C’est l’écoute du place de la toile consacré à internet au théâtre qui me fait rebondir sur une expérience récente. Je passe sur l’émission, écoutez-la, elle est ici. Il y est notémment fait mention de Wirting spaces, qui tente de redéfinir l’expérience du théatre à travers une interactivité public-acteurs via des tablettes (en résumant mal et rapide).

Je rebondis, car j’ai vécu récemment une expérience de théatre très particulière. C’était lundi, à New York, et ça s’appelle Sleep No More. Tentative de description. Il s’agit d’un ancien hotel de Chelsea, des années trente. Entièrement dévolu à cette expérience. On y est jeté, dans un bar de l’époque, où la carte à jouer que l’on nous donne nous fait entrer dans un ascenceur, où l’on nous donne un masque vénitien, façon Eyes Wide Shut. A partir de là, on est jeté dans les cinq étages de l’hôtel, avec toutes ces figures fantomatiques d’autres personnes, libres de déambuler et faire ce que bon nous semble, d’explorer, et comprendre.

Peu à peu, errant de pièce en pièce, on tombe sur des acteurs, qui jouent et dansent des scènes. Petit à petit, il s’agit de reconstituer un fil, une histoire, en suivant, au hasard de déambulations, d’une pièce à l’autre, dans une ambiance à mi chemin entre Kubrick et Twin Peaks, de meurtres, séductions, bagarres, la plupart du temps dansées, sans mots. cela dure trois heures, jusqu’à un final ahurissant.

Bref. Je ne reviendrai pas en détail sur l’expérience. C’est assurrément le spectacle le plus incroyable que j’ai eu l’occasion de connaitre. On y découvre peu à peu que c’est Macbeth qui y est donné à découvrir, non point de manière linéaire et passive, mais par fragments selon le hasard de sa pérégrination. Les scènes sont incroyablement envoûtantes, l’expérience avec les autres personnes du public, qui sont autant de fantômes, voyeurs, interacteurs, déstabilisante.

Ce qui me fait penser que c’est une expérience du théatre à l’heure du web est le plaisir renouvelé que j’ai eu à participer à cette histoire. Les analogies sont nombreuses avec le web. La pièce n’est pas construite de manière linéaire, mais comme une carte, un écheveau de scènes présentées (plusieurs fois, en fait) pour que celui qui navigue par hasard tombe dessus, et reconstitue l’histoire de son propre chef, par sa circulation, de fil en aiguille, comptant sur sa seule navigation dans l’espace, et l’assistance des acteurs, qui courent d’un endroit à l’autre, et des autres spectateurs. On est dans une mindmap, dans un espace arborescent, et il s’agit d’y puiser, d’ouvrir un espace puis l’autre, d’aller  d’un point à l’autre.

Plus que l’appel à l’interactivité du public, qui me semble assez vaine, parfois, ou de l’ordre de l’illusion, j’ai adoré cette nouvelle narration, et cette immersion. La narration linéaire est quasi perdue, pour des générations qui ont été bercées de jeux vidéo et de surf en ligne. Elle m’est souvent difficile : au bout d’une heure devant une pièce ou un film, habitué que je suis à agir pour comprendre et accéder, je m’aperçois souvent que mon cerveau se met en sommeil : je m’endors tout simplement. Ici, ce ne fut évidemment point le cas.

Internet au théatre, c’est peut-être aussi ceci : non point compter sur une interactivité, mais adapter la narration et l’immersion du spectateur pour en faire un acteur, sur le mode du numérique (recherche, construction apr hypothèses progressives, reconstitution d’une carte, d’une arborescence), du spectacle. Sleep no more y réussit en tout cas de manière sublime.

A voir absolument si vous passez là-bas…


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7 Commentaires

dites-moi…
ce n’est pas parce que c’était à “ny”
que votre rencontre théâtrale vous a marqué…

je crois qu’il se passe aussi des choses de ce côté
… aussi
et c’est en dehors du cercle des “geeks” parisiens !

to ‘be in” or not…

aller* quelle époque
jf le scour

*je sais, je sais, je revendique

jf le scour le 18 octobre 2011 à 11:10

Quoi quoi quoi ? Pendant que tes sbires font bouger les meubles pour investir de nouveaux locaux plus grands, plus fort, plus beaux, plus hauts, toi, tu t’es barré à NYC ? :-)

à Jeudi.

Vincent le 18 octobre 2011 à 01:10

Billet intéressant. Mérite cela til pour autant que vous fassiez ne aucune relecture de votre écriture de vous ? Le respspect du lectuer ne commanderait pas cela un minimum-t-il ?

Yogi le 18 octobre 2011 à 04:10

On peut aussi s’intérroger sur ce cerveau qui zappe de plus en plus et n’arrive plus à se concentrer, à attendre.
Ce mouvement est en partie destructeur

alain le 23 octobre 2011 à 11:10

Writing spaces pas Wirting spaces.

Gavilan le 23 octobre 2011 à 10:10

Merci pour ce commentaire,

France le 22 novembre 2011 à 04:11

J’ai ete bouleversee par cette experience
J’y ai repense bien longtemps apres…

Poppilita le 1 août 2012 à 01:08

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