Dans une campagne, deux dimensions sont importantes. Le Modem n’a réussi sur aucune des deux.

Il y a le militantisme de terrain. Le fonctionnel. Les mains serrées, le porte à porte, les tractages, les marchés, les préaux d’école et les rencontres au plus près. La construction et l’animation des réseaux. C’est essentiel. Déterminant dans une campagne locale.

Le modem, sur ce point, pâtit de son manque de base militante. Et, quand on a une base militante faible en nombre, il faut à tout prix travailler l’autre dimension de la campagne. Et ce, d’autant plus que, dans des régionales, le terrain reste un peu distant : l’enjeu, sur un territoire large, est de réussir à imposer des idées, de fabriquer un agenda local, de marquer de sa personnalité, de percer en notoriété.

L’autre dimension, c’est le champ politique. La narration, et l’ouverture de champs politiques. C’est la stratégie politique, l’essentiel. Une campagne présidentielle se gagne avec cette dimension là, à l’opposé d’une municipale, qui se joue sur la confiance et la notoriété locale. Pour les régionales, c’était l’enjeu, comme pour les européennes. Europe écologie a connu son succès par l’alliance de la notoriété de Cohn-Bendit, son sens du coup politique, et la dimension dominante de la préoccupation écologique.

Le Modem, depuis 2007, n’arrive pas à imposer le moindre thème, le moindre angle, dans le paysage politique français. Bayrou en avait fait le constat en juin dernier, remarquant que la lutte contre Sarkozy ne mobilisait pas. Il a joué une partie bizarre dans ces élections régionales, prenant peu la parole, se montrant peu, et surtout, ne jouant pas la carte de quelques coups électoraux majeurs, de l’ouverture de thématiques, d’angles d’approche du débat.

Sur place, la plupart des listes étaient dans des positions similaires. Pour ma région, Alain Dolium a peiné à faire plus qu’égrener un programme qui prenait un peu partout, sans vraiment apporter d’angle sur lequel s’accrocher. Un peu d’aide aux PME ici, un peu d’écologie là, un chouia de ceci et celà. Rien d’inspiré, pas de réponse solide, de valeurs exprimées aux Français, si ce n’est un meta-positionnement, non clivant : l’humanisme.

Le Modem se trouve privé de champ par sa propre faute. L’espace au centre est immense, mais nécessite d’être révélé, en suscitant l’adhésion, à traves un projet fort, clivant, en phase avec l’état d’esprit des Français. On sent que François Bayrou n’en a plus l’envie, tant il fait preuve de légèreté, d’absence de sens stratégique, tant que le sujet de l’élection n’est pas lui-même.

Saura-t-il se mettre au boulot ? Dépasser l’incantation et l’espoir d’incarner un recours ? Il a pris deux gros revers dans la figure. Son mouvement se délite. Et paradoxalement, c’est aussi sa séquence qui s’ouvre, enfin. Dans une semaine, tout le monde ne va plus avoir d’yeux que pour 2012. Va gamberger et attendre. Peut-être va-t-il se réveiller, et travailler enfin. Comme s’il sortait du long calvaire qui l’a vu endosser pendant trop longtemps l’habit d’un patron d’appareil, ce qu’il ne saurait être, pour reprendre celui d’éternel candidat à sa propre gloire.

S’il redémarre, il le fera avec des handicaps lourds comme jamais. Plus un rond, plus grand monde, plus de soutiens actifs, et une difficulté extrême à convaincre à nouveau qu’il peut être quelque chose. Il a néanmoins le bénéfice du temps : pendant un an, tout le monde va regarder ailleurs, à gauche, pour la primaire. Il a donc le temps de bosser sérieusement. S’il le peut.


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10 Commentaires

“Il a joué une partie bizarre dans ces élections régionales, prenant peu la parole, se montrant peu,”
Le problème est qu’il avait fait le contraire pour les européennes, voulant en faire un scrutin national centré sur sa personne
le choix fait cette fois ci s’est révélé encore plus mauvais puisque par rapport à l’an dernier ll perd la moitié de ses voix
un seul s’en sort , c’est jean Lassalle qui se maintient avec 12%
Le Modem n’émerge que quand il a des candidats connus, mais son président les fait fuir les uns après les autres…
Sur l’argent, il y a certes le non remboursement qui est grave pour lui, mais il perçoit des sommes assez importantes tous les ans : le Modem est beaucoup moins riche que l’UDF il y a 5 ans mais pas au point de ne plus avoir un rond

Verel le 15 mars 2010 à 09:03

Il faudrait avant tout qu’il ait des idées, même supposées. Il n’est pas libéral, pas dirigiste, pas européen, rien du tout.

La force de Sarkozy en 2007 c’etait d’avoir reussi à faire croire à beaucoup qu’il representait leur pensée. Bayrou a fini par ne représenter personne. Et dans un systeme démocratique, c’est un handicap…

Emlanuel le 15 mars 2010 à 09:03

“’enjeu, sur un territoire large, est de réussir à imposer des idées, de fabriquer un agenda local, de marquer de sa personnalité, de percer en notoriété.”

Ou de présenter un bilan : à force d’insister sur l’importance financière de la contribution des français aux collectivités locales, on les pousse à choisir des gestionnaires de dépenses par ailleurs contraintes (par les fameuses rigidités du marché du travail)

Fercussion le 15 mars 2010 à 10:03

Très bonne analyse, rien à ajouter. C’est sur le nécessaire clivage que je vous rejoins complètement : cela correspond très exactement à ce que je ressens depuis un moment.

l'hérétique le 15 mars 2010 à 06:03

“L’espace au centre est immense, mais nécessite d’être révélé, en suscitant l’adhésion, à travers un projet fort, clivant”

Je vois tout de même assez mal comment on peut conjuguer centre avec clivant et c’est tout le problème - structurel - du centre notamment dans les phases de polarisation. La position du centre marche bien lorsqu’il y a un rejet égal de la gauche et de la droite comme en 2007 (mais cela aurait également pu marcher en 2002 à la sortie de la cohabitation). Quand il y a une asymétrie manifeste (la droite est au pouvoir depuis 8 ans et cela commence à se voir), il y a naturellement une tendance à la bi-polarisation (pour/contre le sortant) qui étouffe le centre.
De plus, par construction, on ne peut pas s’attacher durablement la frange la plus dépolitisée de l’électorat (qui aujourd’hui aurait tendance à voter Europe Ecologie de même, ironiquement, qu’une frange très politisée). C’est plutôt une autre offre à droite (centre-droit) qui semble manquer…mais Bayrou a grillé cette cartouche.

Smith le 16 mars 2010 à 08:03

Smith : ben justement, oui. C’est de l’odre d’un nouveau populisme centriste, d’une version Bayrou2007 renforcée, qu’il faut chercher un espace. Un centre contre les élites, un centre populaire, dans le rejet des alternatives merdiques ni droite ni gauche.

Pour les phases de polarisation : est-on vraiment dans une telle phase ? Toute une frange de l’électorat n’y est pas, en tout cas.

En 2007, on était dans une sortie de plusieurs années de Chirac, un ras le bol de cette droite. Et Sarkozy a su incarner le changement, à droite, et Bayrou a su trouver un espace au centre. Et la gauche n’a rien trouvé du tout.

Il y a un espace immense au centre / centre droit. Sand doute là qu’est le gros de l’abstention de ce week-end. Bayrou semble avoir grillé cette cartouche, par opportunisme merdique, ou impatience, manque de lucidité, ou désir de survie (un peu de tout).

Quant à s’attacher durablement cette frange de l’électorat, il n’en est pas question : il suffit de la mobiliser autour d’un court cycle électoral. Pas de la fidéliser…

nv le 16 mars 2010 à 08:03

bon ok, cette théorie de la polarisation est un peu moisie et complètement ad hoc.

Par contre, le centre contre les élites, ça me fait bien rire car qu’est ce que c’est que Bayrou2007 et son gouvernement des meilleurs, si ce n’est que de la pure technocratie (sous couvert de populisme de bas étage, et pour une fois le mot populisme n’est pas galvaudé puisqu’on oppose bien le peuple aux élites)?

A vrai dire, je préfère le Bayrou 2008/2009 qui dénonce de manière argumentée et précise les abus de pouvoir, la présidentialisation, la dé-démocratisation (mais qui est très très court en termes de projet alternatif, si ce n’est le voter pour moi on verra plus tard qu’il dénonce) à celui qui nous balance des merdiques ni gauche ni droite. Il aurait très bien pu défendre ce point de vue démocratique en restant au centre-droit et en se posant comme alternative à droite de Sarkozy. La stratégie ni-gauche ni-droite aurait pu marcher de manière conjoncturelle en 2007 mais c’est un opportunisme, pas une idéologie.

Le gros problème de Bayrou, c’est que son discours ‘démocratique’ ne colle pas du tout à la sociologie des corps intermédiaires du centre droit (’notables de province’ pour faire court et caricatural) qui constituait sa base d’élus, de militants et de sympathisants. Ce discours parle plus aux personnes qui se situent le plus souvent au centre-gauche (jeune, urbain, professions intellectuelles) mais qui peuvent également très facilement voter EE ou PS si ils sentent que c’est plus efficace ou s’ils sentent que le discours démocratique n’est pas prolongé par une vraie réflexion (portée par qui ? articulée comment avec l’économique et le social ?). Du coup, il se retrouve aujourd’hui sans élus ni électeurs (les malentendus ne durent qu’un temps)

Smith le 16 mars 2010 à 11:03

Smith : On est assez d’accord, en fait. Sur Bayrou en tout cas :)

Je crois qu’il n’est pas le bon client pour un populisme du centre. Il n’ose pas aller au bout de sa valorisation du peuple, qu’il a beaucoup pratiqué en 2007 aussi, contre les élites. Des restes de son éducation, sans doute. Du coup, il a perdu un peu tout le monde, notamment son électorat de base.

reste qu’il doit y avoir un truc à faire en centre-populiste, sur la sortie de crise. Mais faut construire un projet, et je ne vois pas qui pourrait le porter.

nv le 16 mars 2010 à 11:03

Grand rêveur, Nicolas…
Le “centre mou” ne représente plus rien.
Et “bébé-roux”, il parvient même à se prendre des claques par “Conne-Benne-dite” alors que lui n’en file qu’aux gamins qui lui font les poches.
Dramatique pour un “ex-parti” qui avait quand même donné du meilleur du temps où “Giskard avait la barre”, du temps où il se déchirait d’avec le “centre mou de gauche”.
Toute une époque qui plie bagage.

L'ignoble Infreequentable le 22 mars 2010 à 07:03

“Il a joué une partie bizarre dans ces élections régionales, prenant peu la parole, se montrant peu,”

Observation intéressante, venant d’un professionnel de la communication, qui sait que c’est le résultat (tel que perçu par l’électeur) qui compte.

Le problème est justement que c’est l’inverse qui s’est passé. François Bayou n’avait jamais autant pris la parole, ne s’était jamais autant montré, n’avait jamais fait autant de visites ou actions originales, “visuelles” ou même “télévisuelles”, depuis la présidentielle. (Aux législatives et municipales, il s’était beaucoup dépensé aussi, mais pour moitié dans ses propres ville et circonscription). Et son message avait beaucoup plus de contenu que pendant les trois campagnes précédentes. Seulement, il n’y avait pas d’auditeurs pour ce message-là, raisonnable, sensé, constructif, ancré dans les réalités … “centre-droit” selon le terme à la (brève) mode.

Je partage l’impression que “il doit y avoir un truc à faire en centre-populiste, sur la sortie de crise. Mais faut construire un projet” ; plus exactement, nous avons le projet (nous l’avons fait l’an dernier et il est techniquement excellent, y compris sur la sortie de crise), mais faut savoir le vendre, y compris et surtout à l’électeur de base qui ne sait même pas pour quoi on vote (j’en ai rencontré tant et plus sur les marchés pendant cette campagne), et là-dessus, sur la commercialisation de masse, on est affreusement courts.

FrédéricLN le 18 avril 2010 à 07:04

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