Quelques représentations de l’évolution des votes, à nouveau en effectifs, pas en pourcentages, pour pouvoir comparer des vues à long terme.

Je réitère l’exercice de lundi dernier, avec d’autres représentations. Histoire de montrer l’évolution des volumes de votes. Evidemment, je n’ai pas le temps de pousser plus loin une représentation complète, étant passablement surchargé de boulot par ailleurs. Si quelqu’un veut prolonger, approfondir, je suis preneur. Ceci n’est qu’une suggestion, pour pouvoir lire derrière les “scores historiques” et les pourcentages qui masquent souvent les réalités de déplacements de population aux urnes.

Première série : les régionales de 2004, celles de 2010, et l’anomalie des européennes de 2009.

Comparons donc les scrutins 1er et 2ème tour de 2004 et 2010, en effectifs. Et insérons-y une autre série, celle des européennes de l’année dernière. Pourquoi ? Parce que c’est un scrutin à faible participation, aussi, et celui qui a entériné deux éléments forts d’analyse : la chute du FN, et l’irruption d’Europe Ecologie comme acteur fort de la gauche.

Pour le rapport de forces des grandes familles politiques, ça donne ceci :

0410

(cliquez pour agrandir)

Ce qu’on y lit : des confirmations, et des légères contre-intuitions par rapport au discours généralement porté dans l’analyse immédiate.

Le FN, d’abord. La baisse tendancielle est lisible. Il faut comparer surtout les premiers tours : les deuxième sont surtout fonction des capacités de maintien des listes régionales. La ligne est toutefois assez claire : le FN baisse tendanciellement, et son point bas de 2009, lors des européennes, semble surtout lié au niveau très faible de l’abstention. Clairement, des électeurs nombreux arbitrent entre l’abstention et le vote FN.

La droite, ensuite. Le premier tour de 2010 a vraiment été une catastrophe totale. Perte de plus de 2 millions de voix par rapport au premier tour de 2004, et niveau encore plus faible qu’aux européennes. Remobilisation au deuxième tour en 2010 assez nette, sans vraie réserve de voix (on va chercher bien au-delà du vote FN du 1er tour) mais vraiment faible : on n’atteint même pas le niveau du 1er tour de 2004. Le socle était trop bas.

Le Modem, ensuite. La courbe parle d’elle-même. Disparition. Il faut se rappeler que 6,8 millions de personnes ont voté pour François Bayrou en 2007, soit nettement plus que le total de l’UMP et ses alliés au premier tour de 2010.

L’extrême-gauche, ensuite. La tendance est assez lisible de scrutin en scrutin : ça disparait peu à peu, également, selon une pente nette. Echec de la réorganisation de cette gauche. Au bénéfice de qui ?

La gauche, enfin. Complexe, non ? La véritable anomalie dans le graphique, c’est 2009, et ces européennes. Sans cela, on est dans un schéma plutôt classique, et assez équivalent en 2004 et 2010. Avec une plus forte mobilisation de deuxième tour en 2004, où la gauche avait gagné 3 millions de voix. Le léger déficit relatif de 2010 est assez difficile à analyser : on votait pour des sortants, ce qui n’est pas favorable, mais la contestation de l’exécutif national aurait du jouer par ailleurs. Au total, mobilisation relativement décevante, en plein mid-term de Sarkozy. Et surtout, pas du tout un vote historique : on n’atteint pas la cheville de celui de 2004, en volume.

Les composantes de la gauche

La comparaison 2004-2010 a ses limites, et ne vaut qu’au premier tour. Je vous renvoie à mon précédent billet. Ce qui est intéressant, c’est la comparaison européennes-régionales, à dix mois d’écart. On avait commenté l’irruption d’une nouvelle deuxième force de gauche. Elle a eu lieu. Mais le PS s’est bien repris, retrouvant les 2 millions d’électeurs qui lui ont fait défaut en 2009. C’était donc bien essentiellement d’abstention qu’il s’agissait, plus que de véritable transfert (à la marge, sans doute).

gauche

Le front national ?

On a souvent dit que Nicolas Sarkozy avait tué le FN. Son score relatif de 2007 en était la preuve : 10,44%. Pourtant, il subsistait en 2007 3,8 millions d’électeurs pour Jean-Marie Le Pen, certes en baisse par rapport au 4,8 millions de 2002. Rognage, donc, mais pas disparition.

fn

De fait, le vote FN a fortement reculé. 1,5 millions d’électeurs de 2004 à 2010, c’est net. Le transfert se fait manifestement fortement sur l’abstention. Autant le Sarkozy de 2007 n’avait pas totalement tué le FN, autant le FN est-il en train de mourir, sans doute plus du vieillissement de son patron. La glose sur le grand retour du FN à ces régionales tient lieu de talisman : le retour des électeurs ne s’est pas fait, et c’est tant mieux, vu qu’un niveau de celui de 2004 aurait souvent placé le FN dans une position de triangulaire systématique, et sans doute souvent très proche de la droite (voire devant ?).

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Voilà pour quelques analyses de coin de table, post-élections. Une nouvelle phase est ouverte. On retiendra de ces élections qu’e la gauche peut être majoritaire, quand la droite peine à mobiliser la moitié de son électorat. On se dit que, pour 2012, ce n’est pas avec le grand maboul qui sort son parti jeudi qu’on va récupérer les électeurs du centre-droit, ou de la droite traditionnelle (il faudrait vraiment comprendre qui ont été ces électeurs de droite abstentionnistes, leurs raisons, leurs reproches – gageons que les équipes de Pierre Giacometti sont dessus). Nicolas Sarkozy a deux ans pour tenter de refaire le grand écart, proposant une solution crédible aux déçus de la politique et refusards, et remobilisant les mous, les raisonnables. Pas évident.

A gauche, rien n’est gagné, mais l’horizon est propre. On se dit que le remède de premier tour, pour la présidentielle, que représenterait une vraie primaire de gauche, est vraiment une option à ne pas oublier…

A vous.


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10 Commentaires

[...] On peut compléter cet article avec un autre toujours comparatif et publié par Meilcour ici [...]

Evolution du vote ecolo | Blog Vert Chez Moi added these pithy words on avr 16 10 at 11:22

Je redis parce que je découvre tout juste Twitter et jsuis pas toujours certain que l’info passe bien…
Excellente analyse, je n’ai lu, entendu et vu aucun média la proposer, pourtant ça dit bien plus de choses que de vagues pourcentages, même si on prend un malin plaisir à leur accoler deux chiffres après la virgule.

Bravo donc de faire le boulot des journalistes.

Gaël le 23 mars 2010 à 01:03

Bonne analyse.
Peut-être que la moindre mobilisation des électeurs de gauche au deuxième tour des élections régionales de 2010 tient au fait que tout était joué ou presque, alors qu’un quasi-grand chelem était assez irréel en 2004.

YMB le 23 mars 2010 à 01:03

Merci pour ces analyses. Quelques remarques :

-de 2004 à 2010, le corps électoral a gagné près de 6 millions d’inscrits. Cela rend d’autant plus significative la perte en nombre de voix. Si on raisonne en % des inscrits, ce qui est préférable, la gauche passe de 32% à 26%, la droite de 23 à 17%.

-Hausse des inscrits + hausse de l’abstention, = part d’inconnu plus grande: on sait comment évolue la France qui vote, on ne le sait pas (ou peu) en ce qui concerne la France qui peut voter.

-Pour le FN, j’ai l’impression que votre tableau compare les chiffres du 1e tour de 2004 (3 500 000) à ceux du 2e tour de 2010 (1 900 000). Au 1er tour de 2010, le FN a fait 2 200 000. Il vaut mieux comparer uniquement les chiffres du 1er tour, car le fait qu’il y a ait 5 triangulaire de moins en 2010 fausse le tableau.

-Toujours pour le FN, si on examine uniquement les 12 régions où il s’est maintenu au 2e tour 2010, on constate que la baisse de l’abstention entre 1er et 2e tour se traduit surtout par un gain du FN en nb de voix. La baisse par rapport à 2004 devient très faible (sauf, curieusement, en Alsace).

-On pourrait en tirer une conclusion pas très neuve, à savoir que l’électorat abstentionniste est, en proportion, plutôt de tendance FN, et une autre pas très rassurante, qu’il peut être mobilisé pour retourner aux urnes.

Bref, je ne suis pas si rassuré que ça sur la mort du FN, surtout si on tient compte de cette part d’inconnu dont je parlais ; il y a un phénomène de vieillissement dû à l’âge du leader, d’accord, mais des réserves de voix importantes, et quand le nouveau leader (Le Pen fille) prendra la relève, pas sûr qu’elle n’arrive pas à les mobiliser…

LeCheikh le 23 mars 2010 à 04:03

Zut, faute de frappe. Il fallait lire que le corps électoral a gagné près de 2,6 millions d’inscrits, et non 6.

LeCheikh le 23 mars 2010 à 04:03

“La gauche, enfin. Complexe, non ? La véritable anomalie dans le graphique, c’est 2009, et ces européennes. ”

Mouhahahahaaaaaaaa…. et ça les hantera encore un bon moment, surtout avec le talent de lecture des sondages dont on sait faire preuve à Solférino.

Au passage, je note que 3 des 4 régions les mieux gérées de France selon le classement Challenges de ce mois-ci sont celles dans lesquelles les sortants sont le plus confortablement réélus (Aquitaine, Bretagne, Languedoc).

Gus le 23 mars 2010 à 08:03

A mon avis, sans doute bien partial parce qu’il part de critères pas forcément partagés, le PS pourrait beaucoup mieux faire en score, s’il acceptait d’être enfin de gauche. Son vote de carpette le 4 février 2008 à Versailles l’a discrédité pour longtemps dans l’esprit de ceux qui veulent une Europe qui ne soit pas néolibérale, donc qui soit à l’opposé de ce qu’en fait le traité de Lisbonne. Il pourrait dans ce cas, certainement, valoir plus que la somme du PS actuel et du Parti de Gauche de Mélenchon, grâce à des structures plus étoffées que celles d’une petite formation. Il pourrait même fédérer naturellement bien des votes du PC.

Malheureusement, je crains qu’il ne persiste dans son erreur d’accepter les prémices des neocons pour seulement en adoucir les effets. Il y a là un antagonisme fondamental que nombre de Français ont compris de façon plus ou moins nette. Cela pourrait expliquer un certain nombre d’abstentions, je pense.

Pour devenir crédible, le PS, comme la plupart des centrales syndicales, doit passer d’une collaboration plus ou moins implicite à une vraie opposition. C’est son challenge. Saura-t-il le comprendre suffisamment tôt ?

babelouest le 23 mars 2010 à 10:03

babelouest : le PS institutionnel comme Europe écologie qui n’a jamais eu d’ancrage local perçoivent la politique nationale comme la simple mise en oeuvre d’une certaine doctrine économique capitaliste et libérale habillée d’oripeaux européens.

N’attendez pas d’eux de chercher leur légitimité auprès du peuple : leurs certitudes et leurs diplomes leur suffisent. Ce qui les qualifie pleinement comme gestionnaires, mais pas comme politiciens.

Mr M le 23 mars 2010 à 11:03

Gaël : merci beaucoup !

YMB : il y a peut-être de l’idée derrière le record collectif, la nouveauté. Je mettrais quand même plus ça derrière l’idée de reconduction de sortants, forcément moins appétissante que le changement.

LeCheikh ; bien d’accord avec vos remarques. Sur le FN, je le mentionne, les deuxièmes tours sont peu comparables, puisque le nombre de régions avec maintien est évidemment déterminant. Et oui, une proportion forte d’électeurs arbitre en l’abstention et le vote FN. 2007 était une “anomalie”, puisque ce sont surtout des non-électeurs non FN qui sont venus voter. Quant à la mort du FN, la question de la succession reste forte. En 2012, Marine saura-t-elle mobiliser ce vote ? On peut le penser. La période actuelle de déclin du FN correspond potentiellement à une phase de transition. Le Pen devrait passer le flambeau dès aujourd’hui, s’il était malin.

babelouest : vision très partiale. Le potentiel de voix de l’extrème gauche est de quelques millions (1 ou 2) tout au plus. La captation des couches populaires ne passe pas nécessairement par un raidissement du discours, mais plus par un changement de style et de sujets. Pas de corrélation directe, en tout cas, entre gauchisation/radicalisation et remobilisation d’un électorat populaire.

Mr M : pas mal !

J’ai eu un lien depuis rezo, ou quoi ?

nv le 23 mars 2010 à 03:03

Bah, non, enfin je ne pense pas, mais depuis le temps assez considérable que vous vous exprimez et tout ce qu’on peut en déduire quand à votre capacité d’analyse, on se dit qu’il y a encore un espoir pour vos lecteurs ou vous.

Mr M le 24 mars 2010 à 12:03

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