Blogueur ou entrepreneur ?

Et alors ?

A ce dej, y’avait du blogueur, et de l’entrepreneur. Deux catégories. Qui ne veulent rien dire.

De mon côté, je suis entrepreneur. J’ai créé ma boite, dont le web est le terrain d’action. Une petite boite d’une vingtaine de personnes, partie de rien. J’en avais créé une, aussi, en 1999, qui agissait aussi sur le web. Une start-up, on aurait dit, y’a quelques années. Entrepreneur, je vois ce que ça veut dire. Evidemment, entre un Xavier Niel , un Granjon et un moi, y’a un gouffre. Le CA de Vente privée doit être 700 fois celui de Spintank. Mais nous avons en commun un truc : c’est sur le web que nous avons lancé une entreprise, qui dépend de cet écosystème là.

Suis-je blogueur ? J’ai toujours un peu réfuté la notion. Les blogueurs ont tous une autre activité. Et la notion est pour le moins difficile à définir. Quoi de commun entre un avocat qui tient un carnet de notes, un mec qui tient un media personnel, une femme qui partage ses pensées, il y a peu de choses de communes. Sinon un mode de dialogue et de partage, un esprit lié à l’outil. Nous avons en commun une existance numérique, dans un écosystème complexe.

Entrepreneurs et “blogueurs” ont donc en commun une dépendance à ce web, cet écosystème, ce réseau qui est notre champ d’action, le socle de nos vies, au moins en partie. Nous lui donnons, il nous en rend.

C’est pourquoi cet attelage bizarre a une cohérence. Trop souvent, quand on parle du web, de l’internet, dans les pouvoirs publics, on pense à un secteur économique. Pas à un espace public nouveau, qui change tout, des pratiques sociales à l’exercice des activités des institutions.

Ce déjeuner aura eu un mérite : ne pas réduire, implicitement, le web à un business, qui serait joué par de grandes boites (Nicolas Sarkozy a déjà reçu le patron de Google, et a placé un de ses proches à la tête d’Orange). Entrepreneurs et blogueurs sont des figures de ces valeurs du web : l’individu y prime, des gens formidables issus de rien peuvent y avoir des trajectoires admirables. Le web est facilitateur.

Il serait peut-être temps qu’on organise un peu mieux cette idée de mise en avant du web, des gens qui y vivent et le prennent au sérieux.

Nantes sent bon.

J’étais à Nantes, cinq jours. Et ce fut pas mal.

Nantes, pour moi, c’était il y a vingt ans, quand j’habitais à Rennes, une lointaine un peu nulle. Rennes, c’était le minitel et la performance, Nantes un vague projet avec la Beaujoire, et la fin des chantiers navals. Un truc de Middle France vaguement au bord de l’eau.

Nantes aujourd’hui, c’est tout autre chose. C’est un urbanisme qui fait école, une programmation culturelle qui fait des envieux, et une ville où il fait bon vivre. Surtout, il y avait de l’air, des connexions plus vives, parfois, qu’à Paris.

Et j’y ai bu de bons muscadets, dans toute une palanquée d’endroits qui pourraient figurer dans des guides du fooding. Comme quoi tout change.

C’est amusant comme ça résonnait avec mon actualité professionnelle. Je ne peux pas trop parler de tout, des compétitions gagnées, de celles perdues, mais j’ai vu des bulles de champagne, travaillé à des stratégies web, pas facile, vu des machins qui émeuvent et mettent en scène des industries. C’était une bonne prise de recul.

Le problème, c’est qu’on est le 15 décembre. S’entame le sprint de la fin d’année. Il faut tout  à la fois boucler le courant, finaliser vingt dossiers, remettre en selle tout le monde, et finir de préparer cette année qui vient. Elle s’annonce bien, riche de nouveautés, et sans doute d’envies. Qu’il va falloir provoquer encore.

L’inspiration, c’est sans doute là que les choses se logent. Ca demande de l’air.

Paris pue.

Ca sent un peu le renfermé, vous trouvez pas ?

Ultimate name dropping. And people-line-up assumé dans ce qui est une des manifestations les plus sordides d’un entre-soi certes inévitable, mais qu’on tente parfois de faire croire qu’il n’existe pas.

L’idéologie de la transparence, peut-être… Un effet wikileaks ?

Certains noms n’étaient présents que par les forces de l’esprit.

Paris est ailleurs, assurément.

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Le billet, épuré des verbes, est presque aussi amusant. Mais n’oubliez pas de le lire, et de l’archiver. On en fera plus tard un signe de notre époque.

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Alain Delon

Alain Ferrari

Alain Frachon

Alain Sarde

Albert Sebag

Alexandre Adler

Alexis Duclos

Alexis Lacroix

Anne Fontaine

Anne Meaux

Antoine Boussin

Antoine Veil

Antonin Lévy

Aragon

Ariane Chemin

Arielle Dombasle

Arielle Schwab

Armin Arefi

Arnaud Lagardère

Arnaud Montebourg

Atiq Rahimi

Aurelia Charar

Aurélie Filipetti

Bernard Kouchner

Bernard Lavilliers

Bernard-Henri Lévy

Bertrand Bonello

Bertrand Burgalat

Bertrand de Saint-Vincent

Bertrand Delanoë

Blandine Barret-Kriegel

Bob Wilson

Bruno Clerc

Bruno Lemaire

Carole Bouquet

Carole Mathieu

Caroline Fourest

Catherine Barma.

Catherine Clément

Catherine Millet

Catherine Nay

Catherine Robbe-Grillet

Charles Berling

Charlie Clovis

Christian de Villeneuve

Christine Angot

Christine Orban

Christophe Barbier

Christophe Bataille

Cioran

Claire Stamback

Claude Arnaud

Claude Askolovitch

Claude Lanzmann

Claude Perdriel

Cyrille Chevrillon

Daniel Buren

Daniel Toscan du Plantier

Danièle Thomson

Dany Cohn Bendit

David Abiker

David de Rothschild

David Gakunzi

David Kessler

Debord

Denis Bourgeois

Denis Olivennes

Derrida

Diane de Mac-Mahon

Dimitri De Clercq

Dominique Sopo

Donatien Grau

Elena Simonova

Elie Top

Eliette Abecassis

Elodie Deglaire

Elsa Zylberstein

Emery Doligé

Emilie Le Bon

Éric Aeschimann

Eric Dahan

Eric Fottorino

Eric Ghebali

Etienne Mougeotte

Félicité Herzog

Fifi Chachnil

Finkielkraut

Florence Aebischer

Florence Malraux

France Roque

Francis Spizner

François Bayrou

François David

François Henrot

François Mitterrand

François Samuelson

François Sergent

François Yon

Françoise Bettencourt

Frank Nouchi

Franz-Olivier Giesbert

Fred Vargas

Fred Vargas

Frédéric Mitterrand

Frédéric Saldmann

Gabi Gleichman

Geneviève Brisac

Georges Kiejman

Gilles Collard

Gilles Hertzog

Guy Konopnicki

Guylaine Brousse

Haythem Achour “Ogra”

Hélène Fillières

Hervé Témime

Higelin

Homero Machry

Hubert Védrine

Hyppolite Girardot

Ilan Halimi

Isabelle Doutreluigne

Jackie Mamou

Jacques Chancel

Jacques de Gainsbourg

Jacques Henric

Jacques Julliard

Jacques Martinez

Jacques Martinez

Jasper Morrisson

Jean Daniel

Jean Hatzfeld

Jean Lacouture

Jean Lacouture

Jean Nouvel

Jean Veil

Jean-Baptiste Descroix-Vernier

Jean-Baptiste Soufron

Jean-Claude Fasquelle

Jean-Claude Milner

Jean-Louis Martinelli

Jean-Luc Hess

Jean-Marc Roberts

Jean-Michel Darrois

Jean-Paul Enthoven

Jean-Pierre Elkabbach

Jean-Pierre Kalfon

Jean-Pierre Marino

Jean-Pierre Meyers

Jean-Pierre Mocky

Jérôme Clément

Jim Jarmush

Joelle Habert

Jorge Semprun

Joseph Macé-Scaron

Julia Roberts.

Julien Assange

Justine Hallard

Justine Lévy

Karl Zéro

Kristina Larsen

l’ambassadeur Zimeray

Laure Adler

Laurence Roblin

Laurent Dispot

Laurent Fabius

Laurent Joffrin

Laurent-David Samama

Le Professeur Baulieu

Liliane Lazar

Lionel Jospin

Lou Doillon

Luc Bondy

Malek Boutih.

Manoel de Oliveira

Manuel Carcassone

Marc Lambron

Marc Semo

Marc Tessier

Marc-Olivier Fogiel

Maria de França

Marie Martinez

Marin de Viry

Marisa Berenson

Marjane Satrapi

Martinez

Mathieu Tarot

Maurice Levy

Maurice Szafran

Mazarine Pingeot

Mehdi Belhaj Kacem

Michael Levinas

Michel Favart

Michel Houellebecq

Michèle Cotta

Milan Kundera

Miroslav Siljegovic

Monique et Jack Lang

Nancy Cunard

Nathalie Saint-Cricq

Nicky

Nicolas Brimo

Nicolas Demorand

Nicole Garcia

Nicole Wisniak

Olivennes

Olivier Cohen

Olivier Corpet

Olivier Cousi

Olivier Jay

Olivier Nora

Olivier Orban

Olivier Poivre d’Arvor

Olivier Zahm

Pascal Bacqué

Pascal Bruckner

Patrice Chéreau

Patrice Duhamel

Patrick Bouchitey

Patrick Bruel

Patrick Fabre

Patrick Klugman

Patrick Klugman

Patrick Mille

Patrick Mimouni

Patrick Rambaud

Paul Audi

Pauline Jaber

Philippe Boggio

Philippe Carcassone

Philippe Delaroche

Philippe Lapousterle

Philippe Muray

Philippe Roger

Philippe Sollers

Philippe Starck

Philippe Tesson

Philippe Val

Pierré

Pierre Bergé

Pierre Guyotat

Pierre Leroy

Pierre Marquet

Pierre Sainctelette

PPDA

Raphaël Haddad

Richard Prasquier

Richard Ripley

Romain Goupil

Roman Polanski

Sakineh

Salman Rushdie

Sandrine Kiberlain.

Ségolène Royal

Serge et Beate Klarsfeld

Serge Weinberg

Shlomo Malka

Simone Harari

Simone Veil

Stefano Montefiori.

Steven Klein

Susan Sontag

Sylvain Bourmeau

Sylviane Agacinski

Tadeusz Kantor

Thierry Ardisson

Thierry Humbert

Thierry Lévy

Tilla Rudel

Tilla Rudel

Umberto Eco

Valérie Solvit

Valérie Toranian

Veronique Cayla

Vincent Daret

Vincent Jaury

Vincent Lindon

Virginie Tévenet

Woody Allen

Xavier Beauvois

Xavier Niel

Yamina Benguigui

Yann Moix

Yves Simon

Trois petits trucs sur Wikileaks.

Juste quelques notes plantées là pour me souvenir. On me pardonnera pour le style télégraphique.

Pour démarrer : il se trouve que mon entreprise travaille avec des clients qui pourraient être impactés par Wikileaks. Mon point de vue n’est donc pas neutre. Cette prise de notes est cependant totalement de mon fait, et le fruit d’un ras le bol de ne rien écrire sur ce sujet passionnant, tard le soir. Elle n’engage que moi, pas Spintank, encore moins ses clients. Et elle ne fera pas de pédagogie (comme d’hab, me direz-vous).

Par ailleurs, j’ai rencontré Assange, lors de conférences ou congrès, à plusieurs reprises. Oui, j’ai touché de ma main le dieu vivant des wiki-enthousiastes, et ce, dès 2008. J’en suis revenu vivant, me souvenant essentiellement d’un personnage énigmatique, mais pas forcément très profond, à l’époque plutôt naïf, ou feignant de l’être devant des auditoires de webmaniacs.

Et oui, je ne suis pas particulièrement enthousiasmé par ce qu’il fait. Intéressé, oui, positif, non.

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1. De Julian Assange comme roi de la com.

L’homme a un sens aigu du marketing. Il a parfaitement compris le fonctionnement de l’écosystème web-media, et de la relation ambiguë qu’entretiennent les journalistes avec le web. Il joue de cette solidarité intermittente, de cette répartition de rôles, avec brio. Pour son plus grand bénéfice plus que pour celui de la démocratie qu’il dit servir, mais enfin.

Un de ses grands trucs, c’est donc, suite au fait que Wikileaks tardait à tenir sa promesse, depuis plusieurs années que le site existait, de se caler à l’écosystème des media. Que demandent les media pour être nourris ? Du feuilleton, et du breaking news. Assange nourrit : tous les mois, désormais, il sort un nouveau paquet de données, avec à chaque fois un peu plus de volume. Comme si le volume comptait, comme si l’unité de compte “rapport de terrain sur théâtre d’opérations” valait un “télégramme diplomatique”. Pas grave, à chaque fois, c’est XXX.XXX documents qui sortent. La prochaine fois, ce devront être 1 million de “documents” qui sortiront. Et la presse mondiale unanime ne challengera même pas ces chiffres et leur absurdité. Pourquoi ne pas compter au signe, au mot, à l’octet ? Qu’est-ce qu’une information ?

Un des trucs les plus intéressants récemment écrits, dans le grand brouhaha, sur Assange, c’est cette interview dans Forbes. Et oui, c’est la première fois en huit ans de blogging que je vais faire un lien vers Forbes. Assange y apparait comme ayant vraiment identifié les facteurs-clefs de succès de son entreprise.

So that’s why brand is so important, just as it is with anything you have to trust.

Et oui, Assange est un très bon marketeur. Qui vient avec un produit nouveau, pense à la promesse de sa marque, à ses supports, et à construire de manière très rapide une notoriété mondiale. Il n’a pas de leçons à apprendre des meilleurs dans le domaine.

C’est un marketing qui vient de l’expérience. Assange a vécu les moments difficiles de celui qui n’y arrive pas, et il a appris. Dans tous les trucs (pas tant que ça, en fait) que Wikileaks a sortis, une immense majorité n’a pas été rendue visible. Il a donc compris que le web n’était pas vertueux, en soi, que la publication ne suffisait pas : il faut que le système médiatique s’en empare pour que ça serve à quelque chose. Il faut faire la une, il faut mobiliser.

Et depuis, il y arrive. par une mécanique qui pourra lasser. L’inflation dans le nombre des sources tient la bête sous pression. Cette pression pourra diminuer,, quand on se rendra compte qu’on n’apprend pas grand chose de nouveau, finalement, avec ces “révélations”, que l’effet de masse fait écran, ou que les journalistes se sentiront trop pris en otage par ces sorties trop orchestrées, qui minent leur indépendance, et leur différenciation.

 

2. De Julian Assange comme hybride

Il y a encore deux ans, Julian Assange était un pur produit du web. Il était plein de discours prophétique, façon visionnaire enthousiaste de la révolution numérique, qui allait imposer transparence et vertu. Il en est revenu, ajoutant à son vin de culture web un peu d’eau des media.

En cela, Assange est très emblématique de notre temps. Nous vivons moins, en effet, dans un monde de la révolution numérique, qui remplacerait un monde ancien, mais dans un temps d’hybridation, où des bribes et éléments de culture web passent dans d’autres dimensions de l’espace politique. Un moment où certains valeurs ou pratiques qui sont nées de la culture politique du web sont en train d’irriguer les pratiques des hommes politiques (un chouia) et des media (beaucoup plus), comme des pratiques sociales de chacun.

Le problème, c’est que ce moment d’hybridation n’est pas juste un changement de culture, c’est un mélange, qui ne prend pas nécessairement le meilleur de chaque monde. En témoigne le succès que peuvent avoir des trolls, qui agissent en ligne, sur les media. On appelle ça “les nouvelles stars du web” (pensez à mon ami Terry Jones).

Dans cette hybridation, la nouveauté, c’est qu’Assange est intelligent, et use des media comme de pantins. Il a compris leur demande, il leur fournit de la matière, mais dicte, peu ou prou, ses règles. Comme un terroriste du système médiatique, la jouant au chantage (it will be online anyway : do you want to be part of it ?). Jusqu’ici, c’étaient les media, qui, du haut de leur puissance, prenaient le web de haut, comme un petit terrain de jeu.

C’est là que c’est amusant.

 

3. De Julian Assange et de l’ouverture.

Le rêve d’Assange, parait-il, c’est une société transparente. Mon oeil. Son rêve, c’est une société qui a les yeux braqués sur son pouvoir, sur la menace qu’il représente (preuve : les innombrables menaces qu’il développe dans son interview). Mais enfin, s’il fait tout cela, c’est au nom d’une vaste entreprise d’ouverture, de mise en lumière des pratiques obscures, cachées, quelles que soient les raisons, légitimes ou non, de cette obscurité.

On a beaucoup, et nettement mieux que moi, écrit sur le fait que cette transparence concerne aujourd’hui des régimes déjà pas mal ouverts, et qu’elle nourrit les pratiques de ceux qui en font un usage totalement opposé à l’ambition démocratique qui semble animer Assange. Je passerai donc dessus. Mais enfin, qui est le plus ravi, ce matin et qui est le plus embarrassé ? L’Iran ou les Etats-Unis ? Et pourquoi ?

Une autre question que je me pose, c’est l’effet de Wikileaks sur les mouvements d’ouverture en cours dans les administrations. On parle beaucoup d’open data, dans la sphère publique, et c’est un sujet qui m’occupe beaucoup à titre professionnel, actuellement. Mais, au-delà de l’open data, on parle bien d’open-governement. Il s’agit de plus que de livrer en mode brut quelques bases de données sur un champ de politique publique ; il s’agit bien de livrer, de manière permanente, de quoi nourrir un citoyen plus autonome, qui ne se satisfait pas de simple storytelling, de com à peu de frais. Il s’agit de nourrir une capacité d’analyse démultipliée par les outils d’analyse en réseau, en livrant des données brutes permettant le regard.

L’administration Obama a fait de grands pas en avant dans l’open-government.

Wikileaks va beaucoup plus loin. Il incarne une menace pour l’open data. Si je devais utiliser une analogie (foireuse), ce serait celle de la gauche et d’Action Directe. On veut bien aller un peu vers l’ouverture, mais, face à ceux qui vont trop loin, on a tendance à se refermer. Assange ne sert pas ceux qui sont les alliés, réformistes contre révolutionnaires, d’un meilleur outillage des citoyens. Il incarne non plus une menace virtuelle, un aiguillon qui permet l’évolution, mais une menace trop concrète, trop rapide, trop brutale, qui va plutôt faire se refermer des administrations par essence rétives à l’irruption de corps extérieurs dans leur fonctionnement.

Reste à voir comment les administrations vont réagir. A court terme, Wikileaks n’offre pas d’autre choix que la réponse de fermeté et de fermeture, de sécurisation. A moyen terme, peut-on voir revenir des idées d’ouverture ?

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Voilà, au milieu du vacarme, trois petits trucs de plus.

PS/EDIT

4. De Julian Assange comme justicier.

C’est assez incroyable de voir à quel point il se pense comme juge (interview Forbes).

WikiLeaks means it’s easier to run a good business and harder to run a bad business, and all CEOs should be encouraged by this. I think about the case in China where milk powder companies started cutting the protein in milk powder with plastics. That happened at a number of separate manufacturers.

Let’s say you want to run a good company. It’s nice to have an ethical workplace. Your employees are much less likely to screw you over if they’re not screwing other people over.

Then one company starts cutting their milk powder with melamine, and becomes more profitable. You can follow suit, or slowly go bankrupt and the one that’s cutting its milk powder will take you over. That’s the worst of all possible outcomes.

The other possibility is that the first one to cut its milk powder is exposed. Then you don’t have to cut your milk powder. There’s a threat of regulation that produces self-regulation.

It just means that it’s easier for honest CEOs to run an honest business, if the dishonest businesses are more effected negatively by leaks than honest businesses. That’s the whole idea. In the struggle between open and honest companies and dishonest and closed companies, we’re creating a tremendous reputational tax on the unethical companies.

No one wants to have their own things leaked. It pains us when we have internal leaks. But across any given industry, it is both good for the whole industry to have those leaks and it’s especially good for the good players.

Il se place en juge moral. Wikileaks doit sortir des “bonnes” fuites, celles qui encouragent le bien. personne ne trouve ça terrifiant ?

Social media ?

Hier soir, à la première des rencontres RSLN, chez Microsoft, discussion un chouia surréaliste entre Andrew Keen et Jean-Louis Missika. Et problèmes de définition.

Andrew Keen est un polémiste. On en dit du mal, mais c’est un mec qui, avec un certain culot, brise le consensus d’un petit milieu, celui des gourous de la Silicon Valley. Sans Clay Shirky ou O’Reilly, pas de Keen. Et c’est heureux. Résultat : il se place en référence à des références qui ne sont pas toujours très partagées, ici. C’est aussi pour ça que Patrice Flichy avait pour mission d’introduire et localiser l’américain, hier, lui qui vient de publier le sacre de l’amateur, au Seuil (République des Idées).

Bref. Nous voici avec un Keen, hier, qui parle à une quarantaine de personnes, plutôt avancées, maitrisant bien le discours prophétique habituel, pratiquantes pour la plupart des “media sociaux”, de Facebook, twitter, de blogs et de médiatisations en réseau. Keen est critique, tout en épousant la révolution. C’est un paradoxe assez fin : il agrée avec la révolution, pour mieux critiquer le monde qu’elle nous propose : nouvelle élite (ceux qui designent ce monde), nouveaux comportements, nouvelle transparence, fantasme calviniste absolu… Je vous passe le détail, qui sera

Au passage, un événement qui faisait joyeusement écho à Place de la Toile (France Culture) de dimanche, qui questionnait justement cette idée de révolution, et demandait quels étaient ses leaders et ses prophètes.

On passe aux questions. Je passe sur les deux premières, de Pierre Haski et Geneviève Petit, Pierre critique sur la critique, appelant aux fantasmes, et Geneviève introduisant le rôle du calvinisme dans tout ça. Justes. Arrive Jean-Louis Missika, qui remonte un cran au-dessus, et pose la question de la définition de “social media”. Après tout, qu’est-ce que ça veut, dire, media sociaux ? D’après lui, Facebook est un annuaire, Twitter une chambre d’écho. Ce ne sont pas des media, et qu’est-ce que c’est qu’un “media social” ?

Keen a été assez nul dans sa réponse, embrouillé, partant sur un peu de tout, n’attendant manifestement pas cette remise en cause là, ce questionnement d’un consensus de langage désormais établi.

Alors questionnons, puisque Jean-Louis Missika nous y invite.

Balayons d’abord les idées reçues : oui, Facebook remplit des fonctions d’annuaire, et Twitter joue un rôle de chambre d’écho. Mais c’est une vision pour le moins parcellaire de ces plateformes. C’est une vision d’outil, macroscopique, qui ne voit pas ce qu’à un niveau de groupes, ces outils changent, dans la vie de ceux qui les utilisent, une vision dénuée de l’observation de ce qui s’y fait.

Media sociaux ? Oui. terme évidemment partiel, incomplet, ou hybride. Mais qui caractérisent bien ce que chaque individu y fait, et le champ d’application de ces plateformes, sur nos vies. Oui, on n’utilise pas Facebook comme un annuaire, mais comme un media de sa propre vie, qu’on anime principalement dans une visée relationnelle, sociale. Twitter itou : en twittant, je fabrique du lien, je me mets en scène à destination de mes pairs, je fabrique un media de mon quotidien, dans la relation avec des proches.

On voit tout le fossé qui sépare un petit milieu, volontiers influencé par des gourous, et des décideurs ou observateurs tiers, qui n’y sont pas, dans la question de Jean-Louis Missika. C’est un peu flippant sur l’absence de consensus et de maturité sur ces sujets, et sur la fragmentation du débat public sur ce sujet.

Après la rencontre, en buvant un verre, deux discussions poursuivaient ce sujet. Dans l’une, on parlait de la télé, et de combien il était difficile de monter une émission sur ce sujet, avec un ancien de chez Taddei. “Internet, ça n’intéresse personne”. Dans l’autre, on parlait du retour en force d’un discours universitaire, d’un appel à la recherche, la vraie, en France contre ces gourous du web.

Et oui. Il y a encore du boulot, pour que le débat sur cette révolution soit partagé de manière large. Peut-être que Jean-Louis Missika pourrait lire les deux livres de cardon et Flichy à la République des Idées ? Il questionnerait peut-être différemment les choses ? Mais comment partager finement ceci ? comment sortir du web et du débat de spécialistes, dans un espace public aussi fragmenté que le nôtre ?

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Disclaimer : Spintank anime RSLN, pour le compte de Microsoft.

La mauvaise sortie

Dans un remaniement, on parle surtout des entrants. Mais sortir peut aussi être une opportunité, qu’il faut savoir saisir.

Quitter un gouvernement, ça peut être une opportunité. A condition de sortir avec des signes forts.

Ce soir, on peut affirmer qu’Hervé Morin ne sera pas candidat à la présidence de la République, par exemple. Il a affirmé fermement que son désaccord avec le gouvernement porte sur “le pluralisme” et l’ouverture, pas vraiment sur la politique menée. Cela faisait des mois qu’il avait un boulevard pour s’exprimer fortement, claquer une porte, marquer une distance avec la politique de Nicolas Sarkozy. Cela n’a pas été. Et ce soir, dans une tentative de prise d’exposition, il a fait une déclaration pré-remaniement, qui est tout sauf politique et inspirante : elle se concentre sur des histoires de place des centristes au gouvernement.

Des mois, des années qu’il ne joue pas le rapport de force, il obtient quelques postes de rien dans un gouvernement, et confirme au dernier moment qu’il s’en va. A peu près la stratégie la pire qu’on pouvait imaginer pour développer un espace politique au centre.

Pour Borloo, c’est malheureusement un peu pareil. Au moins fait-il le choix de se taire ce soir, sans doute pour délivrer une parole quand il se sera remis de n’avoir point été nommé. Reste que cette séquence est mauvaise pour lui : il ne capitalise pas sur le mécontentement, et ne profite pas de l’annonce pour exister fortement, et faire passer un message de distanciation. Tout au plus ne gâche-t-il pas ses cartes.

Il y a un immense espace au centre pour la présidentielle. Aucun de ces candidats ne semble vouloir le prendre, et donc opter pour une stratégie de distanciation avec le président le plus impopulaire de l’histoire de France.

Ils sont peut-être lucides : ils n’ont pas le talent, sans doute, pour chauffer face à la meute UMP.

Reste que, par leur timidité, ils laissent ouvert un espace large, trop large pour n’être pas saisi par un concurrent. Qui ?

Merci !

Non, rien, n’attendez pas de moi un commentaire de plus sur ce remaniement. On va passer aux sujets sérieux.

Je note juste que Marie-Luce Penchard est confirmée dans ses fonctions. La Guadeloupe en sera ravie, puisqu’elle avait déclaré :  “je n’ai envie de servir qu’une population, la population Guadeloupéenne .”.

Voilà un note juste sur laquelle entamer la nouvelle étape de ce gouvernement.

Pour le reste, référez-vous à vos commentateurs habituels.

Allez, c’est bientôt fini

On va presque le regretter, ce feuilleton du “remaniement”, qui était en fait un changement de gouvernement, et va peut-être n’être qu’un remaniement.

Sentiment de nostalgie. Que ces six mois ont été faciles à vivre dans tous les ministères, à moitié paralysés par l’incertitude du nouveau chef putatif…

Qui sera au gouvernement ? Comme d’habitude, le traitement se fera sur les signes politiques, et l’analyse en vue de 2012.

Je n’aurai qu’un souvenir, en l’attendant : Marie-Luce Penchard avait, il y a quelques mois, exprimé lourdement sa préférence pour un territoire d’outre Mer. Elle est toujours ministre de plein exercice. Je formule l’espoir que le ministère de l’Outre-Mer retrouve à cette occasion un ministre impartial.

Oui, c’est un thème qui m’est cher et un vieux truc qui me reste en travers de la mémoire. Un caillou dans la chaussure de ce gouvernement.

Pour le reste, on attendra la liste officielle pour commenter.

Et sinon, sinon, vas-tu faire la fête, Nadine ?

(oui, cette photo est en copyright des jeunesump, je sais, mais je n’ai pas pu m’empêcher de la transmettre ici).

La jeunesse t’emmerde.

Et voilà. Poussée habituelle de fièvre, on parle de la jeunesse. Elle est dans la rue. Et Sarko est foutu.

Avec le long manteau de cathédrales poncifs sur la jeunesse. Tentons un best-of.

1. Elle est vieille.

C’est en général un vieux qui dit ça. Ah regardez ma brave dame, ces jeunes qui ne pensent qu’à leur retraite. Elle n’a rien d’autre à faire. J’ai lu à divers endroits : « pendant que les jeunes ailleurs se bougent pour se créer un avenir, les français râlent et attendent que ça leur tombe tout cuit du bec ».

Bref, même pas la peine d’épiloguer. Le vieux ne parle pas du jeune, il parle de lui, de sa classe d’âge. Ca n’a rien à voir avec la jeunesse, sauf qu’on lui pardonne moins des travers, au nom d’un pseudo souvenir de ce qu’on était.

2. Les jeunes sont cons, ils défendent les vieux.

Celle-là, c’est la meilleure. Le discours est en général tenu par quelqu’un de solidement installé dans l’élite française, à accès médiatique. Il est de la « génération baby-boomer », a soixante ans, a pas trop mal profité de la vie, et tient une relation coupable à la jeunesse, il s’inquiète.

Et au lieu d’être cohérent avec son style de vie et ses choix, il attend de la jeunesse qu’elle tape sur les vieux, qu’elle aille au clash intergénérationnel. Elle attend de la jeunesse qu’elle se comporte en classe d’opprimés. Mais non, Bernard !

La jeunesse n’est pas une classe. C’est un passage. La jeunesse n’existe pas. Elle n’ira pas taper sur des vieux, ou jouer le jeu de la réforme qu’on lui propose. Non, le paradoxe mis en scène par le gouvernement et quelques élites parisiennes âgées, façon « cette réforme, c’est pour eux », ne fonctionne pas. Cette défense est un paradoxe elle-même : la retraite, comme le marché du travail, n’est pas un gâteau qu’on partage, et les garanties qu’on propose ne sont pas satisfaisantes, pas plus que ne l’est une réforme qui n’est vécue que comme un ajustement de paramètres, hors sol, hors contexte.

La « jeunesse » ne dit pas « je veux partir à soixante ans ». Elle dit « je ne vais pas y arriver », et « vous me traitez comme de la merde ». Croire qu’on peut remobiliser ces jeunes qui descendent dans les rues en lui disant qu’il faut qu’elle se révolte, certes, mais contre les vieux, c’est un fantasme de vieux, d’ancien jeune.

3. Les jeunes sont manipulés.

Aussi dans le paradoxe que de vouloir rabaisser la majorité pénale à 13 ans, non ?

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On peut continuer ainsi longtemps. La jeunesse est observée, scrutée, amalgamée, surtout. Elle est vécue comme concept, et comme classe. Elle n’en est pas une. La jeunesse ne veut rien. La jeunesse n’est pas dans la rue. La manif n’est pas générationnelle. Le problème ne s’explique pas par l’âge.

La manif de Nanterre n’est pas la même que celle de Marseille, qui n’a rien à voir avec celle du lycée d’en bas de chez moi, dans le 15ème arrondissement de Paris. Chaque manif est locale, s’oriente plus sur des thèmes qui correspondent à ses classes, à ses situations. A Marseille, on fait résonner une mouvement local. Chez moi, dans ce quartier aisé, c’est la blague et la récré. A Nanterre, ça part en couille, parce que ceux qui gueulent sont comme leurs ainés : dans un ghetto géographique.

La jeunesse n’existe pas. Elle a juste en commun d’être mobile et disponible, en formation. Oui, dans les jeunes, il y a de vifs et fougueux personnages qui sont suffisamment en forme pour casser et briser de la vitrine. Oui, elle est encore libre dans sa tête, et elle a la liberté que je n’ai pas.

D’une certaine manière, on lui délègue une mobilité et une révolte qu’on ne peut pas porter avec notre position, nos obligations. On aimerait qu’elle fasse ceci ou cela.

Elle ne le fera pas. Elle fout le bordel. And so ?

The social network, Facebook et les liens sociaux.

Rebond sur la lecture de la semaine de l’excellent Xavier de la Porte dans Place de la Toile. Juste sur un point qui m’a fait tiquer. Ca tombe bien : depuis que j’ai vu “the social network”, mercredi soir, au world eGov Forum, je n’avais que cette idée qui me trottait en tête. Poursuivons, donc.

Dans sa lecture de la semaine, donc, qui abordait plus largement le sujet (et était juste, comme d’habitude) Xavier de la Porte, l’animateur de Place de la Toile, sur France Culture remarque combien Facebook a été designé pour la sociabilité si particulière d’Harvard, ses frats, ses pratiques d’étudiants de l’élite si codifiées, et comme c’était un paradoxe que ce “social design” ait un succès universel.

Je reformule, hein, je l’ai attrapé dans la voiture. Il se peut que les termes aient été un peu différents, ou que j’e l’ai mal saisie, mais c’est le point de départ du billet que je comptais de toute façon écrire à la sortie de ce film fin et inspirant.

The social network installe en effet la création de Facebook dans cette société si particulière de Harvard, son élite hyper structurée, ses frontières infranchissables. En creux, Facebook est à mon sens une réponse de Mark Zuckerberg non au fait que sa copine l’ait largué, mais à cette structure sociale hyper rigide, largement déterminée par la naissance, la richesse des parents et la maitrise d’un savoir-être en société (ces choses qui se font, cette capacité à la prise de parole…).

Facebook n’est pas calqué sur la sociabilité de Harvard, c’en est même le contraire. On construit son graphe social sur un mode très différent, sans ces limites, en se centrant sur l’individu, son graphe social. On s’y développe sur une activité propre, une éloquence et une capacité à être en société qui ne requiert pas les mêmes qualités que celle de cette autre société, codifiée, de Harvard. Le film nous amène même en creux à voir en Facebook une sorte de réponse d’un mec qui n’arrive pas à percer ces plafonds de verre, mais a un talent (le code, la maitrise de l’outil), une réponse sous forme de nouveau terrain social.

Pourquoi Facebook est-il universel ? Parce qu’il s’appuie sur des intérêts sociaux universels (la drague, le gossip léger), et s’adapte, de manière très malléable, à une multitude de pratiques. Et il brise de micro-frontières, en se centrant sur l’individu. Aussi, parce que le réseau est hyper adapté à une sociabilité de la jeunesse : on y est en bandes, multiples, et on s’y meut de l’une à l’autre, on rigole tous ensemble, on se met en scène dans un partage de rigolade… Tout ça est très éloigné de Harvard.

C’est une des frustrations du film de David Fincher que de ne pas réussir à nous montrer véritablement cette sociabilité là, de ne pas nous donner à voir l’intrusion de Facebook dans la vie des étudiants qui font l’arrière-plan du film : est-ce que leur vie change, est-ce que Harvard a changé avec Facebook ? On voit un contraste, en creux, trop en creux, entre ces nouvelles sociabilités et l’ancienne. C’est suggéré par des figures de style, mais on aurait aimé que ça aille au-delà.

Reste que ce réseau a été inventé contre (tout contre) un système d’élite, fermé et reproducteur, comme une solution, un antidote. C’est profond et intéressant, et sans doute une des raisons de son succès, et sans doute une des plus grandes intuitions de Zuckerberg.

Par contraste, Twitter, inventé par des geeks au milieu des geeks peine à toucher un véritable grand public. Il lui manquait sans doute cette dimension, d’antidote, de remède, et cette nécessité sociale, venant de l’expérience (savoir si machine est célibataire, et mater ses photos).

The social network est un film à voir, pour quiconque s’intéresse à Facebook, moins, sans doute, par ses qualités de film que par ce qu’il raconte. Il en reste, et Xavier de la Porte le soulignait bien également, ce manque d’une mise en scène de ce que Facebook change, et de comment il est utilisé. Pour un sequel ?

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Wiki-radio #pdlt à venir mardi à 15h.

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Looks like blogging only happens on sunday nights, relating to France Culture hearings of the day. Je vais songer à une diversification, mais c’est comme si le 15mn de prise de notes ne s’autorisaient qu’à ce moment-là.


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