Comme d’habitude, le marronnier qui excite les media a eu droit à son quart d’heure de gloire pré-résultats.
La grande nouveauté de 2010, c’était twitter. COmme le web est devenu “temps réel”, avce ce réseau d’information en temps réel, et que les journalistes ont découvert twitter avec joie (ils y sont des milliers), on a pointé à nouveau les risques de diffuser de premières estimations avant vingt heures.
Pour ma part, fidèle à ma ligne de conduite de 2007, je n’ai rien rendu public, ni fait de lien. Ca ne m’a pas empêché d’avoir les infos des instituts de sondage en avance, ainsi que beaucoup de bruits qui circulaient.
Rien de neuf
Il n’y a rien eu de véritablement neuf. En 2007, on trouvait sans doute un bon millier de forums actifs, diffusant des rumeurs de résultats avant vingt heures. Ils ont continué. S’y est ajouté twitter, qui assure un potentiel de diffusion de résultats à peine plus important. Seuls quelques comptes ont cherché à attirer l’attention en lançant des résultats, ou en liant vers les sites du Soir ou du Temps. Sans être énormément relayés, d’ailleurs, ni que le mouvement soit massif. On peut sans doute estimer le nombre de personnes touchées, via twitter, par ces annonces, à une dizaine de milliers, voire un chouia plus.
Twitter ne change pas grand chose. La diffusion se fait essentiellement en off, par SMS, messageries instantanées. Twitter ne change pas grand chose, dans sa configuration actuelle : il touche à peine quelques centaines de milliers de Français, et est alimenté par des journalistes, qui ont surtout suivi les consignes légales (ils se savent surveillés).
Une polémique qui concerne surtout les media
Comme je l’expliquais en 2007, ce sujet concerne les professionnels de l’information, ceux qui vivent du scoop, et du buzz. C’est peu le cas des internautes. La vraie peur, derrière cette polémique, est celle des chaines TV de perdre leur monopole de révélation du résultat. Ils ne l’ont pas perdue. Elle s’effrite tout juste un peu. La plupart des personnes actives sur twitter le soir de ces élections ont les moyens d’obtenir autrement que par un media, la rendant publique, l’information sur les estimations.
Cette polémique, c’ets celle de la peur des media. Et de la concurrence des canaux : la télé a peur du web temps réel, les journalistes web sont frustrés de ne pas puvoir jouer leur rôle, etc.
Un impact impossible à estimer
Quel impact peut avoir une diffusion de résultats avant vingt heures ? Imaginons que de premières estimations circulent à 19h auprès d’un nombre significatif de personnes (plusieurs millions ?). Cela peut-il être de nature à vraiment modifier le comportement électoral ? J’en doute, dans des proportions larges. Les électeurs ayant déjà fait leur choix auront déjà voté en masse. Ceux qui ne l’ont pas encore fait ne le feront pas à l’aune d’un score putatif, fruit d’une estimation sondagière (28% au lieu de 26 ?).
Le seul truc qui pourrait mobiliser en masse, ce serait l’utilisation par un parti d’estimation, auprès de ses bases SMS et email. Envoi en masse de messages avec des estimations,n pour galvaniser les dernières heures de vote. Cela nécessiterait de les lancer tôt. Et c’est fermement interdit par la loi, que les partis ne risquent pas tant que ça de ne pas respecter (quoique, ça dépend desquels).
A terme, une évolution ?
Si aujourd’hui, le phénomène reste mineur, que peut-il devenir demain ? Difficile à prévoir. On peut imaginer qu’en 2012, plus de gens seront sur des réseaux sociaux en temps réel. Mais plus de gens, ça ne veut pas dire une majorité, surtout un dimanche en fin d’après-midi. La diffusion de l’information, par capillarité, depuis les militants et hyperactifs de la politique, vers leurs amis, crée un biais : elle se diffuse principalement auprès de couches politisées, ayant déjà fait leur choix.
Une anticipation large, de la part de la population, du vote de ses congénères, qui repousserait le vote au dernier moment, est-elle possible ? Non. Ca ne répond pas du tout aux enseignements de sociologie du vote, de comportement de l’électeur. C’est un tropisme de politique, ou de journaliste. Les électeurs ne forment pas leur choix de cette manière tactique, mais dans des logiques de représentation, d’anticipation.
A terme, cependant, si ces accès en temps réel devenaient majoritaires, il faudrait vraiment faire évoluer les choses. Ce serait simple : il suffirait de supprimer la révélation du résultat dès la clôture du bureau de vote, et interdire strictement aux instituts de diffuser la moindre information avant la fin du vote. Le problème n’est pas sur le web : il est à la télévision, qui veut nous faire croire qu’elle sait dès la seconde où les bureaux de vote ferment. Il suffit de briser ce mythe, et donc de tarir la source, plutôt que d’espérer réguler les transmetteurs individuels que nous sommes tous.
5 Commentaires
[...] il est douteux de penser que des tendances nationales données à quelques happy few de Twitter puissent avoir un quelconque impact sur le vote. Il n’empêche que la loi n’est pas respectée. Ce qui ne peut satisfaire [...]
Les résultats des régionales sur Twitter à 17h30: mais que fait la police? | Slate.fr régionales 2010 added these pithy words on mar 19 10 at 17:54[...] réguler twitter, c’est pour ça que certains vont même jusqu’à dire qu’il faut réguler les instituts de sondage. Plus plausible? Pas sûr, puisque les politiques eux-mêmes se basent sur ces instituts pour [...]
incendiario » Blog Archive » Tweet-moi si tu peux added these pithy words on mar 24 10 at 14:10Je partage votre vision des choses. Mais ce qui est vrai c’est qu’en 2002 par exemple l’information de la présence de Le Pen au deuxième tour à 18h00 aurait sûrement pu avoir de l’impact… Sinon d’accord avec vous pour dire que Twitter n’apporte rien de nouveau sur le sujet, sauf pour ceux qui n’étaient pas nés en 2007 et 2002….
Et puis je viens de trouver ça sur l’express.fr:
Twitter est une excellent instrument pour cela. Vers 18h30, Johan Hufnagel, rédacteur en chef de Slate.fr, écrit ainsi sur la plate-forme de micro blogging : “les chiffres du quarté: 25-28 20-22 15-13 10-12. Démerdez vous pour les casaques”. Un peu plus tard, Vincent Glad, lui aussi journaliste à Slate.fr, fait monter la sauce, après avoir posté un lien vers Le Temps: “Le PS continue de baisser dans les sondages qui nous parviennent. Une petite Jospin ce soir?”. Et cela continue de plus belle, de minute en minute. A 19h47, treize minutes avant l’heure légale, Wikipedia se met aussi à jour comme le montre cet historique des modifications. LEXPRESS.fr attend 19h56. Tout cela est à l’extrême limite de la légalité.
Si c’est pour écrire de schoses aussi floues et aussui fausses, pas besoin de twitter….
@Olivier
Tu as raison, les chiffres que tu cites sont complètement faux pour l’élection du premier tour de dimanche. Mais l’article de L’Express date de juin 2009. C’était un sondage pour les Européennes, et je n’avais donné que les chiffres, pas les partis. Notamment parce que les sondages qui circulaient à ce moment-là étaient faux.
JH

licence d'utilisation