Et si la campagne, en fait, c’était comme le tour de France ?

Regardez les débuts, là, de cette campagne. Que voit-on ?

Martine Aubry et François Hollande devraient rivaliser, en allant mobiliser largement des électeurs, en ouvrant de nouveaux territoires pour mobiliser les quelques centaines de milliers d’électeurs potentiels. Non, ils restent dans leur pré-carré, font une campagne de congrès, et se battent sur des terrains absurdes. Près d’une semaine que la séquence culture traine en longueur, sur fond de Festival d’Avignon dont à peu près tout le monde se fout, et d’axes de clivage qui n’en sont pas (elle propose de doubler le budget, je propose que non, wow). Absurdité d’une logique coopérative.

Martine et François, ce sont les frères Schleck. On a l’impression qu’ils se décideront à attaquer quand il sera trop tard.

Ils semblent oublier Cadel Evans. Ca, c’est Sarkozy. Que de la tactique, de l’oubli, mais une présence constante. On voit ses équipiers en permanence, qui font diversion et amènent le train. Il n’aura plus qu’à grappiller à la fin, sans panache, sans rassemblement, sur une dernière épreuve. Fin de la gloire et du risque, disparition du candidat provocateur et clivant : il se la joue profil bas, besogneux, terrain, et international. Chiant comme la pluie jusqu’à ce qu’on oublie son passé, et qu’on le voie ressurgir à la fin, fort de bases correctes, et d’un bonne capacité sur du sprint.

Marine, c’est Contador. On ne sait absolument pas ce qu’elle vaut, mais elle fait peur et tout le monde la regarde. Pas d’équipe digne de ce nom, mais sa seule présence dans le peloton suffit à faire peur à tout le monde. A la fin, elle ne peut très bien ne rien faire de bien, mais pas grave : elle annihile les énergies des autres en se montrant à leur niveau, forte d’une aura supposée, non testable.

Les amusants, ce sont les autres, comme dans le tour.

Borloo, au vu de la sortie du site de son association officielle de soutien, je le placerais comme un baroudeur rigolo qui ne sait absolument pas ce qu’il fait. Du genre du bleu, premier passage sur le tour, qui fait n’importe quoi, apparait comme sympathique, mais ne peut rien faire. Pas une chance, même de gagner une étape. Tout juste de quoi amuser vaguement la galerie avant de se faire proprement remettre dans le peloton 20 bornes avant l’arrivée, faute d’avoir couru décemment et emmené de bons dans son échappée. Je pense un peu à Jacky Durand, celui de la fin de carrière, qui faisait marrer tout le peloton, et le public, mais n’a jamais rien gagné.

Eva Joly, elle est très dure à mettre dans un peloton. C’est loin de Thor Hushovd. Ce serait plutôt une pistarde ou une VTTiste égarée sur le tour. Pas du tout adaptée à l’épreuve, elle tente d’exister en faisant divers coups d’éclats, mais se fait rabrouer par les usages en cours dans le peloton, qui ne l’a pas à la bonne. Elle est du genre à bien animer le truc, mais ne jamais réussir à taper dans ce qui est dur, identitaire, clivant, fort, qui fasse sortir un leader. Plutôt de l’ordre de la perturbation. Pour qu’elle bouge, il faudrait qu’un des patrons la suive sur une échappée, mais aucun ne s’y risque, puisqu’il n’y a rien à y gagner : mieux vaut envoyer quelques costauds devant pour la mater.

Je passe sur les acharnés de fond de cour. Ils peinent à suivre. Ségolène Royal est en train de courir une autre course. François Bayrou est descendu de vélo et accueille plutôt des étapes, à cheval. Dominique de Villepin trouve ce sport vulgaire et exhorte tout le monde à abandonner la compétition pour qu’il soit nommé à la place du vainqueur, sur titres. Manuel valls et Arnaud Montebourg sont dans le peloton et grognent vaguement en espérant rejoindre l’équipe d’un des patrons au prochain tour, ils ne font rien, sauf de temps en temps prendre un peu de distance par rapport aux chefs, ou ne pas rouler quand il faudrait.

Reste deux questions.

Qui osera faire le Jeremy Roy ? Celui qui ne gagnera pas mais se fera découvrir au fil de cette campagne ? Celui dont on dira qu’il s’est révélé au public et à lui-même à ce moment, et pourra confirmer ensuite une place de patron ? Quel second couteau du PS osera prendre des risques et une gamelle ?

Qui sera Thomas Voeckler, ensuite ? Celui qui ira chercher le public, sa ferveur, en lui racontant une histoire qu’ils adorent, celle d’un Français humble, comme eux, pas pédant, naturel et volontaire, dur au mal et prêt à endosser l’habit s’il le sent à sa portée ? Un Français qui ose sans écraser et saurait emmener, autour d’une belle fable ?

Ces deux là, je n’en vois aucun. Ils se prennent tous pour des patrons, et se disent qu’il est trop tôt pour attaquer, pour se montrer. Qu’il y a les Pyrnéées (les primaires du PS), puis les Alpes (le premier tour). Au risque de se rendre compte un peu tard que l’épreuve est terminée, et que, manque de bol, la prochaine aura lieu dans 5 ans.

J’aime beaucoup le cyclisme, et beaucoup la politique. Après tout, il y a quelques similitudes, qui tiennent pas mal au jeu individuel-équipe, et au mélange long terme / coups d’éclat. Je me demande si les cadidats ont déjà eu des coachs anciens coureurs…


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11 Commentaires

Très belles métaphores, mais il en manque une: qui sont les dopés de ce tour là, les adeptes de la seringue et du pot belge?…

Herve le 27 juillet 2011 à 12:07

Belle analyse.
Et Pierre Rolland alors, tu ne le vois pas. celui qui est meilleur que son leader mais doit attendre… (Copé? Le Maire? pour la droite / Dufflot à Gauche? )
Sinon j’ai trouvé Schivardi avec la triste histoire de l’oncle du coureur Jérôme Pineau retrouvé mort étouffé par son vomi après une cuite le soir de l’étape de Gap…. http://fr.news.yahoo.com/tour-france-lalcool-cause-d%C3%A9c%C3%A8s-dun-technicien-074840848.html

Nicolas DEBOCK le 27 juillet 2011 à 12:07

Intéressant mais pour poursuivre la comparaison, il me semble qu’il y a une différence de taille avec le vrai Tour, c’est que, dans une campagne électorale, le tracé des étapes n’est pas complètement connu à l’avance.

Chaque événement d’actualité va jouer un rôle et la réaction des candidats à cet événement sera scruté à la loupe.

Une crise grave type 2008 pourrait même jouer le rôle du juge de paix suprême, comme à l’automne 2008 lors de la campagne de la présidentielle américaine.

Fer le 27 juillet 2011 à 09:07

Il y a des vies humaines à gérer avec la politique
le service publique à protéger, à permettre une vie culturelle, une vie humaine à toute personne
A être heureux que tout le monde puisse accèder aux services : santé, éducation, culture
A créer une dynamique
Le tour de France est loin de tout cela !!!!!

Romuald le 27 juillet 2011 à 10:07

On pourrait ajouter la caravane du Tour avec les cadeaux qu’on lance en quantité aux spectateurs qui viennent pour certains au moins autant pour cela que pour voir les coureurs.
Penses-tu que France Télévision pourrait envoyer un candidat dans le décor ? Ce sera Le Canard plutôt ;-)

Benoit Desavoye le 27 juillet 2011 à 11:07

Sarkozy en Cadel Evans… la bonne blague !!!
A la différence de l’Australien imperturbable, notre petit garçon qui se présente comme figure de président finira bien par redevenir turbulent; il va finir dans le fossé d’une grosse descente, ne pouvant pas reprendre les echappés du second tour…

angelo le 27 juillet 2011 à 12:07

Bien des portes ouvertes enfoncées dans cette distribution de bons points.

SYLVAIN le 28 juillet 2011 à 12:07

qu’est qui se passe
c’est quoi le tour de france ?
vous me mettez au jus, mesdemoiselles
je n’y connais rien
moi
je croyais être sur un blog de spécialistes
vous savez les professionnels des professionnels
je ne lis pas l’équipe
et ne vais plus au bistrot

je n’arriverai pas à tenir jusqu’en 2012

chez “andré” le mandarin des icônes
mes tentatives pas très écrites “correct” sont de trop
tellement qu’elles disparaissent…

je crois que je vais arrêter de lire…
on se croirait avec des vieux briscards de la politique
qui cherchent les prolos en buvant du ricard au comptoir
à la veille du suffrage

à marseille
au moins c’est avec l’accent

aller* quelle époque
jf le scour

*je sais, je sais, je revendique

jf le scour le 1 août 2011 à 08:08

Un billet prochain sur Michel Pinçon Monique Pinçon-Charlot qui ouvre des perpectives très intéressantes

alain le 30 août 2011 à 04:08

Vous faites comme beaucoup de médias, vous oubliez (volontairement, j’imagine), de parler du représentant du Front de Gauche, qui porte pas mal d’espoirs pour ceux qui croient encore au socialisme. Il s’appelle Jean Luc Mélenchon, ancien Sénateur PS de l’Essonne, et a été désigné représentant pour la campagne 2012 de 6 formations politique de gauche et, à mon très humble avis, pourrait bien être votre Thomas Voeckler !

Charlotte le 6 septembre 2011 à 11:09

Il ne se passe rien sur ce blog. C’est trop mort ici. Peut etre un article sur DSK s’impose ?

Jojo le caca mou le 19 septembre 2011 à 08:09

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