Ne pas savoir.

Mettre en mots et en images, parce que trop a déjà été fait et dit.

Il y a quelque chose de très intimidant à New York. En parler et le metrte en image confronte systématiquement à une myriade d’expressions déjà brillantes, qui forment le regard et l’imaginaire que l’on peut plaquer sur la ville. Ce n’est qu’après une expérience personnelle que l’on peut s’oser à une narration propre, à un regard. Je ne l’ai pas encore.

Il y a peu de lieux qui concentrent autant de fiction et d’imaginaire visuel. Je ne sais trop comment m’en défaire. Alors je sélectionne, et tente mon histoire propre avec cette ville. Difficile néanmoins de faire fi de, de s’affranchir, de savoir ce qui m’est propre et ce qui est soit banal, soit trop nourri d’une influence que je ne saurais pas lire.

Peut-être tout cela est-il une question de sens, après tout.

Il y a le métal des structures. Les rivets.

Il y a les boutons Fire/Police, dont il faut soulever les clapets.

Il y a l’énormité des blocks, qui frappe la proportion habituelle, non par la hauteur pure, mais par l’énormité générale.

Il y a la peinture vinylée qui recouvre le bas des immeubles.

Il y a les plaques de béton mal ajustées qui font office de trottoirs.

Il y a les parquets, des bureaux des boutiques.

La brique, partout, qui se réchauffe au soleil.

Il y a la lumière qui tombe du toit vitré d’une galerie sur le sol, et celui d’un garage, tout proche, plus beau encore.

Il y a le bruit, en juin, de nuit, des climatisations qui tournent à plein, dans le village.

Il y a, of course, les sirènes hurlantes.

Il y a les cris de party boys and girls dans un club.

Il y a le crissement de freins usés d’un vieux taxi.

Il y a la voix de cette teenager soooooo typical, blondette avec ses copines.

Il y a ces dizaines de voix qui parlent trop fort dans n’importe quel.

Il y a l’air théâtral de celui qui vous annonce le menu.

Il y a cette houle du taxi, un vieux Crown victoria, qui balance sur les bosses de la rue.

Il y a le crissement du métro arrivant en station.

Il y a cette musique de la vidéo Civilization, de Marco Brambilla, dans l’elevator du Standard.

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C’est peut-être aussi pour ça.

Générations

Grand retour des générations. La GenY d’un côté, la Gen4 lancée par Maurice Levy pour le eG8. Si, si !

D’abord, j’ai éclaté de rire. Maurice Levy lance le concept de la G4. Soit la génération “Global, Google, Generous and Green” (et attention, c’est publié dans un document pdf disponible sur l’internet !). What a concept ! Manière de renommer la génération Y en usant d’un nouveau qualificatif, avec du contenu dedans.

Pourquoi j’ai ri ? Parce qu’il y a quelques années, on disait du web que ce qui y marchait, c’était les 3G : Girls, Games et Gambling. Des jeux, des filles (à poil), et du bon vieux casino. C’était un motto de l’industrie, qui n’avait toujours pas compris que le web était aussi un truc qui parlait de sexe relations, de sociabilité, de réseaux, d’information et de connaissance.

Renommer la GenY en G4, c’est une paresse de vieux pubard. On sort du concept qui te fera de la reprise media, sans forcément se soucier du fond. Et on recycle un concept qui commence déjà sérieusement à s’essouffler tant il a été surexploité, celui de la Génération Y, en la renommant avec du concept gentillet, guilleret.

Disons-le tout net : il n’y a pas de Génération Y. Penser en termes de génération, c’est d’abord un discours de vieux, pour oublier des déterminants plus sérieux, et s’illusionner sur le fait qu’une nouvelle génération devra reprendre ce qu’on n’ose pas lâcher (le pouvoir, les mauvaises habitudes, l’organisation qui ne marche pas). C’est croire que les changements sont liés à des cohortes et leurs habitudes supposées, quand elles sont par nature plus progressives, et se font d’hybridations multiples. C’est surtout condamner bêtement et les jeunes et les vieux à êtres des générations différentes, alors que ce ne sont que des états.

La GenY, malgré les débats fumeux de colloques (attention, pdf aussi) et les slides de consultants spécialisés, elle n’existe pas. La renommer en génération G4, et dire qu’elle est généreuse et globale, c’est oublier tous ceux qui n’ont pas les moyens de l’être.

Surtout, quelle blague ! Demain matin, quand je ferai mon check-in au #eG8, je doute de tomber sur des tonnes de gens de la fameuse G4. Non, au eG8, on verra de la bonne vieille génération W, celle née avant la X, avant le Y et la Z (et la suivante ?). On verra surtout des businessmen très classiques, ce qui n’est pas un mal, s’ils ne se sentaient l’obligation de faire jeune, tout en tenant un discours qui tient à distance, par qu’objectifiée, tout un truc qui s’appelle simplement la jeunesse.

J’espère qu’il y aura autre chose dans les conversations, au #eG8…

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PS : merci à eco89 pour cet article.

Plusieurs études rappellent que l’âge explique moins les comportements que les classes sociales, les formations ou les conditions d’emploi. (Télécharger l’étude de Jean Pralong, « La génération Y au travail : un péril jeune ? »)

Les salariés de tous âges soumis aux mêmes contextes et aux mêmes règles de gestion des ressources humaines se ressemblent. Les temps sont d’ailleurs moins à la rébellion qu’au conformisme : tous ont bien compris le conservatisme du marché du travail et le besoin d’un CV aussi peu déviant que possible.

La Y-ologie prescrit donc un rappel à l’ordre plutôt qu’elle ne décrit une réalité sociologique. Elle est aussi une arme utile pour attirer le regard sur les comportements des individus plutôt que sur les pratiques des entreprises. Le débat sur les générations oublie la rudesse et l’opacité des règles de la compétition pour l’emploi. C’est pourquoi la génération Y n’est pas qu’un faux concept : c’est aussi un instrument idéologique.

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PPS

Parce que j’ai décidé d’arrêter d’écrire des billets construits quand il est tard, et d’ajouter des pensées quand elles me viennent. Ca doit être un truc de GenY (mais je suis trop vieux).

Le pire ,c’est la dénomination de la génération montante sous une forme hyper laudative (globale, gentille, tout ça), ou complètement dans la plainte (précaire, surdiplomée qui ne trouve pas de boulot). C’est en soi suffisant à montrer qu’il n’y a pas en la matière, de génération. Et que l’enjeu est surtout de repousser ces problèmes comme ceux d’autrui…

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PPPS

Comme Nicolas Sarkozy avait espéré le “CNN des CNN” en lançant le conseil national du numérique, peut-on espérer une “génération des générations” ? Sujet du bac de philo cette année.

Tourner la page

Nausée. La succession de commentaires sur du vide, de paroles toutes forcément maladroites dans un sens ou l’autre, sur le fond d’un immense gâchis. Passons à la suite.

Je passe sur l’ambiance. Un événement comme celui qui est arrivé hier fout tout le monde sur les nerfs. Il attire une fascination morbide, et oblige à prendre des positions, à chercher des explications. D’où complot, d’où oubli de la vraie victime, d’où recherche du passé clinique de DSK… Jusqu’à plus soif, expliquer, alors qu’on ne sait rien.

Tournons la page. Je n’ai jamais cru à la candidature de DSK. Je pense qu’il aurait fait un excellent président, mais un mauvais candidat. Sa pré-campagne, pleine de maladresses, d’un rapport trop distant au peuple, sa petite bande qui le protège de la France, son non-récit, cette extrême confiance et l’idée que la France vote pour un lointain gars cosmopolite de l’élite mondialisée, en 2011, quand on voit l’ambiance en France, non. C’était une illusion. Elle s’est dissipée.

Nous voilà avec deux, trois personnes à gauche. Abattues, choix par défaut. L’ombre Deloresque peut peser, mais il va falloir s’en détacher, et vite. Et c’est de leur responsabilité.

Hollande et Aubry (ah, et Royal, aussi) ont désormais une responsabilité : faire oublier DSK. Et construire une adhésion, une proximité avec le peuple, rapidement. L’attention sur les leaders du PS va être très forte dans les jours et semaines à venir. Il faut en faire une chance pour montrer combien le PS est une réponse, une solution. Il faut développer un récit qui rapproche ces responsables d’un peuple qui a de l’amertume et de la colère au coeur. Se montrer tout sauf à Solférino, se montrer en action, lancer tous les jours une vraie proposition, refuser de parler de l’affaire et prendre toute occasion qui se porte pour retourner cette attention pour parler de la France.

L’opinion peut rester, fascinée et aigrie, assise devant son canapé, comme somnambule. Aujourd’hui, la seule à la sortir de la torpeur, c’est Marine Le Pen, qui sait employer les mêmes mots que tout un chacun pour exprimer du ressenti. Les candidats socialistes ont cette responsabilité : ne pas laisser dormir, réveiller ceux qui les regardent avec un fond malsain de Schadenfreude.

Pour sortir de cette joie malsaine que votre malheur provoque, il faut briser le regard, changer les codes. Et surtout, sortir du sujet, de manière violente s’il le faut.

J’ai malheureusement comme un doute sur le fait qu’ils y parviennent…

François Hollande : envie de lui parler ?

Mardi prochain, vers 20h : nouvelle émission.

Mardi prochain, on inaugure sur le portail de M6, msn et RTL, 2012 et vous, pour la présidentielle un nouveau  format d’émission en ligne. Mélange de télé et de web. Je n’en dirai pas plus, il faudra aller sur le site pour le voir, en direct.

Ce que je peux vous dire, c’est que l’émission, dont nous avons testé le pilote vendredi, a pour objectif d’être vraiment web : de jouer la carte de l’interactivité de manière renouvelée, par tous les moyens possibles, avec ceux qui la regardent. Ca passera par une grande variété de moyens.

Parmi ceux-ci, l’interpellation directe : 4 à 5 d’entre vous, français, pourrez poser votre question à l’invité, et échanger avec lui véritablement.

Pour cette première, l’invité, c’est celui qui fait parler de lui actuellement. Non, pas Laurent Wauquiez, le candidat dont plein de gens disent qu’il monte : François Hollande. On aura le temps de l’émission pour voir ce qu’il y a derrière, et l’interroger vraiment.

Alos ?

Alors on cherche les 4-5 premiers d’entre vous, gens de France, munis de webcam et ayant envie de participer à cette première.

Vous avez envie ?

Ecrivez-moi : versac@gmail.com avec l’objet “émission” ou “2012etvous” dans le sujet.

Qui cherche-t-on ? Tout le monde : de la diversité, des vrais gens, pas des militants mais de ceux qui ont envie de creuser, d’être incisifs ou profonds, d’être eux-mêmes en interrogeant un de ceux qui feront peut-être la course en tête.

Intéressé ? A vos mails. C’est mardi, vers 20h. Il vous faut juste une connexion internet, une webcam, et quelques idées…

Ne plus étudier internet

Passionnant débat outre Atlantique.

Il mériterait d’être creusé et importé chez nos analystes du web et des mouvements sociopolitiques qui y sont liés. En shorter : il faudrait arrêter d’étudier internet per se, comme un système cohérent, mais aller dans de la microanalyse de phénomènes sociaux, ou politiques, ou autres, dans lesquels internet - ou plutôt une série d’innovations/transformations qu’il permet comme par exemple les media sociaux – jouent un rôle sans doute considérable.

Discussion complexe, mais vraie proposition. Qu’il s’agirait de rendre parfois plus effective…

C’est en tout cas à lire avec Henry Farrell. Et en commentaires. C’est une joie de le relire encore en pointe sur ces sujets, vraiment équilibré. Huit ans que je le lis, toujours pas rencontré, mais vraie familiarité…

La politique économique façon nawak – prime de 1000€

Je reviens de quatre jours à l’étranger, et me reconnecte aux débats français. Débats, c’est un bien grand mot, disons au n’importe quoi qui en tient parfois lieu.

Il y a de quoi être servi. L’idée débile de la semaine, c’est à François Baroin qu’on la doit, donc (il n’en est pas forcément le géniteur, mais celui qui l’aura propulsée). Il s’agirait donc de donner une prime de 1000€ aux salariés des entreprises qui versent des dividendes. On atteint là le fond du gouffre béant de l’absurdité économique. C’en serait amusant si ça ne risquait pas de produire des effets.

On voit bien quelle peut être l’origine absurde de la chose. Dominique de Villepin a lancé un programme très gaulliste de gauche (ce qui veut un peu dire communiste - au point d’ailleurs de se séparer de certains de ses amis, qui découvrent que l’homme est prêt à tout pour aller à l’encontre de Nicolas Sarkozy). Les gaullistes de la majorité souhaitent sans doute rééquilibrer la balance, et proposer des mesures symboliques, aptes à capter l’attention de l’opinion, qui montrent que la majorité n’est pas qu’au service des coquins riches.

Et puis, soyons simples : il faut faire social, faire pouvoir d’achat, pendant un an. Que ça soit lisible, que ça soit po-pu-laire et que ça reste dans les esprits.

Le diagnostic est largement partagé :

«Tous les jours, toutes les semaines, on nous annonce des augmentations de distributions de dividendes, de primes exceptionnelles, de bonus pour les grands patrons. Tout le le monde, tous les salariés qui participent à l’augmentation de la richesse de leurs entreprises doivent pouvoir bénéficier de ce dispositif»

C’est beau comme une discussion de comptoir.

Il s’agit bien d’associer politique de distribution des dividendes et rémunération. Cette ambition, gaullienne s’il en est, connait déjà plein de cadres légaux, existants et simples. En France, on a la participation. C’est une belle idée, qui agit même en amont des dividendes, et place donc en priorité les salariés par rapport aux actionnaires. Elle bénéficie en outre d’une défiscalisation très nette. On pourrait imaginer qu’une option soit passée de défiscaliser, hausser le plafond ou rendre plus liquide la participation ? Non, trop simple, pas assez cash. Je ne parle pas de l’intéressement, qui est d’un fonctionnement proche.

Non, l’enjeu, coco, c’est de faire proche du peuple, et de montrer qu’on prend dans la poche des patrons. Donc de toucher à du vocabulaire plus qu’à des effets concrets. Alors on parle de prime. Une prime, c’est bien, c’est concret, c’est sonnant, c’est trébuchant, on s’en souvient en avril 2012. Donc prime.

L’embrouillamini qui suit est illisible. L’Etat ne peut pas, en France, forcer des entreprises à allouer une prime à leurs salariés (et c’est heureux). 1000€ est un montant uniforme. Le conditionnement au versement de dividendes fait évidemment sourire, jaune. Toute l’hétérogénéité du monde économique est oubliée. Reste l’image d’épinal, et la formule choc. Les salariés des 70% d’entreprises qui ne se versent pas de dividendes (souvent parce qu’elles n’ont pas assez de bénéfices) sont oubliés. Les grandes entreprises sont à la fois stigmatisées, et ce faisant, leurs salariés encore plus bénéficiaires d’une attention du régulateur qui ne sait plus comment gérer ce monde qui, décidément, ne veut pas se plier à sa simplification.

J’ai une petite boite. Cette année, comme les précédentes, on va réinvestir nos dividendes dans le financement de notre croissance. L’année dernière, j’ai versé une prime en décembre, bien chargée de tout, et fiscalisée jusqu’à l’os. On a un plan de participation en lancement. J’en fais quoi, de la proposition de Baroin ? Je la cogne à la poubelle, en attendant l’éventuel effet d’aubaine pour moi, ou pour mes salariés. Je n’attends plus que ça de ce gouvernement : de l’aubaine ponctuelle…

Le web, rancunier ?

Les raccourcis stupides et bons vieux clichés sur “le web”, “les internautes” ont la vie dure.

Arnauld Champremier-Trigano, dans sa chronique hebdomadaire sur mediapolis (émission que j’écoute avec plaisir, tous les week-ends), revient à chaque fois sur ce qui aurait fait l’actualité du net. Cette semaine, c’était donc l’inévitable lapsus de Frédéric Lefebvre, et le concert d’imagination mémétique qu’elle a engendré sur twitter. Décrire, c’est bien.

Analyser, il faut le faire avec justesse. Dans un format court, donc difficile, sur un sujet qui me tient à coeur (l’analyse du web comme espace politique), dans chacune de ses chroniques, Arnauld Champremier-Trigano me fait bondir, par de minuscules raccourcis qui déforment de manière sérieuse la réalité. A chaque fois, je trépigne, et je me tais. Cette fois, c’était sur de petits qualificatifs, qui continuent de faire circuler de joyeux clichés sur ce que serait “le web”, et “les internautes”. Comme j’ai besoin de me défouler après une séance administrative pour ma boite, je l’ouvre.

Pour clore sa narration de la séquence Lefebvre, il explique en effet que “le web est un media qui a de la mémoire, et qui est rancunier”, analysant la folle embardée de joyeux citoyens se moquant d’un personnage public comme un acte de vengeance vis à vis de celui qui avait brocardé son espace.

L’explication est un peu courte, d’autant qu’elle est livrée avec des approximations qui font un peu douter : “il y a vraiment une relation passion-haine entre Frédéric Lefebvre et les internautes”, relation qui remonterait “essentiellement à Hadopi”. Wow.

Plusieurs tropismes et raccourcis absurdes et manquant singulièrement de rigueur.

Première assertion stupide : le web est rancunier. Le web n’est rien qu’un espace public. Il n’a pas de sentiments.

Deuxième concept à la noix : les internautes. Les internautes n’existent pas. Ils ne forment pas un peuple, et les quelques dizaines de milliers de personnes qui agissent sur twitter ne représentent pas les utilisateurs du web, qui, fort heureusement, font bien d’autres choses que commenter ce que fait Frédéric Lefebvre, ou tenter de le bloquer sur twitter. Les quelques centaines d’internautes qui ont tenté, il y a des mois de cela, de bloquer l’usage de twitter par le porte-flingues de Sarko ne sont pas “les internautes”, ils ne sont que des utilisateurs voulant se prémunir d’un potentiel lourdaud, dans leur cour de jeu. C’est un usage bien connu de toute communauté en ligne, où l’on doit faire des preuves d’étiquette avant de pouvoir participer.

Troisième absurdité, la lecture de tout événement politique par hadopi. C’est ce que j’appelle du numéro-centrisme, biais d’analyse aussi classique que la surpondération médiatique des sujets qui traitent des media : les consultants en communication et chroniqueurs du web parlent de ce qui est visible, à leur porte, et de ce qui touche à leur terrain, le web. Hadopi, en l’occurrence, n’a sans doute pas grand chose à voir avec le rejet de Frédéric Lefebvre. Ce rejet, il s’opère pour une foule de raisons, qui tiennent plus d’une culture, et d’un rapport aux media, que d’une suite donnée à une loi qui n’est pas rappelée.

Frédéric Lefebvre n’est pas de l’économie du réseau. Ceux qui agissent en ligne, dans une logique ancienne, de commentaire de critique, de défiance ou de complémente, spectateurs actifs des media, le connaissent bien. Ils ne l’aiment pas, et le l’acceptent pas comme bienvenu en ligne, car Frédéric Lefebvre va à l’encontre de nombre de valeurs sous-jacentes dans leur pratique : ils voient le troll, le floodeur, le parasite.

Ils en ont bien raison. Le lecteur de Kissinger est un parasite des media, qui a bien compris comment exister dans ce monde. Il n’y arrive pas en ligne. Ce n’est pas la faute de la rancune d’internautes en colère à son égard à cause d’Hadopi, mais une incompatibilité de fond : Lefebvre manie l’interruption, l’invective, la provocation, ne répond jamais, dévie systématiquement les conversations… C’est un homme qui ne peut exister que dans le temps court, le moment du media, et en aucun cas dans l’asynchronicité et la continuité du web, son exigence face à ceux qui s’y promeuvent, de rendre, partager, donner, s’expliquer.

Non, le web n’est pas rancunier. Le web n’est juste pas fait pour Frédéric Lefebvre. Et c’est tant mieux.

Quant à l’explication de cette joyeuse créativité en réseaux sur la saillie de Frédéric Lefebvre, elle est le rire du bouffon devant le puissant imbécile, répété à l’infini, tant l’imbécile l’est, et tant rire de lui est un plaisir.

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PS : la chronique en question.


Mediapolis-mémoire du web par teleTOC

Morozov en shorter

Tu n’as pas envie de lire The Net delusion, d’Evgeny Morozov (ou tu l’as oublié dans l’avion) ? Simplifie-toi la vie.

Au lieu de lire de longues pages, tu l’as en RSA Animate.

Ceci-dit, il serait bien qu’un éditeur se mette à la traduction de ce livre, pour tous les moins faignants qui auraient envie d’aller au-delà de la vidéo. La partie historique, notamment, sur la technologie et les mouvements des années 80, est assez géniale.

Le mythe du nuage de Tchernobyl qui se serait arrêté à la frontière

Quand une vérité est aussi ancrée dans la mémoire collective, c’est souvent qu’il s’agit d’un mythe déconnecté de la réalité, mais répondant à une opinion ancrée.

Depuis le séisme-tsunami-catastrophe nucléaire au Japon, le débat nucléaire est animé, en France. C’est peu de le dire. Comme à chaque fois, il oppose des sachants du nucléaire, qui se pensent à l’abri de tout soupçon, et des anti, qui les trouvent manipulatoires et lobbyistes, nous cachant la vérité.

Pour le grand public, le nucléaire est plein d’une mythologie complexe. On y trouve le général de Gaulle et l’indépendance de la France, des ingénieurs, et un souvenir, diffus mais certain sur un point : “au moment de Tchernobyl, en France, on nous menti”, exprimé sous la forme de “le nuage, qui s’est arrêté à la frontière”.

C’est sans doute la seule vérité communément admise. Pourtant, elle est délirante. Les autorités françaises n’ont jamais affirmé que le nuage s’est arrêté à la frontière. Elles ont été transparentes sur leurs mesures, ont cafouillé comme il se doit dans de tels cas (et comme nos ministres l’ont fait depuis le début de Fukushima), mais n’ont jamais été dans le délire narratif de ce style.

L’histoire est très bien expliquée, avec chronologie précise, sur de nombreux sites web. Par exemple ici, ou . L’information est livrée, l’alerte sur le passage d’un nuage effective. Les autorités se veulent rassurantes, ont évidemment un enjeu d’ordre public, d’une part, et de protection de leur filière, de l’autre, mais livrent leurs données et ne cachent pas un passage de nuage radioactif en France.

Alors pourquoi ?

Parce que le contraste.

En Allemagne, pays dans lequel le terrain antinucléaire était alors plus fort, et à la fois pays plus tourné vers l’est, l’ambiance est beaucoup plus électrique, les débats hyper vifs, et la peur de la contamination nucléaire est bien là. Les autorités, qui n’ont pas de filière nucléaire aussi organisée qu’en France, sont dépassées, et ça chauffe grave sur la crainte de radioactivité. En France, contraste énorme.

D’où, dans un traitement médiatique moins engorgé qu’aujourd’hui, mais déjà cacophonique, deux petites phrases, par deux journalistes. L’un, finissant un reportage à Strasbourg et constatant la différence d’ambiance entre la France et l’Allemagne, conclut : “tout se passe comme si le nuage s’était arrêté sur le Rhin” (en parlant bien de l’ambiance). L’autre, une présentatrice météo, dans UN bulletin, parlera du fait que l’anticyclone des Acores nous protège, en plaçant sur sa carte un “stop” malheureux à la frontière.

Dès le lendemain, quand le nuage passe en France, la couverture médiatique le mentionne, les autorités nucléaires livrent leurs mesures.

Mais le mal fut fait. La mémoire collective est créée.

Le fonde l’affaire est classique. Il en apprend beaucoup sur les mécanismes de formation de l’opinion, et des mythes qui font notre mémoire collective. Et ils enseignent beaucoup d’humilité aux consultants en communication : un dessin malheureux de présentatrice météo, une séquence de quelques minutes, qui révèle et fixe un sentiment profond de mépris du peuple par ses élites peut suffire à créer une mémoire hyper durable, un sentiment majeur et définitif, profondément difficile à déminer.

Brèves japonaises – images et points de vue

Au sujet du drame japonais, carnet de notes et impressions non creusées, sur l’imaginaire visuel et le lien avec l’occident. Pour confrontation.

J’ai eu la même expérience que Jean-No : évocation d’Akira, surtout, et de Ponyo, également. Bien naturelle : cela fait longtemps que le manga évoque ce qui est là-bas un thème majeur, la soumission aux éléments, et la catastrophe. André poursuit. Je leur laisse la parole. Ne pas oublier aussi Gen d’Hiroshima, et le fait que cet imaginaire de la catastrophe tient sans doute autant dans la catastrophe naturelle que dans le souvenir des bombes…

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Deux tsunamis, deux points de vue. Au Japon, on l’a vu en direct, et depuis des hélicoptères, des caméras de télévision haut perchées. En Indonésie, en 2004, c’était en différé, avec comme seul point de vue des vidéos amateurs récupérées ex post. Deux manières très différentes de se projeter, et de révéler la catastrophe : dans un cas, on es spectateur assez froid, mais en temps réel ; dans l’autre, en différé, mais en se plaçant sur le sol, dans le point de vue de la victime. A quand, demain, le real-time depuis le sol ?

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Des millions de billets de blogs de geeks plaignent un pays qui leur est familier. On voit à l’occasion de ce tsunami la puissance du soft power japonais, et de la culture que ce pays a réussi à essaimer. Familiarité avec ces images de secours en uniforme bien rangés, de cet ordre, déjà vues dans tant de mangas. Mélange d’exotisme réel, mais très familier en même temps, importé par de la culture.

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Est-ce que le fait de comparer des photos satellites est une manière de tenir à distance le drame, en voyant l’impact matériel, et pas les humains ?

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L’importation du débat sur le nucléaire est assez affolante. Eirc Besson aurait pu fermer sa gueule, plutôt que de courir après l’événement (il sert très mal les intérêts de ceux qu’il espérait défendre). Henri Guaino est décidément un produit malade du système médiatique. Et surtout, évitez de passer trop de temps en commentaires des articles de presse : c’est à désespérer de l’espoir que l’humanité place encore en elle-même…

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Je me souviens de Tokyo, en 1998. J’avais vécu une secousse de l’ordre de 5,5. Ca a été, jusqu’ici, mon seul tremblement de terre. Je visualise encore ce qui est de l’ordre du naturel pour un peuple. J’ai du mal à m’imaginer une secousse 1000 fois plus forte.

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En même temps, c’est début d’Hanami. Belles photos ici en illustration de ce billet touchant


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