On est en plein délire. Quelques notes sur un sujet absurde, et un traitement général qui me dégoute, alors qu’on est sur un sujet sérieux. Quelques notes à chaud.
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D’abord, un rappel. On a eu une loi de reconnaissance du génocide. J’en ai été heureux au sens du symbole de reconnaissance par un peupl des souffrances d’un autre. Moins au sens d’une inscription, par les députés, d’une histoire officielle, de termes sanctifiés par la loi de ce qu’il convient de comprendre de faits passés. Je suis sur le sens de “l’histoire aux historiens”, pas de “l’histoire peut être écrite par les politiques”.
De fait, je suis aussi plutôt opposé à la loi Gayssot, et un partisan de la liberté d’expression. C’est évidemment complexe, mais il faut avoir le courage de la liberté du débat, ce me semble. L’injure et la diffamation encadrent, et les négationnistes peuvent être combattus autrement que par l’interdiction de leur expression. Interdire par la loi l’expression, c’est un aveu de faiblesse, et une pente qui ne peut que s’élargir : si on interdit le négationnisme sous prétexte qu’il est inssuportable à entendre, que ne pourra-t-on interdire demain qui sera insupportable à un autre ? La liberté d’expression, c’est la confiance dans l’intérêt général, et dans la liberté avant la tyrannie de minorités insultantes, ou insultées.
Ensuite, l’histoire récente. On a eu un vote de la majorité de droite, sous Chirac, qui a refusé de voter une loi, soutenue par la gauche (et une partie de la droite), correspondant au même texte, peu oi prou, que l’actuel, voté par l’Assemblée aujourd’hui. Refus, donc, sous le prétexte, à l’époque, de la liberté d’expression, et aussi, un chouia, de diplomatie (la Turquie, djà, encore).
Enfin, aujourd’hui, ou plutôt, ces derniers jours.
D’abord, François Hollande, qui promet, étant en cela fidèle à un engagement de la gauche, qu’il ira dans le sens de l’interdiction de l’expression négationniste. Je ne suis pas d’accord, mais il tient une fidélité, d’ailleurs de ce point de vue peu clivante, puisque Nicolas Sarkozy s’était exprimé en ce sens auparavant également. Le clivage entre les deux, ici, était de l’ordre du “Sarkozy n’a pas tenu ses promesses, moi, je le ferai” (au passage, bonjour le niveau du débat et le creusement des différences). Ensuite, Sarkozy qui se dit : haha, je vais lui montrer, moi, et le caler dans un coin, en mettant le sujet à l’agenda.
Et donc, proposition de loi subite, vote, et hop.
Puis réaction hollandaise : c’est une tromperie électorale, puisque le processus électoral n’ira pas jusqu’à son terme. L’équivalent de “oh le salaud, il a hacké le système médiatique, le vilain, alors qu’il n’avait pas respecté ma promesse”.
Qu’est-ce qui m’écoeure ?
- L’incurie politique, qui oublie le fond, méprise des heures et des heures de débat sur l’usage politique de l’histoire au profit de promesses très explicitement destinées à une communauté, à qui l’on fait des promesses.
- Le traitement médiatique absurde, qui focalise à ce point sur l’opposition politicarde, relaie l’argumentaire turc à un point absurde, et use de multiples titres faux (la loi sur la négation du génocide arménien, utilisé partout, quelle fausseté, quelle erreur hyper généralisée de la presse !).
- La position de terroriste de la Turquie, qui fait du scandale sur un sujet qui ne relève aucunement de son autorité, ne lui est pas destinée. L’efficacité des relations publiques de la Turquie, et son comportement honteux, ultra cynique, et hyper adapté à un traitement media absurde, dans cette affaire.
- Le traitement de cette position, qui confine à l’absurde, soit dans un relevé servile de son argumentation (la France dépend de la Turquie, c’est bien imprudent de geler les relations diplomatiques avec elle et froisser cet allié précieux).
- L’inutilité totale de ce processus, quand on sait que, de toute façon, le texte n’ira pas au Sénat avant la fin de la mandature, ne sera donc pas mis en oeuvre et devra reprendre après juin, dans un sens ou l’autre. La triangulation opérée par la droite est ici vraiment maligne, au sens de son effet nocif.
Il y de quoi désespérer quand notre Assemblée de représentants et tut notre écosystème médiatique se mobilise autour d’une telle question, importante, sérieuse, mais clairement sans urgence absolue, et, au contraire, devant donner lieu à un peu plus qu’une rapide discussion avant vote sans effet réel, sans tenir compte du passé.
Est-ce que, dans ce barnum, la recherche initiale par deux candidats du vote de la communauté d’origine arménienne aura progressé ? Non. Est-ce que notre fonctionnement démocratique et la sérénité dans laquelle des débats qui dépassent la simple régulation auront été mis à mal ? Certainement.
La nausée. C’est tout.
6 Commentaires
Totalement d’accord. Mais so what ? Avons-nous les moyens d’une initiative, d’une proposition, d’un message qui ferait date et atténuerait au moins la nausée ?
En quoi cette loi portée par les représentants des circonscriptions pleines d’arméniens ne vise-t-elle pas la Turquie ?
(Turquie qui a toujours certains discours de 2005 à faire payer à Nicolas Sarkozy et ses électeurs, et Dieu sait qu’ils ont la rancune tenace)
En quoi la négation du génocide arménien de 1915 relève-t-elle de la liberté d’expression? Le nier c’est prolonger son exécution et ses conséquences douloureuses chez ses descendants…
Désolé,
Même banni je n’ai pas pu m’empêcher de donner mon avis. Plus que sur la réalité ou pas du génocide arménien ? Plus que sur la réalité ou pas de sa négation ? Pourquoi les français sont si arrogants qu’ils pensent qu’ils peuvent se permettre de donner des leçons au reste du monde ? Alors qu’on n’est même pas capable de balayer devant notre porte ! On a mis 50 ans pour reconnaître notre responsabilité dans la collaboration et les déportations ! Et sur l’Algérie …, les colonies, on a pensé faire une Loi pour faire inscrire dans les manuels d’histoire à l’école les biens faits de la colonisation. En plus d’être arrogants on est hypocrites.
Sur le vote. En plus des voix des arménien, je ne peux pas m’empêcher de penser que faire la leçon à la Turquie c’est aussi pensent-ils renvoyer à un certain électorat d’extrême droite, une image de fermeté vis à vis des musulmans. A moins qu’ils croient que les Turques sont des arabes ? Lors de son dernier voyage en Turquie, Nicolas Sarkozy est resté trois heures dans le pays, pour leur dire, de toute façon vous n’entrerez pas dans l’UE ! Les diplomates turques se sont senti profondément humilié par ce mépris !
La liberté d’expression c’est de reconnaitre les faits historiques et de combattre le négationnisme sous toutes ses formes.
La mollesse est souvent confondue avec la liberté d’expression
Depuis un certain nos homes politiques font plus de l’excès de communication sans réfléchir pour leur influence politique et ils jouent avec le feu