DCB sur la Tunisie
Daniel Cohn-Bendit est quand même un sacré catalyseur de l’opinion publique.
C’est en commentaire, sous la vidéo de cette intervention de Dany au parlement européen.
BRAVO, si tous les politiciens pensaient comme vous, il n’y aurait plus de problèmes dans le monde.
J’adore ces commentaires lus en ligne, qui disent en si peu de mots tant de choses :
- le discrédit politique, qui, de fait, les rend responsables des malheurs du monde ;
- la naïveté et la foi de l’union des bonnes volontés, en même temps ;
- l’envie, en creux, de figures identitaires positives.
Tout cela est extraordinairement contradictoire. Mais c’est aussi la beauté de la politique.
La vidéo, elle aussi, est pas mal, avec son arrière plan. Elle en dit aussi sur ce qu’elle est, au-delà de la projection qu’on peut lui infliger.
Il faudrait quand même dire à DCB que Sidi Bouzid n’est pas un monsieur qui s’est immolé, mais un lieu, où Mohamed Bouazizi, n’oublions pas son nom et son geste, a lancé, sans le savoir, un mouvement.
Le web et la Tunisie : pression de la réalité
Ca va déborder de commentaires sur le rôle du web dans la révolution Tunisienne. Autant anticiper un peu.
On voit déjà les articles venir. L’angle du web et la Tunisie fleurit déjà. L’article de presse relatera la couverture faite, et piochera dans deux ou trois exemples. On retiendra des bétises, comme pour la révolution iranienne et twitter. Quelques joyeux prophètes des nouvelles technologies diront que c’est une suite de Wikileaks (si, si, ils osent – et j’avoue être hyper déçu par Sullivan, qui fut un temps un modèle), et d’autres y verront l’impact de twitter, qui lie les populations du monde entier dans un agenda global, forçant les gouvernements à agir.
Foutaises ?
Explorons un chouia plus. De ce que j’ai pu en comprendre.
D’abord, oublions twitter et Wikileaks. Twitter n’est pas vraiment utilisé en Tunisie. Les révélations de Wikileaks n’ont pas touché l’opinion publique Tunisienne, lui apprenant des choses qu’elle savait déjà, d’une source lointaine, peu évoquée. Elles n’ont pas été une étincelle.
Alors ? Quelques points.
Premièrement, il faut noter le fond. La connexion de jeunesses des deux côtés de la Méditerrannée. Langue commune, partiellement, et aspiration à un mode de vie proche, adoption d’outils communs, quand ils n’étaient pas interdits. Proximité créée, qui n’a pas d’impact sur les Français, mais sur les Tunisiens : ils créent des codes communs, une proximité du quotidien d’autres pays, une familiarité. Mais on n’est pas ici déterminant : cela fait longtemps que les Tunisiens savent comment on vit dans des pays développés : leurs familles, les immigrés et les Français d’origine tunisienne sont des liens plus forts.
Deuxièmement, l’habitude. Une liberté d’expression, contrainte, mais volontaire, d’activistes qui sont des gens comme vous et moi, et viennent à la liberté d’information par ce nouveau media moins contrôlable, malgré toutes les tentatives. Des “blogueurs”, qui créent des brèches, peu à peu, dans un régime de contrôle et sublimation de la réalité. C’est le mouvement de fond : on se déshabitue de la propagande, en découvrant que, oui, c’est possible.
Troisièmement, les événements. Et le rôle des media sociaux parmi eux.
L’impact est ici autant national qu’international. Sur le territoire tunisien, j’ai du mal à en juger : quelles ont été les pratiques réelles des Tunisiens pendant les événements, leur accès à l’information, les relais de mobilisations, les médiatisations entre pairs des événements ? Très difficile à dire : il faudrait étudier sérieusement.
Sur l’impact international, la médiatisation des événements, on peut avancer des pistes un peu plus sûres.
D’abord, l’impact joue sur le fond. C’est ce que j’appelle le rappel à la réalité pour les media, une pression du réel transmis par le web. On a vu, en France, un traitement médiatique évoluer de manière progressive. Pendant longtemps, un mouvement qui se cherche, et a du mal à qualifier le mouvement. On parle d’émeutes, de violences. La réalité du mouvement perce mal, les traitements hésitent énormément. Les preuves qu’apporteront les vidéos, qui circulent via twitter jusqu’aux rédactions, et les nombreux billets de blogs envoyés ou publiés permettent de mieux saisir un mouvement que les journalistes, très empêchés d’agir, ont du mal à couvrir, et saisir.
Cet impact est fort. Il va forcer le gouvernement à évoluer dans sa qualification, au fur et à mesure que la perception générale des événements évolue. Cela ne va pas changer la position officielle de la France à l’égard du gouvernement (malheureusement – je ne reviendrai pas sur les propos de MAM, scandaleux à plusieurs reprises), mais revenir également en Tunisie, où les media français et étrangers servent d’impact positif, moins sur la population générale que sur les acteurs au cœur de la mobilisation.
Dans les autres pays, on peut imaginer que le traitement médiatique, dans son contenu, ait été également modifié, influé par l’apport d’images et traitements transmis par Twitter. Evolution dans l’agenda, aussi, par les media comprenant qu’il se passe quelque chose à travers leur newsroom commune, cette centrifugeuse. Evgeny Morozov semble partager ce point. En revanche, ne fantasmons pas : des millions d’Américains n’ont pas été connectés aux millions de Tunisiens par les media sociaux.
Dans tout cela, oublions les outils. C’est un mix de blogs, de youtube, de twitter et de facebook (moins) qui a permis la transmission, principalement à des media (ou assimilés, des leaders d’opinion ultra connectés en ligne). Ce n’est pas une révolution twitter, ni wikileaks.
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Et surtout, c’est une révolution qui trouve ses fondamentaux tellement ailleurs (faim, répression, corruption, inégalités…) que la place des media sociaux dans cette page d’histoire devrait moins nous intéresser que ce qui va maintenant advenir…
(Et là, je me demande pourquoi j’ai écrit ce billet, et vais me coucher)
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EDIT après premiers commentaires et un peu (trop ?) de temps passé en ligne à essayer d’observer et comprendre.
1. Oui, Facebook est essentiel, dans la diffusion de l’information. C’est une libération de l’information et de la parole en réseaux, sans intermédiaires. Je peine néanmoins à trouver des points d’agrégation, et le phénomène est difficile à lire, au-delà d’indices (comptes actifs, transmission de vidéos…) : jusqu’où Facebook est-il allé en pénétration et circulation de l’info et en libération de l’expression ?
2. Dans la libération de la parole, j’ai une intuition. L’habitude progressive à une parole, en cercles restreints, plus libre, longue et progressive, par le biais du web. Puis, au coeur des événements, l’intolérable contraste entre la propagande et la réalité, telle que montrée en ligne, qui casse un statu-quo qui régnait par la censure et la menace. Le rôle des vidéos, photos et témoignages postés en ligne et envoyées est déterminant comme objet qui permet la transformation du mouvement spontané de la jeunesse en révolte générale.
3. Wikileaks a peut-être, un tout petit peu, joué comme un moteur pour les opposants : des petites gens peuvent faire acte de transparence sur un gouvernement déjà démocratique. Pourquoi pas nous ?
Statuts et jeunesse.
Suites tardives à un post lancé là-bas.
Ainsi donc, les jeunes se lamentent. Billet de blog d’une “jeune journaliste”. Façon fin du rêve, mais peur de se lancer. Qu’est-ce qu’on attend pour.
Et ?
Et oui. Joli commentaire de Jeff Mignon. Des boites sont lancées. Des projets sympas éclosent dans les media. Tiens ? Ils ont tous entre 35 et 45 ans.
Et ?
Le jeune journaliste est-il condamné à faire grimper son score de visibilité dans la profession en twittant jusqu’à devenir enfin community manager en CDI, le rêve, dans un vieux media tenu par des patrons qui n’y pompent rien et courent après des subventions et de l’argent pour faire tenir une marque de leur jeunesse à eux ?
Sans doute pas. Evidemment, toutes les objections sont là. C’est dur de monter un gros truc quand on a 25 ans, c’est compliqué, on n’a pas les réseaux, l’argent n’est pas là.
Sauf que.
Sauf qu’il suffit de regarder ailleurs, et de se décomplexer un peu. L’argent ? La belle affaire. On peut monter, si on a du talent, un media qui touche le million de visiteurs à 3 ou 4. Budget annuel en débrouille : 200-250K€. Montable en parallèle du boulot au début, et de l’argent d’ange existe, aujourd’hui, sur ce type de projets, et sur une ambition. Ou, ça se fait. Et je dirais : le créneau, c’est maintenant. 2011-2012, c’est la période de l’éclosion.
Alors oui, les papys du web, les Brachet d’Upian, les vieux de la netpolitique, les anciens de Libé, les gars qui se sont vus en 2007, et en 2002, ils sont toujours là, et occupent des créneaux, forts d’une certaine expérience, et d’un réseau qui s’est constitué en dix, quinze ans. Mais surtout, ces gars, là, ils ont osé, quand ils étaient dans la même panade, au milieu des années 90, et que personne ne les attendait.
Mais quoi ? Impossible de briller en dehors de twitter, le jeune ? Le web estdevenu trop professionnel, organisé, appelle de la rentabilité ? Discours de vieux, de celui qui croit que tout a déjà été fait.
Allez, hop, à d’autres. S’il y a un moment où créer, c’est maintenant. Et ton CDI de non-crevard, tu le construiras mieux par 18 mois d’expérimentations et un succès qu’en twittant du Lolcat avec tes potes en direct, en étant la star du live de Qui veut épouser mon fils. Y’a plus qu’à.
Désolé.
Bonnes résolutions / media.
Quelques bonnes résolutions et projets de l’année, en participation et consommation médiatique.
Papier
Consommation
L’abonnement au Canard, c’est déjà fait. Alors que je l’ai toujours acheté en kiosque, hop, passage de témoin.
Celui à rue89 Le Mensuel, c’est en cours. Nécessité de s’engager, et constat de l’achat systématique, autant par soutien et amitié qu’intérêt.
Celui aux inrocks, non. Achat irrégulier, et sentiment de ne pas encore découvrir quelque chose, de ne jamais être surpris, sans faire partie de l’histoire.
Autre bonne résolution : pas un hebdo de l’année. Souvenir de 2010 : déception systématique devant la lecture de ces trucs.
Commentaire, Esprit, Le Débat. Régularité absolue, seul endroit où l’on est surpris véritablement. Le texte de Churchill dans le dernier Commentaire est un délice absolu.
Monocle, Wallpaper, et The Economist pour goûter aux modes de vie que mes contemporains financiers pourraient avoir s’ils en avaient le goût (et à leur pensée).
Quotidiens : poursuite du Libé du Samedi. Abonnement au Monde papier à annuler (lecture trop irrégulière, il finit en piles sans être lu vraiment). Le reste : voies électroniques.
Participation
Je n’y serai pas. Une tribune un jour ? Quelques projets ici et là.
Télé
Consommation
Suppression de l’allumage systématique la nuit pour bruit de fond. Préférer des podcasts. Se demander si ça sert encore à autre chose qu’à regarder des séries sur DVD. Attente d’un grand événement international pour justifier les chaines d’info.
Taddei était la seule émission régulièrement regardée en 2010, mais elle a quand même furieusement tendance à devenir un talk show généraliste, invités à place numérotée, non ? Regrets des débuts de cette émission…
participation
Je serai a priori de manière plus ou moins régulière dans Medias le magazine. En guise d’essai, dans un format de commentaire en duo de l’actu media de la semaine. A commencer ce week-end.
Je regrette un peu le temps où je m’y commettais plus souvent. Mais je sais que mon territoire est plus ici que là-bas. Volonté de privilégier des trucs comme France 5, la TNT et les espaces confidentiels, elle est plus marrante. Et certitude : refuser les 2 minutes, même dans des émissions sympathiques.
Radio
Consommation
Fidélité. France Culture en principal, comme d’habitude. Mais changer plus régulièrement le matin : Marc Voinchet est sympa, mais il faut changer autrement, j’en ai l’impression. Inviter Philippe Meyer comme nouveau chroniqueur quotidien n’est pas une faute sur le fond, mais sur le choix : qu’a-t-on besoin d’en avoir une dose de plus ? Qu’apporte-t-il de neuf ? Et après plus de dix ans, je commence à pouvoir prédire au mot près Slama et Adler.
Bonne résolution : arrêter d’écouter masse critique le dimanche soir. C’est absurde. Hier encore, en invité Laurent Habib, et pas une question qui pourrait fâcher, ou vraiment questionner (Gbagbo ? Areva : transformatif ?), oser autre chose qu’une forme de promotion (de l’interviewé comme de l’interviewer). Stop. Remplacer par du papier.
Fidélité à tout le reste sur France Q.
BFM et France Inter en complément. Un chouia d’Europe 1 (Mediapolis). Que faut-il essayer d’autre ? Tiens, se marrer avec Courtoisie, pour voir la continuité avec le web.
Participation
RAS. On demand. J’adore la radio, c’est vraiment mon media préféré.
Web
Redécouvrir des sources. Mon agrégateur ronronne un peu trop. Aller chercher de l’habitude. réduire les filtres personnels qui créent des habitudes (Facebook, twitter) et décident par la fréquence de publication de ce qui est important. Revenir à la source : traquer le blogueur pépite.
Et sinon, usual suspects, redonner de la primeur à l’international et l’émerveillement.
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Voilà. Année à venir.
Ah, et si, c’est 2012 qui arrive. On va en reparler…
La République du Web !
A l’été 2006, je lançais un truc qui allait donner de belles choses : la République des blogs. Elle a connu sa vie. Elle n’est pas morte, mais était devenue ce que sont les belles femmes qu’on laisse un peu trop de côté : légèrement endormie, un peu pâle, manquant de compagnie. Il est temps de faire redémarrer tout ça.
La République des blogs, c’était avant tout un lieu d’échange. A Paris, mais aussi un peu partout en France. A Lyon, Orléans, Strasbourg, Bruxelles, Londres, et même en Suisse Romande (et j’en oublie). Des dizaines de rencontres, et des milliers de personnes qui y sont passées. Plus qu’un simple lieu, c’était devenu un réseau informel, d’acteurs du web politique, blogueurs, certes, mais aussi militants, journalistes, experts divers, de tous courants.
Son nom l’handicape : le blog n’est pas tant le sujet, que la pratique politique en ligne, sous toutes les formes qu’elle prend aujourd’hui. Aujourd’hui, on agit en politique sur Twitter, sur Agoravox, Le Post, un blog, Facebook, on se maille, on commente, on signe, on agit, on vidéise, on pétitionne…
Ses valeurs demeurent. Mise en réseau, neutralité de la rencontre, plaisir de la diversité, possibilité de faire se rencontrer. Et attachement à cet espace si particulier qu’est le web, comme terrain politique.
2012 approche. Le web politique dort (ou fourbit ses armes). Les partis vont vite débarquer (on a bien rigolé, quand même, avec les réseaux sociaux militants, hein ?), les campagnes rabouler. Il est temps de relancer ce réseau, ces rencontres. Pas que dans la perspective d’une élection, mais dans l’optique de renouer avec la joie de ces rencontres, où chacun n’est pas chez lui, mais où les journalistes rencontrent les militants rencontrent les citoyens rencontrent les experts rencontrent des anonymes…
Renouvelons, donc. Elargissons.
Je le fais donc comme je l’ai fait il y a quatre ans. Un billet, et un appel.
Nous allons relancer la RDB. Et j’ai besoin de vous.
D’abord, on va la renommer.
Je propose de l’appeler la République du Web. Ca tient de l’évidence (le nom de domaine est déposé, le logo est provisoire).
Et je propose d’en faire plus qu’un verre un soir par mois entre gens qui ont envie de se découvrir. Quoi ? A vous de le dire.
On y va ?
En attendant un site, voilà déjà une page Facebook, où l’on peut discuter. Et on peut le faire aussi partout, de blog en blog, ici et là.
Qui en est ?
Le paradoxe du parasite. Ou la stratégie perdante.
Manuel Valls a une qualité : parvenir régulièrement à faire la une et forcer l’agenda médiatique. Problème : ça ne sert à rien.
Et voilà. Après une période de fête où le joyeux monde médiatique s’est emberlificoté dans le phénomène Staphane Hessel, le voici prompt à revenir à ses amours. C’est Manuel Valls qui dégaine, et amène le tourbillon sans mémoire ni jugeotte sur un terrain qu’il a créé. Surprise ! Un socialiste propose de mettre fin aux 35 heures. Emballement, réponses, dénégations, appels du pied, et escalades. Une journée pleine d’occupation de la une, peut-être une semaine.
Et ?
Et rien.
C’est tout le problème de Manuel Valls. Il n’existe dans l’espace public que quand il se démarque du PS, en jouant l’iconoclaste ou le poseur (et aussi quand il dit des bêtises sur les blancos et les blacks). De fait, il tape sur des tabous supposés du PS, ou sur des traits de caractère habituellement rapportés de ce parti, qui sont devenus des lieux-communs parfois plus que des réalités. Le PS serait englué dans des tabous ? Manuel Valls les libère. Le voilà donc à taper sur la burqa comme la Marine, les 35 heures comme un pur UMP, et jouer le monsieur sécurité (sans qu’on ait vraiment compris ce qu’il propose de si novateur et qui réussisse).
C’est un parasite. Si le PS n’existait pas, et si les media ne voulaient pas acheter cette petite musique, ça ne marcherait pas. Mais les media sont fainéants : ils ont vu que ça a marché une ou deux fois, ils adorent pointer ce qu’ils connaissent bien, et donc, hop, ils attrapent le truc, le font mousser quelques jours, le système s’emballe.
Puis retombe.
Car Manuel Valls, pendant ce temps, ne propose rien. Et il n’engage pas une audience à ses côtés. Il suffit de lire ses livres pour se rendre compte qu’il n’est que dans une attitude. Un pragmatisme qui passe son temps à dire “qu’on ne parle pas assez de”, “qu’il est temps d’en finir avec”, ‘”que le PS doit se doter d’une doctrine sur”, etc. Quelle politique ? Quelle doctrine ? Quelle proposition ? On ne le saura pas. Pour avoir lu ses trois livres (et oui), on en ressort avec une drôle d’impression : l’homme est dans la négation, ou dans le copier-coller de propositions faites cent fois (par le centre droit, surtout).
Ah oui. Vous allez me dire qu’il fait des propositions. En témoigne son dernier bouquin, et justement, ses propositions économiques, dont on n’a retenu que les 35 heures.
De fait, ses propositions économiques sont une sorte de condensé d’un vague programme économique de droite, sans les éléments les plus durs (les cadeaux fiscaux aux riches), et ont un gros ressenti de Sarkozysme, version 2007 :
- 1. Ouvrir une négociation entre les partenaires sociaux pour augmenter les salaires.
- > Ca a du figurer dans tous les programmes de JP Raffarin ou F. Bayrou.
- 2. Nos marges de manœuvre étant faibles, il faudra alléger le coût du travail pour les entreprises, ce qui leur permettra d’augmenter les salaires et de recourir davantage à l’emploi.
- > La politique d’allègements de charges est d’une continuité totale avec ce qui est mené depuis dix ans. Le travail peu qualifié n’est quasi plus chargé en France.
- Dans le secteur public, sous la contrainte des déficits budgétaires, un coup de pouce suppose de réaliser en même temps des réformes de structure (décentralisation, etc.).
- > Le “etc” prouve l’impensé. C’est quoi, mener des réformes de structure ? Comment va-t-on au-delà de la décentralisation mal foutue et coûteuse de Raffarin et Fillon ? Que fait-on de la RGPP ? Que redéploie-t-on ? Rien. Grosso modo : faudra qu’on trouve de l’argent en dépensant moins mal (objectif : se positionner comme un vertueux qui ne dépense pas inconsidérément).
- Pour compenser la baisse des charges, améliorer notre compétitivité, protéger nos emplois industriels, créer de nouvelles recettes, il faudra mettre en place une TVA « sociale ». L’inflation étant relativement faible, nous pouvons nous le permettre.
- > Discours compétitiviste habituel de la droite. La TVA sociale semble revenir en force actuellement. Elle n’est pas vraiment clivante, fait plaisir à tout le monde, et typiquement un sujet bien mal lancé. Mais bon, hop, facile, on reprend. Le PS n’en parle pas trop : démarquage facile.
- Nous devrons déverrouiller les 35h qui n’existent déjà plus réellement… Cela permettra aux Français – pour ceux qui ont la chance d’avoir un emploi – de travailler davantage en gagnant plus… Pour ceux qui n’ont pas de travail, l’allégement du coût du travail, devra relancer l’embauche.
- > Les 35 heures sont déjà largement déverrouillées (on ne sait pas vraiment ce que ça veut dire, mais on imagine). Depuis 2002, la droite a fait passer une flopée de lois pour remettre de la flexibilité et du temps de travail supplémentaire, sans jamais oser aller plus loin. Personne ne réclame le retour aux 39h (à part Manuel Valls), qui supprimerait en même temps des dizaines de milliards d’euros d’exos de charges.
Et voilà. Pas une proposition susceptible de créer de l’adhésion et de l’engagement. Rien qui suscite chez un soutien potentiel un “ah, ça, je suis bien d’accord avec lui, c’est neuf, allez, je l’aide”. Or, c’est bien la clef. Le candidat qui réussira sera celui qui arrivera à occuper l’espace médiatique, certes, mais en engageant des termes nouveaux, en déplaçant les débats, et en lançant des propositions qui suscitent l’engagement et le soutien.
Manuel Valls nourrit le conservatisme médiatique, qui n’aime rien tant que coller aux tendances supposées de l’opinion. Quand il n’a rien à se mettre sous la dent (un phénomène d’indignation collective, cf. Stéphane Hessel), il retourne vite à ses perceptions anciennes et ses termes habituels. Et il bouffe du Valls avec joie.
Allez, Manuel. Encore six mois pour exister ainsi. Et, peut-être, face à l’absurdité du camp que tu ne vois pas évoluer (tu n’aides pas à le faire, hein), peut-être que tu pourras, toi aussi, rejoindre ceux qui prônent la fin des 35h, l’amélioration de la compétitivité, la sécurité et l’identité nationale ? Après tout, tu t’y sentirais peut-être mieux, même si cela réduirait considérablement ta visibilité (je suis sûr que l’exemple de Jean-marie Bockel t’a un peu refroidi) ?
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Précision : oui, ce billet n’est pas écrit par un adhérent du PS, oui, il est écrit par un social-démocrate, tendance deuxième gauche, bien orphelin devant la paresse programmatique de ce camp…
Vu
Lu chez l’hérétique ce matin.
Il n’empêche, nous existons. La classe politique se défie de nous sur le fond, et, quand les hommes politiques ouvrent un blogue, ce n’est souvent que pour s’entourer d’une cour d’admirateurs. La plupart ne prennent pas la peine de répondre aux commentaires, et la quasi-totalité d’entre eux se garde bien de lier un blogue autre que celui d’une autre personnalité politique de même envergure. Et encore : s’il est dans son propre camp seulement.
Tellement vrai, non ?
Des années après, je prédis pour 2011 le grand retour du blogging, au sens du retour des autres. Les autres, ces non-journalistes, non politiques, non militants encartés, non spécialistes. Citoyens qui s’expriment sous pseudos, et ce, quel que soit l’outil. Reconcentration, réinitiation, revitalisation.
Et les politiques ? Tant qu’ils n’auront pas compris que le dialogue horizontal, le lien est l’essence même et la vitalité de cet espace, ils passeront à côté. Et quelques replies sur Twitter ne valent pas échange réel, don, mise à disposition (er restent souvent de l’ordre du simulacre).
Welcome back, citoyens du web. La séquence qui s’ouvre, de 18 mois, offre de belles opportunités, quelles que soient les étiquettes.
On va – vite – en reparler. Quelques petites choses à annoncer…
Promener son chien
En décembre.
Le 24 au soir, vers 23h, j’ai regardé par la fenêtre de ma rue passante de Paris. Aucune voiture pendant plus d’une minute, pas un passant. C’était à la fois vertigineux et rassurant. Coup de flippe de l’agenda décidé ailleurs, qui veut que tout le monde ne doit pas être dans la rue ou seul ce soir. Coup de flippe pour ceux qui le sont effectivement, mais restent invisibles (puisque personne, hormis des volontaires) ne sort pour les voir. Retour familial au Chapon et à la tradition.
Promener son chien, c’est s’accorder une obligation de sortir de chez soi. L’enjeu est de varier. Tous les matins où j’emmène mes filles à l’école, je croise ce chinois d’environ 45 ans, avec son cocker fou. Tous les matins, selon un rituel immuable, il marche, son cocker dans la main gauche, selon le même itinéraire. Tous les matins, en croisant notre équipage, il s’arrête, tient son cocker fermement en laisse, celui-ci gronde, puis aboie. Les poils du mien se hérissent. Le maitre grogne à son tour sur son animal, pestant dans sa langue. Et continue.
Il ne suffirait que d’une chose, dévier un peu, changer d’itinéraire, et dresser la bête.
Quand je promène mon chien, j’aime à changer d’itinéraire. Il faut se forcer, et le plus conservateur est sans doute l’animal, qui sait qu’il faut aller ici ou là. Et j’aime à laisser fureter la bête, dans mon champ de vision, dans un rayon autour de moi. Dégotant ici un vieux truc, sollicitant une vague autorisation, ou désespérant de l’absence d’icelle. Promener son chien, c’est vaquer, en se laissant promener, en fait.
En 2011, je vais promener mon chien. Un peu plus.
Blogueur ou entrepreneur ?
Et alors ?
A ce dej, y’avait du blogueur, et de l’entrepreneur. Deux catégories. Qui ne veulent rien dire.
De mon côté, je suis entrepreneur. J’ai créé ma boite, dont le web est le terrain d’action. Une petite boite d’une vingtaine de personnes, partie de rien. J’en avais créé une, aussi, en 1999, qui agissait aussi sur le web. Une start-up, on aurait dit, y’a quelques années. Entrepreneur, je vois ce que ça veut dire. Evidemment, entre un Xavier Niel , un Granjon et un moi, y’a un gouffre. Le CA de Vente privée doit être 700 fois celui de Spintank. Mais nous avons en commun un truc : c’est sur le web que nous avons lancé une entreprise, qui dépend de cet écosystème là.
Suis-je blogueur ? J’ai toujours un peu réfuté la notion. Les blogueurs ont tous une autre activité. Et la notion est pour le moins difficile à définir. Quoi de commun entre un avocat qui tient un carnet de notes, un mec qui tient un media personnel, une femme qui partage ses pensées, il y a peu de choses de communes. Sinon un mode de dialogue et de partage, un esprit lié à l’outil. Nous avons en commun une existance numérique, dans un écosystème complexe.
Entrepreneurs et “blogueurs” ont donc en commun une dépendance à ce web, cet écosystème, ce réseau qui est notre champ d’action, le socle de nos vies, au moins en partie. Nous lui donnons, il nous en rend.
C’est pourquoi cet attelage bizarre a une cohérence. Trop souvent, quand on parle du web, de l’internet, dans les pouvoirs publics, on pense à un secteur économique. Pas à un espace public nouveau, qui change tout, des pratiques sociales à l’exercice des activités des institutions.
Ce déjeuner aura eu un mérite : ne pas réduire, implicitement, le web à un business, qui serait joué par de grandes boites (Nicolas Sarkozy a déjà reçu le patron de Google, et a placé un de ses proches à la tête d’Orange). Entrepreneurs et blogueurs sont des figures de ces valeurs du web : l’individu y prime, des gens formidables issus de rien peuvent y avoir des trajectoires admirables. Le web est facilitateur.
Il serait peut-être temps qu’on organise un peu mieux cette idée de mise en avant du web, des gens qui y vivent et le prennent au sérieux.
Nantes sent bon.
J’étais à Nantes, cinq jours. Et ce fut pas mal.
Nantes, pour moi, c’était il y a vingt ans, quand j’habitais à Rennes, une lointaine un peu nulle. Rennes, c’était le minitel et la performance, Nantes un vague projet avec la Beaujoire, et la fin des chantiers navals. Un truc de Middle France vaguement au bord de l’eau.
Nantes aujourd’hui, c’est tout autre chose. C’est un urbanisme qui fait école, une programmation culturelle qui fait des envieux, et une ville où il fait bon vivre. Surtout, il y avait de l’air, des connexions plus vives, parfois, qu’à Paris.
Et j’y ai bu de bons muscadets, dans toute une palanquée d’endroits qui pourraient figurer dans des guides du fooding. Comme quoi tout change.
C’est amusant comme ça résonnait avec mon actualité professionnelle. Je ne peux pas trop parler de tout, des compétitions gagnées, de celles perdues, mais j’ai vu des bulles de champagne, travaillé à des stratégies web, pas facile, vu des machins qui émeuvent et mettent en scène des industries. C’était une bonne prise de recul.
Le problème, c’est qu’on est le 15 décembre. S’entame le sprint de la fin d’année. Il faut tout à la fois boucler le courant, finaliser vingt dossiers, remettre en selle tout le monde, et finir de préparer cette année qui vient. Elle s’annonce bien, riche de nouveautés, et sans doute d’envies. Qu’il va falloir provoquer encore.
L’inspiration, c’est sans doute là que les choses se logent. Ca demande de l’air.

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