La droite et l’insécurité : un échec

François Fillon dresse un tableau désastreux de l’état de notre pays. Faut-il le virer ?

«La semaine dernière à Epernay, des voyous ont violemment caillassé des policiers qui procédaient simplement à un contrôle routier. L’un d’entre eux vient de décéder. Caillasser, insulter, vandaliser, tirer, tuer : désormais il semble qu’il n’y ait plus aucune limite pour certains»

Passons sur la mise en scène d’un décès de policier imaginaire, dans un meeting, à quelques jours d’une élection. On a connu méthode plus glorieuse pour un premier ministre, respect plus ferme de la vie humaine comme du service de l’Etat.

Mais peut-on enfin dénoncer ce double discours sur l’insécurité ? Y-a-t-il moyen de pointer l’incohérence totale de ce que nous dit cette droite-là ?

D’un côté, on a droit à Hortefeux, qui maquille ses chiffres, nous disant que tout progresse, grâce à politique ferme.

De l’autre, Fillon et consors qui continuent à exciter et mettre en scène le moindre chien dangereux pour dénoncer le climat qui règne dans ce pays, et la nécessité d’aller plus loin encore.

Peut-on briser la boucle qui tourne en rond, avec ce discours monopolistique ? Cette offre bien réelle qui répond à cette demande issue de la narration ? PEut-on construire un observatoire de la sécurité, qui ne soit pas issu du FN ou du gouvernement ? Peut-on y aller franchement dans la contre-information ? Sans nier le sujet, sans le surpathologiser, mais en pointant l’inefficacité crasse de huit ans de Nicolas Sarkozy ?

La nouvelle formule de France soir, chant du cygne de la vieille presse

Je n’étais pas à l’inauguration de la nouvelle formule de France Soir, hier au Georges, mais l’ai feuilleté aujourd’hui. Cette nouvelle formule, elle est triste comme un vieux truc réac.

Faut imaginer ce qu’a été France Soir dans l’imaginaire des journalistes. Le plus grand journal de France, les plus gros tirages, le grand canard. Le truc qui a fait la fortune de Pierre Lazareff, qui tirait dans des volumes comparables avec de grands quotidiens internationaux. C’était une autre époque.

On est en 2010. On relance le truc, après des tas d’expériences ratées. Avec le soutien du fils d’un oligarque russe. Comme un joujou. A la soirée de lancement, on met partout de grandes une historiques du journal, on évoque la mémoire. Et on la salit, en même temps, avec un journal anecdotique, et surtout, avec un journal papier qui oublie son environnement.

La force du France Soir de Lazareff, c’est une innovation, un sens de l’information, dans son écosystème. Une force éditoriale, un sens du scoop et du coup, du choc, quand l’environnement est un peu mou. C’est un sens de l’exclusivité de ce qu’un media peut proposer. C’est le symbole développement, avant la massification de la télé, avant l’apparition du web, de la presse papier d’information rapide, forte.

Aujourd’hui, France Soir, c’est, dans un environnement dominé par la presse gratuite côté papier, pour le populaire simple, et des journaux plus ciblés, payants, dans un environnement où l’information en temps réel se fait sur le web, dans les chaines d’info en continu, d’offrir quoi ?

Un journal maquetté à la truelle, avec Laurent Cabrol qui ouvre la page météo, un “dossier” sur la sexualité des ados qui n’apporte aucune information et a déjà été fait mille fois, des articles qui auraient globalement pu être écrits ailleurs, donnés gratuitement dans métro ou vingt minutes, avec comme seule différenciation quelques “grandes signatures” : des gens de la télé.

France Soir est mort, c’est rien de le dire. A l’heure où les journalistes se creusent la cervelle pour inventer leur métier, trouver de nouveaux formats, comprendre comment agir dans le nouvel écosystème de l’information, ce journal-là glorifie un passé sans chercher à incarner sa promesse dans son présent.

Le pire, c’est qu’il y aurait peut-être eu quelque chose à faire, dans l’invention d’un nouveau media de référence, avec l’argent mis. Sauf qu’on a voulu recréer le “grand quotidien français de référence”, celui qui n’existera plus.

Parfois, il faut savoir abandonner.

[Edit : merci à vous qui m’avez signalé le “champ” du cygne, le chant du signe étant également une belle allégorie. Ce que c’est que de taper une bafouille un peu tard…]

Régionales, comparer ce qui est comparable

Habitude. Chaque lendemain d’élection, on compare les résultats aux années précédentes, et on fait de gros titres sur les scores, tout en déplorant l’évolution de l’abstention. Et nulle part on ne trouve de graphique ou d’article comparant vraiment les évolutions d’effectifs. Les voici.

Hier soir, Valérie Pécresse exaltait en Ile de France, devant la ferme progression de son score. C’est l’exemple type du faux résultat, quand on regarde l’évolution des volumes de vote, et non des scores de suffrages exprimés. Si les scores, en pourcentages, sont majeurs, puisqu’ils désignent les élus, les évolutions d’effectifs sont importantes, puisqu’elles permettent de voir les évolutions réelles de l’électorat.

Voici donc deux graphiques, réalisés à partir des données du ministère de l’intérieur.

Le préalable est de poser l’évolution du corps électoral. Il faut quad même rappeler que le corps électoral Français a gagné 1,8 millions d’inscrits. Et que les suffrages exprimés passent de 24,2 millions à 19,4 millions, soit 4,8 millions de différence ! Près de cinq millions d’électeurs qui disparaissent d’un scrutin à l’autre : de qui s’agit-il ? C’est là la grande inconnue, qui brouille l’analyse en l’absence d’études sérieuses.

Et surtout, cela limite l’aspect prédictif pour une présidentielle. A ce scrutin, ce sont 13 millions de personnes qui ont choisi de ne pas s’exprimer, par rapport à la présidentielle de 2007 ! L’UMP perd 6,2 millions de voix (une chute supérieure à 50%) par rapport au score de Nicolas Sarkozy au premier tour de 2007.

En France

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On constate bien les mouvements, de 2004 à 2010 :

- L’UMP qui conforte son électorat, quasiment stable : on peut considérer que ce sont peu ou prou les mêmes qui se sont déplacés, le noyau dur de la droite, les 18-20% d’une présidentielle ;

- La perte de 2,4 millions d’électeurs par les listes PS, suite à la sortie des écologistes des listes d’union ;

- Le gain, par les écologistes, de 1,8 millions d’électeurs (qui ne compensent pas la perte du PS) ;

- La disparition du centre droit : réfugié dans l’abstention ? Les 2,2 millions de chute correspondraient à la moitié environ des abstentionnistes supplémentaires ;

- La perte sèche du FN : un gros million d’électeurs en moins (sans doute la grosse partie des abstentionnistes, qui passent de la protestation à l’aquoibonisme) ;

- Le solde globalement neutre de l’addition NPA/L/Front de gauche. Il y a sans doute eu piquage de voix par JL Mélenchon, qui est venu sauver le PC.

Ce sont évidemment des conjectures, mais elles permettent de remettre les choses à l’endroit. La vague PS n’est que toute relative, de même que l’est le total. Si le total des forces de gauche est à 50%, ce n’est pas le fait d’une mobilisation supplémentaire.

 

En Ile de France

Puisque c’est ma région, petit point de concentration.

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On voit là un mouvement similaire à la France entière, avec quelques nuances :

- un effritement très léger de l’UMP, qui reste globalement stable, en légère baisse : Valérie Pécresse n’a pas de quoi pavoiser ;

- une chute du Modem encore plus incroyable qu’au niveau national : 475 500 voix de moins ! C’était alors un électorat de droite, qui a disparu.

- une chute équivalente de JP Huchon, qui perd 440 000 voix ;

- une compensation positive par Europe Ecologie : de 0 à 480 000 suffrages. Le total PS+EE gagne 38 000 voix.

- L’effritement du FN, qui perd presque la moitié de ses votants ;

- La baisse du Front de gauche et du NPA : le PC avait (tout est relatif) réalisé une bonne campagne, l’extrême gauche ne fait pas recette en IDF.

- L’apparition de Nicolas Dupont-Aignan, qui pique sans doute des voix à l’UMP, au FN et au Modem, mais ne parvient pas à devenir une vraie force supplétive de droite.

On se dit que le Nouveau Centre a peut-être mal calculé : une fusion des listes, même avec un score de 10-12%, était potentiellement plus rémunérateur. On se dit que l’équilibre global n’a changé que par la faible mobilisation de la droite : c’es telle qui perd en mobilisation.

On se dit que dimanche, les choses restent assez ouvertes : il faudrait que l’UMP joue une carte positive pour cibler la mobilisation d’un électorat centriste. Mais en une semaine, après l’ensemble des gaffes à l’encontre de cet électorat (identité nationale, …), et avec la claque symbolique prise hier, cela va être difficile.

 

Demain ?

Les électeurs ont essentiellement voté avec leurs pieds. La gauche n’a pas trop mal mobilisé, au final : c’est surtout un manque d’offre, à droite, qui exprime cette abstention. Cela valide l’hypothèse de la nécessité d’une offre au centre droit, et le pari raté de l’UMP à mobiliser cette frange là, en allant chercher l’électorat FN. Cela devrait donner des idées à des candidats présidentiels qui visent cette cible (Villepin, Bayrou, Morin…), et à l’UMP, pour un recentrage partiel de sa stratégie.

On se dit que tout reste à faire à gauche, aussi : aucune progression depuis 2004, alors que le contexte d’impopularité de l’exécutif en place est nettement plus fort ! Si la victoire symbolique est encourageante, il reste un boulot énorme à effectuer pour mobiliser 5 à 6 millions d’électeurs supplémentaires dans deux ans, soit à peu près le même volume que tous ceux qui se sont exprimés hier

Reste le jeu des équilibres entre forces politiques. Rien d’installé, mais un paysage qui se dessine. En comparant les scores régionales/européennes, on se rend bien compte qu’Europe Ecologie a solidifié un électorat à peu près stable, sur deux scrutins mobilisant peu. Il n’y aura pas de troisième test : la prochaine échéance, c’est une présidentielle (avec un jeu politique sur les cantonales entre temps).

Bayrou finit son calvaire exsangue…

Dans une campagne, deux dimensions sont importantes. Le Modem n’a réussi sur aucune des deux.

Il y a le militantisme de terrain. Le fonctionnel. Les mains serrées, le porte à porte, les tractages, les marchés, les préaux d’école et les rencontres au plus près. La construction et l’animation des réseaux. C’est essentiel. Déterminant dans une campagne locale.

Le modem, sur ce point, pâtit de son manque de base militante. Et, quand on a une base militante faible en nombre, il faut à tout prix travailler l’autre dimension de la campagne. Et ce, d’autant plus que, dans des régionales, le terrain reste un peu distant : l’enjeu, sur un territoire large, est de réussir à imposer des idées, de fabriquer un agenda local, de marquer de sa personnalité, de percer en notoriété.

L’autre dimension, c’est le champ politique. La narration, et l’ouverture de champs politiques. C’est la stratégie politique, l’essentiel. Une campagne présidentielle se gagne avec cette dimension là, à l’opposé d’une municipale, qui se joue sur la confiance et la notoriété locale. Pour les régionales, c’était l’enjeu, comme pour les européennes. Europe écologie a connu son succès par l’alliance de la notoriété de Cohn-Bendit, son sens du coup politique, et la dimension dominante de la préoccupation écologique.

Le Modem, depuis 2007, n’arrive pas à imposer le moindre thème, le moindre angle, dans le paysage politique français. Bayrou en avait fait le constat en juin dernier, remarquant que la lutte contre Sarkozy ne mobilisait pas. Il a joué une partie bizarre dans ces élections régionales, prenant peu la parole, se montrant peu, et surtout, ne jouant pas la carte de quelques coups électoraux majeurs, de l’ouverture de thématiques, d’angles d’approche du débat.

Sur place, la plupart des listes étaient dans des positions similaires. Pour ma région, Alain Dolium a peiné à faire plus qu’égrener un programme qui prenait un peu partout, sans vraiment apporter d’angle sur lequel s’accrocher. Un peu d’aide aux PME ici, un peu d’écologie là, un chouia de ceci et celà. Rien d’inspiré, pas de réponse solide, de valeurs exprimées aux Français, si ce n’est un meta-positionnement, non clivant : l’humanisme.

Le Modem se trouve privé de champ par sa propre faute. L’espace au centre est immense, mais nécessite d’être révélé, en suscitant l’adhésion, à traves un projet fort, clivant, en phase avec l’état d’esprit des Français. On sent que François Bayrou n’en a plus l’envie, tant il fait preuve de légèreté, d’absence de sens stratégique, tant que le sujet de l’élection n’est pas lui-même.

Saura-t-il se mettre au boulot ? Dépasser l’incantation et l’espoir d’incarner un recours ? Il a pris deux gros revers dans la figure. Son mouvement se délite. Et paradoxalement, c’est aussi sa séquence qui s’ouvre, enfin. Dans une semaine, tout le monde ne va plus avoir d’yeux que pour 2012. Va gamberger et attendre. Peut-être va-t-il se réveiller, et travailler enfin. Comme s’il sortait du long calvaire qui l’a vu endosser pendant trop longtemps l’habit d’un patron d’appareil, ce qu’il ne saurait être, pour reprendre celui d’éternel candidat à sa propre gloire.

S’il redémarre, il le fera avec des handicaps lourds comme jamais. Plus un rond, plus grand monde, plus de soutiens actifs, et une difficulté extrême à convaincre à nouveau qu’il peut être quelque chose. Il a néanmoins le bénéfice du temps : pendant un an, tout le monde va regarder ailleurs, à gauche, pour la primaire. Il a donc le temps de bosser sérieusement. S’il le peut.

Publication des résultats avant 20h : rien de grave

Comme d’habitude, le marronnier qui excite les media a eu droit à son quart d’heure de gloire pré-résultats.

La grande nouveauté de 2010, c’était twitter. COmme le web est devenu “temps réel”, avce ce réseau d’information en temps réel, et que les journalistes ont découvert twitter avec joie (ils y sont des milliers), on a pointé à nouveau les risques de diffuser de premières estimations avant vingt heures.

Pour ma part, fidèle à ma ligne de conduite de 2007, je n’ai rien rendu public, ni fait de lien. Ca ne m’a pas empêché d’avoir les infos des instituts de sondage en avance, ainsi que beaucoup de bruits qui circulaient.

Rien de neuf

Il n’y a rien eu de véritablement neuf. En 2007, on trouvait sans doute un bon millier de forums actifs, diffusant des rumeurs de résultats avant vingt heures. Ils ont continué. S’y est ajouté twitter, qui assure un potentiel de diffusion de résultats à peine plus important. Seuls quelques comptes ont cherché à attirer l’attention en lançant des résultats, ou en liant vers les sites du Soir ou du Temps. Sans être énormément relayés, d’ailleurs, ni que le mouvement soit massif. On peut sans doute estimer le nombre de personnes touchées, via twitter, par ces annonces, à une dizaine de milliers, voire un chouia plus.

Twitter ne change pas grand chose. La diffusion se fait essentiellement en off, par SMS, messageries instantanées. Twitter ne change pas grand chose, dans sa configuration actuelle : il touche à peine quelques centaines de milliers de Français, et est alimenté par des journalistes, qui ont surtout suivi les consignes légales (ils se savent surveillés).

Une polémique qui concerne surtout les media

Comme je l’expliquais en 2007, ce sujet concerne les professionnels de l’information, ceux qui vivent du scoop, et du buzz. C’est peu le cas des internautes. La vraie peur, derrière cette polémique, est celle des chaines TV de perdre leur monopole de révélation du résultat. Ils ne l’ont pas perdue. Elle s’effrite tout juste un peu. La plupart des personnes actives sur twitter le soir de ces élections ont les moyens d’obtenir autrement que par un media, la rendant publique, l’information sur les estimations.

Cette polémique, c’ets celle de la peur des media. Et de la concurrence des canaux : la télé a peur du web temps réel, les journalistes web sont frustrés de ne pas puvoir jouer leur rôle, etc.

Un impact impossible à estimer

Quel impact peut avoir une diffusion de résultats avant vingt heures ? Imaginons que de premières estimations circulent à 19h auprès d’un nombre significatif de personnes (plusieurs millions ?). Cela peut-il être de nature à vraiment modifier le comportement électoral ? J’en doute, dans des proportions larges. Les électeurs ayant déjà fait leur choix auront déjà voté en masse. Ceux qui ne l’ont pas encore fait ne le feront pas à l’aune d’un score putatif, fruit d’une estimation sondagière (28% au lieu de 26 ?).

Le seul truc qui pourrait mobiliser en masse, ce serait l’utilisation par un parti d’estimation, auprès de ses bases SMS et email. Envoi en masse de messages avec des estimations,n pour galvaniser les dernières heures de vote. Cela nécessiterait de les lancer tôt. Et c’est fermement interdit par la loi, que les partis ne risquent pas tant que ça de ne pas respecter (quoique, ça dépend desquels).

A terme, une évolution ?

Si aujourd’hui, le phénomène reste mineur, que peut-il devenir demain ? Difficile à prévoir. On peut imaginer qu’en 2012, plus de gens seront sur des réseaux sociaux en temps réel. Mais plus de gens, ça ne veut pas dire une majorité, surtout un dimanche en fin d’après-midi. La diffusion de l’information, par capillarité, depuis les militants et hyperactifs de la politique, vers leurs amis, crée un biais : elle se diffuse principalement auprès de couches politisées, ayant déjà fait leur choix.

Une anticipation large, de la part de la population, du vote de ses congénères, qui repousserait le vote au dernier moment, est-elle possible ? Non. Ca ne répond pas du tout aux enseignements de sociologie du vote, de comportement de l’électeur. C’est un tropisme de politique, ou de journaliste. Les électeurs ne forment pas leur choix de cette manière tactique, mais dans des logiques de représentation, d’anticipation.

A terme, cependant, si ces accès en temps réel devenaient majoritaires, il faudrait vraiment faire évoluer les choses. Ce serait simple : il suffirait de supprimer la révélation du résultat dès la clôture du bureau de vote, et interdire strictement aux instituts de diffuser la moindre information avant la fin du vote. Le problème n’est pas sur le web : il est à la télévision, qui veut nous faire croire qu’elle sait dès la seconde où les bureaux de vote ferment. Il suffit de briser ce mythe, et donc de tarir la source, plutôt que d’espérer réguler les transmetteurs individuels que nous sommes tous.

Le détail

Opération “prise de hauteur” pour Nicolas Sarkozy dans le Figaro. Répondre sans répondre, passer directement à l’étape suivante. Un fantasme d’opération de communication.

On vote demain, et aujourd’hui, fait commenté partout, depuis déjà quelques jours, le président accorde une interview bien fabriquée dans le Figaro Magazine. L’enjeu ? Très lisible et simple : ouvrir déjà la séquence suivante, montrer dans la protection que l’homme est au-dessus de ce scrutin, l’en protéger, en quelque sorte.

Tout cela est cousu de fil blanc, très lisible, simple. A chaque question, il dit prendre de la hauteur, n’être pas dans le combat, dans la petite politique. On croirait relire Pilhan, qui voulait placer le président là haut. Tout veut nous montrer de la stabilité, de la constance, de l’anticipation et du temps long. Les qualis commandés ont donc du exprimer le désarroi des Français face à un président trop dans l’improvisation, le manque de vision, sa trop grand proximité. facile : on repositionne.

Exercice un peu vain, évidemment. Ce n’est pas en une interview libre que l’on écrit un nouveau positionnement. Ce que nous annonce cette interview, c’est juste l’inauguration d’un nouveau cycle, celui où Nicolas Sarkozy inaugure une nouvelle période : celle qui doit le mener à sa réélection. Pour cela, il faut l’installer dans une posture protectrice, d’architecte, d’homme posé et sage, responsable. pas évident, quand tous ses signes extérieurs et actes passés l’ont montré au contact, dans l’action. Obligation, en même temps : le président ne gagnera pas sur son bilan opérationnel, et le contact du terrain est de plus en plus difficile.

Voilà donc tout plein de phrases à la limite de l’absurde, dont on devine dans leur expression la relecture patiente des cellules de com de l’Elysée. Avec toujours la même verbe. Un président qui “s’étonne” de polémiques, qui use de la négation en permanence (“je ne pratique pas l’ouverture pour”, “je n’augmenterai pas les impôts”, “je ne crois pas à une politique de rigueur”, …). Mais dans l’ensemble, il joue son rôle, avec la posture “there is no alternative”, assénant des contre vérités (le bouclier fiscal allemand, encore !) d’autant plus facilement qu’il n’y a pas de contradiction avec un journaliste du Figaro, sur papier glacé. L’insécurité a baissé de 16%, parait-il, les retraites vont être réformées, on va parler de dépendance, le programme est clair, calendé. La perspective bien tracée.

Et cette annonce d’une pause pour nettoyage fin 2011, qui a pour principal objectif de se placer dans le temps long, de montrer l’anticipation. et de rassurer les Français face au tournis législatif. Il y a risque, encore, sur de telles paroles. Annoncer un nettoyage, c’est pointer en creux la faiblesse de l’action des dernières années. Mais le plus important est de placer le président dans une posture imaginaire, très éloignée de la réalité (mais ce n’est pas grave) de maitre du temps.

Une opé de com, quoi. Au moins, on se fait plaisir, et on rassure son électorat fidèle, avec le discours qu’il attend.

Reste le sujet. Vous savez, #larumeur. Comment le traiter ? En parler ? Surtout pas. Mettre une photo de Nicolas Sarkozy avec son épouse, à l’Elysée ? Trop grossier, et difficile : il n’y a presque plus d’images officielles récentes où on les voit tous les deux. L’image, pourtant, est quand même le meilleur moyen. Et la photo fait partie des signes importants de ce genre d’exercice (en témoignent ces photos officielles, montrant un président serein, et élégant, le regard tendre et posé, les cheveux virant doucement sur le gris, un vrai poème…).

Pas de réponse à la rumeur, donc, ne pas s’abaisser. Mais rassurer, quand même. Le président volage, inconstant en amour, ça ruine tout le discours sur la vision, la durée, le temps.

Ca se joue donc à l’arrière plan de la photo principale, du président à son bureau. Celle-ci, présentée au cœur de l’interview.

nicolas_sarkozy_figaro

Outre le gros foutoir sur son bureau présidentiel : collection de stylos, encre Mont blanc, briquets ST Dupont, babioles de tous types, on distingue, sur la cheminée, une photo de couple. Une belle photo encadrée, qui rappelle que derrière le président aux commandes, il y a aussi un homme qui aime.

cadre

A tel point que la photo du Général de Gaulle, qui trônait auparavant à cette place, a été déplacée, et mise derrière l’horloge, derrière cette maquette de catamaran (?).

Ah, Carla est bien là dans son coeur. Ne croyez pas aux hasards. Le cadrage l’indique bien. La lampe, à droite, masque les autres cadres présents sur la cheminée. La composition de la photo ramène à ce cadre, élément de simplicité et de vérité dans ces dorures irréelles. Il reste, dans ce théâtre du pouvoir, un homme seul, au regard simple (qui, sur la couverture, a les larmes aux yeux), et derrière lui, une histoire d’amour. Elles est volage ? Il l’aime en constance, c’est ça qui est beau.

Composition totale ? Elucubration du lecteur en mal de complot ? A toi de juger. Sur les précédentes, et nombreuses, photos du président-en-son-bureau, je n’ai pas retrouvé une fois présence de ce cadre du couple. Par exemple ici. Ou ici. Ni . Ni non plus. Il faudrait évidemment travailler plus sérieusement, s’allier le temps et les ressources d’une vraie recherche iconographique.

Je fais donc appel à vos lumières. Comme Pascal Riché en son temps.

Les créateurs de possibles, une marque de fringues ?

Rue89 nous alerte sur un nouveau cas de non respect de la propriété intellectuelle de la part de l’UMP. Creusons un chouia.

D’abord, lire l’article de rue89. Les Créateurs de possibles, le truc assez difficile à décrire lancé par l’UMP il y a quelques semaines, plateforme de partage d’initiatives pour changer la vie (et se constituer une base activable de bisounours sarkozystes) est en conflit avec un réseau d’acteurs RH, qui utilisait déjà le nom.

L’article n’est pas très bon : il confond un peu trop marque et adresse web. L’URL n’a rien à voir avec une marque. La marque, ça se dépose, pour la France, à l’INPI, c’est la propriété d’un nom. Le nom de domaine, lui, peut en découler (si je peux concrètement déposer UMP.fr sur gandi.net, le détenteur de la marque peut me le reprendre, par un recours simple à mettre en oeuvre).

Pour départager deux détenteurs de noms de domaine,sil faut donc aller à ce qui vaut en droit : la marque, son dépôt à l’INPI. Si aucune des parties n’a déposé de marque, peu de chances en justice, et conflit ou les deux parties sont égales. Si le réseau précédent l’UMP a déjà déposé quelque chose, il va avoir de quoi argumenter son recours.

Une petite recherche sur la base marques de l’INPI nous donne les résultats suivants :

Les créateurs de possibles – Marque française - Déposant : Union pour un Mouvement Populaire (UMP), Association loi 1901 - Numéro :3671677 - Classe : 25

ALOES HR “ Créateurs de Possibles ” - Marque française - Déposant : SARL ALOES RESSOURCE HUMAINE - Numéro :3336288 - Classe : 35, 41, 42, 44

Sans aller plus loin, je ne peux savoir qui a déposé en premier. Partons du principe que c’est “ALOES RH”, qui aurait donc l’antériorité. L’UMP serait mal, effectivement. Quelques précisions.

1. La marque déposée contient le nom “créateurs de possibles” mais y accole un autre nom. Ca doit pouvoir se plaider. La marque seule n’a pas été déposée.

2. Il y a une question de classes. C’est là que c’est drôle.

Une classe indique un domaine de protection. En clair, vous pouvez déposer une marque dans un secteur précis, et une autre entité peut utiliser la même dans d’autres domaines. Il y a évidemment des subtilités, mais le principe est que, si quelqu’un veut ouvrir un cabinet de conseil en stratégie s’appelant Bata, il ne s’en fasse pas empêcher par le fabricant de chaussures.

Aloes RH a déposé la marque dans les classes 35, 41, 42 et 44. Soit Publicité; gestion des affaires commerciales; administration commerciale; travaux de bureau. / Éducation; formation; divertissement; activités sportives et culturelles. / Services scientifiques et technologiques ainsi que services de recherches et de conception y relatifs; services d’analyses et de recherches industrielles; conception et développement d’ordinateurs et de logiciels; services juridiques. / Services médicaux; services vétérinaires; soins d’hygiène et de beauté pour êtres humains ou pour animaux; services d’agriculture, d’horticulture et de sylviculture.

On ne comprend pas vraiment la dernière classe. Sauf à ce qu’un réseau de praticiens RH et consultants souhaite se diversifier dans le jardinage.

La classe 35 est déterminante. Elle couvre notamment la “Publicité en ligne sur un réseau informatique”. L’UMP est donc mal : toute pub pour les créateurs de possibles pourrait être une violation claire de la propriété intellectuelle d’Aloes RH. Ca se plaide, à mon avis (et de mon expérience) sans aucun problème.

Mais le plus drôle est ailleurs. C’est dans la classe utilisée par l’UMP pour le dépôt de la marque “Créateurs de possibles”. C’est la 25. Soit :

Vêtements, chaussures, chapellerie. Chemises ; vêtements en cuir ou en imitation du cuir ; ceintures (habillement) ; fourrures (vêtements) ; gants (habillement) ; foulards ; cravates ; bonneterie ; chaussettes ; chaussons ; chaussures de plage, de ski ou de sport ; couches en matières textiles ; sous-vêtements.

Les créateurs de possibles aspirent donc à être une marque de slips. Ou de couches textiles (c’est très bio, ça devrait plaire à NKM). Peut-être de cravates ? Ou de tongs, pour plaire aux Jeunes pop ?

Qu’est-ce qu’on se marre, avec ces rigolos, quand même ! Mieux vaut en rire qu’en pleurer

Décidément, l’UMP et son absence régulière – feuilletonesque - de respect de la propriété intellectuelle n’a pas fini de nous occuper. A croire qu’ils se croient au-dessus des autres, des lois, des règles ?

ENVY : le femme victime de l’homme

Le magazine est sorti depuis quelques semaines. Passé le moment du lancement, on peut enfin comprendre la ligne éditoriale du dernier titre du groupe Marie-Claire.

La ligne est simple, les couvertures récentes nous la rappellent aisément.

envy1

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La ligne Envy, au-delà de son sujet (plus anglé people), c’est la femme victime.

Toutes les unes nous montrent une histoire identique. Une people, en lutte avec son mari, qui a eu le malheur de la piéger, de la prendre sous son emprise, de la virer. La femme Envy ne se définit que par son rapport de victime à un homme salaud. Victime entière, ou victime en lutte, elle a besoin de l’homme pour se définir, pour exister.

C’est du postféminisme. Badinter est hors jeu. On en revient à une valorisation de la femme qui se fait mettre, et qui existe grâce à ça. Finie, l’autonomie, le rêve de la femme égale. Bienvenue dans un monde où la femme doit être belle, se faire avoir par un salaud de mec, et, si elle n’est pas blonde, se battre.

Atroce.

Ca m’épargne tout commentaire sur la maquette et la ligne éditoriale, et c’est tant mieux.

Battle

Dans un mois, trente-cinq.

Il est temps de se remettre à mordre.

Insert chatroulette sociological comment here

Please do.

Je n’ai pas le temps ni le goût. Et un article vaguement plus sérieux que je n’arrive pas à terminer.


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