When you are french…

And you want to have global exposure, you have to speak infamous english, with a terrific accent.

This particularly applies to non comedian french stars. Movie stars need to learn at least a langage.

Some don’t need to learn anything. They just have to go on stage, and many institutions offer them one, and show the world their genius.

#Egypt, no comment

Images de la place Tahrir, sans commentaires. Collection de messages.

Ce qui change de l’horreur vue, revue, depuis des jours, des images choc et des “medieval battles”, pour mettre en avant l’expression d’un peuple…

Tahrir Square, Cairo, Feb 1 2011 from Oliver Wilkins on Vimeo.

This week

List.

Shirky. Coordination des émotions. Données ouvertes et conférence. Appstore. Culture, culture, culture. Neurones miroirs. Six généraux. Un médoc, une belle syrah,  un verre de Chinon très admirable. Un déjeuner d’anniversaire qui fait du bien. Deux projets professionnels envisagés et avortés. Un petit dej annulé. Une nuit à l’hotel. Une présentation, base de stratégie. Un projet envisagé. Un qui avance bien. Money, money. Deux projets engagés. Trois entretiens de mi-parcours. Quatre nuits finies devant l’écran seul, powerpoint, excel et word. Le nez cassé devant les deux amis, le Chateau et le Dauphin. Deux banquières. Un ami croisé au Dauphin, deux que je n’ai pas vus. Une belle discussion de soirée dans une pizzeria. Un diner prévoyant un retour de réflexion sur le numérique. Paris, Issy, Nanterre, des échanges avec New York. Deux recrutements qui s’enclenchent bien ? Syd Matters dans la tête toute la semaine.

Pas un instant à écrire et contempler.

Dans une semaine, je décolle pour deux ailleurs. En attendant, il faut boucler, faire avancer, ne pas perdre le rythme. Ne pas se perdre dans le rythme.

We are watchers.

Spectateurs permanents. Condamnés à une autre forme de spectacle, qui émule l’action ?

Evidemment, j’écris ça ce soir, alors que j’ai trop bu de ce Tautavel de Gérard Bertrand dégotté sur le chemin du retour au Carrefour Market de l’école Militaire. C’est pas honteux, ça cogne sans qu’on s’en rendez compte, y’a du soleil mais pas tellement plus.

Chez les prophètes du web comme peut l’être Clay Shirky, il y a une passion, celle de la transformation d’une audience passive, celle de l’ère de la télé, en un peuple actif, qui, sur des outils qui relèvent du media, font autre chose. Je m’interroge, depuis un certain temps, sur l’illusion éventuelle que cela représente.

Non que, comme Evgeny Morozov, je veuille me placer dans la digne lignée des trolls qui font hérisser les poils des amoureux de la révolution du web (quoique, c’est assez heureux, à court terme, mais on est ensuite obligé d’affiner). Mais quand même, j’ai souvent du mal à me délaisser de ce sentiment d’émulation de la réalité. Même si, paradoxe, peut-être, je ne crois pas aux mondes virtuels. cette émulation, elle doit être fine, et proche, ne pas être trop flagrante, au point de sortir du réel (sauf pour jouer, ou se projeter).

C’est un peu ce qui nous arrive, là, avec ce qui se passe en Egypte. Nous assistons, impuissants, à une révolution, aux émeutes qui foutent les boules. Nous commentons, relayons des vidéos, des mots d’ordres, faisons part de notre indignation ou de notre peur, soutenons DCB dans son discours devant Ashton. And so what ?

Le temps considérable que nous passons à sublimer une action, derrière nos écrans, est-il vraiment un accès à l’information, qui permet l’action, ou bien, pour une large part, n’est-il pas un refuge et une simulation ?

No se. Qui enquête là-dessus ? L’épisode Obama, dans son succès de terrain et son discours prophétique sur les nouvelles technologies, nous a fait croire que le web changeait la mobilisation. Il convient de dire que cette révolution était surtout une bonne vieille campagne à l’ancienne, de grande échelle, bien organisée, mais qui n’a fait du web qu’un outil. Et qui a su mobiliser à fond la capacité de simulation, dans ce qu’elle a de fort : la capacité de production d’imaginaire. C’était la production continue de discours, de formes créatives dérivées, le remix et mashup permanent qui étaient propres à l’’activité des soutiens. Pas tellement les quelques centaines de milliers d’activistes qui sont descendus dans la rue, faire du porte à porte, plus classiques.

Cette émulation, elle n’est ni neuve, ni un mal. Elle crée de nouveaux réflexes, et de nouvelles manières de faire circuler l’opinion. Mais ne reste-t-elle pas un inhibiteur profond à l’action ?

J’attends des réponses, des idées ou des pistes.

Mais peut-être est-ce un mauvais sujet, et que le Tautavel rend pessimiste ?

“Coordination des humeurs”

Partons de Clay Shirky, qui venait ce matin aux rencontres RSLN. A quoi servent les réseaux sociaux, après tout, dans ces mobilisations ?

Quand j’écoute le discours couramment émis sur les réseaux sociaux, par exemple chez Field et Duhamel, ou dans la foultitude d’articles qui font du bruit sur le bruit du moment, indiquant juste qu’il se passe des choses sur Facebook et Twitter, comme  une sorte de mantra, je note qu’on ne parle pas vraiment de leur impact sur la révolution. On décrit. Et quand on tente d’analyser, on va vers un motto : l’organisation.

Tropisme. Le réseau social servirait à organiser, en masse, de la mobilisation, permettre des manifs, faire descendre dans la rue. Cela vient de loin, et correspond à un thème fréquent depuis de longues années dans le discours sur l’impact du numérique sur l’action politique. Le précurseur, ou le gourou, qui avait lancé ce thème de manière large était Howard Rheingold, avec ses flash mobs.

Shirky, ce matin, a parlé de “synchronized groups”. Et Stan a souligné à juste titre que oui, c’est mieux que “smart mobs” (foules intelligentes). Donc, oui, un cadre est posé, et on peut, à partir de Facebook, lancer une manif qui va faire descendre 35 000 belges dans la rue.

Et après ?

Un “groupe synchronisé”, qui descend manifester, c’est bien. Mais 35 000 belges qui descendent dans la rue ne forment pas une force politique. Ils ne font pas pression, ils s’affirment comme existant, comme étant une opinion. Et vraiment, peut-on vraiment croire que l’essentiel est là, dans l’organisation des manifs de masse (elles ne l’étaient pas tellement), dans la micro-organisation ?

Surtout quand l’internet est coupé pendant ces dites manifs, en Egypte ?

Deux incises, en relais, à ce niveau, de l’émission Place de la Toile de ce week-end (écoutée aujourd’hui).

 

C’est là qu’il faut chercher. A quoi ça sert, tout ce battage sur Facebook ? Qu’y cherche-t-on et qu’y fait-on, après tout ? C’est Clay Shirky qui nous le rappelait ce matin, avec une belle image, sur fond de match de foot. Quand on va au stade, plus qu’au spectacle (ou avec son prétexte), on vient se compter, se reconnaitre. On crie ensemble, on se grime, on rit et on pleure. C’est cela, qu’on cherche, dans un match.

La logique militante des réseaux sociaux, depuis ses débuts rudimentaires (les forums, avec le signe majeur du “+1”, du moi aussi, du regroupement affinitaire - la joie de trouver en ligne un semblable…) jusqu’à son design ultra poussé par Facebook (je suis ce que je publie, regardez mon identité, agréez, cherchons nos ressemblances, nos proximités, transmettons-les de pair à pair), c’est ceci : l’identification en réseau, le partage d’émotions identitaires communes.

Coordination des humeurs

C’est donc de cela qu’il s’agit, à mon avis, dans ce que nous observons actuellement. C’est cela qui est décisif. Clay Shirky avait ce mot, ce matin, de coordination des humeurs. Par effet de réseau, de transmission rapide, on peut se synchroniser à large échelle, se montrer ensemble qu’on partage une émotion commune, sans avoir besoin de se retrouver ensemble dans un lieu tangible (ce qui était jusqu’ici une nouveauté). Partout, la logique des réseaux sociaux pousse à ça, les signes en sont innombrables. Le volume des vidéos des meilleurs buts du monde, les forums de fans de telle chanteuse, les groupes Facebook “si toi aussi”, les joies et les peines partagées, les tweets par millions au décès d’une célébrité. Nous voulons nous retrouver dans cette grande foule, pour partager une émotion, se sentir faire partie de.

Mieux, cette coordination n’est pas médiée. Plus besoin qu’un journal télévisé nous le montre. Cela ajoute de la force, celle de la légitimité, de la vérité du contact direct.

Et alors ?

Alors, c’est ce qui se passe, chez nos voisins du sud, là. C’est surtout ça, à mon sens, qui est intéressant. Certes, évidemment, les images sur Al Jazeera de la Tunisie dans la rue faisant tomber Ben Ali sont déterminantes. Mais chacun, quand il est connecté, peut sentir, dans le flux de ses amis, émerger cette émotion, partager les peines (pour l’avant révolution : les mots d’ordre, les témoignages, les ras-le-bol), et sentir le vent et l’ivresse de la liberté de celui d’à côté, auquel on s’identifie bien plus qu’à l’anonyme montré par un journaliste, dans un reportage : c’est dit avec ses mots, c’est porté avec son coeur, et ça résonne. Les pages et groupes, montrant colère et espoir, dans la rue Arabe, se comptent par centaines de milliers. Les statuts exprimant un sentiment par millions. Ils se passent et se copient, se transmettent, avec ce sentiment unique d’une vibration commune.

Alors oui, cette synchronisation des sentiments, cette coordination des humeurs, je pense que c’est un fait beaucoup plus majeur que la faculté d’organisation de masse. C’est dans cette forme qu’évolue “l’opinion”, qui descend dans la rue quand elle prend conscience d’elle-même, de sa masse. ce qui n’est pas possible dans un stade qui nourrit de distractions, ou face à un écran. L’opinion Arabe est née, elle s’est révélée à elle-même, elle a partagé ses peines, son ras le bol.

Quant à la terminaison politique, n’en rajoutons pas. Facebook ne structure pas de forces. Facebook n’organise pas. L’opinion exercée sur Facebook n’a pas fait partir Ben Ali : elle a juste réveillé des peuples à eux-mêmes.

#Egypt

Savoir accepter une pure place de spectateur. Très difficile de partager des choses qui vont au-delà de l’émotion du moment, ou de la fascination.

Je me tais, j’observe, et je n’ai rien à dire de plus qui ne vienne ajouter au bruit.

Bonne couverture à l’ancienne de Mother Jones. Evidemment du NY Times (mais assez décevant malgré tout), j’aime voir FP devenir un magazine. Percée d’Al Jazeera, qu’on n’aura jamais tant regardée (moi peu). Et difficile de saisir les mouvements instantanés, notamment, comme je le disais sur twitter, les tiraillements de l’armée, entre ses chefs qui veulent tenir, et les forces, tentées par une foule qui les attends et tente la confiance (?) en eux.

Une carte quelque part des mouvements politiques du monde arabe au-delà de l’Egypte ? Je n’ai rien trouvé.

Etre spectateur, de ce genre de choses, c’est déjà bien.

Won’t change

Adding some digital making-of stuff won’t make a good clip.

Et quand le jeu est mauvais, il est mauvais.

THE LIMOUSINES from Mathieu Wothke on Vimeo.

C’est dommage. Il y a parfois de l’épate formelle dans ce genre de choses.

Et si l’Egypte traçait la voie ?

L’Egypte tracerait-elle un chemin que beaucoup de gouvernements ont envie de suivre ?

Sous la couche des événements, dans laquelle il est difficile de lire (surtout quand on passe son vendredi en réunion), il y a ce fait unique, ce précédent : la coupure d’internet dans un pays entier. Evidemment, ce n’est pas l’essentiel, mais je suis peu qualifié sur l’essentiel, et j’en suis spectateur.

Sur la coupure de l’internet, il a beaucoup été écrit. C’est facile en Egypte. Un chouia plus compliqué en France ou ailleurs, mais finalement pas si énorme. Surtout, l’Egypte rend ce fantasme – de certains gouvernants embêtés - possible. En témoigne la réaction du sénateur Joe Liebermann. Pour rappel, il avait déposé un projet de loi l’année dernière envisageant une coupure d’internet pour raisons de sûreté.

Je vois bien l’idée faire son chemin. Evidemment, le fait que le précédent soit celui d’un pouvoir totalitaire coupant les moyens de communication pour éviter une coordination de la protestation. On a déjà vu dans le passé des idées germer dans des régimes autoritaires et fleurir dans nos bonnes démocraties, surtout sur les sujets sécuritaires (elles en sont en quelque sorte des laboratoires à ciel ouvert).

Surtout, les gouvernants adorent l’idée. Disposer du pouvoir de fermer est un vrai néo-monopole de violence légitime, un vrai pouvoir. Se souvenir de l’état d’urgence décrété il y a six ans. Et penser au G8/G20 du web (rien compris, finalement, si c’est le 8 ou le 20), qui va parler régulation de l’internet. La seule chose qui pourrait nous protéger de ce genre de fantasmes est sans doute l’obsession présidentielle sur le droit d’auteur (mais où peut-il aller chercher ça ?). Restons vigilants : Eric Ciotti à la tête d’une mission sur la sécurisation du web (par un shut-down potentiel, genre le soir), je le sens bien, début 2012, pour nourrir les peurs.  

On en reparlera. Reste une date, celle d’aujourd’hui, dans l’histoire d’internet. Je ne sais pas pourquoi je ne peux pas me dépêtrer d’un sentiment profondément prémonitoire pour l’avenir de ce truc si fragile qu’est notre terrain de vie…

Sans doute la fatigue d’une fin de semaine.

Postman serait-il triste ?

“If politics were like a sporting event, there would be several virtues to attach to its name: clarity, honesty, excellence.”

C’est de Neil Postman, dans “Amusing ourselves to death”, son roman publié en 1984, critique de la société du divertissement, et – surtout – de la télévision. Sa traduction a été rééditée fin 2010, chez Nova éditions, avec une préface (pas démente) de Michel Rocard.

Le livre est profondément déprimant. Il nous ramène à l’histoire des Etats-Unis, et trace le parcours d’une société américaine progressivement condamnée au divertissement permanent, sous l’influence des technologies qui l’ont peu à peu dissocié du texte, de l’écrit. Syndrome majeur, et principal coupable, la télévision.

Il est déprimant, mais aussi profondément stimulant. Il n’est pas très bien traduit. Et il interroge : que penserait Postman, aujourd’hui ?

Celui qui a eu une des plus belles réponses à cette question est Michael Wesch dans un superbe keynote que j’ai eu le plaisir et l’honneur de découvrir au PDF 2009. Je ne peux que vous inviter à le (re)voir.

 

La société que Postman décrivait était celle où Huxlay avait gagné contre Orwell, une société où le divertissement avait tout emporté au point où plus rien n’avait de sens, emporté dans le rire et la dispersion de l’attention.

Ce que Wesch montre avec brio, et en creux (ce n’est pas le coeur de son sujet), c’est que ce que l’on reproche à l’internet était un reproche commun, progressif, constant, à tout discours sur ce qui succède. Dès les années 20, on était effrayé par ce monde. Que c’est peut-être vrai, mais surtout différent, d’une époque à l’autre, en fonction de la manière dont l’écosystème médiatique du moment détermine de véritables codes sociaux. C’est le sens de son historie du “whatever” en 40 ans.

Oublions Wesch. Pensons à Postman. Qui sortirait de sa tombe, aujourd’hui.

Postman, aujourd’hui, serait peut-être profondément déprimé. De loin, il constaterait évidemment l’avachissement total de la télévision, la surenchère du divertissement, et, regardant ce nouveau media, comme beaucoup, il verrait l’afflux total de lolcats, de porn, de nonsense. Il se lancerait sur Youtube, et, revenant de plusieurs heures d’exploration, ne comprendrait rien à 99% des vidéos qu’il aurait vu.

Il se dirait peut-être que nous sommes morts, là, pour le coup.

Pourtant, le monde continue d’oeuvrer, la rechercher de rechercher. On n’a jamais écrit autant de (bons ?) livres. le progrès technique n’a pas ralenti. Seule la politique pue un peu, sur les bords, dans des relents de populisme en Europe. Mais les Etats-Unis ont élu récemment un hyper diplômé de Yale qui renouait avec l’écrit, la langue et un discours structuré comme peu l’avaient fait auparavant.

A-t-on, alors, livré notre dernier souffle, dans un grand rire hilare ?

Sans doute pas. C’est que tout ce whatever, tout ce divertissement n’est qu’une autre manière de faire société, de nous organiser, de partager, de converser. En le médiatisant, ce qui est le phénomène nouveau. Une conversation, le mot est à la mode, faite de productions personnelles qui sont juste émises à un truc (une caméra, un écran, une page blanche telle que je le fais là, de chez moi, un soir, après avoir bu un verre de vin). Cette conversation anonyme et asynchrone crée de la merde, souvent, mais aussi a un pouvoir fantastique : la confiance de l’expression sans ces freins et limites que sont les conventions de la discussion formelle, sociale dans la vraie vie.

Dans ce monde se créent de vraies connexions. On les oublie souvent, noyés que nous sommes derrière le volume du whatever, des trolls, la pollution de lolcats divers. Elle peut créer du sens. De la production en réseau. C’est la Tunisie, où aucun individu n’a balancé une fois pour toute un slogan, mais où ils se sont échangés librement, passés, répliqués, transformés. Des collaborations en réseau, qui créent une infinité de nouvelles formes.

Postman, aujourd’hui, serait déçu. La télé règne encore en maitre. Mais s’il passait un peu de temps à observer et comprendre, il pourrait gagner un peu d’espoir. Et se dire qu’il y a plus à gagner qu’à perdre dans cette société là que dans celle où, triste, il constatait la victoire d’Aldous Huxley.

Cette victoire n’est pas garantie. Nous vivons une tension. D’un côté, Huxley a gagné, et oui, il n’est plus nécessaire d’avoir un programme cohérent pour être élu, ni des arguments rationnels. Oui, Estrosi peut être invité sur plein de plateaux et exister pour un truc juste construit pour cela, portant ses mimiques media-trainées partout, fidèle au principe de Postman : ““Almost nothing is about what you think it is about–including you”.

Mais cette tendance est la dégénérescence de l’ère dominante de la télé, d’un divertissement produit, surproduit, amené par peu de professionnels, sur-raffiné dans un exercice de détournement et mise en scène de plus en plus forts. Ici, en ligne, ça change, ça change. La culture dela dénonciation du bullshit n’a jamais été aussi florissante. Le web est rempli d’espaces de bienveillance qui sont aussi contestation implicite de cette culture de masse, où chacun crée son langage, et son lien.

Voilà, au milieu. Les deux pieds dedans. Des lolcats d’un côté, de la pollution et du bruit ; une considérable alélioration de la qualité de la médiation de l’autre. Où la balance penche-t-elle ? No se. Ou plutôt si : on peut tout à fait décider de s’investir et donner de la qualité à ce qu’on fait ici, plutôt que de se détourner en permanence de l’important en lâchant whatever.

Il n’y a qu’à essayer. Il ne s’agit pas de s’indigner, mais de produire, et de créer du lien, ce faisant.

Tunisie / web, prise de notes

Suite à mon premier billet, suite des réflexions / prises de note à ciel ouvert.

Partage de carnet de notes sur la révolution tunisienne et le rôle du web. Je confirme doucement, à l’observation, les pistes lancées dans le précédent billet. Et continuerai de le faire avant, peut-être,un article structuré (pourquoi pas sur du bon papier ?).

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1. L’émergence d’une opinion publique connectée

C’est une des thématiques que je développe dans mon livre : plutôt qu’une opinion publique bourgeoise, au sens de Habermas (réduite, éduqée, faisant un usage public de la raison), on voit se développer une “’opinion publique connectée”. Participation directe de la foule, et partage, en réseau, autour de l’actualité et de l’événement, d’un mélange d’information, d’émotion et d’identité.

C’est exactement ce qui s’est passé en Tunisie. L’utilisation, surtout sur facebook, des instruments de partage, d’expression en réseau et de transmission publique a donné lieu à un mélange entre informations brutes (faits sous forme de textes, vidéos de la rue…), partage d’émotions et commentaires à chaud (soulagement du départ de Ben Ali…), rassemblement identitaire (drapeau sur profil, …) et mobilisations/slogans (Ben Ali dégage, RCD…).

Hyper classique, mais neuf par son ampleur et son exclusivité. L’espace public, en Tunisie, celui où chacun peut s’exprimer et faire circuler l’information, c’est le web. Pas de media, expression dans la rue très contrôlée, déport en ligne comme espace alternatif.

 

2. La connexion des leaders d’opinion et de la masse

Ce qui est intéressant, c’est la fusion du grand public et des sphères “éclairées” (militants, opposants, intellectuels, …) sur un outil commun, Facebook. De fait, auparavant, les militants avaient une audience limitée du fait de leur position en ligne, du filtrage et de la guérilla imposée par le régime. Ils étaient loin, très loin du web du partage social, et restaient assez confinés à des sphères militantes, engagées, à une diaspora ayant accès à blogspot ou des services américains. Les déménagements et fermetures régulières rendaient difficiles les transmissions larges. La censure faisait son effet, et la masse n’était pas connectée.

La jeunesse tunisienne est en ligne, active. Elle aspire à faire ce que font tous les jeunes du monde (quand ils ont du web et des mobiles avec photo) : se connecter en réseau, en se médiatisant auprès de leurs proches. En Indonésie, au Japon, au Brésil ou en France, même topo : le réseau social marche auprès des jeunes. On avait vu des hordes de jeunes tunisiens, très en lien avec leurs cousins français, débarquer sur skyrock, fut un temps. Ils ont adopté Facebook massivement.

Ce faisant, alors que les intellectuels et activistes y allaient aussi, ils se connectaient, permettant, au moment clef de la mobilisation, de donner une ampleur immense à la mobilisation. Un slogan lancé en ligne par un militant pouvait circuler de manière rapide et instantanée.

 

3. Iran, Chine,Tunisie, même problématique ?

Même paradoxe dans ces pays, très bien exprimé par Pierre Haski dans son livre, Internet et la Chine (Seuil, collection médiathèque) : ces pays autoritaires, limitant la liberté d’expression, font face à une population massivement connectée, éduquée, et se socialisant en ligne. Par objectif économique, voulant faire partie du mouvement mondial de l’économie de la connaissance, ils ont laissé se développer une pratique de l’expression en ligne, soutenu le secteur, laissé grandir des compétences.

Pour tenter de contrôler, ils filtrent, mais sont à chaque fois dépassés (avec des degrés divers, et des moyens différents). en Iran, la brèche était surtout vers l’extérieur, avec twitter, youtube, contournés pour exprimer. En Chine, ce sont des milliers de forums et réseaux qui forment un véritable espace public. En Tunisie, ce fut surtout Facebook. Souvenons-nous : en 2008, le gouvernement avait censuré le réseau, provoquant une ire réelle chez ses jeunes citoyens qui avaient déjà largement adopté le réseau. Tollé, retours, détournements… Ca n’avait pas tenu. La brèche était ouverte.

 

4. Le mimétisme comme outil de transmission ultra rapide

La transmission de l’information, le partage de l’émotion ne sont pas faciles à reconstituer, et à analyser au-delà de la surface, et de la description de quelques pratiques visibles. Pour l’instant, je note les mêmes choses que tout le monde : la réplication incroyable. Des dizaines de milliers de profils avec un drapeau tunisien (en deuil, ensanglanté, avec des mains jointes maintenant, …). La percée de slogans qui se dupliquent à l’infini. La transmission des vidéos, soit brutes, soit travaillées rapidement pour devenir des tracts.

Enorme effet de réplication, transmission par mimétisme. J’ai rarement vu ça, ausein d’un pays. Contraste énorme avec l’Iran, où on ne voyait pas cette activité, cachée et inaccessible, où l’activité qu’on voyait était une activité de tiers, internationaux. contraste avec la Chine.

 

5. Proximité internationale ?

Encore un doute. Quelle transmission, outre la pression de la réalité opérée sur les media étrangers ? Peu de mouvements internationaux d’opinion, de manifestations de soutien. Twitter et Facebook peu réactifs. la thèse de la connexion des opinions publiques, qui feraient pression sur leurs gouvernements, reste légère, très légère. Celle du sourcing direct par des journalistes empêchés de faire leur métier, et de la pression sur les media, j’agrée.

 

6. A creuser

Les temps du mouvement. Essentiel. Les pratiques hésitent, aujourd’hui, entre fin d’une séquence d’émotion partagée, poursuite de logiques de mobilisations (contre le gouvernement provisoire)  et débat sur la suite, appel au calme, à la reprise du travail. On perçoit une forme de désagrégation logique, post éviction : Ben Ali dehors, l”intégrateur négatif est parti. Divisions sur la suite.

Les figures qui ont émergé. quels déterminants ? Ca m’intéresse moins, mais ça sera un angle journalistique évident : mettre des visages pour incarner la “révolution 2.0”.

 

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Suite des notes à venir, if time comes.


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