Le détail
Opération “prise de hauteur” pour Nicolas Sarkozy dans le Figaro. Répondre sans répondre, passer directement à l’étape suivante. Un fantasme d’opération de communication.
On vote demain, et aujourd’hui, fait commenté partout, depuis déjà quelques jours, le président accorde une interview bien fabriquée dans le Figaro Magazine. L’enjeu ? Très lisible et simple : ouvrir déjà la séquence suivante, montrer dans la protection que l’homme est au-dessus de ce scrutin, l’en protéger, en quelque sorte.
Tout cela est cousu de fil blanc, très lisible, simple. A chaque question, il dit prendre de la hauteur, n’être pas dans le combat, dans la petite politique. On croirait relire Pilhan, qui voulait placer le président là haut. Tout veut nous montrer de la stabilité, de la constance, de l’anticipation et du temps long. Les qualis commandés ont donc du exprimer le désarroi des Français face à un président trop dans l’improvisation, le manque de vision, sa trop grand proximité. facile : on repositionne.
Exercice un peu vain, évidemment. Ce n’est pas en une interview libre que l’on écrit un nouveau positionnement. Ce que nous annonce cette interview, c’est juste l’inauguration d’un nouveau cycle, celui où Nicolas Sarkozy inaugure une nouvelle période : celle qui doit le mener à sa réélection. Pour cela, il faut l’installer dans une posture protectrice, d’architecte, d’homme posé et sage, responsable. pas évident, quand tous ses signes extérieurs et actes passés l’ont montré au contact, dans l’action. Obligation, en même temps : le président ne gagnera pas sur son bilan opérationnel, et le contact du terrain est de plus en plus difficile.
Voilà donc tout plein de phrases à la limite de l’absurde, dont on devine dans leur expression la relecture patiente des cellules de com de l’Elysée. Avec toujours la même verbe. Un président qui “s’étonne” de polémiques, qui use de la négation en permanence (“je ne pratique pas l’ouverture pour”, “je n’augmenterai pas les impôts”, “je ne crois pas à une politique de rigueur”, …). Mais dans l’ensemble, il joue son rôle, avec la posture “there is no alternative”, assénant des contre vérités (le bouclier fiscal allemand, encore !) d’autant plus facilement qu’il n’y a pas de contradiction avec un journaliste du Figaro, sur papier glacé. L’insécurité a baissé de 16%, parait-il, les retraites vont être réformées, on va parler de dépendance, le programme est clair, calendé. La perspective bien tracée.
Et cette annonce d’une pause pour nettoyage fin 2011, qui a pour principal objectif de se placer dans le temps long, de montrer l’anticipation. et de rassurer les Français face au tournis législatif. Il y a risque, encore, sur de telles paroles. Annoncer un nettoyage, c’est pointer en creux la faiblesse de l’action des dernières années. Mais le plus important est de placer le président dans une posture imaginaire, très éloignée de la réalité (mais ce n’est pas grave) de maitre du temps.
Une opé de com, quoi. Au moins, on se fait plaisir, et on rassure son électorat fidèle, avec le discours qu’il attend.
Reste le sujet. Vous savez, #larumeur. Comment le traiter ? En parler ? Surtout pas. Mettre une photo de Nicolas Sarkozy avec son épouse, à l’Elysée ? Trop grossier, et difficile : il n’y a presque plus d’images officielles récentes où on les voit tous les deux. L’image, pourtant, est quand même le meilleur moyen. Et la photo fait partie des signes importants de ce genre d’exercice (en témoignent ces photos officielles, montrant un président serein, et élégant, le regard tendre et posé, les cheveux virant doucement sur le gris, un vrai poème…).
Pas de réponse à la rumeur, donc, ne pas s’abaisser. Mais rassurer, quand même. Le président volage, inconstant en amour, ça ruine tout le discours sur la vision, la durée, le temps.
Ca se joue donc à l’arrière plan de la photo principale, du président à son bureau. Celle-ci, présentée au cœur de l’interview.
Outre le gros foutoir sur son bureau présidentiel : collection de stylos, encre Mont blanc, briquets ST Dupont, babioles de tous types, on distingue, sur la cheminée, une photo de couple. Une belle photo encadrée, qui rappelle que derrière le président aux commandes, il y a aussi un homme qui aime.
A tel point que la photo du Général de Gaulle, qui trônait auparavant à cette place, a été déplacée, et mise derrière l’horloge, derrière cette maquette de catamaran (?).
Ah, Carla est bien là dans son coeur. Ne croyez pas aux hasards. Le cadrage l’indique bien. La lampe, à droite, masque les autres cadres présents sur la cheminée. La composition de la photo ramène à ce cadre, élément de simplicité et de vérité dans ces dorures irréelles. Il reste, dans ce théâtre du pouvoir, un homme seul, au regard simple (qui, sur la couverture, a les larmes aux yeux), et derrière lui, une histoire d’amour. Elles est volage ? Il l’aime en constance, c’est ça qui est beau.
Composition totale ? Elucubration du lecteur en mal de complot ? A toi de juger. Sur les précédentes, et nombreuses, photos du président-en-son-bureau, je n’ai pas retrouvé une fois présence de ce cadre du couple. Par exemple ici. Ou ici. Ni là. Ni là non plus. Il faudrait évidemment travailler plus sérieusement, s’allier le temps et les ressources d’une vraie recherche iconographique.
Je fais donc appel à vos lumières. Comme Pascal Riché en son temps.
Les créateurs de possibles, une marque de fringues ?
Rue89 nous alerte sur un nouveau cas de non respect de la propriété intellectuelle de la part de l’UMP. Creusons un chouia.
D’abord, lire l’article de rue89. Les Créateurs de possibles, le truc assez difficile à décrire lancé par l’UMP il y a quelques semaines, plateforme de partage d’initiatives pour changer la vie (et se constituer une base activable de bisounours sarkozystes) est en conflit avec un réseau d’acteurs RH, qui utilisait déjà le nom.
L’article n’est pas très bon : il confond un peu trop marque et adresse web. L’URL n’a rien à voir avec une marque. La marque, ça se dépose, pour la France, à l’INPI, c’est la propriété d’un nom. Le nom de domaine, lui, peut en découler (si je peux concrètement déposer UMP.fr sur gandi.net, le détenteur de la marque peut me le reprendre, par un recours simple à mettre en oeuvre).
Pour départager deux détenteurs de noms de domaine,sil faut donc aller à ce qui vaut en droit : la marque, son dépôt à l’INPI. Si aucune des parties n’a déposé de marque, peu de chances en justice, et conflit ou les deux parties sont égales. Si le réseau précédent l’UMP a déjà déposé quelque chose, il va avoir de quoi argumenter son recours.
Une petite recherche sur la base marques de l’INPI nous donne les résultats suivants :
Les créateurs de possibles – Marque française - Déposant : Union pour un Mouvement Populaire (UMP), Association loi 1901 - Numéro :3671677 - Classe : 25
ALOES HR “ Créateurs de Possibles ” - Marque française - Déposant : SARL ALOES RESSOURCE HUMAINE - Numéro :3336288 - Classe : 35, 41, 42, 44
Sans aller plus loin, je ne peux savoir qui a déposé en premier. Partons du principe que c’est “ALOES RH”, qui aurait donc l’antériorité. L’UMP serait mal, effectivement. Quelques précisions.
1. La marque déposée contient le nom “créateurs de possibles” mais y accole un autre nom. Ca doit pouvoir se plaider. La marque seule n’a pas été déposée.
2. Il y a une question de classes. C’est là que c’est drôle.
Une classe indique un domaine de protection. En clair, vous pouvez déposer une marque dans un secteur précis, et une autre entité peut utiliser la même dans d’autres domaines. Il y a évidemment des subtilités, mais le principe est que, si quelqu’un veut ouvrir un cabinet de conseil en stratégie s’appelant Bata, il ne s’en fasse pas empêcher par le fabricant de chaussures.
Aloes RH a déposé la marque dans les classes 35, 41, 42 et 44. Soit Publicité; gestion des affaires commerciales; administration commerciale; travaux de bureau. / Éducation; formation; divertissement; activités sportives et culturelles. / Services scientifiques et technologiques ainsi que services de recherches et de conception y relatifs; services d’analyses et de recherches industrielles; conception et développement d’ordinateurs et de logiciels; services juridiques. / Services médicaux; services vétérinaires; soins d’hygiène et de beauté pour êtres humains ou pour animaux; services d’agriculture, d’horticulture et de sylviculture.
On ne comprend pas vraiment la dernière classe. Sauf à ce qu’un réseau de praticiens RH et consultants souhaite se diversifier dans le jardinage.
La classe 35 est déterminante. Elle couvre notamment la “Publicité en ligne sur un réseau informatique”. L’UMP est donc mal : toute pub pour les créateurs de possibles pourrait être une violation claire de la propriété intellectuelle d’Aloes RH. Ca se plaide, à mon avis (et de mon expérience) sans aucun problème.
Mais le plus drôle est ailleurs. C’est dans la classe utilisée par l’UMP pour le dépôt de la marque “Créateurs de possibles”. C’est la 25. Soit :
Vêtements, chaussures, chapellerie. Chemises ; vêtements en cuir ou en imitation du cuir ; ceintures (habillement) ; fourrures (vêtements) ; gants (habillement) ; foulards ; cravates ; bonneterie ; chaussettes ; chaussons ; chaussures de plage, de ski ou de sport ; couches en matières textiles ; sous-vêtements.
Les créateurs de possibles aspirent donc à être une marque de slips. Ou de couches textiles (c’est très bio, ça devrait plaire à NKM). Peut-être de cravates ? Ou de tongs, pour plaire aux Jeunes pop ?
Qu’est-ce qu’on se marre, avec ces rigolos, quand même ! Mieux vaut en rire qu’en pleurer
Décidément, l’UMP et son absence régulière – feuilletonesque - de respect de la propriété intellectuelle n’a pas fini de nous occuper. A croire qu’ils se croient au-dessus des autres, des lois, des règles ?
ENVY : le femme victime de l’homme
Le magazine est sorti depuis quelques semaines. Passé le moment du lancement, on peut enfin comprendre la ligne éditoriale du dernier titre du groupe Marie-Claire.
La ligne est simple, les couvertures récentes nous la rappellent aisément.
La ligne Envy, au-delà de son sujet (plus anglé people), c’est la femme victime.
Toutes les unes nous montrent une histoire identique. Une people, en lutte avec son mari, qui a eu le malheur de la piéger, de la prendre sous son emprise, de la virer. La femme Envy ne se définit que par son rapport de victime à un homme salaud. Victime entière, ou victime en lutte, elle a besoin de l’homme pour se définir, pour exister.
C’est du postféminisme. Badinter est hors jeu. On en revient à une valorisation de la femme qui se fait mettre, et qui existe grâce à ça. Finie, l’autonomie, le rêve de la femme égale. Bienvenue dans un monde où la femme doit être belle, se faire avoir par un salaud de mec, et, si elle n’est pas blonde, se battre.
Atroce.
Ca m’épargne tout commentaire sur la maquette et la ligne éditoriale, et c’est tant mieux.
Battle
Dans un mois, trente-cinq.
Il est temps de se remettre à mordre.

Insert chatroulette sociological comment here
Please do.
Je n’ai pas le temps ni le goût. Et un article vaguement plus sérieux que je n’arrive pas à terminer.
Ce que LOPPSI veut dire
(pour le web en tout cas)
Internet, c’est la rue. Un espace public, au sens très physique et tangible du mot. Des allées et des voies où je me déplace, de contenu en contenu, d’espace où je rencontre des amis, partage avec eux, me nourris de l’actualité, saute de lieu en lieu, commerce, m’informe…
Internet, c’est un peu plus que ça, puisque transite par ce réseau énormément de mes données personnelles, de ma correspondance privée, de mes échanges qui se situent à la frontière public-privé. J’y partage avec des amis dans un café, j’y rencontre l’âme soeur.
C’est cette nature si particulière d’internet qu’il convient de rappeler quand on en vient à parler de la loi LOPPSI qui est en discussion.
Dans la rue, pour lutter contre la pédophilie, il ne viendrait à l’esprit d’aucun parlementaire d’instaurer des contrôles de police au sortir de chaque maison, et d’installer un mouchard dans chaque véhicule, sur chaque corps, pour suivre où il se déplace. Il serait insupportable que chacun, pour aller chez sa soeur, ou acheter son journal, doive passer par le péage, discret car non visible, mais un peu sensible, car nous ralentissant, le péage policier, qui filtrerait nos intentions.
On sait que, pour lutter contre la pédocriminalité, dans la rue, il faut des policiers, des enquêtes, des mois et des mois de travail. Et que même ces mois d’enquête ne peuvent pas empêcher d’accuser et emprisonner des innocents, sous ce nom barbare et atroce de pédophiles, comme à Outreau.
On sait bien que si l’Etat instaurait un contrôle policier en bas de chaque maison, pour ce motif d’empêcher chacun d’accéder à des photos d’enfants, il y aurait des barrières, des élèvements de voix, pour rappeler que c’est absurde, inefficace, disproportionné.
Pourtant, c’est bien l’idée.
Je me connecte au web, à cette rue, et, pour accéder à mon ami qui est là-bas, sur ce blog, en train de commenter l’actualité, il va me falloir passer par le filtre du gendarme. Absurde ? Oui. Des péages dans une rue qui est un réseau entrelacé, complexe. Des points uniques de passage. Pour aller de la rue du commerce à la rue de Montreuil, je vais devoir emprunter le péage de Saint-Arnoult, et laisser scanner le contenu de mon GPS, me soumettre à l’interrogatoire de mes intentions de visites diverses.
Voilà ce qu’est LOPPSI.
Inutile de dire que c’est inefficace. Le pédophile que l’on nous agite comme la menace atroce, celui qui peuplerait le web, sait très bien comment tromper le policier au péage. Il sait s’habiller d’un imper, d’une burqa, que dis-je, pour protéger ses intentions. Il le fera encore plus quand il se saura surveillé.
Ce qu’il faut, c’est une police efficace. Pas des péages uniques.
Demain, ces péages qui filtrent nos déplacements, ils pourront filtrer d’autres choses. Mais le simple fait de les instaurer suffit à les repousser. Ils sont absurdes, ils sont une négation de notre simple liberté d’aller et venir.
Le fantasme du contrôle d’Etat sur les déplacements individuels n’est pas un thème de droite ou de gauche. La liberté est inscrite sur nos frontons républicains. Ceux qui soutiennent LOPPSI semblent n’en pas être dignes. Il serait temps qu’ils apprennent à faire la mesure des valeurs de ce pays.
Ou bien la rue pourrait leur rappeler, et elle aura raison, quand elle aura compris qu’on veut, simplement, contrôler ses déplacements quotidiens.
Morandini chez Martel : à côté du sujet ?
Morandini n’est pas un système qu’il faudrait dénoncer. Il est un syptôme marrant.
Je rentrais du boulot dimanche, en voiture, en écoutant le sympathique et irritant Frédéric Martel (sympathique par l’ambition, de la culture de masse, numérique, par ses choix de sujets, par ses chroniqueurs, irritant par cette impression parfois de tomber totalement à côté de l’essentiel, d’être par trop amoureux de l’écume, du pop qu’il vient de découvrir, bref, ce n’est pas mon sujet, ça vaudrait le coup, si j’en avais le temps, de partager avec quelques auditeurs ce qui va, ne va pas, chez Masse Critique…).
Martel recevait Jean Marc Morandini. Vous savez, celui qui tient trois heures chez Europe 1, une sur Direct 8, deux chroniques quotidiennes dans les journaux de Bolloré (Direct matin et Direct soir) et un site internet, jeammarcmorandini.com (je ne mets pas de liens, comme il le fait lui-même, tentez d’aller voir par vous-même).
Bref, sur France Culture, c’était un peu la réception de l’hydre, du monstre. Et on avait comme chroniqueur Pascal Riché, l’anti-Morandini. Là où Morandini recycle tout, ne vérifie jamais rien, balance et rebalance, Riché, c’est déontologie et amour du journalisme avec un grand j. Et Pascal est un des meilleurs journalistes de France. Sauf qu’il s’est fait volontiers prendre au piège par le vilain Jean-Marc, en direct. Et que la critique Martelienne de Morandini est globalement passée à côté, offrant à l’intéressé une très belle occasion de nettoyer un peu sa réputation de vilain élève de la classe médiatique.
Reprenons.
Pascal Riché a bien caractérisé ce qu’est Morandini, aujourd’hui, en reprenant quelques bons concepts de l’analyse des media – l’infotainment, le personal branding, le versioning – et en disant avec justesse qu’il arrive à concilier public de professionnels et grand public.
Côté Martel, c’était une reprise de l’enquête de télérama, qui visait à dénoncer un système. En gros :
« Le mécanisme est simple : Morandini relaie une rumeur sur son blog, la dément sur Europe 1 puis résume toute la polémique sur Direct 8. A lui seul, il fait l’actu. »
Bref, on tente de dénoncer dans cette enquête, et d’en parler dans l’émission, sur l’angle d’un système bien rôdé, rentable, assez impressionnant. Avec une pointe de dénonciation générale, sur quelques aspects peu reluisants du fonctionnement dudit système.
Sauf que.
Sauf que Morandini, ce n’est pas vraiment un système. C’est le morpion d’un système. Ce n’est pas juste de l’infotainment, c’est une dérivée de l’infotainment, qui pompe avec plaisir le système médiatique de ses recettes, sans jamais rien produire, tout en créant, de ce fait, une attraction et une concurrence. Cette caractérisation fut assez absente de l’émission, comme de l’enquête.
Morandini ne produit rien. La plupart de ses scoops, il les reprend de sources diverses. Il fait plus que reprendre ou citer, comme il l’a dit plusieurs fois à l’antenne. Il reprend à son compte, s’embarrasse à peine de citer sa source, colle tout un tas de gros “EXCLUSIF”, met bien en valeur la contribution de JMM dessus, met son gros logo en haut de la vidéo, et hop, chope tout le joyeux trafic des autres, sans jamais redonner.
JMM, c’est le morpion médiatique de l’ère numérique. Celui qui a compris que l’information est une commodité, que personne n’en est vraiment détenteur. Il vous mettra ainsi du Yann Barthès tous les jours, sans logo Canal sous la vidéo, sans un lien, sans rien qui permettre à Canal Plus de bénéficier en retour de son agitation. De fait, son site n’est pas juste un site sur l’actu des media. C’est un réceptacle à ce qui pourrait faire agenda, et donc trafic : Morandini pompe les contenus, pour pomper l’audience ensuite.
Il pompe tellement fort et tellement vite qu’il est devenu incontournable pour le petit monde de l’info en temps réel. Aussi incontournable que désagréable : on ne peut plus s’en passer. Dans les chaines d’info en continu, son site est ouvert en fond d’écran en permanence, alors que le site de la chaine n’est souvent même pas vraiment consulté. Comme il pompe tout, il est utile : on ne passe plus à côté de ce qui fera buzz, dans la rubrique people-télé, à tout le moins.
Morandini est très malin. Il ne pompe pas trop non plus. Il met les noms, et ne creuse pas. Il remplace : au lieu d’un long article ou d’un documentaire, il prend quelques secondes, résume en un paragraphe, et hop, emballé, voilà une news. il fait de la radio sur le web.
Il n’est pas un système. Il est un joyeux symbole de l’agonie d’un système d’information professionnelle en temps réel, avec sa dérive d’information people et de surcouverture d’un nombre réduit d’événements autocentrés. Il est un passager clandestin dans un bateau ivre. Il ne paie pas son billet, mais comme tout le monde dégueule, il a bien le droit.
Et Morandini a beau jeu. Il ne voit pas la différence entre ce qu’il fait et du “journalisme de liens”, du recyclage de l’info, tel qu’il se pratique désormais partout. Sa réponse à Pascal Riché, qui lui reprochait de ne pas “faire de liens” sur les articles, est très bien vue : “et pourquoi je devrais ?”. Hein, alors, information wants to be free, non ? Alors merde, je copie-colle, moi, ça te gène, coco ? Chez Pascal Riché, il y a le présupposé qu’il faut informer, potentiellement donner à quelqu’un la capacité d’aller plus loin, par un lien, un désir de guider. Morandini, lui, s’en contrebalance. Il bouffe, il pompe.
Morandini, c’est un hacker capitaliste, en quelque sorte. Le parfait passager clandestin. L’homme qui, par son activité de pillage (gentillet), montre l’inanité d’un monde. De ce point de vue, il est à la fois inquiétant (il pourrait forcer à une régulation encore plus drastique de la propriété intellectuelle), et amusant (il nous montre qu’un certain monde tourne à vide, en faisant son audience de la télé).
En fait, tout ça était en creux dans l’émission de Morandini. Son absence de critique, son comportement de bouffeur de buzz, tout ça était pressenti. Ne pouvait-on le rendre un peu plus explicite, plutôt que de simplement le mettre en scène, dans une émission qui se veut analytique ?
On attend l’article sur jeammarcmorandini.com pour y remédier…
Souvenirs d’aéroports
Parce que janvier sans voyages impose le besoin de penser aux évasions passées.
L’aéroport de Tokyo, à l’arrivée, en 1998. Salles fumeurs comme des bocaux qui font face aux files de l’immigration. Alors que le vol de l’ANA était encore fumeur (ça a existé, si on parvient à s’en souvenir), le bocal est empli de japonais, se tenant droits, fumant en silence, lentement.
L’aéroport de Nairobi, auquel on arrive après une escale à Dubaï. Là où Dubaï n’est que marbre et dorures, et s’étire en longueurs, dans un volume impressionnant, parfaitement réfrigéré, Nairobi est petit, bétonné, sale, et désuet. Il faut payer en liquide pour le visa, mais aucun distributeur ne fonctionne. A Dubaï, on peut retirer de l’argent tous les cinq mètres.
L’aéroport de Stockholm est extrêmement lumineux, avec ses grandes baies vitrées, et il y a du parquet au sol.
Dans celui d’Helsinki, ce ne sont pas de grandes lattes de bois, mais ces parquets faits de carrés de petites lattes, qu’on trouve dans les appartements des années cinquante. Parquet par ailleurs trop abondamment vernis, il brille.
Ce que je préférais de l’ancien aéroport de Bangkok, c’était le trajet pour arriver en ville, avec cette autoroute urbaine interminable et grouillante, survolant un paysage infini de temples, panneaux publicitaires, taudis, et amas de buildings successifs. Un prélude. Cela se police, à présent.
A Rio, le plus incroyable est Santos Dumont, qui offre une vue magnifique sur l’ensemble de la baie. En décoller est un délice. L’aéroport Antonio Carlos Jobim (le Brésil est le seul pays à donner à ses aéroports le nom de compositeurs de balades douces) a le plan d’un soutien-gorge.
Charles de Gaulle 1, et ses terminaux enfouis sous terre. Je ne suis évidemment pas le seul à avoir fredonné l’air de Goldorak en glissant sur les tapis roulant.
JFK et son enfilade de terminaux absurdement mal reliés, chacun pour une grande compagnie. La course, à 23h30, de l’un à l’autre, alors que tous sont vides, pour attraper la correspondance Delta, que nous n’atteindrons pas. Depuis, je préfère Newark, pour lequel l’arrivée permet de longer la skyline de Manhattan.
L’aéroport de Koh Samui. Petites paillotes, ambiance bon enfant, qui hésitait entre Walt Disney et une dictature africaine. Pas de sas, de douanes, de contrôles, de tourniquets, de passerelles. Tout se fait à la main, et est visible du passager.
Le salon business de Newark, qui ressemble au café d’un mall, où tout serait gratuit, quand celui d’Helsinki est un ravissement de design un peu dépassé.
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La liste pourrait se prolonger. Quand je pense que peut-être mes petits-enfants ne connaitront pas les aéroports.
SFR – mon problème
Un petit cas personnel qui m’inquiète. Monsieur SFR, si tu passes par ici, je serais preneur de ta réaction, car ton absence de prise en compte de mon problème me fait très peur sur ton attitudeà l’égard des données personnelles.
EDIT.
Depuis la publication de ce billet, mon problème a été réglé par SFR. JE regrette d’avoir du utiliser ce moyen pour alerter la direction de mon opérateur mobile, mais constate que le web peut, parfois, être un bon levier d’alerte. J’invite d’ailleurs SFR à assister autrement les centaines de consommateurs (c’est le cas de tous les opérateurs) qui ont des problèmes et n’obtiennent pas de réponse (et donc, logiquement, se tournent vers le web).
Mon cas personnel est réglé pour ce coup. Des bugs existent toujours, des problèmes, quand on gère une base de clientèle de millions d’utilisateurs, aussi. Mais l’écoute et l’efficacité des services clients, comme l’information intelligible (bonjour le niveau du site de SFR !), en ligne, restent la meilleur protection contre tout risque de réputation…
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Je m’explique.
Je suis client SFR depuis 1998, avec le même numéro. Jamais changé, toujours prolongé. Un client de rêve, qui a vu son budget mobile progresser d’année en année. Toujours le même numéro, depuis des années.
Bref.
Il y a quelques années, j’ai eu une surprise. Me connectant sur l’interface de gestion de mon compte, j’ai découvert que celui-ci n’était pas à mon nom, mais au nom d’un autre, celui de M. Pierre-Nicolas P. habitant à 15 numéros de mon domicile, dans la même rue.
Surpris par ce changement de nom, j’ai demandé au service client, par téléphone, de bien vouloir rectifier la chose. Rien ne fut fait. Depuis, environ tous les 3 à 6 mois, je renouvelle ma tentative. A chaque fois, on me dit qu’on va s’en occuper, que cela sera changé rapidement, etc… Mais rien ne se fait.
Je n’ai aucune envie d’envoyer un recommandé à SFR. Je considère que la rectification des données de mon compte, sur des éléments aussi sensibles que mes données personnelles, devrait aller de soi, et pouvoir être rectifié rapidement, sans que je n’aie à dépenser du temps et de l’argent
Je crains pour la gestion de mes données. Cette autre personne a-t-elle accès aux données de mon compte ? Peut-elle consulter mes factures ? Mon historique de surf, mes abonnements divers ?
SFR est très léger; sur ce sujet. J’imagine bien que mon cas est le résultat d’un bug, ou d’une erreur de saisie, mais il reste intolérable que l’on ne puisse me donner de nouvelles, et traiter un cas aussi sensible.
J’espère que ce billet arrivera aux oreilles de SFR. Et je suis disponible pour échanger par e-mail (versac@gmail.com). N’hésitez pas à le twitter, comme je l’ai fait auprès de 26000 personnes…
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PS : si vous êtes dans un cas proche, faites m’en part en commentaire.
L’année promet !
On n’est que le 19 janvier ?
C’était tout à l’heure, aux vœux de Nathalie Kosciusko-Morizet. Discussion avec quelques lascars du web, autour de l’actualité qui nous unit. Il y avait là un lobbyiste des internautes à grandes pattes et lunettes carrées, un responsable de relations institutionnelles d’un grand acteur du web américain, un consultant, moi, qui sais-je encore.
L’énumération est partie vite. La “taxe google”, aimable paravent, troll à media sorti par la mission Zelnik et accentuée par notre président. Ce que contenait, derrière, comme propositions soit absurdes, soit liberticides, ladite mission. Et puis, l’initiative italienne, de censurer le partage de vidéos en ligne. Et puis l’attaque contre Google en Chine, menant au bras de fer que l’on sait. L’arrivée prévue du grand débat sur LOPPSI, qui donne lieu à quelques passes d’armes.
Nous ne sommes que le 19 janvier. Aujourd’hui, la ministre en charge de l’économie numérique a réuni tout le petit gratin de la profession pour annoncer 2010, année numérique. Elle est bien là ! Elle va être chaude comme une patate qui sort du four. Elle promet !
Il va y avoir du boulot, des recompositions, des tentatives de régulation, des esprits échauffés, des passes d’armes. Un vrai théâtre, pour des enjeux forts. Voilà qui promet et excite. Mon seul espoir, ce serait que ce débat, cette année, s’améliore, progresse. On ne peut pas dire que les premiers signes (Zelnik, Berlusconi, taxe google…) nous le promettent. On peut espérer quelques contrefeux, et initiatives qui aillent plus loin…
Bonne année numérique ! Il nous reste 346 jours à tenir !

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