On rentre. La presse est encore en vacances (ça nous donne des articles de journalistes qui vont fabriquer de la mauvaise info à partir de rien, parce que c’est sur leur écran), mais elle ne va pas tarder à se réveiller. En mire : 2012. Et oui, c’est dans moins de deux ans, maintenant.
Se réveiller, pour la presse, ça peut vouloir dire retrouver le sens du feuilleton, comme elle le fera peut-être pour Eric Woerth, mais aussi et surtout retrouver ce qui fait son sens : se sentir un pouvoir. Pour cela, elle a un mets de choix : la fabrication du troisième homme (ou de la troisième femme). On sent bien le galop d’essai, avec Eva Joly. Un petit parfum de “et si c’était elle ?”. Offensive médiatique, et petit emballement : les journalistes se posent la question, et racontent la dame qui y croit.
L’erreur, c’est de croire que c’est l’opinion qui s’émeut, qui s’intéresse. Ici, rien n’est spontané : le français ne s’amuse pas à faire du pronostic ou à envisager 2012. C’est le professionnel qui guette des signes, des envies, des potentiels, et qui les monte, comme une chantilly, en battant très fort, à partir de - presque - rien. Eva Joly marche bien, à ce moment, parce qu’elle répond à la nausée du journaliste face à son propre quotidien : lui-même en a marre de se palucher tous les matins des affaires et des sous-révélations de déviances morales. Voilà un antidote, une purification : pour nous sanctifier d’avoir remué la daube, ajoutons notre gousse d’ail sauveresse.
Le danger, il est moins pour Eva Joly, qui pourrait y croire (tant mieux pour elle, ça fait du bien), que pour les autres prétendants au deuxième tour. L’erreur, ce serait d’être absent(e) lors de ce moment important de la fabrication des potentiels présidents. Et on pense - forcément - à Martine Aubry. Que va-t-elle faire d’éclatant, qui donne aux journalistes le soupçon de confiance dans ses qualités présidentielles ? Evidemment, elle a son université d’été, qui peut construire, si c’est bien orchestré, un début de feuilleton, sous forme d’Aubry en forme. Mais elle court un risque, la patronne socialiste : que ce mode médiatique se désintéresse d’un exercice trop classique, sous la grisaille de La Rochelle, pour aller mettre son attention du côté de Washington.
Autre illusion, Washington. Faire durer le suspense, c’est la nécessité de la presse, tant qu’elle n’a pas un beau combat à raconter, à mettre en scène. Faute de combattants (la primaire annoncée n’en finit pas de ne pas démarrer), elle cherche des parfums d’illusions, des mirages, elle divague, folâtre, et parvient à faire quantités de unes sur un me qui est loin, au chaud, a déjà échoué lourdement à l’épreuve, et ne répond pas bien aux attentes d’une opinion se cherchant un capitaine identitaire.
Aubry aurait tort de sous-estimer ce moment, et de se contenter d’une stratégie conventionnelle, sur fond de vieux discours devant les cadres socialistes. Il faut qu’elle nourrisse la bête. Sinon, les rédactions pourraient presque se mettre à croire à d’autres mirages, comme Manuel Valls ou Hervé Morin, même s’ils ne font rien pour.
Séquence intéressante à venir, donc, où l’on va assister à la réelle volonté de la candidate socialiste : est-elle prête à se faire violence et à composer avec le calendrier, la stratégie électorale, le monde médiatique ? Ou bien continuera-t-elle à penser que ça ne sert à rien et que ça fait chier, toutes ces caméras ? (et je ne parle pas du web, évidemment, ça ne compte pas, semble-t-il).
Rendez-vous dans une semaine.
6 Commentaires
Je me demande pourquoi les leaders socialistes ne sont pas plus mordants sur la critique du gouvernement. Quand Estrosi les attaque, il ne serait pourtant pas compliqué de le renvoyer dans les cordes, en l’invitant, sur toutes les radios et télés, à cantonner sa nullité au ministère de l’Industrie, à gérer ses 2 appartements de fonction dont celui de sa fifille, et à laisser les maires de France tranquilles. Et ainsi sur tous les sujets.
De toute évidence, il n’y a pas d’équipe d’attaque, ce rôle est dévolu à Benoit Hamon, euuuuhhh, béééééé, euuuuh, aloooors, etc.
Je dirais même plus, en 2002 le troisième homme ce fût finalement Lionel Jospin.
C’est vrai qu’Eva Joly arrivant juste après une séquence sur le manque d’éthique supposé de certains politiques, ça sonne bien, c’est comme une évidence. Mais je crois qu’il y a aussi une offensive d’Europe Ecologie, à l’approche des Journées d’été des écologistes, pour montrer aux Verts qu’ils ne peuvent faire leur chemin tous seuls, l’affichage des ambitions d’Eva Joly permettant de rappeler à ces derniers que Cécile Duflot est beaucoup moins bien placée dans les sondages pour la présidentielle, et ce depuis plusieurs mois.
Enfin … j’espère que tu as passé de bonnes vacances …
Mon opinion sur 2012 : Oui Eva Joly peut être une bonne candidate et elle pourrait être la troisième du scrutin. Je crois que tu as oublié un peu vite F Bayrou (non je déconne). Mais dans le cas d’Eva Joly il me semble qu’à une échéance de 2 ans c’est trop tôt et une sur représentation médiatique, lui fera perdre des voix.
N’oublions pas qu’il faudra encore que cette candidature soit validée par une entente Verts-Europe Ecologie qui n’est pas garantie. Peut être même qu’il y aura une double candidature des écolos ?Et peut être même(bis) ils choisiront la stratégie de Cohn Bendit un groupe parlementaire de 50 députés à l’Assemblée Nationale contre pas de candidats face au PS lors du premier tour la Présidentielle.
Aubry n’a pas intérêt à bouger le petit doigt. Elle doit attendre le lancement des primaires pour se lancer en campagne. Mal aimée des français, elle est bien aimée des socialistes, l’inverse de Strauss Khan. De nombreux socialistes sont assez hostiles à la candidature de Strauss Khan pas assez de gauche ou trop de droite selon. Vaut il plutôt mal gagner avec Strauss Khan ou mieux perdre avec Martine Aubry ?
Je pense que Nicolas Sarkozy sera au second tour de la Présidentielle.
D’après les modèles prévisionnels de la météorologie nationale, La Rochelle ne sera pas sous la grisaille dans une semaine. Un signe du ciel?

licence d'utilisation