une partie de son destin. La seconde est qu’elle permet de laisser les enfants jouer dans leur coin.
Parfaitement d’accord. Les récents codes (facilement assimilables) de twitter tendent à le formater tout en le bruitant.
A propos du @, il peut y avoir un usage qui n’est pas conversationnel. Exemple quand on lie, on peut indiquer par qui on a obtenu l’information en mentionnant (via @machin), ou bien si l’auteur est un riant twittonaute dont on connaît le pseudonyme indiquer directement (@machin). L’idée est d’indiquer la source, pas nécessairement d’attendre une réponse de Machin.
Une précision à propos du RT : il semble qu’une graphie spéciale ait été envisagée pour gagner un précieux caractère, et que Pierre Tran s’y est essayé. Le caractère était un carré.
Ce qui serait intéressant c’est de voir si les usages diffusent hors Twitter. Par exemple si dans la conversation, les blagues et private jokes d’hyperconnextés font référence à des pratiques de Twitter, tout comme il y a des blagues à base de Wow, d’IRC et de 1337 sur bash.fr…
Ce dont parle enikao dans la première partie de son commentaire c’est la réponse au mauvais usage du RT.
D’accord avec ton article sur la préférence pour le via qui ajoute auprès des followers une note personnelle. Ils pourront aisément remonter au tweet d’origine la plupart du temps.Quant au hashtag, il va gagner à être plus exploitable. Certains outils (seesmic desktop notamment) permettent de linker les hashtags aux pages de twittersearch correspondantes, c’est bien mais pas suffisant. On peut aussi s’abonner à des hashtags (comme un RSS sur la recherche mais intégré à l’appli). Pas mal.
Mais le top serait de pouvoir exclure les hashtags. Exit les #ns #adp, #hadopi, #solidays etc… A mon sens, on y gagnerait beaucoup, certains soirs la lecture est difficile tant parsemée de sujets jugés moins intéressants que les thèmes habituels développés par les suivis (followés).
Je n’ai découvert twitter que tard et n’ai donc pas vécu toutes les adaptations de l’outil à la vitesse d’exploration et d’appropriation de ses utilisateurs. J’espère seulement pouvoir rapidement bénéficier de cette fonctionnalité.
A propos du RT, au contraire, je considère qu’il s’agit désormais d’un outil structurant de Twitter. Certes, il crée du bruit; certes, le format peut nécessiter un peu de créativité. Mais pour moi, le RT c’est un peu l’équivalent du lien hypertexte du web “1.0″. Il permet de musarder et de découvrir des twitterers au gré des informations ou tournures que notre propre cercle suivi aura porté à notre connaissance. Je rejoins sur ce point l’analyse de F. Epelboin dans ce billet http://fr.readwriteweb.com/2009/07/20/analyse/twitter-twitter-twitter/
En somme, twitter sans le RT ressemblerait beaucoup à Facebook… Cela étant, je suis d’accord que des fonctions spécifiques “citation” et/ou “transfert” seraient fort utiles.
Le bruit c’est … un son (signal) que l’on aurait pas voulu entendre (percevoir)
Voilà une définition qui permet de mettre en évidence toute la part subjective de cette attaque en règle contre une fonctionnalité qui plait à beaucoup (dont je suis) et déplait à ceux qui perçoivent ce qui s’agite autour d’eux comme du bruit.Aller rechercher l’information originelle avant de Retwitter est une nécessité
ceux qui ne le font sont très vite victime de leur approximation et se retrouvent disqualifiés (non lus)
ainsi la vie même de twitter se charge de réguler.Ne boudons pas notre plaisir
nous vivons un temps suspendu
où l’agression n’est pas encore la règle (même si avec ce qui s’est passé hier on voit que Twitter entre dans la maturité des sociétés qui se trouvent avoir besoin de police et de protection)Twitter n’est pas menacé par l’excès de RT
mais par cet instant qui arrive à petits pas
où l’utilisateur moyen de twitter aura fait le tour de ce qui lui est immédiatement accessible
et
pour certains
glissant vers la paresse
ira
soit du côté du mou (comme sur les listes de diffusion où 5% des adhérents émettent du signal)
soit du côté du dur. La réaction classique face à ce qu’on ne peut même pas voler étant … de chercher à le détruire.

licence d'utilisation