Sleep no more, un théâtre à l’heure du web ?
C’est l’écoute du place de la toile consacré à internet au théâtre qui me fait rebondir sur une expérience récente. Je passe sur l’émission, écoutez-la, elle est ici. Il y est notémment fait mention de Wirting spaces, qui tente de redéfinir l’expérience du théatre à travers une interactivité public-acteurs via des tablettes (en résumant mal et rapide).
Je rebondis, car j’ai vécu récemment une expérience de théatre très particulière. C’était lundi, à New York, et ça s’appelle Sleep No More. Tentative de description. Il s’agit d’un ancien hotel de Chelsea, des années trente. Entièrement dévolu à cette expérience. On y est jeté, dans un bar de l’époque, où la carte à jouer que l’on nous donne nous fait entrer dans un ascenceur, où l’on nous donne un masque vénitien, façon Eyes Wide Shut. A partir de là, on est jeté dans les cinq étages de l’hôtel, avec toutes ces figures fantomatiques d’autres personnes, libres de déambuler et faire ce que bon nous semble, d’explorer, et comprendre.
Peu à peu, errant de pièce en pièce, on tombe sur des acteurs, qui jouent et dansent des scènes. Petit à petit, il s’agit de reconstituer un fil, une histoire, en suivant, au hasard de déambulations, d’une pièce à l’autre, dans une ambiance à mi chemin entre Kubrick et Twin Peaks, de meurtres, séductions, bagarres, la plupart du temps dansées, sans mots. cela dure trois heures, jusqu’à un final ahurissant.
Bref. Je ne reviendrai pas en détail sur l’expérience. C’est assurrément le spectacle le plus incroyable que j’ai eu l’occasion de connaitre. On y découvre peu à peu que c’est Macbeth qui y est donné à découvrir, non point de manière linéaire et passive, mais par fragments selon le hasard de sa pérégrination. Les scènes sont incroyablement envoûtantes, l’expérience avec les autres personnes du public, qui sont autant de fantômes, voyeurs, interacteurs, déstabilisante.
Ce qui me fait penser que c’est une expérience du théatre à l’heure du web est le plaisir renouvelé que j’ai eu à participer à cette histoire. Les analogies sont nombreuses avec le web. La pièce n’est pas construite de manière linéaire, mais comme une carte, un écheveau de scènes présentées (plusieurs fois, en fait) pour que celui qui navigue par hasard tombe dessus, et reconstitue l’histoire de son propre chef, par sa circulation, de fil en aiguille, comptant sur sa seule navigation dans l’espace, et l’assistance des acteurs, qui courent d’un endroit à l’autre, et des autres spectateurs. On est dans une mindmap, dans un espace arborescent, et il s’agit d’y puiser, d’ouvrir un espace puis l’autre, d’aller d’un point à l’autre.
Plus que l’appel à l’interactivité du public, qui me semble assez vaine, parfois, ou de l’ordre de l’illusion, j’ai adoré cette nouvelle narration, et cette immersion. La narration linéaire est quasi perdue, pour des générations qui ont été bercées de jeux vidéo et de surf en ligne. Elle m’est souvent difficile : au bout d’une heure devant une pièce ou un film, habitué que je suis à agir pour comprendre et accéder, je m’aperçois souvent que mon cerveau se met en sommeil : je m’endors tout simplement. Ici, ce ne fut évidemment point le cas.
Internet au théatre, c’est peut-être aussi ceci : non point compter sur une interactivité, mais adapter la narration et l’immersion du spectateur pour en faire un acteur, sur le mode du numérique (recherche, construction apr hypothèses progressives, reconstitution d’une carte, d’une arborescence), du spectacle. Sleep no more y réussit en tout cas de manière sublime.
A voir absolument si vous passez là-bas…
Une campagne en forme de tour
Et si la campagne, en fait, c’était comme le tour de France ?
Regardez les débuts, là, de cette campagne. Que voit-on ?
Martine Aubry et François Hollande devraient rivaliser, en allant mobiliser largement des électeurs, en ouvrant de nouveaux territoires pour mobiliser les quelques centaines de milliers d’électeurs potentiels. Non, ils restent dans leur pré-carré, font une campagne de congrès, et se battent sur des terrains absurdes. Près d’une semaine que la séquence culture traine en longueur, sur fond de Festival d’Avignon dont à peu près tout le monde se fout, et d’axes de clivage qui n’en sont pas (elle propose de doubler le budget, je propose que non, wow). Absurdité d’une logique coopérative.
Martine et François, ce sont les frères Schleck. On a l’impression qu’ils se décideront à attaquer quand il sera trop tard.
Ils semblent oublier Cadel Evans. Ca, c’est Sarkozy. Que de la tactique, de l’oubli, mais une présence constante. On voit ses équipiers en permanence, qui font diversion et amènent le train. Il n’aura plus qu’à grappiller à la fin, sans panache, sans rassemblement, sur une dernière épreuve. Fin de la gloire et du risque, disparition du candidat provocateur et clivant : il se la joue profil bas, besogneux, terrain, et international. Chiant comme la pluie jusqu’à ce qu’on oublie son passé, et qu’on le voie ressurgir à la fin, fort de bases correctes, et d’un bonne capacité sur du sprint.
Marine, c’est Contador. On ne sait absolument pas ce qu’elle vaut, mais elle fait peur et tout le monde la regarde. Pas d’équipe digne de ce nom, mais sa seule présence dans le peloton suffit à faire peur à tout le monde. A la fin, elle ne peut très bien ne rien faire de bien, mais pas grave : elle annihile les énergies des autres en se montrant à leur niveau, forte d’une aura supposée, non testable.
Les amusants, ce sont les autres, comme dans le tour.
Borloo, au vu de la sortie du site de son association officielle de soutien, je le placerais comme un baroudeur rigolo qui ne sait absolument pas ce qu’il fait. Du genre du bleu, premier passage sur le tour, qui fait n’importe quoi, apparait comme sympathique, mais ne peut rien faire. Pas une chance, même de gagner une étape. Tout juste de quoi amuser vaguement la galerie avant de se faire proprement remettre dans le peloton 20 bornes avant l’arrivée, faute d’avoir couru décemment et emmené de bons dans son échappée. Je pense un peu à Jacky Durand, celui de la fin de carrière, qui faisait marrer tout le peloton, et le public, mais n’a jamais rien gagné.
Eva Joly, elle est très dure à mettre dans un peloton. C’est loin de Thor Hushovd. Ce serait plutôt une pistarde ou une VTTiste égarée sur le tour. Pas du tout adaptée à l’épreuve, elle tente d’exister en faisant divers coups d’éclats, mais se fait rabrouer par les usages en cours dans le peloton, qui ne l’a pas à la bonne. Elle est du genre à bien animer le truc, mais ne jamais réussir à taper dans ce qui est dur, identitaire, clivant, fort, qui fasse sortir un leader. Plutôt de l’ordre de la perturbation. Pour qu’elle bouge, il faudrait qu’un des patrons la suive sur une échappée, mais aucun ne s’y risque, puisqu’il n’y a rien à y gagner : mieux vaut envoyer quelques costauds devant pour la mater.
Je passe sur les acharnés de fond de cour. Ils peinent à suivre. Ségolène Royal est en train de courir une autre course. François Bayrou est descendu de vélo et accueille plutôt des étapes, à cheval. Dominique de Villepin trouve ce sport vulgaire et exhorte tout le monde à abandonner la compétition pour qu’il soit nommé à la place du vainqueur, sur titres. Manuel valls et Arnaud Montebourg sont dans le peloton et grognent vaguement en espérant rejoindre l’équipe d’un des patrons au prochain tour, ils ne font rien, sauf de temps en temps prendre un peu de distance par rapport aux chefs, ou ne pas rouler quand il faudrait.
Reste deux questions.
Qui osera faire le Jeremy Roy ? Celui qui ne gagnera pas mais se fera découvrir au fil de cette campagne ? Celui dont on dira qu’il s’est révélé au public et à lui-même à ce moment, et pourra confirmer ensuite une place de patron ? Quel second couteau du PS osera prendre des risques et une gamelle ?
Qui sera Thomas Voeckler, ensuite ? Celui qui ira chercher le public, sa ferveur, en lui racontant une histoire qu’ils adorent, celle d’un Français humble, comme eux, pas pédant, naturel et volontaire, dur au mal et prêt à endosser l’habit s’il le sent à sa portée ? Un Français qui ose sans écraser et saurait emmener, autour d’une belle fable ?
Ces deux là, je n’en vois aucun. Ils se prennent tous pour des patrons, et se disent qu’il est trop tôt pour attaquer, pour se montrer. Qu’il y a les Pyrnéées (les primaires du PS), puis les Alpes (le premier tour). Au risque de se rendre compte un peu tard que l’épreuve est terminée, et que, manque de bol, la prochaine aura lieu dans 5 ans.
J’aime beaucoup le cyclisme, et beaucoup la politique. Après tout, il y a quelques similitudes, qui tiennent pas mal au jeu individuel-équipe, et au mélange long terme / coups d’éclat. Je me demande si les cadidats ont déjà eu des coachs anciens coureurs…
Après les pyrénées
Petit point à mi course.
Ce Tour de France est un des plus intéressants que j’ai suivis ces dernières années, à ce stade. Je m’explique.
Depuis pas mal d’années, le classement général m’indiffère totalement. La non-bataille entre les frères Schleck et Contador est chiante à mourir. Elle se fait en général sur une ascension à coups de chevaux vapeur inhumains sur une montée, et de “je te regarde mais j’attaque pas” le reste du temps. Aucun intérêt.
Du coup, dans le Tour, j’ai mon autre agenda. Celui des alternatives, des belles histoires, des gars qui ne montent pas à 430 watts des pentes de 1àkm à 10%, mais tentent des trucs, et se montrent juste au-dessus de leur niveau, poussés par la grâce. Je suis les seconds, les révélations, les équipes françaises et leurs difficultés et coups de panache. Comme tant d’autres d’ailleurs. Et je traque ces moments où le dopage s’efface derrière des valeurs un peu plus vraies.
Et ces deux premières semaines n’ont pas déçu, avec de vraies révélations ou confirmations, de coureurs qui ont du coeur, et que le non affrontement des leaders, ou leur non-activation des performances surhumaines ont permis de révéler.
Jérémy Roy.
Juste ça. Jérémy, pour ceux qui suivent la FDJ depuis quelques années, c’est du beau cœur, de la culture et un esprit. Jusqu’ici, jamais on ne l’avait vu comme ça, nous donner autant de trucs. Je me souviens de peu de moments où j’ai été au bord de chialer sur le tour, où une émotion m’a pris aussi fortement que celle de son passage sur la ligne. Je me souviens de Mengin à Nancy en 2005, faisant un baroud génial, sous la pluie drue, et chutant dans le dernier virage, pour son dernier tour. C’était un drame, une tristesse pure. Là, Roy qui se fait souffler par Hushovd, comment dire, c’était plus dur et en même temps plus heureux. On aurait aiméqu’il soit récompensé par une victoire, Jérémy, tout simplement par une sorte de morale qui veut que ceux qui donnent autant de plaisir doivent être récompensés. Las, pas de morale dans le cyclisme : c’est un affrontement. Mais c’est aussi un spectacle du don de soi, et là, je ne vois pas qui peut rivaliser avec Roy et sa bonne gueule, dans le pince sans rire et les larmes et l’envie.
Gilbert.
Pareil. Il y a encore quelques années, Philippe Gilbert était un gamin insolent qui tapait fort avec son culot et son punch. Maintenant, c’est le patron, qui a gardé le culot de la gagne, cette culture de la course de kermesses de Belgique ou du Nord. Un mec qui annonce crânement que cette étape est pour lui, se fait surveiller à mort, et gagne quand même, au culot. Bref, ce serait un Chavanel doué d’une intelligence de course, et hyper sympa en plus. La crème du cyclisme : l’esprit de la compétition joyeuse, la niaque, le talent. Le voir au tour, et pas seulement sur Liège ou au Het Volk est quand même génial.
Voeckler, et Bernaudeau
Ce qu’il y a de plus beau, dans le succès de Voeckler, c’est plus que sa tenue dans les Pyrénées, c’est plus que le rappel de 2004. C’est deux choses.
La première, c’est l’équipe de Bernaudeau. Sans sponsor en début de saison (merci Bouygues Telecom pour le départ), elle se fait chiper plein de gusses, et voit arriver Europcar au dernier moment sur la promesse d’une équipe autour de Voeckler. Une équipe, autour de Voeckler. On n’a pas vu autre chose : une sacrée équipe, un collectif qui roule à l’envie pour protéger son maillot, un Rolland qui se bat comme un fou dans la montagne, et un Voeckler qui fait le boulot de fin.
La deuxième, c’est l’absence de watts. Il y a un truc assez étonnant à ce que beaucoup se désolent de ce que la montée de Beille n’ait pas été au rendez-vous de l’histoire, lente. Donc facile pour Voeckler. A quoi se compare-t-on ? A la montée de Pantani, en 43’30 ? A celle de Contador en 44’17 en 2007 ? Performance totalement délirantes, entre 420 et 450 watts par coureur, sur trois quart d’heures. Surhumain, posthumain.
Non, en montant avec trois minutes et demi de plus que Pantani, on était à la superperformance proche de l’humain. Et donc on a eu de la bagarre. La seule différence était la gueule des vainqueurs : Voeckler tout rouge, suant, donnant l’impression d’être quand même dans le rouge, tandis que Schleck ou Contador étaient encore blancs, pâles et peu essoufflés. Voeckler est-il le jouet, l’idiot utile des patrons effacés derrière leur absence de prise d’initiative, attendant encore et tant et plus, n’osant pas le risque ?
Who cares ? Un instant, le moment de trois étapes de montagne, on aura vu ce que pouvait donner un combat à armes normales. Des montées non surpuissantes, la fin des records absolus et des barouds lunaires. Et, bizarrement, dans ce cadre, des explosions de joies françaises.
Jérémy encore.
L’Aubisque, il l’a montée en 39’ à 380 watts. C’est son plafond, il le sait, et le reconnait, mais ça ne l’empêche pas d’en donner. C’est tout cet esprit qui est beau. Un cyclisme d’aujourd’hui, d’un moment.
Bientôt les Alpes, place à la sortie de normalité…
Quelqu’un qui peut incarner une dimension d’homme d’Etat…
Il ne faut pas passer à côté de cette déclaration de Jean-Louis Borloo, à propos du débat sur le mariage homosexuel :
“A titre personnel, je voterai pour. Quelqu’un qui peut incarner une dimension d’homme d’Etat se doit de montrer le chemin”
C’est génial. C’est presque aussi sincère qu’un Dominique Paillé qui dit qu’il est pour parce que son parti l’est (et montre ainsi qu’il est un homme des convictions de son camp, et n’en a pas de propres). C’est parce que la stature l’impose à Jean-Louis Borloo dans son obsession du moment qu’il se positionne. A en rendre la chose tellement lisible qu’il le dit lui-même et l’assume.
Il y a dans la communication politique française comme une dérive. Ces hommes sont tellement protégés et auto-centrés qu’ils semblent en oublier que leur audience présupposée n’est pas bête. Qu’elle ne mange pas du foin. Quand Borllo dit en shorter “je suis pour parce qu’il faut que j’aie l’air d’être audacieux”, il est comme Hollande qui dit “j’ai un rêve, c’est la France”. Ce n’est rien que du principe, une logique de rôle, assumé, comme si cela devait absolument être faux, une pièce trop lisible, un spectacle.
Assumé, par manque de compétition des faveurs. Aucun ne parle directement aux français, tous parlent à des gens muets, au travers de miroirs qui leur ressemblent et les grandissent.
Il serait temps que certains choisissent des chemins de traverse…
Ne pas savoir.
Mettre en mots et en images, parce que trop a déjà été fait et dit.
Il y a quelque chose de très intimidant à New York. En parler et le metrte en image confronte systématiquement à une myriade d’expressions déjà brillantes, qui forment le regard et l’imaginaire que l’on peut plaquer sur la ville. Ce n’est qu’après une expérience personnelle que l’on peut s’oser à une narration propre, à un regard. Je ne l’ai pas encore.
Il y a peu de lieux qui concentrent autant de fiction et d’imaginaire visuel. Je ne sais trop comment m’en défaire. Alors je sélectionne, et tente mon histoire propre avec cette ville. Difficile néanmoins de faire fi de, de s’affranchir, de savoir ce qui m’est propre et ce qui est soit banal, soit trop nourri d’une influence que je ne saurais pas lire.
Peut-être tout cela est-il une question de sens, après tout.
Il y a le métal des structures. Les rivets.
Il y a les boutons Fire/Police, dont il faut soulever les clapets.
Il y a l’énormité des blocks, qui frappe la proportion habituelle, non par la hauteur pure, mais par l’énormité générale.
Il y a la peinture vinylée qui recouvre le bas des immeubles.
Il y a les plaques de béton mal ajustées qui font office de trottoirs.
Il y a les parquets, des bureaux des boutiques.
La brique, partout, qui se réchauffe au soleil.
Il y a la lumière qui tombe du toit vitré d’une galerie sur le sol, et celui d’un garage, tout proche, plus beau encore.
Il y a le bruit, en juin, de nuit, des climatisations qui tournent à plein, dans le village.
Il y a, of course, les sirènes hurlantes.
Il y a les cris de party boys and girls dans un club.
Il y a le crissement de freins usés d’un vieux taxi.
Il y a la voix de cette teenager soooooo typical, blondette avec ses copines.
Il y a ces dizaines de voix qui parlent trop fort dans n’importe quel.
Il y a l’air théâtral de celui qui vous annonce le menu.
Il y a cette houle du taxi, un vieux Crown victoria, qui balance sur les bosses de la rue.
Il y a le crissement du métro arrivant en station.
Il y a cette musique de la vidéo Civilization, de Marco Brambilla, dans l’elevator du Standard.
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C’est peut-être aussi pour ça.
Générations
Grand retour des générations. La GenY d’un côté, la Gen4 lancée par Maurice Levy pour le eG8. Si, si !
D’abord, j’ai éclaté de rire. Maurice Levy lance le concept de la G4. Soit la génération “Global, Google, Generous and Green” (et attention, c’est publié dans un document pdf disponible sur l’internet !). What a concept ! Manière de renommer la génération Y en usant d’un nouveau qualificatif, avec du contenu dedans.
Pourquoi j’ai ri ? Parce qu’il y a quelques années, on disait du web que ce qui y marchait, c’était les 3G : Girls, Games et Gambling. Des jeux, des filles (à poil), et du bon vieux casino. C’était un motto de l’industrie, qui n’avait toujours pas compris que le web était aussi un truc qui parlait de sexe relations, de sociabilité, de réseaux, d’information et de connaissance.
Renommer la GenY en G4, c’est une paresse de vieux pubard. On sort du concept qui te fera de la reprise media, sans forcément se soucier du fond. Et on recycle un concept qui commence déjà sérieusement à s’essouffler tant il a été surexploité, celui de la Génération Y, en la renommant avec du concept gentillet, guilleret.
Disons-le tout net : il n’y a pas de Génération Y. Penser en termes de génération, c’est d’abord un discours de vieux, pour oublier des déterminants plus sérieux, et s’illusionner sur le fait qu’une nouvelle génération devra reprendre ce qu’on n’ose pas lâcher (le pouvoir, les mauvaises habitudes, l’organisation qui ne marche pas). C’est croire que les changements sont liés à des cohortes et leurs habitudes supposées, quand elles sont par nature plus progressives, et se font d’hybridations multiples. C’est surtout condamner bêtement et les jeunes et les vieux à êtres des générations différentes, alors que ce ne sont que des états.
La GenY, malgré les débats fumeux de colloques (attention, pdf aussi) et les slides de consultants spécialisés, elle n’existe pas. La renommer en génération G4, et dire qu’elle est généreuse et globale, c’est oublier tous ceux qui n’ont pas les moyens de l’être.
Surtout, quelle blague ! Demain matin, quand je ferai mon check-in au #eG8, je doute de tomber sur des tonnes de gens de la fameuse G4. Non, au eG8, on verra de la bonne vieille génération W, celle née avant la X, avant le Y et la Z (et la suivante ?). On verra surtout des businessmen très classiques, ce qui n’est pas un mal, s’ils ne se sentaient l’obligation de faire jeune, tout en tenant un discours qui tient à distance, par qu’objectifiée, tout un truc qui s’appelle simplement la jeunesse.
J’espère qu’il y aura autre chose dans les conversations, au #eG8…
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PS : merci à eco89 pour cet article.
Plusieurs études rappellent que l’âge explique moins les comportements que les classes sociales, les formations ou les conditions d’emploi. (Télécharger l’étude de Jean Pralong, « La génération Y au travail : un péril jeune ? »)
Les salariés de tous âges soumis aux mêmes contextes et aux mêmes règles de gestion des ressources humaines se ressemblent. Les temps sont d’ailleurs moins à la rébellion qu’au conformisme : tous ont bien compris le conservatisme du marché du travail et le besoin d’un CV aussi peu déviant que possible.
…
La Y-ologie prescrit donc un rappel à l’ordre plutôt qu’elle ne décrit une réalité sociologique. Elle est aussi une arme utile pour attirer le regard sur les comportements des individus plutôt que sur les pratiques des entreprises. Le débat sur les générations oublie la rudesse et l’opacité des règles de la compétition pour l’emploi. C’est pourquoi la génération Y n’est pas qu’un faux concept : c’est aussi un instrument idéologique.
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PPS
Parce que j’ai décidé d’arrêter d’écrire des billets construits quand il est tard, et d’ajouter des pensées quand elles me viennent. Ca doit être un truc de GenY (mais je suis trop vieux).
Le pire ,c’est la dénomination de la génération montante sous une forme hyper laudative (globale, gentille, tout ça), ou complètement dans la plainte (précaire, surdiplomée qui ne trouve pas de boulot). C’est en soi suffisant à montrer qu’il n’y a pas en la matière, de génération. Et que l’enjeu est surtout de repousser ces problèmes comme ceux d’autrui…
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PPPS
Comme Nicolas Sarkozy avait espéré le “CNN des CNN” en lançant le conseil national du numérique, peut-on espérer une “génération des générations” ? Sujet du bac de philo cette année.
Tourner la page
Nausée. La succession de commentaires sur du vide, de paroles toutes forcément maladroites dans un sens ou l’autre, sur le fond d’un immense gâchis. Passons à la suite.
Je passe sur l’ambiance. Un événement comme celui qui est arrivé hier fout tout le monde sur les nerfs. Il attire une fascination morbide, et oblige à prendre des positions, à chercher des explications. D’où complot, d’où oubli de la vraie victime, d’où recherche du passé clinique de DSK… Jusqu’à plus soif, expliquer, alors qu’on ne sait rien.
Tournons la page. Je n’ai jamais cru à la candidature de DSK. Je pense qu’il aurait fait un excellent président, mais un mauvais candidat. Sa pré-campagne, pleine de maladresses, d’un rapport trop distant au peuple, sa petite bande qui le protège de la France, son non-récit, cette extrême confiance et l’idée que la France vote pour un lointain gars cosmopolite de l’élite mondialisée, en 2011, quand on voit l’ambiance en France, non. C’était une illusion. Elle s’est dissipée.
Nous voilà avec deux, trois personnes à gauche. Abattues, choix par défaut. L’ombre Deloresque peut peser, mais il va falloir s’en détacher, et vite. Et c’est de leur responsabilité.
Hollande et Aubry (ah, et Royal, aussi) ont désormais une responsabilité : faire oublier DSK. Et construire une adhésion, une proximité avec le peuple, rapidement. L’attention sur les leaders du PS va être très forte dans les jours et semaines à venir. Il faut en faire une chance pour montrer combien le PS est une réponse, une solution. Il faut développer un récit qui rapproche ces responsables d’un peuple qui a de l’amertume et de la colère au coeur. Se montrer tout sauf à Solférino, se montrer en action, lancer tous les jours une vraie proposition, refuser de parler de l’affaire et prendre toute occasion qui se porte pour retourner cette attention pour parler de la France.
L’opinion peut rester, fascinée et aigrie, assise devant son canapé, comme somnambule. Aujourd’hui, la seule à la sortir de la torpeur, c’est Marine Le Pen, qui sait employer les mêmes mots que tout un chacun pour exprimer du ressenti. Les candidats socialistes ont cette responsabilité : ne pas laisser dormir, réveiller ceux qui les regardent avec un fond malsain de Schadenfreude.
Pour sortir de cette joie malsaine que votre malheur provoque, il faut briser le regard, changer les codes. Et surtout, sortir du sujet, de manière violente s’il le faut.
J’ai malheureusement comme un doute sur le fait qu’ils y parviennent…
François Hollande : envie de lui parler ?
Mardi prochain, vers 20h : nouvelle émission.
Mardi prochain, on inaugure sur le portail de M6, msn et RTL, 2012 et vous, pour la présidentielle un nouveau format d’émission en ligne. Mélange de télé et de web. Je n’en dirai pas plus, il faudra aller sur le site pour le voir, en direct.
Ce que je peux vous dire, c’est que l’émission, dont nous avons testé le pilote vendredi, a pour objectif d’être vraiment web : de jouer la carte de l’interactivité de manière renouvelée, par tous les moyens possibles, avec ceux qui la regardent. Ca passera par une grande variété de moyens.
Parmi ceux-ci, l’interpellation directe : 4 à 5 d’entre vous, français, pourrez poser votre question à l’invité, et échanger avec lui véritablement.
Pour cette première, l’invité, c’est celui qui fait parler de lui actuellement. Non, pas Laurent Wauquiez, le candidat dont plein de gens disent qu’il monte : François Hollande. On aura le temps de l’émission pour voir ce qu’il y a derrière, et l’interroger vraiment.
Alos ?
Alors on cherche les 4-5 premiers d’entre vous, gens de France, munis de webcam et ayant envie de participer à cette première.
Vous avez envie ?
Ecrivez-moi : versac@gmail.com avec l’objet “émission” ou “2012etvous” dans le sujet.
Qui cherche-t-on ? Tout le monde : de la diversité, des vrais gens, pas des militants mais de ceux qui ont envie de creuser, d’être incisifs ou profonds, d’être eux-mêmes en interrogeant un de ceux qui feront peut-être la course en tête.
Intéressé ? A vos mails. C’est mardi, vers 20h. Il vous faut juste une connexion internet, une webcam, et quelques idées…
Ne plus étudier internet
Passionnant débat outre Atlantique.
Il mériterait d’être creusé et importé chez nos analystes du web et des mouvements sociopolitiques qui y sont liés. En shorter : il faudrait arrêter d’étudier internet per se, comme un système cohérent, mais aller dans de la microanalyse de phénomènes sociaux, ou politiques, ou autres, dans lesquels internet – ou plutôt une série d’innovations/transformations qu’il permet comme par exemple les media sociaux – jouent un rôle sans doute considérable.
Discussion complexe, mais vraie proposition. Qu’il s’agirait de rendre parfois plus effective…
C’est en tout cas à lire avec Henry Farrell. Et en commentaires. C’est une joie de le relire encore en pointe sur ces sujets, vraiment équilibré. Huit ans que je le lis, toujours pas rencontré, mais vraie familiarité…
La politique économique façon nawak – prime de 1000€
Je reviens de quatre jours à l’étranger, et me reconnecte aux débats français. Débats, c’est un bien grand mot, disons au n’importe quoi qui en tient parfois lieu.
Il y a de quoi être servi. L’idée débile de la semaine, c’est à François Baroin qu’on la doit, donc (il n’en est pas forcément le géniteur, mais celui qui l’aura propulsée). Il s’agirait donc de donner une prime de 1000€ aux salariés des entreprises qui versent des dividendes. On atteint là le fond du gouffre béant de l’absurdité économique. C’en serait amusant si ça ne risquait pas de produire des effets.
On voit bien quelle peut être l’origine absurde de la chose. Dominique de Villepin a lancé un programme très gaulliste de gauche (ce qui veut un peu dire communiste – au point d’ailleurs de se séparer de certains de ses amis, qui découvrent que l’homme est prêt à tout pour aller à l’encontre de Nicolas Sarkozy). Les gaullistes de la majorité souhaitent sans doute rééquilibrer la balance, et proposer des mesures symboliques, aptes à capter l’attention de l’opinion, qui montrent que la majorité n’est pas qu’au service des coquins riches.
Et puis, soyons simples : il faut faire social, faire pouvoir d’achat, pendant un an. Que ça soit lisible, que ça soit po-pu-laire et que ça reste dans les esprits.
Le diagnostic est largement partagé :
«Tous les jours, toutes les semaines, on nous annonce des augmentations de distributions de dividendes, de primes exceptionnelles, de bonus pour les grands patrons. Tout le le monde, tous les salariés qui participent à l’augmentation de la richesse de leurs entreprises doivent pouvoir bénéficier de ce dispositif»
C’est beau comme une discussion de comptoir.
Il s’agit bien d’associer politique de distribution des dividendes et rémunération. Cette ambition, gaullienne s’il en est, connait déjà plein de cadres légaux, existants et simples. En France, on a la participation. C’est une belle idée, qui agit même en amont des dividendes, et place donc en priorité les salariés par rapport aux actionnaires. Elle bénéficie en outre d’une défiscalisation très nette. On pourrait imaginer qu’une option soit passée de défiscaliser, hausser le plafond ou rendre plus liquide la participation ? Non, trop simple, pas assez cash. Je ne parle pas de l’intéressement, qui est d’un fonctionnement proche.
Non, l’enjeu, coco, c’est de faire proche du peuple, et de montrer qu’on prend dans la poche des patrons. Donc de toucher à du vocabulaire plus qu’à des effets concrets. Alors on parle de prime. Une prime, c’est bien, c’est concret, c’est sonnant, c’est trébuchant, on s’en souvient en avril 2012. Donc prime.
L’embrouillamini qui suit est illisible. L’Etat ne peut pas, en France, forcer des entreprises à allouer une prime à leurs salariés (et c’est heureux). 1000€ est un montant uniforme. Le conditionnement au versement de dividendes fait évidemment sourire, jaune. Toute l’hétérogénéité du monde économique est oubliée. Reste l’image d’épinal, et la formule choc. Les salariés des 70% d’entreprises qui ne se versent pas de dividendes (souvent parce qu’elles n’ont pas assez de bénéfices) sont oubliés. Les grandes entreprises sont à la fois stigmatisées, et ce faisant, leurs salariés encore plus bénéficiaires d’une attention du régulateur qui ne sait plus comment gérer ce monde qui, décidément, ne veut pas se plier à sa simplification.
J’ai une petite boite. Cette année, comme les précédentes, on va réinvestir nos dividendes dans le financement de notre croissance. L’année dernière, j’ai versé une prime en décembre, bien chargée de tout, et fiscalisée jusqu’à l’os. On a un plan de participation en lancement. J’en fais quoi, de la proposition de Baroin ? Je la cogne à la poubelle, en attendant l’éventuel effet d’aubaine pour moi, ou pour mes salariés. Je n’attends plus que ça de ce gouvernement : de l’aubaine ponctuelle…