Oser commenter ailleurs ?

C’est quand même étonnant, au fil de l’eau, que des blogueurs s’étonnent que je vienne commenter sur leurs blogs. Ouah y’a versac qu’est venu. Trop chouette, ou pas très lol, ou merci d’être passsé par là, ou va mourir gros troll on est entre nous. Comme si j’étais à mi-chemin de la race du personnage médiatique, dont on ne s’attend pas à ce qu’il descende de ce piédestal - illusoire - pour venir jusqu’à vous.

Les habitués ne s’étonnent guère. Je commente chez eux, irrégulièrement, depuis des années. Il y a aussi ceux qui ne me connaissent pas, et c’est plus que rafraîchissant. Poser un commentaire, une première fois, sur un blog où l’on ne va pas souvent, c’est une petite prise de risque, un moment très joyeux. C’est comme aller à la rencontre de cette personne qu’on n’ose jamais aborder, qu’on a lu, ou qu’on a beaucoup croisé, et oser enfin le mot qui fait la connexion.

Je pense à cette scène de The West Wing où Josh Lyman, le deputy chief of staff de la maison blanche va poser des commentaires sur un blog qui lui est dédié, et où il finit par s’engueuler - par commentaires interposés - avec les tenanciers. Comme si ceux-ci n’avaient jamais imaginé que l’objet de leur prose quotidienne puisse se sentir concerné, ou tout simplement descendre dans leur arène, leur terrain de jeu.

J’ai pu mesurer, ces dernières années, combien sont lus en silence tous ces billets, écrits par des anonymes qui n’imaginent même pas un instant l’être. Par ceux qui sont touchés, par des analyses, des consultants, des communiquants, les tiers concernés. La voix de retour est faible, les commentaires beaucoup plus rares que les écoutants. Ils renseignent moins que les amis qui laissent leur trace, même désinvolte ou sans intérêt, même dans l’humeur d’un moment. La visite anonyme est le mystère du blogueur, qui écrit souvent pour ce public-là, celui du bonhomme, pilier habitué, passant ordinaire qu’on aimerait attraper, au moyen d’une interpellation spéciale.

Ca ne marche pas souvent. Combien de fois ai-je écrit des billets destinés avant tout à tel ami, à tel blogueur, espérant sa sagacité, sa répartie, son complément ? Et combien de fois ai-je été déçu, parce qu’il avait délaissé mon café, qu’il était en vacances, ou tout simplement pas inspiré ce jour ? On parle beaucoup des blogueurs, comme un avatar trop simplement appréhensible, il faut rendre leur valeur à ceux qui savent que l’économie de cet échange se fait avant tout dans la civilité d’une trace laissée lors d’une visite.

Merci donc, commentateurs. Vous aurez remarqué que je réponds peu. Ce n’est pas par incivilité, plus par manque de temps, et par envie de regarder ce qui se passe, là, sous ces billets. C’est là que se nouent les fils.


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18 Commentaires

Tu as posté seulement deux fois chez moi ;-)
Sinon, c’est très juste. L’audience anonyme est un vrai casse-tête, à tel point qu’on se demande parfois si on est lu…

Nick Carraway le 31 mars 2009 à 11:03

Résolution du jour : trouver un format intermédiaire d’interaction : faire savoir qu’on a lu, sans forcément commenter. Juste un smiley ? ;-)

narvic le 1 avril 2009 à 12:04

Nick : oui, mes commentaires ailleurs restent assez rares…

narvic : c’est un peu le “j’aime” de facebook, sous les statuts. Souvent, on voit de l’ordre de 10-15 j’aime, pour 1 commentaire posté.

nicolas le 1 avril 2009 à 08:04

ai presque fini ton livre.très bien.

romain blachier le 1 avril 2009 à 08:04

Le commentaire, Narvic, ce n’est pas forcément une réflexion. C’est plus un acte de présence sur le blog, donc même un smiley est un commentaire.

On peut envoyer un texto ou passer un coup de fil pour dire qu’on a lu sinon. ;-)

Nick Carraway le 1 avril 2009 à 10:04

Sinon, Versac, ton blog a 1h30 de retard. Tu devrais ajuster l’heure ;-)

Nick Carraway le 1 avril 2009 à 10:04

Imaginez un instant que les bloggers qui ont quelques milliers de visites quotidiennes ait un commentaire de chacun. Pas possible de répondre à tout le monde, d’avoir une conversation cohérente, finie l’intéractivité du blog.
Ne vaut-il pas mieux avoir quelques commentaires constructifs, un échange ?
De plus, je pensais que la fermeture de versac.net tenait au fait (entre autres) que les trolls l’avait investi, que c’était devenu “trop gros”…
Je ne comprends pas ce billet pour ma part.

GuAM le 1 avril 2009 à 11:04

Bah des milliers de commentaires…
Demain on aura des robots sémantiques qui répondront automatiquement aux commentaires…
On fera de la phrase pour faire de la phrase, ce dont nous ne sommes pas loin non plus.

thierryl le 1 avril 2009 à 08:04

Je me demande d’ailleurs quel peut être l’impact des agrégateurs sur le volume de commentaires. Quand on lit un billet in extenso sur Netvibes, a-t-on envie (ou pense-t-on) à aller commenter sur le blog ? Ca peut être éventuellement une piste à creuser…

Nick Carraway le 1 avril 2009 à 09:04

tu reviens au printemps, une hirondelle ? as-tu bien choisi ton printemps ? oui, je le crois.

Des commentaires… on en laisse, on en cherche, on en attend. Pourquoi, sinon, écrit-on un blog ? Oui, je sais, certains ferment les commentaires, ou ne répondent pas (tel P. Assouline) : quelle classe ! Je les trouve nuls, en fait, ceux-là, ceux qui laissent ouverts les commentaires sans jamais y répondre, mais… je me trompe peut-être.

Lucia Mel le 1 avril 2009 à 09:04

Merci pour ce message : je viens de découvrir le blog et un bout de la personne derière (je connaisais Versac de réputation, mais je n’ai jamais été actif dans la ’sphère française) ; ça m’a fait chaud au cœur de voir un “grand” parler de ce que moi, “petit” j’essaye de faire comprendre aux autres grands. La mention ou le passage d’un grand a des impacts suprenants sur le trafic, et tous les blogueurs qui comme moi, aimeraient être lus, ne serait-ce qu’une fois de temps en temps, pour avoir un commentaire qui permette de commencer la conversation, vivent ça comme une révolution.

Un mot d’un ponte a laissé un trait très haut et très vertical sur ma courbe de fréquentation, et a été la seule occasion de dialogue. C’est dur de lire autant de choses sur l’égalité et la méritocratie et de tout devoir à une aristocratie si absolue.

Bertil Hatt le 1 avril 2009 à 09:04

Guam : je n’ai pas arrêté à cause de trolls ou de trop gros volumes de commentaires, ca se passait très bien de ce point de vue.

thierryl : ah, pas toujours, j’aime l’artisanat du blog, et je suis persuadé qu’il reste.

Nick : à mon avis, le commentaire tient au fait qu’un volume intéressant (homogène, ou nombreux) de personnes choisissent un lieu pour discuter, parce que le tenancier sait les y accueillir.

Lucia : welcome. Ceci-dit, je ne suis pas toujours bon pour répondre aux commentaires. C’est aussi une question de moment, faut trouver le bon pour y être, lancer le bon mot, la répartie…

Bertil : je ne crois pas tellement à cette frontière entre grands et petits. Je pense qu’elle agit comme une représentation, et que si l’on veut vraiment du trafic, et qu’on a le talent pour, on le trouve. Mais que, parfois, on ne sait pas vraiment pourquoi on le veut. L’équilibre (qualité/quantité), comme en beaucoup de choses, est difficile à trouver.

nicolas le 1 avril 2009 à 10:04

“Combien de fois ai-je écrit des billets destinés avant tout à tel ami, à tel blogueur, espérant sa sagacité, sa répartie, son complément ?” idem, on se rend compte parfois que l’on ne s’adresse vraiment qu’à un petit groupe de personnes en fait. C’est toujours surprenant d’apprendre que quelqu’un te lit alors qu’il ne fait pas partie de ce cercle. Tiens, en passant, à propos des commentaires : http://www.emilieogez.com/2009/03/21/questions-reponses-pourquoi-repondez-vous/comment-page-1/#comment-2610

palpitt le 2 avril 2009 à 12:04

Conserver le fil versac. Attendre.
Chercher sur Spintank le trait d’esprit, la plume que l’on cherche.
Être surpris par quelques billets. Attendre.
Et voir surgir le dernier, “Et voila”.

Je suis peu dissert, pas commentateur, amateur de lire ceux qui le sont avec qualité. Mais voici, je laisse une trace.

Merci Nicolas.
Beau retour.

Christophe le 2 avril 2009 à 05:04

Un truc un peu éloigné du sujet que j’ai remarqué au niveau des commentaires de blog, c’est que personne n’utilise le pseudo d’un autre pour répondre. Du genre quand on voit un commentaire signé Versac, la probabilité que se soit vous qui l’ayez écrit est proche des 1 alors qu’il est tellement facile de se faire passer pour un autre.
Après je suis pas spécialiste, les blogueurs repèrent peut-être les fausses adresses e-mail ou bloquent les commentaires qui ne semblent pas venir de la persone sous le nom de laquelle il a été signé.

Thomas le 2 avril 2009 à 10:04

Oui, c’est vrai, alors que c’est si facile. Ceci-dit, je me suis pris en plein dans la figure, il y a quelques temps (un an et demi, je dirais) une manip de ce genre, avec quelqu’un qui avait déposé des dizaines de commentaires insultants sur plein de blogs, en signant versac. Beaucoup avaient marché, et je m’étais ramassé des tas d’insultes en retour. Pas facile à gérer par la suite…

nicolas le 2 avril 2009 à 10:04

Commenter ici revient en fait à être d’accord avec les auteurs de ce blog.
Non, il n’y a qu’un seul auteur. Et non, les avis divergents sont bienvenus, pas les propos racistes.

Sinon: condamnation à devenir un “troll”. Et bien sûr les commentaires rapidement effacés ; vous vous rendez compte, si quelqu’un un peu indépendant d’esprit venait à les lire !
Non, ce n’est pas le cas. Mais j’aime, puisque le web est vaste, à ce que cet endroit soit parfois préservés de certains que je ne souhaite pas voir ici. Comme vous, par exemple. Vous êtes libre d’aller faire vos besoins ailleurs, sans aucun problème.

Fascisme intellectuel pas mort, n’est-ce pas monsieur Nicolas Vanbremeersch, grand-prêtre de la pensée unique et dominante.
Et vous, êtes-vous le sous-mamamouchi de la pensée indépendante anti-fasciste ? Vous devriez d’ailleurs faire attention aux traces que vous laissez sur le web avec vote adresse email, elles ne sont pas très reluisantes.

Mathieu THERON le 10 avril 2009 à 03:04

L’option “Like” sous chaque note de blog est, à mon avis, une idée à creuser et à disséminer. Ce ne doit pas être bien dur à mettre en place, et je pense que beaucoup de gens l’utiliserait.

DesNouvellesDuMonde le 12 avril 2009 à 02:04

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