On a atteint la fin d’un mouvement par nature circulaire.
Le lipdub, ce n’est pas une invention d’agences de com. Le lipdub est une création spontanée d’internautes, qui se sont découvert cette joie de doubler une parole, devant leur webcam. Ils ont mené leur économie propre, d’échange, copie, partage de cette petite émotion qui consiste à se montrer aux autres en chantant, pendant des années.
Le mouvement lipdub, qui ne portait pas ce nom, mais plutôt celui de lipsync, est énorme. Il dépasse largement celui des quelques entreprises qui se sont prises à son jeu. Il a ses stars, et ses millions d’anonymes qui ont poussé la chansonnette devant l’immensité des internautes, simplement médiée par une pastille noire, la cam.
Il y a d’excellents lipdubs.
Mes préférés, de tous temps, sont les 2 chinese boys.
A parti d’un premier hit, ils ont refait le numéro des dizaines de fois. Lipsync impeccable, déguisements, sens du ridicule amusant, une sincérité manifeste, et toujours ce troisième, en arrière plan, fixé devant son ordinateur. De vraies stars.
Evidemment, avant eux, il y avait celui qui a fait naitre le phénomène, celui qui l’a révélé, a suscité des dizaines de parodies, de détournements, et transformé “numa numa” de sous produit de la dance des années 90 en vrai hit de la webculture : numa numa boy.
Il y a la version enfant.
Et les ados potes qui délirent un samedi soir.
Comme tout phénomène mimétique, il recycle, sample. On a ainsi des versions différentes, en moins bien, des 2 chinese boys, comme les Asian twins…
Ou les Yamada sisters.
Le plan fixe face à la webcam reste souvent de mise. Evidemment, certains vont dans le montage, et le plan séquence, mais très peu, en fait. Le lipsync, c’est un truc low-tech, qu’on fait à la maison, pour s’mauser avec peu d’autres, incité par des gens qu’on a vus, et qui sont comme nous.
Et des lipsync, il y en a des millions.
Des lipdub d’entreprises, d’écoles ou de partis politiques, vaguement une centaine.
Pourtant, ce que vous verrez à la télé, et sous la plume des journalistes, ce sera la pathétique récupération de cette pop-culture là, simple, rigolote, joyeuse, racontant la joie qu’on a à être ensemble sur youtube. Jamais on ne vous les montrera, ces chinese boys, sauf dans des émissions comme vidéo-gag (les perles du net, sur direct 8, l’émission qui veut vous faire croire que le web n’est fait que de chutes dignes de celles que présentait Bernard Montiel il y a des années).
Le “lipdub” de l’UMP est de ceux-là. C’est la fin du cycle, celui où l’exploitation, non compris, de cette culture, clôt le cycle des lipdub d’entreprises. ceux qui n’avaient pas compris que c’est juste un moment de partage d’entre-soi. Le lipdub de boite, c’est un outil sympa de com interne, de lien social. Ca n’aurait jamais du être autre chose. Et surtout pas une grrrrrande opération de com lancée tambour battant.
Tant mieux.
Laissons-nous, donc, le privilège de partager ces bijoux simples. En toc, assumés, mais joyeux, et qui nous rappellent que nous avons, par le monde, un langage commun : celui de nos outils.
Et laissons Michael Wesch le redire.
5 Commentaires
Résumons : un mouvement artistique est moribond quand la blogosphère franchouillarde détecte son existence, et enterré quand l’UMP tente de le récupérer.
D’utiles enseignements pour l’avenir.
Kalinka : non.
“la blogosphère” n’existe pas. Surtout la franchouillarde. Et le lipsync continue joyeusement sa vie à travers le monde des petits posteurs de vidéos sur youtube. Qu ise soucient peu des lipdubbers professionnels, et des récupérateurs malheureux.
Oh !
Tu as oublié celui-ci : http://www.youtube.com/watch?v=SDhntEvBD3M
Crazy Frog bros : incontournable !
Quand je l’ai visionner j’ai bien rigoler quand même, l’ump sait être drôle parfois.

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